{"id":4044,"date":"2009-05-01T00:00:00","date_gmt":"2009-04-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/les-idees-de-la-colere4044\/"},"modified":"2009-05-01T00:00:00","modified_gmt":"2009-04-30T22:00:00","slug":"les-idees-de-la-colere4044","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=4044","title":{"rendered":"Les id\u00e9es de la col\u00e8re"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Dans un monde en crise, o\u00f9 les conflits se radicalisent et la r\u00e9ponse politique se fait attendre, la parole d&#8217;\u00e9conomistes et de philosophes critiques est de plus en plus entendue. Les propositions alternatives sont-elles \u00e0 la hauteur de la vigueur critique? Retour sur des id\u00e9es qui font d\u00e9bat dans la gauche radicale et rencontre avec la philosophe Isabelle Garo.  <\/p>\n<p>La crise financi\u00e8re \u00e9branle le monde et les certitudes n\u00e9olib\u00e9rales. En France comme ailleurs, les luttes sociales s&#8217;ancrent dans les entreprises, les universit\u00e9s ou les h\u00f4pitaux et, devant une logique sociale et \u00e9conomique implacable et de plus en plus injuste, se radicalisent. Des salari\u00e9s en viennent m\u00eame \u00e0 s\u00e9questrer leurs patrons pour se faire entendre et retourner un rapport de force d\u00e9favorable. L&#8217;exemple de Caterpillar, qui pr\u00e9voit 20000 licenciements pour pr\u00e9server la rentabilit\u00e9 de ses actions, est embl\u00e9matique: en pleine crise, comment la r\u00e9tribution du capital au d\u00e9triment du maintien des emplois ne susciterait-elle pas des actes de r\u00e9volte? Comment les \u00e9normes bonus rafl\u00e9s par quelques dirigeants sans scrupules pendant que les salaires du plus grand nombre stagnent ou reculent ne s\u00e8meraient-ils pas la col\u00e8re? Pour autant, aussi utiles et fondamentaux qu&#8217;ils soient, les conflits sociaux ne suffisent pas \u00e0 modifier substantiellement la donne. La r\u00e9ponse politique est attendue&#8230; et se fait attendre. <\/p>\n<p><strong> PANNE POLITIQUE <\/strong><\/p>\n<p>De ce c\u00f4t\u00e9-l\u00e0, la panne est s\u00e9v\u00e8re. Si l&#8217;on entend bien Olivier Besancenot se faire le porte-voix des salari\u00e9s en lutte et Jean-Luc M\u00e9lenchon exprimer fort justement la n\u00e9cessit\u00e9 de construire une autre gauche que celle du renoncement n\u00e9olib\u00e9ral, la gauche radicale ne casse pas la baraque et ne constitue pas l&#8217;espoir attendu. Le paradoxe est l\u00e0 : alors que la crise offre \u00abun boulevard\u00bb \u00e0 toutes celles et ceux qui contestent depuis longtemps le syst\u00e8me capitaliste, le discours de la \u00abgauche de gauche\u00bb ne se r\u00e9v\u00e8le pas \u00e0 la hauteur des d\u00e9fis contemporains, son projet politique n&#8217;appara\u00eet pas encore comme une alternative cr\u00e9dible, largement appropriable et appropri\u00e9e par les exploit\u00e9s et les domin\u00e9s. Et il serait un peu court de pr\u00e9tendre que seules p\u00e8sent les divisions&#8230; Une dynamique unitaire aurait sans doute permis \u00e0 la gauche radicale d&#8217;appara\u00eetre, dans les sondages et en juin prochain dans les urnes, comme la troisi\u00e8me force politique du pays (voir \u00e9dito et p. 12). Si l&#8217;unit\u00e9 est