{"id":3998,"date":"2009-04-01T00:00:00","date_gmt":"2009-03-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/travailler-tue-en-toute-impunite3998\/"},"modified":"2009-04-01T00:00:00","modified_gmt":"2009-03-31T22:00:00","slug":"travailler-tue-en-toute-impunite3998","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=3998","title":{"rendered":"Travailler tue&#8230; en toute impunit\u00e9"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Accidents, maladies professionnelles, mort au travail. Difficile de s&#8217;opposer \u00e0 l&#8217;entreprise dans son seul cadre. L&#8217;appui d&#8217;un rapport de force externe est essentiel. C&#8217;est le sens de l&#8217;appel lanc\u00e9 par la Fondation Copernic  (1). <\/p>\n<p>Travailler tue&#8230; Parmi les 1,4 million d&#8217;accident\u00e9s du travail en France en 2006, pr\u00e8s de 50 000 salari\u00e9s ont subi une incapacit\u00e9 permanente suite \u00e0 un accident du travail, 537 salari\u00e9s ont perdu la vie \u00e0 cause de leur travail. A ce chiffre s&#8217;ajoutent les d\u00e9c\u00e8s li\u00e9s aux maladies professionnelles, reconnues et non reconnues, les d\u00e9c\u00e8s provoqu\u00e9s par les choix de rentabilit\u00e9 des entreprises en dehors de leurs murs, la d\u00e9gradation permanente de la sant\u00e9 des travailleurs et des populations. Et pourtant, combien d&#8217;employeurs sanctionn\u00e9s p\u00e9nalement? La soif de dividendes, \u00e0 l&#8217;origine de la phase actuelle de la crise \u00e9conomique, s&#8217;exprime par une pression constante sur les salari\u00e9s. Non contente de soumettre les salaires \u00e0 une cure permanente d&#8217;amaigrissement, elle s&#8217;est aussi traduite par une d\u00e9gradation des conditions de travail des salari\u00e9s. <\/p>\n<p><strong> ATTENTES MANAG\u00c9RIALES  <\/strong><\/p>\n<p>Toujours plus de profits, voil\u00e0 le mot d&#8217;ordre. Cette recherche continue de productivit\u00e9 accentue la domination autoritaire sur les salari\u00e9s. L&#8217;autonomie, tant encens\u00e9e comme nouvelle source de productivit\u00e9, se referme alors comme un pi\u00e8ge sur des salari\u00e9s qui n&#8217;ont pas les moyens de r\u00e9pondre aux attentes manag\u00e9riales. Ils deviennent comptables de chaque erreur, de chaque contournement de normes de travail toujours plus contraignantes&#8230; La voie est alors ouverte \u00e0 des manquements \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9, dont ils deviendraient seuls responsables. Des voix s&#8217;\u00e9l\u00e8vent contre cet \u00e9tat de fait qui exon\u00e8rede leurs choix les employeurs et, \u00e0 travers eux, le syst\u00e8me \u00e9conomique. De multiples initiatives syndicales, associatives, mettent en \u00e9vidence ces responsabilit\u00e9s, \u00e0 commencer par le dossier embl\u00e9matique de l&#8217;amiante. La Fondation Copernic, en s&#8217;\u00e9levant contre l&#8217;impunit\u00e9 patronale, vise \u00e0 relayer ces voix \u00e9parses. On ne peut r\u00e9duire la s\u00e9curit\u00e9 \u00e0 une obligation dont se d\u00e9douanerait l&#8217;employeur en payant de simples \u00abdommages et int\u00e9r\u00eats\u00bb.<em> \u00abCeux qui peuplent les usines (&#8230;) ne sont pas des hommes libres ; l&#8217;\u00e9tau de la subordination leur est rendu sensible \u00e0 travers les sens, le corps, les mille petits d\u00e9tails qui remplissent les minutes dont est constitu\u00e9e une vie\u00bb <\/em> (2). L&#8217;usage, et donc l&#8217;usure de la force de travail constituent le fondement de l&#8217;exploitation capitaliste.