{"id":4057,"date":"2009-05-01T00:00:00","date_gmt":"2009-04-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/chacun-pour-sa-bourgeoisie4057\/"},"modified":"2009-05-01T00:00:00","modified_gmt":"2009-04-30T22:00:00","slug":"chacun-pour-sa-bourgeoisie4057","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=4057","title":{"rendered":"Chacun pour sa bourgeoisie"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> NOUS SOMMES DONC DANS LE MEILLEUR DES MONDES, ET TOUS DES EUROPEENS: LA BCE A BIEN REAGI, L&#8217;EURO NOUS A PROTEGES, ET L&#8217;EUROPE A PARLE D&#8217;UNE SEULE VOIX AU G20. <\/p>\n<p> En r\u00e9alit\u00e9, la crise met en lumi\u00e8re un processus de fractionnement que Jacques Sapir appelle \u00e0 juste titre l&#8217;euro-divergence. Depuis Maastricht, l&#8217;\u00e9cart s&#8217;\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 creus\u00e9 entre pays. Avec, d&#8217;un c\u00f4t\u00e9, des \u00ab gagnants \u00bb (Espagne, Finlande, Gr\u00e8ce, Irlande, Luxembourg, Royaume-Uni, Su\u00e8de) qui p\u00e8sent pour un tiers dans l&#8217;\u00e9conomie europ\u00e9enne et dont le taux de croissance entre 1992 et 2006 se rapprochait de celui des Etats-Unis ; et des \u00ab perdants \u00bb (Allemagne, Autriche, Belgique, Danemark, France, Italie, Pays-Bas, Portugal) dont la croissance a \u00e9t\u00e9 nettement inf\u00e9rieure \u00e0 la moyenne europ\u00e9enne.<\/p>\n<p>La crise aggrave ce ph\u00e9nom\u00e8ne : tous les pays europ\u00e9ens sont frapp\u00e9s mais pas de la m\u00eame mani\u00e8re. L&#8217;Espagne, dont l&#8217;\u00e9conomie avait \u00e9t\u00e9 tir\u00e9e par l&#8217;exub\u00e9rance immobili\u00e8re, recule brutalement et son taux de ch\u00f4mage explose. Le Royaume-Uni paie aujourd&#8217;hui sa d\u00e9pendance \u00e0 la finance et sa monnaie plonge. L&#8217;Allemagne, qui avait donn\u00e9 une priorit\u00e9 absolue aux exportations, subit de plein fouet le recul du march\u00e9 mondial. Le mod\u00e8le irlandais, fond\u00e9 sur l&#8217;investissement international, s&#8217;est effondr\u00e9. La France occupe comme d&#8217;habitude une position moyenne qui s&#8217;explique par une moindre exposition aux risques de la finance et de l&#8217;immobilier et, paradoxalement, par ses modestes performances \u00e0 l&#8217;exportation.<\/p>\n<p>L&#8217;euro a effectivement \u00e9vit\u00e9 qu&#8217;une sp\u00e9culation sur les monnaies vienne redoubler les effets de la crise. C&#8217;est pour cette raison qu&#8217;une sortie de l&#8217;euro est peu probable. Ainsi l&#8217;Espagne a profit\u00e9 de l&#8217;euro en s&#8217;offrant un d\u00e9ficit commercial de 6 % \u00e0 7 % du PIB (autant que les Etats-Unis) qu&#8217;elle n&#8217;aurait pu se permettre avec la peseta qui aurait \u00e9t\u00e9 attaqu\u00e9e depuis longtemps. Sortir de l&#8217;euro pour pouvoir d\u00e9valuer sa monnaie serait un rem\u00e8de pire que le mal. Pour des raisons sym\u00e9triques, on comprend que certains des nouveaux Etats-membres voudraient acc\u00e9l\u00e9rer leur entr\u00e9e dans l&#8217;euro.<\/p>\n<p>Mais cet avantage de l&#8217;euro se paie fort cher. La BCE ne s&#8217;int\u00e9resse qu&#8217;\u00e0 l&#8217;inflation et tant pis si la hausse de l&#8217;euro p\u00e8se sur les exportations puisqu&#8217;elle permet de r\u00e9duire le prix des importations. Il n&#8217;y a donc pas de politique de change au niveau europ\u00e9en. Mais les diff\u00e9rents pays sont in\u00e9galement sensibles au taux de change de l&#8217;euro : l&#8217;Allemagne l&#8217;est tr\u00e8s peu, beaucoup moins en tout cas que la France. Il faudrait que le dollar descende encore plus bas pour voir un jour s&#8217;esquisser une position commune.