{"id":4000,"date":"2009-04-01T00:00:00","date_gmt":"2009-03-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/recits-d-errances4000\/"},"modified":"2009-04-01T00:00:00","modified_gmt":"2009-03-31T22:00:00","slug":"recits-d-errances4000","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=4000","title":{"rendered":"R\u00e9cits d&#8217;errances"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"><em> Wendy &#038; Lucy <\/em>, de Kelly Reichardt,<em> A l&#8217;aventure <\/em>, de Jean-Claude Brisseau, <em> Dans la brume \u00e9lectrique <\/em>, de Bertrand Tavernier : trois films, trois aventures, trois fa\u00e7ons d&#8217;\u00eatre libre. <\/p>\n<p><strong> SEULE DANS LA VILLE <\/strong><br \/>\n<em> Wendy &#038; Lucy <\/em>, de <strong> Kelly Reichardt,  <\/strong> en salles le 8 avril<\/p>\n<p>Sur la route. En apesanteur, critique et douceur.<em> Wendy &#038; Lucy <\/em>, de l&#8217;Am\u00e9ricaine Kelly Reichardt : auteur du remarqu\u00e9<em> Old Joy <\/em> (2007) : se situe, quelque part, au carrefour de plusieurs films ; entre<em> Wanda <\/em>, de Barbara Loden,<em> Umberto D. <\/em>, de Vittorio De Sicca et<em> Into the Wild <\/em>, de Sean Penn. Non loin du f\u00e9minisme du premier,<em> Wendy &#038; Lucy <\/em> met en sc\u00e8ne l&#8217;errance d&#8217;une femme marginale, port\u00e9e par le jeu hypnotisant de Michelle Williams, tout en minimalisme et en retenue. D<em> Umberto D. <\/em>, Kelly Reichardt, dont les r\u00e9f\u00e9rences cin\u00e9matographiques rayonnent du n\u00e9or\u00e9alisme italien au cin\u00e9ma allemand (Fassbinder notamment, pour sa vision des rapports de classe), reprend la relation centrale, m\u00e9taphysique (1), entre un \u00eatre humain : Wendy, donc : et un animal : sa chienne, Lucy. Lucy, qu&#8217;elle pr\u00e9nomme avec affection,<em> \u00abLu\u00bb <\/em>, b\u00e2tarde au regard amical, croisement entre un chien de chasse et un labrador, poil jaune orang\u00e9. Enfin, sorte de cousin \u00e9loign\u00e9 d<em> Into the Wild <\/em> qui resterait dans un environnement urbain ou semi-urbain, \u00e0 l&#8217;or\u00e9e des for\u00eats et des clairi\u00e8res,<em> Wendy &#038; Lucy <\/em> tend vers un ailleurs, jamais atteint :<em> \u00abJe ne fais que passer\u00bb <\/em>, r\u00e9p\u00e9tera plusieurs fois la jeune femme au teint diaphane et aux gestes d\u00e9licats, pourtant peu prodigue en mots. <\/p>\n<p>Wendy la solitaire, dont on ne sait quasiment rien sinon qu&#8217;elle a une s\u0153ur, veut aller vivre en Alaska. Dans son cahier de route, elle a not\u00e9 les horaires des ferries susceptibles de l&#8217;emmener l\u00e0-bas. Mais sa trajectoire se voit modifier quand sa vieille voiture, qui fait office de maison, de garde-manger et de dortoir, tombe en panne dans une petite ville de l&#8217;Oregon.<em> \u00abWendy est une survivante. Elle est issue d&#8217;une classe sociale pour qui peu de portes sont ouvertes, pour qui il n&#8217;y a pas vraiment d&#8217;opportunit\u00e9s. Elle se d\u00e9brouille bien avec peu de choses, mais lorsqu&#8217;elle se retrouve avec des moyens encore plus r\u00e9duits, elle ne sait pas comment faire pour sortir de la situation dans laquelle elle se trouve. Elle est profond\u00e9ment seule face \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 qui ne lui offre rien pour la soutenir. C&#8217;est comme si, au fond, elle se retrouvait perdue dans une nature sauvage et hostile, dans la jungle. Elle est entr\u00e9e dans une dimension primitive de la soci\u00e9t\u00e9. Elle ne peut faire confiance \u00e0 personne, except\u00e9 \u00e0 son chien\u00bb <\/em>, commente la cin\u00e9aste. A l&#8217;immobilit\u00e9 de la voiture, r\u00e9pond le ch\u00f4mage qui r\u00e8gne dans cette ville mise en sommeil par la fermeture de ses usines. La marginalit\u00e9 de Wendy s&#8217;accro\u00eet lorsque, arr\u00eat\u00e9e apr\u00e8s avoir commis un menu larcin dans une \u00e9picerie, elle perd son chien. Wendy lie petit \u00e0 petit connaissance avec