<\/p>\n<p><strong> LE CHANTAGE DE L&#8217;EMPLOI <\/strong><\/p>\n<p>Le travail d\u00e9borde de l&#8217;entreprise. La perception sociale de cette situation s&#8217;est transform\u00e9e. L&#8217;entreprise, qui devait sauver la soci\u00e9t\u00e9 dans les ann\u00e9es 1980, se retrouve au banc des accus\u00e9s. La p\u00e9nibilit\u00e9 est devenue un enjeu social, et ce mouvement interroge le travail dans son fondement, le pouvoir patronal. La r\u00e9sistance peut-elle rester du seul ressort des salari\u00e9s? Il s&#8217;op\u00e8re une prise de conscience de la contradiction consubstantielle au travail : il est difficile de s&#8217;opposer \u00e0 l&#8217;entreprise en restant dans son seul cadre. Certes, le contre-pouvoir des salari\u00e9s, \u00e0 travers de nouveaux droits dans l&#8217;entreprise, est une voie n\u00e9cessaire pour ouvrir de nouveaux espaces. Le syndicalisme exprime cette n\u00e9cessit\u00e9 de la coop\u00e9ration dans le travail, cette dimension humaine du travail sans laquelle il n&#8217;y aurait pas de travail. Mais quelle latitude pour imposer ce droit quand l&#8217;entreprise soumet les salari\u00e9s au chantage de l&#8217;emploi? Quelle libert\u00e9 de r\u00e9sistance quand il y a sanction ou licenciement des \u00e9lus des salari\u00e9s : 32 % des \u00e9lus consid\u00e8rent que leur fonction freine leur \u00e9volution professionnelle (3)? Quelle libert\u00e9 pour l&#8217;\u00e9lu du CHS-CT (comit\u00e9 d&#8217;hygi\u00e8ne, de s\u00e9curit\u00e9 et des conditions de travail, ndlr) quand la suspension d&#8217;une production dangereuse (ce que la loi autorise en cas de<em> \u00abdanger grave et imminent\u00bb <\/em>) menace de fermeture une activit\u00e9? Cet \u00e9lu ne devient-il pas lui-m\u00eame responsable s&#8217;il ne dit rien, par un retournement de situation? Les salari\u00e9s doivent trouver l&#8217;appui d&#8217;un rapport de force externe pour imposer le respect de droits fondamentaux. Ils ne pourront lever seuls la chape de l&#8217;acceptation des stigmates li\u00e9s \u00e0 la \u00abcondition ouvri\u00e8re\u00bb. Tel est le sens de cet appel lanc\u00e9 par la Fondation Copernic.<\/p>\n<p><strong> \u00c9TATS DANS L&#8217;\u00c9TAT  <\/strong><\/p>\n<p>Les obstacles sont nombreux, \u00e0 commencer par ces Etats dans l&#8217;Etat que veulent constituer les entreprises. Les lois de la R\u00e9publique ne s&#8217;y appliqueraient pas. Laurence Parisot l&#8217;a rappel\u00e9 (4), \u00e0 ses yeux le droit de propri\u00e9t\u00e9 octroie au patronat le pouvoir, et nul ne saurait le restreindre. La loi, c&#8217;est d&#8217;abord la visibilit\u00e9 des atteintes \u00e0 la sant\u00e9, des maladies professionnelles. La loi, c&#8217;est, \u00e0 travers l&#8217;application du Code p\u00e9nal, l&#8217;obligation pour l&#8217;employeur d&#8217;utiliser son pouvoir personnel pour au minimum ne pas attenter \u00e0 la sant\u00e9 d&#8217;autrui par le travail qu&#8217;il impose. La loi, c&#8217;est le respect de la vie d&#8217;autrui. Les profits ne peuvent relever d&#8217;une logique sup\u00e9rieure \u00e0 la vie du salari\u00e9. <strong> L.-M.B. <\/strong><\/p>\n<p>[[1. L&#8217;appel complet est disponible pour signature sur : http:\/\/www.fondation-copernic.org\/spip.php?article218<br \/>\n]][[2. Simone Weil,<em> La condition ouvri\u00e8re <\/em>, 1942.<br \/>\n]][[3. Dares, premi\u00e8res synth\u00e8ses 06.1, f\u00e9vrier 2009.<br \/>\n]][[4. \u00abSeul l&#8217;actionnaire peut d\u00e9cider du montant des dividendes\u00bb car cela rel\u00e8ve de son \u00abdroit de propri\u00e9t\u00e9\u00bb,<em> Lib\u00e9ration <\/em>, 17 f\u00e9vrier 2009.<br \/>\n]]Paru dans<em> Regards <\/em> n\u00b061, avril 2009<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Accidents, maladies professionnelles, mort au travail. Difficile de s&#8217;opposer \u00e0 l&#8217;entreprise dans son seul cadre. L&#8217;appui d&#8217;un rapport de force externe est essentiel. 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