un enjeu strat\u00e9gique majeur, elle ne saurait se substituer au projet, au d\u00e9fi id\u00e9ologique. La panne politique vient donc aussi de l&#8217;\u00e9mergence difficile dans l&#8217;espace public d&#8217;une nouvelle id\u00e9ologie, d&#8217;une vision du monde, contemporaine et dynamique, qui porte la perspective de d\u00e9passement du capitalisme. <\/p>\n<p><strong> APPUIS TH\u00c9ORIQUES <\/strong><\/p>\n<p>Comme le postule Isabelle Garo dans son livre remarquable,<em> L&#8217;id\u00e9ologie ou la pens\u00e9e embarqu\u00e9e <\/em>,<em> \u00abla capacit\u00e9 de r\u00e9sistance et de riposte r\u00e9side aussi dans l&#8217;actualit\u00e9 maintenue d&#8217;une notion d&#8217;id\u00e9ologie non s\u00e9par\u00e9e de la lutte qui l&#8217;habite, actualit\u00e9 sans cesse \u00e0 construire et \u00e0 reconstruire, et cela \u00e0 partir de son pass\u00e9 le plus f\u00e9cond et le plus actif\u00bb <\/em>. Le sentiment d&#8217;un d\u00e9ficit notoire d&#8217;une pens\u00e9e radicale a longtemps pr\u00e9valu. Si la production intellectuelle marxienne ou tout simplement transformatrice n&#8217;a jamais r\u00e9ellement cess\u00e9, elle ne per\u00e7ait pas ou trop peu dans le d\u00e9bat public. Manquaient donc des points d&#8217;appui th\u00e9oriques. Or, de ce point de vue, un pr\u00e9cieux boug\u00e9 semble s&#8217;op\u00e9rer, sans doute \u00e0 la faveur des crises que nous traversons. Les ouvrages de Marx se vendent comme des petits pains. Significatif \u00e9galement, Andr\u00e9 Gorz fait un grand retour et La soci\u00e9t\u00e9 de consommation de Jean Baudrillard s&#8217;\u00e9tale dans toutes les bonnes librairies. Surtout, les intellectuels vivants qui revendiquent une autre perspective historique sont en passe d&#8217;imposer progressivement leur voix. En outre, c&#8217;est du c\u00f4t\u00e9 des philosophes que la perc\u00e9e est la plus notable, ce qui permet de ne pas focaliser sur les seuls m\u00e9canismes proprement \u00e9conomiques mais de mettre en question plus globalement le sens de notre avenir commun. <\/p>\n<p><strong> INTELLECTUELS, LE RETOUR <\/strong><\/p>\n<p>Les figures intellectuelles le plus commun\u00e9ment associ\u00e9es \u00e0 la gauche critique se sont notamment retrouv\u00e9es \u00e0 la Birkbeck University of London, en mars dernier, pour un colloque intitul\u00e9 \u00abOn the Idea of Communism\u00bb. L&#8217;initiative a fait salle comble et drain\u00e9 de nombreux jeunes. En sc\u00e8ne notamment : Alain Badiou, Jacques Ranci\u00e8re, Slavoj Zizek et Toni Negri. Depuis la parution de son essai De quoi Sarkozy est-il le nom?, aux Nouvelles \u00e9ditions Lignes, en 2007, Alain Badiou conna\u00eet un v\u00e9ritable succ\u00e8s de librairie (lire la critique d&#8217;Arnaud Viviant sur L&#8217;hypoth\u00e8se communiste, p. 10). Le philosophe donne d\u00e9sormais son point de vue, dans de larges colonnes, \u00e0 Lib\u00e9ration ou ailleurs, et prend la parole \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, comme dans l&#8217;\u00e9mission \u00abCe soir ou jamais\u00bb de Fr\u00e9d\u00e9ric Taddei (1). C&#8217;est sans doute la radicalit\u00e9 du propos, le caract\u00e8re incisif de la critique, qui s\u00e9duit : en d\u00e9pit d&#8217;une touche mao\u00efste et de