{"id":4200,"date":"2009-07-01T00:00:00","date_gmt":"2009-06-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/cannes-fils-rouges-et-rubans4200\/"},"modified":"2009-07-01T00:00:00","modified_gmt":"2009-06-30T22:00:00","slug":"cannes-fils-rouges-et-rubans4200","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=4200","title":{"rendered":"Cannes. Fils rouges et rubans blancs"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Pr\u00e9sence tr\u00e8s forte du cin\u00e9ma dans le cin\u00e9ma, exaltation des pouvoirs du septi\u00e8me art, films historiques revisitant les fascismes du XXe, m\u00e9moire et oubli, voil\u00e0 quelques lignes de force de cette \u00e9dition cannoise 2009. A voir \u00e0 partir de cet \u00e9t\u00e9. <\/p>\n<p>On s&#8217;en souvient. Sean Penn, l&#8217;ann\u00e9e derni\u00e8re, avait appel\u00e9 de ses v\u0153ux un film<em> \u00abconscient du monde qui l&#8217;entoure\u00bb <\/em>, qu&#8217;il avait reconnu sous les traits d&#8217;Entre les murs de Laurent Cantet. Le r\u00e9el \u00e9tait entr\u00e9 dans les salles cannoises, visit\u00e9es par nombre de films situ\u00e9s aux confins du documentaire et de la fiction. Quels furent les fils rouges de cette \u00e9dition cannoise 2009, dont le jury, pr\u00e9sid\u00e9 par une Isabelle Huppert, sinon daltonienne du moins encline \u00e0 la contradiction :<em> \u00abPourvu que \u00e7a s&#8217;arr\u00eate, vivement que \u00e7a continue\u00bb <\/em>, a-t-elle d\u00e9clar\u00e9 en substance lors de la soir\u00e9e de cl\u00f4ture :, a attribu\u00e9 la Palme d&#8217;or au Ruban blanc ?<\/p>\n<p><strong> CULPABILIT\u00c9 ? <\/strong><\/p>\n<p>Contradictoire ou pas, le prix d&#8217;interpr\u00e9tation f\u00e9minine d\u00e9cern\u00e9 \u00e0 Charlotte Gainsbourg pour sa d\u00e9votion corps et \u00e2me \u00e0 l&#8217;Antichrist (1), de Lars Von Trier : o\u00f9, en guise de couleurs et de symboles, c&#8217;est du sang au lieu du sperme qui jaillit d&#8217;un p\u00e9nis en \u00e9rection&#8230; : a agi comme un mauvais antidote \u00e0 la ph\u00e9nom\u00e9nale misogynie de ce film. Un film expert en<em> \u00abgynocide\u00bb <\/em> (sic), bien d\u00e9cid\u00e9, par sa puissance visuelle ind\u00e9niable, \u00e0 r\u00e9gler son compte \u00e0 la<em> \u00abnature\u00bb <\/em> et \u00e0 la sexualit\u00e9 f\u00e9minines, coupables d&#8217;\u00eatre \u00e0 la source du Mal : la psychanalyse freudienne en prend aussi pour son grade. Film\u00e9e au ralenti et en noir et blanc, la s\u00e9quence d&#8217;ouverture traque la faute originelle : sc\u00e8ne d&#8217;amour responsable non de la naissance mais de la mort de l&#8217;enfant, dont l&#8217;impossible deuil conduira ses parents, r\u00e9fugi\u00e9s en for\u00eat, \u00e0 sombrer dans l&#8217;horreur et la folie&#8230;<\/p>\n<p>La pr\u00e9sidente fut-elle innocente ou coupable de conflit d&#8217;int\u00e9r\u00eat avec Michael Haneke qui l&#8217;a mise en sc\u00e8ne dans La Pianiste ? Complicit\u00e9 d&#8217;actrice automutil\u00e9e avec Charlotte for ever ? Mauvais proc\u00e8s. Dans le dernier film du cin\u00e9aste autrichien, \u00e0 un<em> \u00abpourquoi serait-il coupable \u00bb <\/em>, r\u00e9pondait un glacial et intransigeant<em> \u00abmais pourquoi serait-il innocent \u00bb <\/em> Soit la quintessence m\u00eame de la vision que le cin\u00e9aste Michael Haneke a de la culpabilit\u00e9, de la faute et de la haine de soi&#8230; Film\u00e9 dans un tr\u00e8s beau noir et blanc au hi\u00e9ratisme et \u00e0 la pl\u00e9nitude qui \u00e9voquent l&#8217;\u0153uvre de Carl Theodor Dreyer, Le Ruban blanc,  est un film sur le soup\u00e7on. A savoir ce qui reste toujours cach\u00e9. En saisissant le quotidien d&#8217;un petit village de l&#8217;Allemagne du Nord protestante aux alentours de 1913-1914, o\u00f9 r\u00e8gnent rigorisme, inceste, punitions et actes de malveillance, Haneke invente une g\u00e9n\u00e9alogie \u00e0 la barbarie nazie. Les fils h\u00e9riteront de la faute des p\u00e8res.