{"id":410,"date":"1997-03-01T00:00:00","date_gmt":"1997-02-28T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/espagne-la-transition-se-fait410\/"},"modified":"1997-03-01T00:00:00","modified_gmt":"1997-02-28T23:00:00","slug":"espagne-la-transition-se-fait410","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=410","title":{"rendered":"Espagne. La transition se fait attendre"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> A Madrid, le changement apr\u00e8s quarante ans de dictature fut plus qu&#8217;une alternative et moins qu&#8217;une r\u00e9volution. En 1996, le retour d&#8217;un gouvernement de droite, a tout d&#8217;une alternance. Et rien d&#8217;une &#8221; transition &#8220;. <\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir piaff\u00e9 pendant dix ans dans l&#8217;ar\u00e8ne politique espagnole, Jos\u00e9 Maria Aznar n&#8217;a pas &#8221; re\u00e7u l&#8217;alternative &#8221; du pr\u00e9sident socialiste Felipe Gonzalez(1). On en est rest\u00e9 durant des mois aux banderilles, mais la comparaison taurine s&#8217;arr\u00eate l\u00e0. On n&#8217;a jamais entendu un &#8221; novillero &#8221; adresser \u00e0 son parrain matador le fameux &#8221; Allez-vous-en, monsieur Gonzalez &#8220;, lanc\u00e9 \u00e0 son adversaire, \u00e0 longueur de d\u00e9bats parlementaires par un Jos\u00e9 Maria Aznar fascin\u00e9 par la Moncloa, le Matignon madril\u00e8ne.<\/p>\n<p>C&#8217;est bien un parti conservateur, le Parti populaire (PP) de Jos\u00e9 Maria Aznar qui, apr\u00e8s son \u00e9chec relatif de 1993, obtient des \u00e9lections anticip\u00e9es et r\u00e9ussit, le 3 mars 1996, \u00e0 \u00e9carter le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE). Victoire par majorit\u00e9 relative. Le PSOE a tenu le choc malgr\u00e9 la corruption effr\u00e9n\u00e9e, la sale guerre des GAL (2) contre le terrorisme de l&#8217;ETA et les fuites du service secret CESID (3). Aujourd&#8217;hui, rien n&#8217;a chang\u00e9: la guerre des juges et des procureurs sur fond de scandales fait toujours rage. Le pouvoir conservateur conna\u00eet les m\u00eames probl\u00e8mes que son pr\u00e9d\u00e9cesseur socialiste: sa premi\u00e8re gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale des fonctionnaires, celle des mineurs, celles des transporteurs, etc. Avec la m\u00eame continuit\u00e9 il ob\u00e9it aux crit\u00e8res de convergence de la monnaie unique europ\u00e9enne, y rajoutant m\u00eame l&#8217;ambition de figurer dans le &#8221; noyau dur &#8221; aux c\u00f4t\u00e9s de l&#8217;Allemagne.<\/p>\n<p> <strong> Un ministre qui gouverne au &#8221; ballon-sonde &#8221; <\/strong><\/p>\n<p>Mais, pour entrer \u00e0 la Moncloa, Jos\u00e9 Maria Aznar a d\u00fb passer &#8211; arithm\u00e9tiquement &#8211; par la G\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 de Catalogne et son pr\u00e9sident, Jordi Pujol. Les conservateurs espagnols, tout comme pr\u00e9c\u00e9demment les socialistes, ne peuvent gouverner sans l&#8217;apport des d\u00e9put\u00e9s catalans Convergence et Union qui ont monnay\u00e9 leur renfort. Les mauvaises langues font observer que le banquier catalan de centre droit qui gouverne Barcelone a &#8221; enseign\u00e9 la sardane &#8221; \u00e0 l&#8217;avocat socialiste andalou Felipe Gonzalez, aussi bien qu&#8217;\u00e0 l&#8217;inspecteur des finances castillan Jos\u00e9 Maria Aznar. La sardane est la seule danse o\u00f9 l&#8217;on compte ses pas, rien d&#8217;\u00e9tonnant que Pujol ait pr\u00e9sent\u00e9 ses factures . Aux socialistes en 1994: il a obtenu le transfert \u00e0 la G\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 catalane de 15% du produit de l&#8217;imp\u00f4t national sur le revenu.