{"id":4056,"date":"2009-05-01T00:00:00","date_gmt":"2009-04-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/guy-peellaert-l-art-consomme-des4056\/"},"modified":"2009-05-01T00:00:00","modified_gmt":"2009-04-30T22:00:00","slug":"guy-peellaert-l-art-consomme-des4056","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=4056","title":{"rendered":"Guy Peellaert, l&#8217;art consomm\u00e9 des ic\u00f4nes"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> L&#8217;artiste belge exil\u00e9 \u00e0 Paris Guy Peellaert est incontournable pour les g\u00e9n\u00e9rations marqu\u00e9es par le rock. Disparu en novembre dernier, le mus\u00e9e Maillol lui rend hommage dans une exposition consacr\u00e9e \u00e0 son livre culte, Rock Dreams. Portrait d&#8217;un libertaire dont les visions fantasmatiques et les r\u00eaves incandescents tissent la trame d&#8217;une \u0153uvre ancr\u00e9e dans le XXe si\u00e8cle. <\/p>\n<p>Pravda, l&#8217;h\u00e9ro\u00efne de bande dessin\u00e9e imagin\u00e9e par l&#8217;artiste belge Guy Peellaert dans les ann\u00e9es 1960, est une bad girl hyper sexy qui fume, boit, baise et tue. Les hommes qu&#8217;elle croise sur sa route, elle les fouette avec son ceinturon, leur \u00e9crase le thorax \u00e0 coup de tabouret ou leur brise sur le cr\u00e2ne des bouteilles de coca et de bourbon. Car<em> \u00abPravda est libre, Pravda est seule\u00bb <\/em>. Quand elle fait gicler le sang avec sa bande de motardes furieusement d\u00e9jant\u00e9es, les flics d\u00e9boulent, tout \u00e9berlu\u00e9s par<em> \u00abces filles\u00bb <\/em> qui<em> \u00absont vraiment mauvaises\u00bb <\/em> et qui osent les d\u00e9fier. Inspir\u00e9e de Fran\u00e7oise Hardy, la f\u00e9line au temp\u00e9rament sulfureux tremp\u00e9 dans le cuir de ses bottes incarne toute une \u00e9poque. Pour le critique Henri Chapier, elle dit<em> \u00abla r\u00e9bellion de la jeunesse actuelle, la soif de d\u00e9truire pour cr\u00e9er autre chose sans en avoir encore projet\u00e9 dans l&#8217;avenir l&#8217;image exacte\u00bb <\/em> (1). Pravda la Survireuse s&#8217;inscrit dans la tradition des films de bikers am\u00e9ricains comme le pr\u00e9curseur Scorpio Rising de Kenneth Anger. Edit\u00e9e en octobre 1968, aux alentours du fameux mois de mai, cette BD a d&#8217;abord \u00e9t\u00e9 accueillie par le journal satirique Hara-Kiri. On est alors en 1967, dans une France encore somnolente gouvern\u00e9e par le G\u00e9n\u00e9ral de Gaulle.<em> \u00abLa vague lib\u00e9ratrice des femmes a trouv\u00e9 d&#8217;un seul coup son Van Dongen et son Pierre Beno\u00eet\u00bb <\/em>, peut-on lire cette m\u00eame ann\u00e9e dans le magazine Sp\u00e9cial \u00e0 propos des Aventures de Jodelle, premi\u00e8re BD de l&#8217;artiste parue en 1966. Ses dessins, avec leur folie pop et leur tonalit\u00e9 vulgaire, dynamitent les codes du bon go\u00fbt et de la soci\u00e9t\u00e9 bourgeoise. M\u00eame si au creux d&#8217;une des compositions se glisse une r\u00e9f\u00e9rence au Radeau de la m\u00e9duse de G\u00e9ricault : comme pour brouiller les fronti\u00e8res entre le noble et le trivial, comme un pied de nez aux d\u00e9fenseurs de la culture avec un grand C.<\/p>\n<p><strong> EXUB\u00c9RANCE <\/strong><\/p>\n<p>D\u00e9c\u00e9d\u00e9 d&#8217;un cancer le 17 novembre dernier, Guy Peellaert \u00e9tait n\u00e9 en 1934 dans une riche famille de Bruxelles, o\u00f9 il re\u00e7ut une formation classique. Mais<em> \u00abGuy \u00e9tait tr\u00e8s irr\u00e9v\u00e9rencieux. Il voulait rire, il ne voulait pas \u00eatre un artiste maudit, il revendiquait m\u00eame une forme de vulgarit\u00e9\u00bb <\/em>, assure Claudine Boni qu&#8217;il avait baptis\u00e9e son<em> \u00abmanager\u00bb <\/em>.