<\/p>\n<p>Avec la crise, les principes fondateurs de l&#8217;Europe n\u00e9olib\u00e9rale ont explos\u00e9 en vol, \u00e0 commencer par le pacte de stabilit\u00e9. L&#8217;ind\u00e9pendance de la BCE a de fait \u00e9t\u00e9 remise en cause pour la contraindre \u00e0 baisser (\u00e0 reculons) ses taux d&#8217;int\u00e9r\u00eat ; la Commission et, bien s\u00fbr, le Parlement ont \u00e9t\u00e9 mis hors jeu et les r\u00e8gles de concurrence ont \u00e9t\u00e9 oubli\u00e9es devant l&#8217;urgence des divers plans de sauvetage.<\/p>\n<p>La crise a aussi montr\u00e9 \u00e0 quel point les institutions europ\u00e9ennes actuelles \u00e9taient inad\u00e9quates. Mais, encore plus, elle vient souligner l&#8217;\u00e9chec d&#8217;un mode de construction qui a toujours repos\u00e9 sur le refus de se doter d&#8217;outils comme une politique de change affirm\u00e9e, un budget \u00e9largi, ou encore un v\u00e9ritable gouvernement \u00e9conomique. Il n&#8217;y aura pas non plus de financement mutualis\u00e9 des d\u00e9ficits publics ou de programmes d&#8217;investissement puisque la BCE a \u00e9t\u00e9 constitutionnellement priv\u00e9e de la possibilit\u00e9 d&#8217;\u00e9mettre des emprunts ou de racheter des bons du Tr\u00e9sor comme a commenc\u00e9 \u00e0 le faire la FED aux Etats-Unis. La Hongrie, pourtant membre de l&#8217;Union, a d\u00fb faire appel au FMI qui lui a impos\u00e9 des conditions dignes de la grande \u00e9poque : suppression du 13e mois pour les retrait\u00e9s et gel des salaires dans la fonction publique.<\/p>\n<p>Les dirigeants europ\u00e9ens cherchent \u00e0 sauvegarder les apparences mais leurs int\u00e9r\u00eats divergent face \u00e0 la crise. Les relances sont sous-dimensionn\u00e9es et ne comportent aucun plan global d&#8217;investissements publics, aucune relance salariale ou r\u00e9duction du temps de travail concert\u00e9es. Les experts pr\u00e9parent d\u00e9j\u00e0 le coup d&#8217;apr\u00e8s, autrement dit l&#8217;ajustement budg\u00e9taire sur les d\u00e9penses sociales. L&#8217;enjeu des \u00e9lections \u00e0 venir est donc consid\u00e9rable : il s&#8217;agit ni plus ni moins de refonder un projet d&#8217;Europe solidaire, fond\u00e9 sur le principe d&#8217;harmonisation et non sur celui de concurrence. Face \u00e0 la d\u00e9b\u00e2cle, la course de vitesse est engag\u00e9e avec les variantes nationalistes et autoritaires du n\u00e9olib\u00e9ralisme. <strong> M.H. <\/strong><\/p>\n<p>Paru dans<em> Regards <\/em>, n\u00b062, mai-juin 2009<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> NOUS SOMMES DONC DANS LE MEILLEUR DES MONDES, ET TOUS DES EUROPEENS: LA BCE A BIEN REAGI, L&#8217;EURO NOUS A PROTEGES, ET L&#8217;EUROPE A PARLE D&#8217;UNE SEULE VOIX AU G20. <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[16],"tags":[],"class_list":["post-4057","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-michel-husson"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4057","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4057"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4057\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4057"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4057"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4057"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}