<\/p>\n<p>Au Parti Populaire en 1996: il a exig\u00e9 que ce transfert passe de 15% \u00e0 30%. Apr\u00e8s 53 jours de n\u00e9gociations, il gagnait m\u00eame en plus: une autoroute, le retrait de Garde civile de Catalogne et m\u00eame le limogeage d&#8217;un adversaire \u00e9lectoral, sinon politique, le trop bavard pr\u00e9sident du PP catalan qui refusait le prix de la nouvelle &#8221; gouvernabilit\u00e9 &#8221; espagnole. Ni transition, ni alternative, mais une alternance qui aggrave la politique pr\u00e9c\u00e9dente avec l&#8217;adoption par le gouvernement Aznar du budget le plus aust\u00e8re depuis vingt ans, Maastricht &#8220;oblige&#8221;. Prenant sans cesse pour excuse le trou financier ant\u00e9rieur pour imposer de nouvelles taxes, Aznar gouverne au &#8221; ballon-sonde &#8220;. Devant les r\u00e9actions annonc\u00e9es, on n&#8217;\u00e9voque plus les 100 pesetas (4 F) \u00e0 r\u00e9gler sur chaque ordonnance, v\u00e9ritable imp\u00f4t sur la maladie un instant annonc\u00e9 par le ministre de la Sant\u00e9.<\/p>\n<p> <strong> La technique des ajustements comptables  <\/strong><\/p>\n<p>Le ch\u00f4mage grimpe \u00e0 22%. Ce pourcentage brutal signifie que dans un million de foyers espagnols plusieurs membres sont touch\u00e9s. Cette moyenne descend \u00e0 10% dans certaines provinces comme Soria, Huesca ou la Navarre, mais l&#8217;Andalousie compte \u00e0 elle seule un tiers des trois millions et demi de ch\u00f4meurs du pays. Dans sept des huit provinces andalouses plus de 30% des actifs sont ch\u00f4meurs et \u00e0 Cadix le taux atteint m\u00eame 39%. Face \u00e0 ces drames, le jeu des petites phrases assassines risque de ne pas suffire. La disqualification de l&#8217;adversaire tient lieu d&#8217;id\u00e9ologie. Sur un ton d&#8217;indiff\u00e9rence fatigu\u00e9e, Felipe Gonzalez accuse sans cesse Jos\u00e9 Maria Aznar de mettre en danger &#8221; l&#8217;\u00e9tat de bien-\u00eatre &#8220;, qu&#8217;il affirme s&#8217;\u00eatre fix\u00e9 pour but lorsqu&#8217;il \u00e9tait au pouvoir. En riposte, faute d&#8217;argument de fond, ses adversaires critiquent &#8220;la suffisance olympique &#8221; de &#8221; Felipe &#8220;, l&#8217;Expo de S\u00e9ville de 1992, les Jeux Olympiques de Barcelone et m\u00eame le TGV Madrid-S\u00e9ville. Quant au secr\u00e9taire du Parti communiste, Julio Anguita, on brocarde sa &#8221; grimace acerbe &#8220;, parce qu&#8217;il constate que le revenu par t\u00eate est le m\u00eame qu&#8217;il y a vingt-cinq ans, moins d&#8217;un quart de la moyenne europ\u00e9enne.<\/p>\n<p>Jos\u00e9 Maria Aznar ne veut pas manquer le dernier train pour l&#8217;Europe, cette Europe-mirage de tant d&#8217;\u00e9migr\u00e9s qui envoyaient leurs salaires re\u00e7us en monnaie forte et relevaient d&#8217;autant la fameuse &#8221; renta per capita &#8220;. Dans ses voeux officiels, le chef de gouvernement affirmait: &#8221; 1997 sera l&#8217;ann\u00e9e de l&#8217;emploi.