<em> \u00abLes filles avec qui je sortais \u00e0 l&#8217;\u00e9cole des Beaux-Arts de Bruxelles, je ne les trouvais pas dans ma famille, tr\u00e8s bourgeoise mais qui m&#8217;a laiss\u00e9 une libert\u00e9 folle, surtout ma m\u00e8re&#8230; Non, je sortais dans un milieu o\u00f9 l&#8217;on se battait beaucoup, o\u00f9 tout \u00e9tait plus excitant, animal, comme ces filles qui semblaient rescap\u00e9es d&#8217;un roman noir. Pour moi, Lauren Bacall reste l&#8217;ennemie, ce bon ton, cette intelligence&#8230; Marilyn ? Oui, peut-\u00eatre l&#8217;amie, en tout cas l&#8217;attraction initiale\u00bb <\/em> (2), aimait-il \u00e0 raconter. Visions fantasmatiques, r\u00eaves incandescents et autres utopies sublimes tissent la trame d&#8217;une \u0153uvre ancr\u00e9e dans le XXe si\u00e8cle, inclassable et prot\u00e9iforme. Une mythologie sortie de l&#8217;esprit libertaire d&#8217;un Flamand exil\u00e9 \u00e0 Paris et fascin\u00e9 par les Etats-Unis qui travaillait en marge des galeries et autres r\u00e9seaux de vente, mais avait parmi ses fans d&#8217;illustres collectionneurs comme David Bowie ou Jack Nicholson.<em> \u00abDes gens qui n&#8217;avaient rien \u00e0 voir avec le milieu de l&#8217;art venaient le voir dans son atelier de la Bastille pour se faire tatouer la Survireuse sur le biceps\u00bb <\/em>, raconte un proche, Gallien Guibert, qui \u00e9crivait avec lui une adaptation de Pravda la Survireuse.<em> \u00abGuy adorait les mal-pensants et il se m\u00e9fiait beaucoup de la chose politique. Quand il \u00e9voquait le tournant des ann\u00e9es 1970, il disait : \u00abOn dessinait ce qu&#8217;on voulait, on faisait la f\u00eate et puis les cur\u00e9s sont arriv\u00e9s\u00bb.\u00bb <\/em> Allergique au politiquement correct de droite comme de gauche, ce<em> \u00abfaiseur d&#8217;images\u00bb <\/em> naviguait entre BD et peinture, pochettes de disques pour les Rolling Stones (It&#8217;s only Rock&#8217;n&#8217;Roll), David Bowie (Diamond Dogs) ou Etienne Daho (Pour nos vies martiennes), et affiches de films pour Martin Scorsese (Taxi Driver), Robert Altman (Short Cuts) ou Wim Wenders (Paris, Texas)&#8230; Sans oublier le g\u00e9n\u00e9rique qu&#8217;il a dessin\u00e9 pour l&#8217;\u00e9mission<em> \u00abCin\u00e9ma Cin\u00e9mas\u00bb <\/em> diffus\u00e9e sur Antenne 2.<em> \u00abJe ne suis pas un homme de chapelles, je suis un hybride, un b\u00e2tard. Disons que je laisse des chewing-gums sous la table\u00bb <\/em>, livre-t-il \u00e0 Beaux-Arts Magazine en 2003 (3). C&#8217;est s\u00fbr, il y avait en Guy Pellaert un touche-\u00e0-tout pointilleux qui ne se prenait pas au s\u00e9rieux, mais amassait m\u00e9ticuleusement quantit\u00e9 de coupures de presse ou d&#8217;annonces publicitaires, et pouvait passer des jours sur le d\u00e9tail d&#8217;une toile.<\/p>\n<p><strong> M\u00c9LANCOLIE <\/strong><\/p>\n<p>Rock Dreams, le livre qu&#8217;il sort avec l&#8217;\u00e9crivain Nik Cohn en 1973, fait aussit\u00f4t figure de monument de papier pour la g\u00e9n\u00e9ration des baby-boomers.<em> \u00abIl y a un avant et un apr\u00e8s. On a tous \u00e9t\u00e9 touch\u00e9s. C&#8217;est arriv\u00e9 \u00e0 un moment o\u00f9 on ne s&#8217;y attendait pas, le rock \u00e9tait en perte de vitesse. On avait enfin trouv\u00e9 quelqu&#8217;un qui comprenait\u00bb <\/em>, se souvient Olivier Lorquin, commissaire de l&#8217;exposition que le mus\u00e9e Maillol, \u00e0 Paris, consacre \u00e0 l&#8217;artiste \u00e0 partir du printemps (voir encadr\u00e9). Six ans apr\u00e8s Pravda, Guy Peellaert met en sc\u00e8ne une centaine d&#8217;ic\u00f4nes du rock dans des d\u00e9cors clignotants aux allures de guirlandes \u00e9lectriques fatigu\u00e9es qui semblent signifier que la f\u00eate est bel et bien finie. Bill Haley dans le reflet d&#8217;un miroir, sous une lumi\u00e8re blafarde de salle de bain o\u00f9 tra\u00eene un kleenex usag\u00e9, une fillette en robe de mari\u00e9e assise sous l&#8217;affiche de Jerry Lee Lewis, le regard \u00e9gar\u00e9 de Diana Ross, Bob Dylan \u00e0 l&#8217;arri\u00e8re d&#8217;une limousine, Johnny Cash derri\u00e8re des barbel\u00e9s&#8230; Palpable, l&#8217;ombre inspirante du peintre Edward Hopper projette un voile de solitude et de m\u00e9lancolie sur une Janis Joplin fragile, cern\u00e9e par les murs nus d&#8217;une chambre d&#8217;h\u00f4tel, comme sur le Las Vegas d\u00e9peint par Guy Peellaert dans The Big Room, son livre suivant.