{"id":4002,"date":"2009-04-01T00:00:00","date_gmt":"2009-03-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/jean-louis-martinelli-toucher-un4002\/"},"modified":"2009-04-01T00:00:00","modified_gmt":"2009-03-31T22:00:00","slug":"jean-louis-martinelli-toucher-un4002","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=4002","title":{"rendered":"Jean-Louis Martinelli : \u00abToucher un public large et \u00eatre sur des pratiques en mouvement \u00bb"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Etat des lieux d&#8217;un espace public. Cette rubrique ouvre ses pages \u00e0 un petit cycle de recontres avec des figures du th\u00e9\u00e2tre public. Ce mois-ci, Jean-Louis Martinelli, directeur du Th\u00e9\u00e2tre des Amandiers de Nanterre. <\/p>\n<p>Si les diagnostics de crise de la culture vont tous azimuts, on se penche rarement avec pr\u00e9cision sur le fonctionnement de l&#8217;institution en tant que tel : ses enjeux, ses rouages, sa capacit\u00e9 de rep\u00e9rage et de renouvellement, le dialogue qu&#8217;elle a avec son hors-champ. Avec l&#8217;entretien de ce mois-ci, on entame un petit cycle de rencontres avec des figures importantes du th\u00e9\u00e2tre public actuel, afin de contribuer \u00e0 ce qui serait, non pas un bilan aux enjeux trop attendus comme le pouvoir les affectionne, mais bien une r\u00e9activation de pens\u00e9e autour de la question de la Culture, en \u00e9cho aux cinquante ans de son minist\u00e8re. Affirmer la n\u00e9cessit\u00e9 d&#8217;un dialogue entre les acteurs et d&#8217;un d\u00e9collement des impens\u00e9s qui gr\u00e8vent leurs actions. Autrement dit, r\u00e9activer des capacit\u00e9s d&#8217;audace collective en un domaine o\u00f9 la pusillanimit\u00e9 \u00e9tend son r\u00e8gne.  Notre cycle <em> \u00abCulture, \u00e9tat des lieux d&#8217;un espace public \u00bb <\/em> s&#8217;ouvre avec Jean-Louis Martinelli, directeur du Th\u00e9\u00e2tre des Amandiers de Nanterre, lieu symbolique, \u00e0 la fois, d&#8217;un devenir urbain particulier, qui va du bidonville francilien des ann\u00e9es 1950 au p\u00f4le tertiaire des ann\u00e9es 1990, symbolique aussi, dans ces deux peuplements, des fronts de la conqu\u00eate du public que s&#8217;est donn\u00e9s l&#8217;institution dramatique. <strong> D.S. <\/strong><\/p>\n<p><strong> Pouvez-vous d\u00e9finir une \u00e9thique pour votre m\u00e9tier ou votre fonction de directeur de th\u00e9\u00e2tre public? Jean-Louis Martinelli. <\/strong> Elle concernerait deux aspects. D&#8217;une part, les choix de programmation : \u00eatre au plus pr\u00e8s de ce qui est la n\u00e9cessit\u00e9 int\u00e9rieure (qu&#8217;est-ce qu&#8217;on a \u00e0 dire sur une sc\u00e8ne?), essayer de pr\u00e9senter des artistes qui aient une position singuli\u00e8re, en prenant en compte l&#8217;ensemble de la vari\u00e9t\u00e9 du paysage th\u00e9\u00e2tral. D&#8217;autre part, dans les modes de programmation : lutter contre l&#8217;\u00e9miettement du temps, les temps de production et de pr\u00e9sentation. Il n&#8217;y a pas de th\u00e9\u00e2tre public populaire sans temps, sans dur\u00e9e. Ce qui se joue au niveau europ\u00e9en est significatif : bien que l&#8217;on entende parler partout des artistes, la r\u00e9alit\u00e9 de l&#8217;initiative appartient \u00e0 l&#8217;ing\u00e9nierie culturelle, aux diffuseurs et aux producteurs. On ne demande pas aux artistes ce dont ils ont besoin pour travailler, on impose des modes de travail. <\/p>\n<p><strong> Comment d\u00e9finiriez-vous la <em> \u00abn\u00e9cessit\u00e9 int\u00e9rieure \u00bb <\/em> que vous \u00e9voquez comme gage d&#8217;une \u00e9thique de travail? J.