r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 Saint-Paul&#8230; Dans un autre genre, m\u00ealant marxisme et psychanalyse, Slavoj Zizek fait \u00e9galement un tabac. Que son point de vue sur la d\u00e9mocratie (entre autres) soit contestable (2), pr\u00eatant facilement le flanc \u00e0 bien des critiques du c\u00f4t\u00e9 de l&#8217;id\u00e9ologie dominante, n&#8217;emp\u00eache pas Zizek de toucher particuli\u00e8rement les nouvelles g\u00e9n\u00e9rations intellectuelles de la gauche radicale. Dans ces deux cas, la pertinence de la proposition alternative n&#8217;est pas \u00e0 la hauteur de la vigueur critique. Mais leur popularit\u00e9 signe un d\u00e9sir d&#8217;une reconstruction id\u00e9ologique qui se cherche et s&#8217;affirme. D&#8217;autres indicateurs confirment  cette qu\u00eate: l&#8217;\u00e9cho du dernier livre de Jacques Ranci\u00e8re, Le spectateur \u00e9mancip\u00e9, le succ\u00e8s des conf\u00e9rences d&#8217;Ars Industrialis (au th\u00e9\u00e2tre de la Colline \u00e0 Paris et sur leur site Internet), l&#8217;influence grandissante du philosophe marxien Bernard Stiegler (lire la critique de son dernier livre, Pour une nouvelle critique de l&#8217;\u00e9conomie politique), l&#8217;\u00e9cho du point de vue d&#8217;Immanuel Wallerstein sur la fin du capitalisme, l&#8217;audience croissante de Michel Onfray, qui s&#8217;est toujours affich\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 de la \u00abgauche de gauche\u00bb, ou encore quelques succ\u00e8s inattendus d&#8217;essais critiques virulents tels que La politique de l&#8217;oxymore (3)&#8230; En outre, l&#8217;influence de Toni Negri, en particulier depuis la publication de<em> Multitude <\/em> (4), ou, dans un autre registre, celle de Daniel Bensa\u00efd, qui a r\u00e9cemment sign\u00e9<em> Penser Agir <\/em> (5), restent vivaces dans les divers espaces de la gauche radicale. Or, comme l&#8217;exprimait fort bien le grand Karl Marx,<em> \u00abla th\u00e9orie aussi, d\u00e8s qu&#8217;elle s&#8217;empare des masses, devient une puissance mat\u00e9rielle\u00bb <\/em>. <\/p>\n<p><strong> C.A. <\/strong><\/p>\n<p>1. Lire la retranscription de cette \u00e9mission dans<em> Cerises <\/em> n\u00b031, sur http:\/\/www.communistesunitaires.net<\/p>\n<p>2. Voir ma critique de la pens\u00e9e de Slavoj Zizek, dans<em> Regards <\/em> n\u00b021 septembre 2005, en ligne sur https:\/\/wp.muchomaas.com\/article\/edit\/?id=2110<\/p>\n<p>3. Bertrand M\u00e9heust,<em> La politique de l&#8217;oxymore <\/em>, \u00e9d. La D\u00e9couverte, 2009.<\/p>\n<p>4. Toni Negri, Micha\u00ebl Hardt,<em> Multitude : guerre et d\u00e9mocratie \u00e0 l&#8217;\u00e9poque de l&#8217;Empire <\/em>, \u00e9d. La D\u00e9couverte, 2004.<\/p>\n<p>5.  Daniel Bensa\u00efd,<em> Penser Agir <\/em>, Nouvelles \u00e9ditions Lignes, 2008.<\/p>\n<p>Paru dans<em> Regards <\/em> n\u00b062, mai-juin 2009<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Dans un monde en crise, o\u00f9 les conflits se radicalisent et la r\u00e9ponse politique se fait attendre, la parole d&#8217;\u00e9conomistes et de philosophes critiques est de plus en plus entendue. Les propositions alternatives sont-elles \u00e0 la hauteur de la vigueur critique? 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