<em> \u00abRock Dreams est rempli d&#8217;Annonciations, de Nativit\u00e9s, d&#8217;Adorations, de Passions, d&#8217;Agonies, de Crucifixions et de Pietas, plein de Tentation, d&#8217;Extases et presque chaque page contient une Epiphanie. Mais pas de R\u00e9surrections\u00bb <\/em>, souligne Michael Herr en introduction \u00e0 l&#8217;ouvrage. Ces images sont le condens\u00e9 d&#8217;une v\u00e9rit\u00e9 br\u00fblante et crue, celle des moments o\u00f9 la mort saisit le vif, quand les \u00e9toiles s&#8217;\u00e9teignent dans la banalit\u00e9 du quotidien, quand l&#8217;horreur c\u00f4toie le merveilleux ou quand parfois le r\u00eave se mue en cauchemar. Ainsi des Rolling Stones en uniforme nazi faisant cercle autour de quelques ch\u00e9rubins d\u00e9nud\u00e9s.<br \/>\n<em> \u00abGuy Peellaert part d&#8217;un support photographique, le fameux a\u00e9rographe, puise dans une documentation extraordinaire, utilise la gouache et le pastel, pour r\u00e9aliser des collages, observe Olivier Lorquin. C&#8217;est gr\u00e2ce \u00e0 cette technique qu&#8217;il constitue son univers fantasmagorique.\u00bb <\/em> On retrouve cet univers dans son dernier livre \u00e9dit\u00e9 en 1999, R\u00eaves du XXe si\u00e8cle, qui dessine les contours obsessionnels d&#8217;une \u00e9poque travers\u00e9e par le spectacle. On y croise De Gaulle, Piaf, Hitler, Einstein, Trotsky, Mitterrand ou Gainsbourg. Et l\u00e0 encore, ce go\u00fbt du d\u00e9tail qui le poussait, dans les ann\u00e9es 1970, \u00e0 retrouver les affiches qu&#8217;on trouvait \u00e9pingl\u00e9es dans les salons de coiffure de New York ou la Ford datant de 1959. Du coup, d\u00e9cors et accessoires viennent imprimer leur v\u00e9rit\u00e9 sur la surface r\u00e9fl\u00e9chissante des images dans un monde, comme l&#8217;\u00e9crit Michael Herr, qui<em> \u00abconsomme les ic\u00f4nes comme des assiettes en papier\u00bb <\/em>. C&#8217;est aussi cela que Guy Peellaert a su si bien montrer.<\/p>\n<p><strong> M.R. <\/strong><\/p>\n<p>1. Dans la pr\u00e9face de<em> Pravda la Survireuse <\/em>, \u00e9d. Eric Losfeld, 1968.<\/p>\n<p>2.<em> Lib\u00e9ration <\/em>, \u00ab Palette Peellaert \u00bb, 19 novembre 2008.<\/p>\n<p>3.<em> Beaux-Arts magazine <\/em>, \u00ab Guy Peellaert, La culture d&#8217;en-bas \u00bb, octobre 2003.<\/p>\n<p>Paru dans<em> Regards <\/em>, n\u00b062, mai-juin 2009<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> L&#8217;artiste belge exil\u00e9 \u00e0 Paris Guy Peellaert est incontournable pour les g\u00e9n\u00e9rations marqu\u00e9es par le rock. Disparu en novembre dernier, le mus\u00e9e Maillol lui rend hommage dans une exposition consacr\u00e9e \u00e0 son livre culte, Rock Dreams. Portrait d&#8217;un libertaire dont les visions fantasmatiques et les r\u00eaves incandescents tissent la trame d&#8217;une \u0153uvre ancr\u00e9e dans le XXe si\u00e8cle. <\/p>\n","protected":false},"author":573,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-4056","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4056","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/573"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4056"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4056\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4056"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4056"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4056"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}