l&#8217;agent de s\u00e9curit\u00e9 : qui lui avait d&#8217;abord intim\u00e9 l&#8217;ordre de d\u00e9placer sa voiture, de sortir du p\u00e9rim\u00e8tre, pour voguer encore un peu plus vers les marges. L&#8217;homme, aussi paum\u00e9 qu&#8217;elle, statique, plant\u00e9 dans son parking de 8 heures \u00e0 20 heures, tente de l&#8217;aider comme il peut. La subtilit\u00e9 t\u00e9nue de leur lien caract\u00e9rise avec gr\u00e2ce le tempo du film, sa lenteur et sa pr\u00e9cision, qui culmine dans le magnifique travelling d&#8217;ouverture ou dans le petit air ent\u00eatant fredonn\u00e9 en boucle par Wendy. Une vision de la libert\u00e9 et de la fragilit\u00e9 humaines, qui est aussi une pratique, celle d&#8217;une ind\u00e9pendance cin\u00e9matographique et artistique. <strong> J.C. <\/strong><\/p>\n<p><strong> CONTR\u00c9ES DU PLAISIR  <\/strong><br \/>\n<em> A l&#8217;aventure <\/em>, de <strong> Jean-Claude Brisseau <\/strong>, en salles le 1er avril<br \/>\n<em> A l&#8217;aventure <\/em> : avec ce film au titre engageant et myst\u00e9rieux, (autre) invitation \u00e0 la libert\u00e9, Jean-Claude Brisseau cl\u00f4t un cycle compos\u00e9 de ses derniers films,<em> Choses secr\u00e8tes <\/em> (2002) et<em> Les Anges exterminateurs <\/em> (2006). Si les trois \u0153uvres abordent ensemble les contr\u00e9es du plaisir sexuel f\u00e9minin, la force singuli\u00e8re d&#8217;A l&#8217;aventure, \u0153uvre somme, est d&#8217;ouvrir vers d&#8217;autres paysages de l&#8217;univers du cin\u00e9aste, de les r\u00e9capituler. Ceux de la nature et de la mystique. Pour aller encore<em> \u00abplus loin dans la connaissance des \u00eatres et du monde\u00bb <\/em>&#8230; Tout au long de ce film extatique, qu\u00eate spirituelle et qu\u00eate sensuelle se r\u00e9pondront. Sandrine (Carole Brana) quitte l&#8217;homme avec qui elle vivait pour exp\u00e9rimenter une nouvelle existence :<em> \u00abJ&#8217;en ai marre du ronron, j&#8217;en ai marre de te mentir&#8230;\u00bb <\/em> Lors d&#8217;une tr\u00e8s belle s\u00e9quence, elle confie \u00e0 sa m\u00e8re vouloir sortir de ses propres sentiers battus et \u00e9chapper aux camisoles convenables que lui offre la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Deux voies vont alors s&#8217;offrir \u00e0 Sandrine : la premi\u00e8re est celle du plaisir qui la conduit au seuil de ph\u00e9nom\u00e8nes irrationnels. Cette direction est initi\u00e9e par sa rencontre inopin\u00e9e, dans un caf\u00e9, avec Gr\u00e9gory (Arnaud Binard), sur le point d&#8217;achever ses \u00e9tudes de psychiatrie. Le jeune homme se passionne pour l&#8217;hypnose, qu&#8217;il pratique volontiers sur ses diff\u00e9rentes amantes, Sandrine, mais aussi Sophie (Lise Bellynck) et Mina (Nadia Chibani) : un<em> \u00absujet exceptionnel\u00bb <\/em>, enclin \u00e0 l&#8217;extase mystique et \u00e0 la l\u00e9vitation :, film\u00e9es de fa\u00e7on frontale. La seconde voie, Sandrine la d\u00e9couvre en compagnie d&#8217;un homme d&#8217;\u00e2ge m\u00fbr (excellent Etienne Chicot) rencontr\u00e9 sur un banc, un chauffeur de taxi philosophe, ancien professeur de physique, passionn\u00e9 par les \u00e9toiles, le cosmos, le vide et le plein, les atomes, les lois de la nature. Lequel appara\u00eet et dispara\u00eet \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, tel son ange gardien. La limpidit\u00e9 et la malice de leur dialogue philosophique \u00e9voquent \u00e0 bien des \u00e9gards Rohmer, figure essentielle pour Brisseau. De magnifiques paysages, d&#8217;une nature si rohm\u00e9rienne, envahissent progressivement l&#8217;\u00e9cran et l&#8217;enveloppent d&#8217;un halo de calme et d&#8217;harmonie. <strong> J.C. <\/strong><\/p>\n<p><strong> LES BRUMES DE LA LOUISIANE <\/strong><br \/>\n<em> Dans la brume \u00e9lectrique <\/em>, de <strong> Bertrand Tavernier <\/strong>, en salles le 15 avril<\/p>\n<p>Bertrand Tavernier guid\u00e9 dans les brumes de la Louisiane par James Lee Burke. Connu pour l&#8217;admiration qu&#8217;il porte aux cin\u00e9astes am\u00e9ricains et son immense culture cin\u00e9matographique, litt\u00e9raire et musicale, Bertrand Tavernier a choisi d&#8217;adapter un roman policier tr\u00e8s dense, Dans la brume \u00e9lectrique avec les morts conf\u00e9d\u00e9r\u00e9s, de James Lee Burke, impliqu\u00e9 dans l&#8217;aventure.  