<\/p>\n<p>Couronn\u00e9 par le Grand Prix, Un Proph\u00e8te, de Jacques Audiard (2), s&#8217;inscrit en faux contre cette vision g\u00e9n\u00e9alogique \u00e9touffante. Le film retrace la d\u00e9sali\u00e9nation progressive de Malik El Djebena, un jeune prisonnier arabe (interpr\u00e9t\u00e9 par Tahar Rahim) de dix-neuf ans condamn\u00e9 \u00e0 six ans de prison. Sans attaches, venu de nulle part, il tombe d&#8217;abord sous le joug d&#8217;un prisonnier corse (Niels Arestrup) qui, entour\u00e9 de ses hommes, r\u00e8gne en ma\u00eetre mafieux sur la Centrale. Petit \u00e0 petit, Malik se sert \u00e0 son tour du syst\u00e8me au lieu d&#8217;en \u00eatre victime. L&#8217;apprentissage sauvage de la langue corse : l&#8217;une des plus belles id\u00e9es du film : lui permet de retourner le rapport de force \u00e0 son avantage. Pour sortir la t\u00eate haute. Le film joue subtilement avec le genre du film de prison et le sch\u00e9ma classique de l&#8217;ascension du ca\u00efd, deux motifs qu&#8217;il sait d\u00e9tourner et r\u00e9inventer.<\/p>\n<p><strong> HISTOIRE ET SEPTI\u00c8ME ART <\/strong><\/p>\n<p>Si Le Ruban blanc d&#8217;Haneke a affront\u00e9 l&#8217;Histoire sur le mode de la pr\u00e9figuration et de la suspicion, d&#8217;autres films l&#8217;ont regard\u00e9e dans les yeux. C&#8217;est le cas du film de Marco Bellocchio, Vincere (3) , qui aborde l&#8217;ascension de la figure de Mussollini \u00e0 travers celle de sa femme cach\u00e9e, Ida Dalser, avec qui il eut un enfant et dont le Duce a cherch\u00e9 \u00e0 effacer la trace. Seule face aux rouages politiques du fascisme, isol\u00e9e et intern\u00e9e dans un asile (le film par certains aspects fait penser \u00e0 L&#8217;Echange, de Clint Eastwood), Ida n&#8217;a pour contact avec son mari que les seules images d&#8217;archives qu&#8217;elle d\u00e9couvre dans des cin\u00e9mas. La r\u00e9f\u00e9rence au Kid de Chaplin contient souterrainement celle du Dictateur. Ce lien intime entre l&#8217;Histoire et le septi\u00e8me art est aussi au c\u0153ur de l&#8217;excellent film de Quentin Tarantino, Inglourious Bastards (4), qui a l&#8217;audace de clamer haut et fort, d&#8217;\u00e9clairer en tr\u00e8s gros plan, une vengeance f\u00e9minine (d\u00e9j\u00e0 au centre de Kill Bill). Une revanche sur le nazisme. Dans Yuki &#038; Nina, le tr\u00e8s beau film cor\u00e9alis\u00e9 par Nobuhiro Suwa et Hippolyte Girardot, pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 la Quinzaine des r\u00e9alisateurs, une petite fille se plaint que<em> \u00abla vie, c&#8217;est pas du tout comme on voudrait\u00bb <\/em>&#8230; Gr\u00e2ce \u00e0 la force de sa croyance cin\u00e9phile, l&#8217;enfant de cin\u00e9ma qu&#8217;est Quentin Tarantino parvient \u00e0 mettre le monde au diapason de ses d\u00e9sirs et de ses r\u00eaves. Ainsi, lors d&#8217;une avant-premi\u00e8re dans son cin\u00e9ma, Shoshanna Dreyfus, une jeune femme juive (M\u00e9lanie Laurent) se venge d&#8217;Hitler, pr\u00e9sent dans la salle, en faisant exploser son cin\u00e9ma apr\u00e8s avoir mis feu \u00e0 des bobines de films. Attention nitrate hautement inflammable&#8230; Le cin\u00e9ma est une arme. Le geste de l&#8217;h\u00e9ro\u00efne, dont le visage appara\u00eet en gros plan sur l&#8217;\u00e9cran alors qu&#8217;elle hurle sa vengeance <em> \u00abthis is the face of the jewish revenge\u00bb <\/em>), se donne comme l&#8217;\u00e9cho visuel de la plume tueuse du colonel allemand Landa (magistral Christoph Waltz, Prix d&#8217;interpr\u00e9tation masculine) qui inscrivait noir sur blanc, lors de la premi\u00e8re s\u00e9quence, le nom et l&#8217;\u00e2ge de ses victimes juives \u00e0 \u00e9liminer. Landa, pr\u00eat \u00e0 toutes les compromissions, n&#8217;\u00e9chappera pas \u00e0 l&#8217;escadron de juifs am\u00e9ricains antinazis, conduit par le lieutenant Aldo Raine (Brad Pitt), qui aime \u00e0 scalper ses victimes, et \u00e0 leur graver d&#8217;\u00e9normes croix gamm\u00e9es sur le front.