{"id":4010,"date":"2009-04-01T00:00:00","date_gmt":"2009-03-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/par-amour4010\/"},"modified":"2009-04-01T00:00:00","modified_gmt":"2009-03-31T22:00:00","slug":"par-amour4010","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=4010","title":{"rendered":"Par amour"},"content":{"rendered":"<p>Depuis<em> L&#8217;adversaire <\/em>, son livre sur l&#8217;affaire Jean-Claude Romand, cet homme qui avait b\u00e2ti sa vie sur un mensonge, on attend les publications d&#8217;Emmanuel Carr\u00e8re avec impatience.<em> Un roman russe <\/em> avait ensuite confirm\u00e9 que l&#8217;\u00e9crivain avait trouv\u00e9 une nouvelle mani\u00e8re d&#8217;articuler journalisme, reportage litt\u00e9raire, autobiographie et romanesque. Comme on avait pu un moment parler d&#8217;autofiction pour d\u00e9finir un nouveau pacte autobiographique, on pouvait parler avec Emmanuel Carr\u00e8re d&#8217;autoroman. Si, comme le dit Stendhal, un roman est un miroir que l&#8217;on prom\u00e8ne le long du chemin, notre homme semblait avoir trouv\u00e9 une nouvelle inclinaison pour ce miroir, une autre mani\u00e8re de le tenir bien en main.<em> Un roman russe <\/em> montrait ainsi une aptitude \u00e0 sc\u00e9nariser le r\u00e9el, \u00e0 monter des r\u00e9cits qui d\u00e9voilaient la face romanesque de la vie. On sentait chez Carr\u00e8re, ancien critique de cin\u00e9ma et cin\u00e9aste lui-m\u00eame, la volont\u00e9 d&#8217;\u00e9crire cin\u00e9matographiquement, en d\u00e9voilant les saillies dramatiques de la r\u00e9alit\u00e9. Son nouveau livre est un nouveau succ\u00e8s, de ce point de vue. Lisons le quatri\u00e8me :<em> \u00ab A quelques mois d&#8217;intervalle, la vie m&#8217;a rendu t\u00e9moin de deux \u00e9v\u00e9nements qui me font le plus peur au monde : la mort d&#8217;un enfant pour ses parents, celle d&#8217;une jeune femme pour ses enfants et son mari. Quelqu&#8217;un m&#8217;a dit alors : tu es \u00e9crivain, pourquoi n&#8217;\u00e9cris-tu pas notre histoire ? \u00bb <\/em><\/p>\n<p>C&#8217;est toute l&#8217;affaire de<em> D&#8217;autres vies que la mienne <\/em> : l&#8217;\u00e9crivain s&#8217;y fait scribe. A charge pour lui de dire la v\u00e9rit\u00e9, toute la v\u00e9rit\u00e9, rien que la v\u00e9rit\u00e9. Mais qu&#8217;est-ce que la v\u00e9rit\u00e9 de drames aussi inadmissibles, insoutenables et injustifiables que la mort d&#8217;une enfant dans une catastrophe naturelle ou celle d&#8217;une jeune m\u00e8re de famille, par ailleurs juge sp\u00e9cialis\u00e9e dans le surendettement, d&#8217;un cancer ? C&#8217;est toute la tension du livre : trouver la v\u00e9rit\u00e9, non pas de ces drames (ils n&#8217;en ont pas, m\u00eame si le livre s&#8217;interroge courageusement sur la nature du cancer : biologique ou somatique) mais de ces vies, de la vie. La r\u00e9ponse de l&#8217;\u00e9crivain (que son fonds chr\u00e9tien, sans doute remont\u00e9 d&#8217;une psychanalyse, charpente) est simple : c&#8217;est l&#8217;amour. Et voil\u00e0 l&#8217;\u00e9crivain qui, par amour, celui de sa femme et celui qu&#8217;il d\u00e9couvre de la vie, se plonge dans l&#8217;\u00e9pais et r\u00e9barbatif dossier du surendettement, transformant un livre sur l&#8217;implacabilit\u00e9 des destin\u00e9es en un livre sur l&#8217;implacabilit\u00e9 de certains engagements. Lui-m\u00eame, \u00e0 la fin du livre, fait son bilan de<em> \u00ab sant\u00e9 mentale \u00bb <\/em> (que Freud, rappelle-t-il, r\u00e9sumait ainsi : la sant\u00e9 mentale se caract\u00e9rise par la capacit\u00e9 \u00e0 aimer et \u00e0 travailler) : il aime. Et bient\u00f4t, il va travailler. En ajoutant, magnifiquement :<em> \u00ab Ah, et puis : je pr\u00e9f\u00e8re ce qui me