{"id":3997,"date":"2009-04-01T00:00:00","date_gmt":"2009-03-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/cette-france-la-le-coeur-et-la3997\/"},"modified":"2009-04-01T00:00:00","modified_gmt":"2009-03-31T22:00:00","slug":"cette-france-la-le-coeur-et-la3997","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=3997","title":{"rendered":"\u00ab Cette France-l\u00e0 \u00bb. Le coeur et la raison"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Un livre dresse le bilan d&#8217;une ann\u00e9e de politiques migratoires sous l&#8217;\u00e8re Sarkozy.<em> Cette France-l\u00e0 <\/em> donne des arguments \u00e0 tous les humanistes r\u00eaveurs pour contrer la nouvelle politique fran\u00e7aise. Entretien avec Caroline Izambert et  Mathieu Potte-Bonneville. <\/p>\n<p><strong> Vous venez de publier Cette France-l\u00e0, premier volume d&#8217;une somme consacr\u00e9e aux politiques migratoires men\u00e9es par le pr\u00e9sident Nicolas Sarkozy. Cela ent\u00e9rine-t-il l&#8217;id\u00e9e de rupture ? Mathieu Potte-Bonneville. <\/strong> Au point de d\u00e9part de cette entreprise, il y a la constitution du minist\u00e8re de l&#8217;Immigration et de l&#8217;Identit\u00e9 nationale. On a pris au mot le discours pr\u00e9sidentiel autour de cet axe fort, central, du quinquennat en cours. Le regard sur la longue dur\u00e9e a tendance \u00e0 effacer les ruptures. La politique actuelle en mati\u00e8re d&#8217;immigration prolonge des tendances, mais pas n&#8217;importe comment. On assiste \u00e0 une s\u00e9rie d&#8217;inflexions qui rel\u00e8vent d&#8217;une coh\u00e9rence d&#8217;ensemble. Notre pari n&#8217;est pas de d\u00e9noncer un discours dot\u00e9 d&#8217;un arri\u00e8re-plan x\u00e9nophobe qui courrait inchang\u00e9 depuis tr\u00e8s longtemps : cette politique ne se r\u00e9sume pas \u00e0 cela. <\/p>\n<p><strong> Carole Izambert. <\/strong> La tentation intellectuelle logique, c&#8217;est de rapporter cette politique \u00e0 quelque chose que l&#8217;on conna\u00eet d\u00e9j\u00e0. Par exemple, en cherchant \u00e0 savoir si l&#8217;on peut parler de \u00abrafles\u00bb en mati\u00e8re d&#8217;arrestation d&#8217;\u00e9trangers ou si les centres de r\u00e9tention sont plut\u00f4t comparables \u00e0 des camps de regroupement de la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale ou des ann\u00e9es 1930. Ces questions sont l\u00e9gitimes. Mais nous avons choisi de partir des discours pour montrer que cette politique est un outil majeur aux mains du pouvoir actuel. <\/p>\n<p><strong> C&#8217;est aussi le lieu du volontarisme pr\u00e9sidentiel&#8230;C.I. <\/strong> Oui, l&#8217;immigration est l&#8217;endroit privil\u00e9gi\u00e9 de la mise en sc\u00e8ne du volontarisme. Elle fait partie des rares domaines o\u00f9 l&#8217;on est \u00e0 peu pr\u00e8s s\u00fbr de pouvoir remplir ses objectifs. Lorsque le ministre annonce qu&#8217;il va reconduire 27 000 personnes \u00e0 la fronti\u00e8re l&#8217;an prochain, il sait que c&#8217;est possible. Il pourra trouver des moyens m\u00eame abracadabrantesques de le faire. C&#8217;est une r\u00e9ponse \u00e0 des promesses de campagne pour quelqu&#8217;un qui a b\u00e2ti tout son discours autour du<em> \u00abquand on veut, on peut\u00bb <\/em>.<\/p>\n<p><strong> M.P.