<\/p>\n<p><strong> SOLEIL POUR LES GUEUX <\/strong><\/p>\n<p>Echapp\u00e9s des marges cannoises, deux films se distingueront encore cet \u00e9t\u00e9. Le Roi de l&#8217;\u00e9vasion (5), d&#8217;Alain Guiraudie, tout d&#8217;abord, pr\u00e9sent\u00e9 dans le cadre de la Quinzaine des r\u00e9alisateurs. Auteur de Voici venu le temps (2005), de Pas de repos pour les braves (2003), de Ce vieux r\u00eave qui bouge (2001) et de Du soleil pour les gueux (2000), le cin\u00e9aste aveyronnais revient, plus libre et plus fantasque que jamais. Il met en sc\u00e8ne une passion physique entre un quadra homosexuel ventripotent, vendeur de tracteurs (Ludovic Berthillot), et une adolescente tr\u00e8s lib\u00e9r\u00e9e qui r\u00e9pond au nom \u00e9trange de Curly (Hafsia Herzi, r\u00e9v\u00e9lation de La Graine et le mulet). Ce conte panth\u00e9iste, galvanis\u00e9 par les pouvoirs magiques des<em> \u00abdourougnes\u00bb <\/em>, l&#8217;aphrodisiaque naturel qui peuple les for\u00eats guiraudiennes, d\u00e9joue les assignations sexuelles, territoriales et sociales.<\/p>\n<p>Toujours cet \u00e9t\u00e9, le public pourra d\u00e9couvrir Adieu Gary, film de Nassim Amaouche (6) qui a obtenu \u00e0 Cannes le Prix de la Semaine de la critique. Dans un paysage cin\u00e9matographique fran\u00e7ais souvent tr\u00e8s balis\u00e9, le film se distingue par l&#8217;originalit\u00e9 de sa tonalit\u00e9, des pistes et des hybridations qu&#8217;il sugg\u00e8re. A l&#8217;instar de cette voiture qui ouvre la route du film en roulant sur les rails d&#8217;une voie de chemin de fer d\u00e9saffect\u00e9e&#8230; Ou de ce local syndical plein de tracts politiques, transform\u00e9 en mosqu\u00e9e&#8230; Dans une ville en sommeil, ancienne cit\u00e9 ouvri\u00e8re : le film a \u00e9t\u00e9 tourn\u00e9 dans la Cit\u00e9 Blanche du Teil, en Ard\u00e8che :, tout un petit monde s&#8217;ennuie : Francis (Jean-Pierre Bacri), ancien ouvrier fier de son pass\u00e9 et de sa machine qu&#8217;il r\u00e9pare secr\u00e8tement dans un hangar ; ses deux fils, Samir (Yasmine Belmadi) et Icham (Mhamed Arezki), condamn\u00e9s \u00e0 se d\u00e9guiser en souris pour c\u00e9l\u00e9brer la semaine du fromage dans le supermarch\u00e9 o\u00f9 ils travaillent ; leur ami, Abdel (Hab-Eddine Sebiane) handicap\u00e9 dealer qui utilise sa chaise roulante comme cachette pour la drogue. Maria, elle, (Dominique Reymond) gagne sa vie en testant des m\u00e9dicaments pour des laboratoires pharmaceutiques. Jos\u00e9 (Alexandre Bonnin), son fils attard\u00e9, prostr\u00e9 devant ses westerns, il est persuad\u00e9 que son p\u00e8re est Gary Cooper&#8230; Hant\u00e9 par les fant\u00f4mes du western, Adieu Gary salue avec tendresse, sans nostalgie, la fin d&#8217;un monde. <\/p>\n<p><strong> J.C. <\/strong><\/p>\n<p>1.<em> Antichrist <\/em> de Lars Von Trier, en salles depuis le 3 juin<\/p>\n<p>2.<em> Un Proph\u00e8te <\/em>, de Jacques Audiard, en salles le 26 ao\u00fbt<\/p>\n<p>3.<em> Vincere <\/em>, de Marco Bellocchio, en salles le 18 novembre <\/p>\n<p>4.<em> Inglourious Bastards <\/em>, de Quentin Tarantino, en salles le 19 ao\u00fbt<\/p>\n<p>5.<em> Le Roi de l&#8217;\u00e9vasion <\/em>, d&#8217;Alain Guiraudie, en salles le 15 juillet<\/p>\n<p>6.<em> Adieu Gary <\/em>, de Nassim Amaouche, en salles le 22 juillet<\/p>\n<p>Paru dans<em> Regards <\/em>, n\u00b063, \u00e9t\u00e9 2009<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Pr\u00e9sence tr\u00e8s forte du cin\u00e9ma dans le cin\u00e9ma, exaltation des pouvoirs du septi\u00e8me art, films historiques revisitant les fascismes du XXe, m\u00e9moire et oubli, voil\u00e0 quelques lignes de force de cette \u00e9dition cannoise 2009. 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