-L.M <\/strong> Il y a quelques crit\u00e8res. Premi\u00e8rement, je travaille essentiellement sur des textes, notamment des commandes \u00e0 des auteurs contemporains. Je cherche des textes qui posent des questions \u00e0 la fois au th\u00e9\u00e2tre et au monde, directement ou souterrainement. L&#8217;id\u00e9e du <em> \u00abth\u00e9\u00e2tre pour le th\u00e9\u00e2tre \u00bb <\/em> me d\u00e9pla\u00eet fortement, j&#8217;entends par l\u00e0 le pur divertissement. Je ne verrais pas la n\u00e9cessit\u00e9 d&#8217;un th\u00e9\u00e2tre qui n&#8217;aurait pas de dimension politique sous-sous-jacente.  Je ne cherche pas ainsi \u00e0 opposer, comme on le fait en France aujourd&#8217;hui de fa\u00e7on trop cliv\u00e9e, th\u00e9\u00e2tres public et priv\u00e9. Ces modes de production induisent des esth\u00e9tiques diff\u00e9rentes, mais Dullin ou Jouvet \u00e9taient dans des modes de production priv\u00e9s et quand Bob Wilson vient jouer chez nous, il est subventionn\u00e9 par Sony.<\/p>\n<p><strong> Est-ce que Sony aurait subventionn\u00e9 les d\u00e9buts du Th\u00e9\u00e2tre du Radeau? La question que je veux poser par l\u00e0 est celle des rapports entre l&#8217;art et l&#8217;institution : dans quelle mesure l&#8217;institution telle qu&#8217;elle fonctionne en France est un lieu de rep\u00e9rage ou de production d&#8217;objets d&#8217;art? J.-L.M <\/strong> Je ne parlerai que pour moi, ce qui est peut-\u00eatre une fa\u00e7on de reconna\u00eetre que cela ne marche pas si bien que \u00e7a&#8230; Pour une grande part, je pense qu&#8217;il y a une grande recherche formelle sur les spectacles qui sont pr\u00e9sent\u00e9s. La difficult\u00e9 n&#8217;est pas celle que vous pointez, elle serait plut\u00f4t celle des espaces de recherche pure. Des objets plus singuliers qui concerneraient des publics plus restreints sont de plus en plus difficile \u00e0 faire na\u00eetre sous les contraintes de fr\u00e9quentation qui sont de plus en plus fortes. Vitez \u00e0 Chaillot ouvrait avec Tombeau pour 500 000 soldats : ce n&#8217;est peut-\u00eatre plus possible aujourd&#8217;hui. Quelqu&#8217;un comme Bruno Meyssat a, par exemple, de grosses difficult\u00e9s \u00e0 travailler, parce que l&#8217;on pense que ses spectacles ne vont pas faire venir assez de personnes. Si vous allez regarder les registres publics du Th\u00e9\u00e2tre de l&#8217;Ath\u00e9n\u00e9e, vous constaterez que Jouvet montrait en alternance Les Bonnes de Gen\u00eat et Knock, l&#8217;un faisant un bide commercial et l&#8217;autre remplissant la salle. Ici nous avons un ratio de 1 \u00e0 3 entre un auteur contemporain et un Shakespeare, m\u00eame massacr\u00e9 par la presse. Avancer sur un r\u00e9pertoire demande du temps : il y a trois fois plus de public pour voir mes mises en sc\u00e8ne de Lars Noren qu&#8217;au d\u00e9but. Mais rien n&#8217;est fait pour penser la dur\u00e9e d&#8217;un travail artistique. La perte des sommes disponibles pour le travail th\u00e9\u00e2tral, en vingt ans, est \u00e9norme, cela inhibe la prise de risque. Bien s\u00fbr, je voudrais \u00e0 la fois toucher un public large et \u00eatre sur des pratiques en mouvement, mais des plateaux aussi grands que celui des Amandiers appellent aussi un certain type de r\u00e9pertoire.<\/p>\n<p><strong> Ces donn\u00e9es de remplissage n&#8217;ont pas toujours \u00e9t\u00e9 aussi pr\u00e9gnantes, et la place que cette question-l\u00e0 prend n&#8217;est-elle pas \u00e0 proprement parler catastrophique? J.