-B. <\/strong> C&#8217;est aussi un laboratoire du management par objectifs des personnels administratifs. D&#8217;un c\u00f4t\u00e9, on laisse une grande latitude aux agents de l&#8217;Etat, aux pr\u00e9fets en particulier, pour mettre en \u0153uvre cette politique et d\u00e9velopper de \u00abbonnes pratiques\u00bb afin d&#8217;expulser le plus d&#8217;\u00e9trangers possible. D&#8217;un autre c\u00f4t\u00e9, on leur donne une feuille de route tr\u00e8s claire accompagn\u00e9e de possibilit\u00e9s de sanction. Quand il a \u00e9t\u00e9 question de noter les ministres, on s&#8217;est demand\u00e9 quels indicateurs d&#8217;\u00e9valuation pouvaient \u00eatre trouv\u00e9s pour le minist\u00e8re de la Culture. Cette question ne se pose pas en mati\u00e8re de politique des \u00e9trangers, car c&#8217;est une machine \u00e0 produire des chiffres. <\/p>\n<p><strong> Votre ouvrage int\u00e8gre des portraits de pr\u00e9fets. Que disent-ils des rouages de cette politique ? C.I. <\/strong> Les pr\u00e9fets ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9li\u00e9s des contraintes de la loi. Avec la fin de l&#8217;automaticit\u00e9 de l&#8217;obtention de certaines titres de s\u00e9jour, leur pouvoir d&#8217;appr\u00e9ciation, voire leur arbitraire, a \u00e9t\u00e9 accru. Mais, par ailleurs, ils sont beaucoup plus encadr\u00e9s car ils sont jug\u00e9s au chiffre. Les pr\u00e9fets doivent faire preuve d&#8217;une inventivit\u00e9 administrative pour remplir leurs objectifs. On n&#8217;a pas fait ces portraits pour \u00abse payer\u00bb les pr\u00e9fets, mais pour voir comment chacun r\u00e9ussit \u00e0 appliquer cette politique. A des objectifs globaux, r\u00e9pondent des techniques locales. <\/p>\n<p><strong> Lesquelles ? C.I. <\/strong> Par exemple, renvoyer des ressortissants roumains ou bulgares alors qu&#8217;ils peuvent revenir d\u00e8s le lendemain. L\u00e9galement, ils n&#8217;ont pas le droit au s\u00e9jour, mais \u00e0 la circulation. Cette technique assure du chiffre \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9. <\/p>\n<p><strong> M.P.-B. <\/strong>Le pr\u00e9fet de Loire-Atlantique, Bernard Hagelsteen, est stigmatis\u00e9 comme un mauvais \u00e9l\u00e8ve car, n&#8217;ayant pas beaucoup d&#8217;immigr\u00e9s en situation irr\u00e9guli\u00e8re sur son territoire, il n&#8217;en reconduit pas beaucoup. Du coup, il a recours \u00e0 cette technique. Il existe d&#8217;autres solutions, comme le fait de rattacher des enfants \u00e0 des parents qui ne sont pas les leurs. Les pr\u00e9fets ne sont pas simplement des ex\u00e9cutants.<\/p>\n<p><strong> Comment s&#8217;explique la faiblesse des r\u00e9sistances du c\u00f4t\u00e9 des agents administratifs ? C.I. <\/strong> Les pr\u00e9fets n&#8217;ont jamais \u00e9t\u00e9 la t\u00eate de pont de la contestation. De plus, ils ont gagn\u00e9 du pouvoir dans cette histoire. Or, quand un rouage de l&#8217;Etat gagne du pouvoir, c&#8217;est assez rare qu&#8217;il le conteste. Plus bas dans la hi\u00e9rarchie, il y a les agents pr\u00e9fectoraux qui sont en contact avec les \u00e9trangers. Ceux qui sont susceptibles de se rebeller, car le dilemme moral est trop important, cherchent plut\u00f4t \u00e0 partir pour d&#8217;autres administrations. Comme ces postes ne sont pas tr\u00e8s pris\u00e9s, la concurrence est moins forte. Du coup, ceux qui restent se retrouvent avec beaucoup plus de pouvoir qu&#8217;ils n&#8217;en auraient eu ailleurs. Cela cr\u00e9e de la docilit\u00e9. <\/p>\n<p><strong> Pourquoi avoir ouvert le livre sur des portraits de sans-papiers ? M.P.-B. <\/strong> Lorsqu&#8217;on met en avant des cas singuliers, le gouvernement r\u00e9pond en invoquant une politique g\u00e9n\u00e9rale. Il renvoie chacun de ces cas \u00e0 une \u00e9motion humaine bien compr\u00e9hensible, mais peu en lien avec les n\u00e9cessit\u00e9s de l&#8217;Etat. On voulait \u00e9viter de voir se rejouer cette alternative suppos\u00e9e entre le c\u0153ur et la raison, le singulier et le g\u00e9n\u00e9ral, en tenant les deux bouts. Le discours politique actuel fonctionne \u00e0 la fois sur l&#8217;abstraction du chiffre et sur le cas par cas, le<em> \u00abstorytelling\u00bb <\/em>, l&#8217;histoire singuli\u00e8re. Un boxeur vient d&#8217;obtenir le droit de r\u00e9sider car c&#8217;est un h\u00e9ros. Brice Hortefeux, puis Eric Besson, qui refusent le