&#8221; Il croit pouvoir compter sur une croissance de 3% du PIB et promet 240 000 nouveaux postes de travail, chiffre optimiste qui comporte nombre d&#8217;emplois temporaires. Dix ans et une croissance \u00e9conomique d&#8217;au moins 4 \u00e0 5% seraient n\u00e9cessaires pour r\u00e9duire de moiti\u00e9 le taux de ch\u00f4mage espagnol et le ramener \u00e0 la moyenne europ\u00e9enne. Pour y parvenir plus s\u00fbrement, le &#8220;rem\u00e8de miracle&#8221; du patronat est connu: r\u00e9duire de moiti\u00e9 le co\u00fbt du licenciement &#8220;pour relancer l&#8217;emploi&#8221;, diminuer le taux des indemnit\u00e9s de ch\u00f4mage et en ramener la dur\u00e9e \u00e0 un an. C&#8217;est la r\u00e9forme du march\u00e9 du travail, d\u00e9j\u00e0 entam\u00e9e, qui bloque les n\u00e9gociations de conventions collectives pour 1997, au grand dam des syndicats. Les \u00e9changes habituels de politesses et de chausse-trappes entre anciens et nouveaux responsables continuent: le pr\u00e9sident Gonzalez ne sera pas cit\u00e9 au Tribunal Supr\u00eame pour s&#8217;expliquer sur l&#8217;affaire des GAL.<\/p>\n<p>On pr\u00e9f\u00e8re lui reprocher d&#8217;avoir enterr\u00e9 les dossiers de 600 gros contribuables blanchis, sans d&#8217;ailleurs pousser plus loin les investigations aujourd&#8217;hui. Mais l&#8217;essentiel de l&#8217;h\u00e9ritage est basque. Rien n&#8217;arr\u00eate la violence urbaine de l&#8217;ETA. Les attentats et les prises d&#8217;otages ne connaissent pas de r\u00e9pit. Un gardien de prison, tenu captif depuis plus d&#8217;un an, mobilise toute l&#8217;opinion pacifiste espagnole. C&#8217;est peut-\u00eatre le seul sujet de consensus national ? Mais quelle autorit\u00e9 ont les inventeurs des GAL, ce contre-terrorisme d&#8217;Etat?<\/p>\n<p> <strong> La fuite en avant europ\u00e9enne peut-elle rassurer ? <\/strong><\/p>\n<p>La fuite en avant europ\u00e9enne peut-elle rassurer l&#8217;Espagne ? Lors de la f\u00eate annuelle du Parti communiste espagnol (PCE), Julio Anguita lan\u00e7ait un pav\u00e9 dans la mare. Pour lui, les crit\u00e8res n\u00e9o-lib\u00e9raux de Maastricht ont viol\u00e9 et violeront la Constitution espagnole de 1978, objet en son temps d&#8217;un compromis historique accompagnant la transition politique apr\u00e8s la dictature . Le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du PCE d\u00e9non\u00e7ait: &#8221; Les ajustements comptables macro-\u00e9conomiques rel\u00e8guent au second plan les droits sociaux des Espagnols.&#8221; Appliquer cette Constitution, l&#8217;am\u00e9liorer m\u00eame, aller jusqu&#8217;\u00e0 la reconnaissance du droit des peuples d&#8217;Espagne \u00e0 l&#8217;autod\u00e9termination, ne serait-ce pas, en cette fin de si\u00e8cle, l&#8217;occasion d&#8217;entrer r\u00e9ellement dans la transition ?<\/p>\n<p>1. En tauromachie &#8221; l&#8217;alternative &#8221; est donn\u00e9e par un matador confirm\u00e9 \u00e0 un jeune, un &#8221; novillero &#8220;, le jour o\u00f9 ce dernier est \u00e0 son tour consacr\u00e9 torero.<\/p>\n<p>2. Groupes antiterroristes de lib\u00e9ration, couverture du contre-terrorisme d&#8217;Etat manipul\u00e9 \u00e0 l&#8217;aide de fonds secrets.<\/p>\n<p>3. Cr\u00e9\u00e9 en 1977 par le premier gouvernement de la transition, le service d&#8217;espionnage, Centre sup\u00e9rieur d&#8217;information de la D\u00e9fense, succ\u00e8de au Sedec de l&#8217;amiral Carrero Blanco.Ce service flirtait avec l&#8217;h\u00e9ritage franquiste dont il conserva les m\u00e9thodes jusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;acquisition en 1982 d&#8217;un super scanner qui permit au ministre socialiste Narcia Serra de mettre sur \u00e9coute beaucoup d&#8217;Espagnols: m\u00eame le roi.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> A Madrid, le changement apr\u00e8s quarante ans de dictature fut plus qu&#8217;une alternative et moins qu&#8217;une r\u00e9volution. En 1996, le retour d&#8217;un gouvernement de droite, a tout d&#8217;une alternance. 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