rapproche des autres hommes \u00e0 ce qui m&#8217;en distingue. \u00c7a aussi, c&#8217;est nouveau. \u00bb <\/em><\/p>\n<p><strong> Emmanuel Carr\u00e8re <\/strong>,<em> D&#8217;autres vies que la mienne <\/em>, \u00e9d. P.O.L., 19,50 e <\/p>\n<p>VOYAGE \u00c0 BELGRADE<\/p>\n<p>Depuis<em> J&#8217;ai \u00e9pous\u00e9 un casque bleu <\/em>, qui nous plongeait dans la guerre des Balkans c\u00f4t\u00e9 bosniaque, David di Nota, jeune \u00e9crivain qui s&#8217;\u00e9tait distingu\u00e9 jusqu&#8217;\u00e0 pr\u00e9sent par des livres l\u00e9gers, styl\u00e9s, ironiques, semble avoir trouv\u00e9 son sujet : la guerre. Cette fois, avec<em> Bambipark <\/em>, il va chez \u00ab l&#8217;ennemi \u00bb : les Serbes.<em> Bambipark <\/em> raconte donc un voyage \u00e0 Belgrade o\u00f9 l&#8217;\u00e9crivain qui cherche \u00e0 \u00e9crire une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre sur la notion de guerre \u00ab humanitaire \u00bb s&#8217;enquiert de ce parc \u00e0 th\u00e8mes pour divertir les enfants que le fils de Milosevic a fait construire sous les bombardements : le Bambipark du titre. Sur un ton badin, David di Nota qui se qualifie<em> \u00ab d&#8217;Europ\u00e9en tout \u00e0 fait ordinaire berc\u00e9 par le pacifisme tranquille des ann\u00e9es 1990 \u00bb <\/em>, ayant vot\u00e9 \u00ab oui \u00bb au Trait\u00e9 de Maastricht dans l&#8217;espoir de voir les peuples europ\u00e9ens vivre en paix, puis ayant d\u00fb consid\u00e9rer comme tout le monde le massacre de Srebenica, pour ne parler que de celui-l\u00e0, en vient \u00e0 soulever d&#8217;importantes questions. Faut-il continuer \u00e0 vivre sur un id\u00e9al kantien qu&#8217;il qualifie de<em> \u00ab philosophie grotesque fond\u00e9e sur l&#8217;esp\u00e9rance en un destin rationnel de l&#8217;humanit\u00e9 \u00bb <\/em> ? Et, par ailleurs, les peuples ont-ils une \u00e2me ? Sa r\u00e9ponse semble bien \u00eatre oui. Comme il l&#8217;\u00e9crit :<em> \u00ab Je m&#8217;aper\u00e7ois qu&#8217;il faut une somme consid\u00e9rable de na\u00efvet\u00e9 : ou de simplisme : pour croire au d\u00e9passement des nations en Europe. Que cette v\u00e9rit\u00e9 soit d\u00e9solante au plus grand nombre, je le reconnais sans mal, mais faut-il att\u00e9nuer une v\u00e9rit\u00e9 parce qu&#8217;elle est d\u00e9solante ? Doit-on raconter des histoires aux \u00e9lecteurs europ\u00e9ens sous pr\u00e9texte que leur besoin de consolation est impossible \u00e0 rassasier ? \u00bb <\/em> Un roman : m\u00eame si sa r\u00e9flexion n&#8217;est pas assez pouss\u00e9e : qu&#8217;on devrait lire avant de mettre b\u00eatement son bulletin dans l&#8217;urne aux \u00e9lections europ\u00e9ennes.<\/p>\n<p><strong> David Di Nota <\/strong>,<em> Bambipark <\/em>, \u00e9d. Gallimard\/ L&#8217;Infini, 18 e<\/p>\n<p>BIO D&#8217;UN R\u00c9VOLUTIONNAIRE<\/p>\n<p>Si vous n&#8217;avez pas le courage de lire l&#8217;imposante biographie du r\u00e9volutionnaire mexicain par Ignacio Paco Ta\u00efbo II, pr\u00e9cipitez-vous en revanche, pour 3 euros seulement, sur son portrait r\u00e9alis\u00e9 sur le vif, en 1913, par John Reed, le c\u00e9l\u00e8bre journaliste et militant communiste am\u00e9ricain, qui racontera la R\u00e9volution d&#8217;octobre dans<em> Les dix jours qui \u00e9branl\u00e8rent le monde <\/em> avant d&#8217;\u00eatre enterr\u00e9 sous le Kremlin. <\/p>\n<p><strong> John Reed <\/strong>,<em> Pancho Villa <\/em>, \u00e9d. Allia, 3 e<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis L&#8217;adversaire , son livre sur l&#8217;affaire Jean-Claude Romand, cet homme qui avait b\u00e2ti sa vie sur un mensonge, on attend les publications d&#8217;Emmanuel Carr\u00e8re avec impatience. 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