principe d&#8217;une r\u00e9gularisation g\u00e9n\u00e9rale, revendiquent une attention extr\u00eame aux parcours individuels. Accumuler quatre-vingts r\u00e9cits de sans-papiers, \u00e7a permet de montrer que l&#8217;attention aux cas particuliers sert la plupart du temps \u00e0 chercher la faille pour coincer les gens. <\/p>\n<p><strong> Ce livre est-il un outil politique ? C.I. <\/strong> Souvent, quand on est oppos\u00e9 \u00e0 cette politique, on est renvoy\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 de l&#8217;humaniste un peu r\u00eaveur. Nous avons voulu montrer la coh\u00e9rence, mais aussi les fragilit\u00e9s de l&#8217;\u00e9difice. Le slogan de d\u00e9part de notre association, c&#8217;\u00e9tait :<em> \u00abCette France-l\u00e0, vous l&#8217;aimez, vous pouvez la changer.\u00bb <\/em><\/p>\n<p><strong> M.P.-B. <\/strong> Pour l&#8217;instant, le gouvernement a la main en termes d&#8217;id\u00e9es simples et d&#8217;arguments de bon sens. Il a r\u00e9ussi \u00e0 imposer sa norme, qui d\u00e9passe de loin l&#8217;id\u00e9e qu&#8217;on ne peut pas<em> \u00abaccueillir toute la mis\u00e8re du monde\u00bb <\/em>. Les politiques migratoires pr\u00e9tendent avoir une justification \u00e9conomique, \u00e9thique, sociale, etc. Un travail de contre-discours \u00e9tait donc n\u00e9cessaire.<\/p>\n<p><strong> Comment analysez-vous le silence du Parti socialiste ? M.P.-B. <\/strong> La gauche de gouvernement h\u00e9site \u00e0 s&#8217;engager sur ce terrain de peur de para\u00eetre irrationnelle du point de vue \u00e9conomique et la gauche de la gauche ne l&#8217;investit qu&#8217;en pr\u00eatant \u00e0 cette politique une rationalit\u00e9 qu&#8217;elle n&#8217;a pas.  Dans les deux cas, cette politique est cr\u00e9dit\u00e9e d&#8217;une coh\u00e9rence d&#8217;ordre \u00e9conomique, per\u00e7ue par les uns comme une maximisation du profit sur le dos des travailleurs ou comme de la bonne gestion par les autres. En r\u00e9alit\u00e9, elle co\u00fbte excessivement cher, elle d\u00e9courage des personnes qualifi\u00e9es de s&#8217;installer en France, elle pr\u00e9tend remplacer les gens qui travaillent d\u00e9j\u00e0 ici par d&#8217;autres qui pourraient venir travailler mais qui ne le font pas. <\/p>\n<p><strong> Avez-vous d\u00e9j\u00e0 des retours d&#8217;\u00e9lus ? M.P.-B. <\/strong> On ne peut pas attendre d&#8217;un livre qu&#8217;il renouvelle du jour au lendemain l&#8217;attitude de la gauche en mati\u00e8re d&#8217;immigration, mais on esp\u00e8re qu&#8217;il aura une pr\u00e9sence de plus en plus insistante dans leurs biblioth\u00e8ques. Il existe aussi des gens embarrass\u00e9s \u00e0 droite. Si la gauche affirme qu&#8217;elle agirait diff\u00e9remment si elle \u00e9tait au pouvoir, elle se dispense bien de pr\u00e9ciser comment. On ne propose pas un programme cl\u00e9 en main, d&#8217;autant que les discours consid\u00e9r\u00e9s comme partisans sur ces questions sont facilement disqualifi\u00e9s, au pr\u00e9texte qu&#8217;ils ne seraient que le reflet d&#8217;une id\u00e9ologie. Donc prenons les choses autrement. Produisons du savoir et voyons ce que les politiques en feront. <\/p>\n<p><strong> Recueilli par Marion Rousset <\/strong><\/p>\n<p><em> Cette France-l\u00e0 <\/em>, 06\/05\/2007-30\/06\/2008, t. 1, collectif (ont particip\u00e9 E. Cosse et E. Fassin). \u00e9d.Cette France-l\u00e0, diffusion La D\u00e9couverte.<\/p>\n<p>Paru dans<em> Regards <\/em> n\u00b061, avril 2009<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Un livre dresse le bilan d&#8217;une ann\u00e9e de politiques migratoires sous l&#8217;\u00e8re Sarkozy.<em> Cette France-l\u00e0 <\/em> donne des arguments \u00e0 tous les humanistes r\u00eaveurs pour contrer la nouvelle politique fran\u00e7aise. 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