A une exception pr\u00e8s, Mississipi Blues, cor\u00e9alis\u00e9 avec Robert Parrish, Tavernier s&#8217;\u00e9tait refus\u00e9, jusque-l\u00e0, \u00e0 tourner aux Etats-Unis, m\u00eame dans le cas de Coup de torchon d&#8217;apr\u00e8s le roman de Jim Thompson 1280 Ames transpos\u00e9 en Afrique, ou Round Midnight, portrait fiction du musicien Dexter Gordon. Mais il n&#8217;\u00e9tait pas question de r\u00e9aliser Dans la brume \u00e9lectrique ailleurs qu&#8217;en Louisiane, celle d&#8217;aujourd&#8217;hui et non des ann\u00e9es quatre-vingt-dix, date \u00e0 laquelle a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit le livre. Il fallait prendre en compte les ravages de la temp\u00eate Katrina, qui a permis \u00e0 la Mafia de s&#8217;enrichir encore plus, sans en faire le sujet du film. Il fallait la particularit\u00e9 de ces lieux \u00e0 moiti\u00e9 noy\u00e9s dans les eaux du Bayou et l&#8217;obscurit\u00e9 des for\u00eats, la nostalgie des chants cajuns, pour que les relations entre les personnages et leurs changements d&#8217;humeur s&#8217;inscrivent avec force dans un r\u00e9cit \u00e0 plusieurs entr\u00e9es. A la fois r\u00e9alistes et fantastiques, crimes pass\u00e9s et pr\u00e9sents renvoient en m\u00eame temps aux victimes noires de la Guerre de S\u00e9cession et \u00e0 celles d&#8217;hommes aux pulsions incontr\u00f4lables. Sujet \u00e0 des  flashs r\u00e9p\u00e9titifs, le policier Dave Robicheaux, interpr\u00e9t\u00e9, avec toutes ses contradictions, par Tommy Lee Jones, arrive \u00e0 mettre fin \u00e0 son enqu\u00eate et \u00e0 retrouver la douceur de son foyer, apr\u00e8s bien des douleurs et des angoisses. Jusqu&#8217;\u00e0 quand ?<\/p>\n<p>On retrouve dans les personnages, et particuli\u00e8rement dans celui du policier, ce go\u00fbt du doute dont Bertrand Tavernier revendique l&#8217;importance, encore une fois, dans la nouvelle version de son livre Amis am\u00e9ricains. Apr\u00e8s sa p\u00e9riode d&#8217;\u00abam\u00e9ricanophilie\u00bb extr\u00eame, dont seraient victimes, d&#8217;apr\u00e8s lui, aujourd&#8217;hui, les jeunes spectateurs, il dit s&#8217;\u00eatre r\u00e9joui<em> \u00abd&#8217;avoir grandi \u00e0 un moment o\u00f9 on d\u00e9couvrait aussi Luigi Comencini, Satyajit Ray\u00bb <\/em>&#8230; <strong>  L.V. <\/strong><\/p>\n<p>1. Sur la repr\u00e9sentation des animaux dans l&#8217;histoire du cin\u00e9ma, sur la fa\u00e7on dont l&#8217;animalit\u00e9 est souvent la cl\u00e9 de l&#8217;humanit\u00e9 en jeu \u00e0 l&#8217;\u00e9cran, nous renvoyons au tr\u00e8s beau livre de Raymond Bellour qui vient de para\u00eetre,<em> Le Corps du cin\u00e9ma. Hypnoses, \u00e9motions, animalit\u00e9 <\/em>, \u00e9d. P.O.L., 30 euros.<\/p>\n<p>Paru dans<em> Regards <\/em> n\u00b061, avril 2009<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p><em> Wendy &#038; Lucy <\/em>, de Kelly Reichardt,<em> A l&#8217;aventure <\/em>, de Jean-Claude Brisseau, <em> Dans la brume \u00e9lectrique <\/em>, de Bertrand Tavernier : trois films, trois aventures, trois fa\u00e7ons d&#8217;\u00eatre libre. <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[299],"class_list":["post-4000","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-cinema"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4000","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4000"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4000\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4000"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4000"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4000"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}