-L.M <\/strong> \u00c7a d\u00e9pend. Le discours que nous tenions quand j&#8217;ai commenc\u00e9, dans les ann\u00e9es 1970, \u00e9tait givr\u00e9 : le public n&#8217;\u00e9tait pas notre affaire. C&#8217;est une b\u00eatise. Il me semble aujourd&#8217;hui fondamental d&#8217;avoir le souci de s&#8217;adresser au plus grand nombre. Mais il ne faut pas que cela soit le crit\u00e8re dominant dans le travail men\u00e9. Je ne vois rien de scandaleux \u00e0 ce que la puissance publique exige que le th\u00e9\u00e2tre rencontre beaucoup de spectateurs, \u00e0 condition que cela n&#8217;invalide pas des exp\u00e9riences artistiques. Ce qui manque dans le paysage fran\u00e7ais, ce sont des laboratoires. On demande \u00e0 l&#8217;institution de r\u00e9soudre toutes les questions, d&#8217;accueillir toutes les compagnies, mais c&#8217;est impossible. Je souhaiterais qu&#8217;il soit choisi un corps de compagnies serr\u00e9 mais bien plus aid\u00e9es qu&#8217;aujourd&#8217;hui. <\/p>\n<p><strong> O\u00f9 situez-vous alors la fronti\u00e8re entre une exigence de remplissage acceptable et une excessive? Quelle diff\u00e9rence entre un th\u00e9\u00e2tre soucieux du public et le marketing? J.-L.M <\/strong> C&#8217;est un rapport complexe, c&#8217;est aussi l&#8217;art de la ruse. Quand j&#8217;assure de gros taux de fr\u00e9quentation sur des Shakespeare, je peux travailler sur Lars Noren pendant ce temps tranquillement! (1)<\/p>\n<p><strong> Si vous ne faites que du <em> \u00abLars Noren \u00bb <\/em>, que se passe-t-il? J.-L.M <\/strong> Les gens vont vers de la reconnaissance, comme des consommateurs culturels. Nos salles seraient moins remplies, or, quand on a des salles de 1000 places et qu&#8217;on y met des gradins de 200 places, je trouve \u00e7a injuste. Le th\u00e9\u00e2tre a toujours eu affaire avec l&#8217;art du commerce. <\/p>\n<p><strong> Votre parcours est une progression lin\u00e9aire et <em> \u00abnaturelle \u00bb <\/em>, aujourd&#8217;hui il semble que ce type de carri\u00e8re soit impensable, il y a beaucoup trop de verrouillages et de grippages. Pourquoi? J.-L.M <\/strong> Il y avait moins de gens de spectacle, le rep\u00e9rage \u00e9tait plus facile et plus fluide. La notion de projet et les appels d&#8217;offres pour diriger les lieux n&#8217;existaient pas!<\/p>\n<p><strong> N&#8217;y avait-il pas aussi moins de lieux, de sorte que la proportion n&#8217;a pas tant chang\u00e9 que cela? J.-L.M <\/strong> On avait les moyens de penser l&#8217;autonomie des compagnies. Pourquoi y a-t-il une telle crispation sur l&#8217;institution aujourd&#8217;hui : puisque c&#8217;est de cela dont nous parlons?  Parce qu&#8217;elle semble \u00eatre le seul endroit possible pour faire du th\u00e9\u00e2tre. Et c&#8217;est un probl\u00e8me. La question la plus cruciale du th\u00e9\u00e2tre fran\u00e7ais est celle des compagnies, c&#8217;est-\u00e0-dire l&#8217;ensemble du cursus : comment permettre aux \u00e9quipes de cr\u00e9ation de penser leur travail de 25 \u00e0 80 ans? Si on avait le courage politique de s\u00e9lectionner des compagnies et de les doter budg\u00e9tairement, cela d\u00e9crisperait le syst\u00e8me. Il me semble tr\u00e8s important pour les \u00e9quipes artistiques d&#8217;\u00eatre leurs propres producteurs. Mais cela suppose une politique volontariste. C&#8217;est une question d&#8217;organisation de l&#8217;espace. L&#8217;artiste \u00e9tait au centre du dispositif dans les ann\u00e9es 1970, aujourd&#8217;hui il ne l&#8217;est plus. Et cela croisait une volont\u00e9 politique li\u00e9e \u00e0 l&#8217;id\u00e9e de progr\u00e8s, qui \u00e9tait illusoire mais qui donnait \u00e0 vivre.   <\/p>\n<p><strong> Propos recueillis par D.S. <\/strong><\/p>\n<p>1.http:\/\/www.nanterre-amandiers.com<\/p>\n<p>Paru dans<em> Regards <\/em> n\u00b061, avril 2009<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Etat des lieux d&#8217;un espace public. Cette rubrique ouvre ses pages \u00e0 un petit cycle de recontres avec des figures du th\u00e9\u00e2tre public. 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