{"id":3963,"date":"2009-03-05T00:00:00","date_gmt":"2009-03-04T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/devoir-d-inventer-devoir-d3963\/"},"modified":"2009-03-05T00:00:00","modified_gmt":"2009-03-04T23:00:00","slug":"devoir-d-inventer-devoir-d3963","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=3963","title":{"rendered":"Devoir d&#8217;inventer, devoir d&#8217;inventaire"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> La forme-parti, le centralisme d\u00e9mocratique, la relation parti-Etat, le parti et le mouvement, parti-syndicat-association : l&#8217;analyse de Roger Martelli r\u00e9pond au d\u00e9bat entre Alain Badiou et Daniel Bensa\u00efd sous l&#8217;\u00e9gide du journal<em> Lib\u00e9ration <\/em> et ajoute sa pens\u00e9e originale \u00e0 la r\u00e9flexion sur un communisme du XXIe?si\u00e8cle. Une contribution de Roger Martelli publi\u00e9 dans<em> Cerises <\/em> n\u00b027. <\/p>\n<p>Un d\u00e9bat int\u00e9ressant a eu lieu entre Alain Badiou et Daniel Bensa\u00efd, sous l&#8217;\u00e9gide de<em> Lib\u00e9ration <\/em> (http:\/\/philosophie.blogs.liberation.fr). Badiou, qui plaide pour maintenir plus que jamais le parti pris communiste, explique que la r\u00e9volution a faut\u00e9 par obsession de l&#8217;Etat et fixation sur la<em> \u00abforme-parti\u00bb <\/em>. Critique acharn\u00e9 du d\u00e9mocratisme, il demande que l&#8217;on aborde de front<em> \u00abun probl\u00e8me ouvert, exp\u00e9rimental\u00bb <\/em>: b\u00e2tir<em> \u00abune discipline politique qui ne soit par calqu\u00e9e sur le militaire\u00bb <\/em>. La pratique critique doit donc<em> \u00abavoir l&#8217;Etat dans son champ mais ne jamais en d\u00e9pendre\u00bb <\/em>. \u00c0 partir de quoi il propose \u00e0 l&#8217;action militante de ne plus se d\u00e9finir par rapport \u00e0 l&#8217;Etat et de ne plus<em> \u00abjouer le jeu \u00e9lectoral\u00bb <\/em>. Ce qui lui permet de souhaiter bon vent au NPA (pour<em> \u00abmettre un peu de d\u00e9sordre amusant dans le jeu parlementaire\u00bb <\/em>), de critiquer son projet (le<em> \u00abbon vieux Parti communiste d&#8217;il y a quarante ans\u00bb <\/em>) et d&#8217;annoncer qu&#8217;il ne votera pas davantage pour lui que pour qui que ce soit.<\/p>\n<p>Bensa\u00efd lui r\u00e9pond que l&#8217;exp\u00e9rience sovi\u00e9tique n&#8217;a pas \u00e9chou\u00e9 par exc\u00e8s de parti, mais par perversion de son usage avec la militarisation stalinienne. Il rappelle que, dans une soci\u00e9t\u00e9 qui fonctionne \u00e0 l&#8217;in\u00e9galit\u00e9, \u00e0 la distinction et \u00e0 l&#8217;exclusion politique, le parti est la seule mani\u00e8re populaire de cr\u00e9er<em> \u00abun espace d\u00e9mocratique collectif de pens\u00e9e et d&#8217;action\u00bb <\/em>. Il plaide donc pour un retour \u00e0 un centralisme d\u00e9mocratique<em> \u00abvrai\u00bb <\/em> qui, selon lui, ne s&#8217;est jamais identifi\u00e9 \u00e0 la discipline militaire. Au total, il redoute que<em> \u00abl&#8217;\u00e9vitement de la politique\u00bb <\/em> ne conduise \u00e0 un<em> \u00abf\u00e9tichisme du mouvement\u00bb <\/em> qui n&#8217;est, \u00e0 ses yeux, qu&#8217;un renoncement \u00e0<em> \u00abdonner forme \u00e0 un projet politique\u00bb <\/em>. Je tiens pour ma part que Badiou et Bensa\u00efd ont tout \u00e0 la fois tort et raison, et que Bensa\u00efd a bien tort de rel\u00e9guer au placard l&#8217;inqui\u00e9tude intellectuelle, pratiquement incertaine mais politiquement cr\u00e9atrice, dont t\u00e9moigne Badiou.<\/p>\n<p><strong> 1. Bensa\u00efd a raison de dire que le centralisme de l&#8217;\u00e9poque l\u00e9ninienne <\/strong> coexiste avec les d\u00e9bats les plus libres et, de ce fait, n&#8217;est pas contradictoire avec l&#8217;esprit d\u00e9mocratique le plus d\u00e9clar\u00e9. Il n&#8217;en reste pas moins que, dans la pratique, ce qui s&#8217;impose tr\u00e8s vite est la formule selon laquelle<em> \u00able Parti communiste ne pourra remplir son r\u00f4le que s&#8217;il est organis\u00e9 de la fa\u00e7on la plus centralis\u00e9e, si une discipline de fer confinant \u00e0 la discipline militaire y est admise\u00bb <\/em>. Or cette formule ne date pas de la p\u00e9riode stalinienne, mais de&#8230; 1920: c&#8217;est la 12e condition d&#8217;admission \u00e0 l&#8217;Internationale communiste.<\/p>\n<p>Il en est du parti comme de l&#8217;Etat. Th\u00e9oriquement, le marxisme<em> \u00abconstituant\u00bb <\/em> se d\u00e9fie tout autant du socialisme d&#8217;Etat, qui oublie que l&#8217;Etat n&#8217;est rien d&#8217;autre qu&#8217;une machine bourgeoise ali\u00e9nante par essence, et de l&#8217;anarchisme, qui oublie que l&#8217;ignorance de l&#8217;Etat se traduit par une d\u00e9pendance de fait des domin\u00e9s \u00e0 son \u00e9gard. Sur le papier, l&#8217;analyse est dialectique; dans la pratique, la<em> \u00abforce des choses\u00bb <\/em> (comme disait Saint-Just) a fait oublier le premier terme de la contradiction et a hypertrophi\u00e9 le second: anti-Etatiste par principe, le communisme politique est devenu ultra-Etatiste de fait. Le centralisme d\u00e9mocratique et la conqu\u00eate de l&#8217;Etat visaient \u00e0 lib\u00e9rer les domin\u00e9s; en pratique, ils n&#8217;ont fait qu&#8217;ajouter la suj\u00e9tion \u00e0 la domination. Dommage, mais c&#8217;est ainsi&#8230;<\/p>\n<p><strong> 2. Bensa\u00efd a raison de postuler que le stalinisme introduit une rupture avec le bolchevisme l\u00e9ninien. <\/strong> Deux hommes, deux pens\u00e9es, deux pratiques, deux \u00e9poques&#8230; Mais il est tout aussi vrai que le stalinisme s&#8217;appuie sur quelques points faibles : des failles mentales ench\u00e2ss\u00e9es dans la conception de la classe, de la r\u00e9volution, du parti : dont il finit par faire ses fondements. Ainsi, la survalorisation de la politique et du parti peut nourrir l&#8217;id\u00e9e que l&#8217;organisation politique est par essence sup\u00e9rieure \u00e0 toutes les autres formes de l&#8217;action sociale. De m\u00eame, la primaut\u00e9 accord\u00e9e \u00e0 l&#8217;action et \u00e0 l&#8217;unit\u00e9 d&#8217;engagement qui fonde la discipline du parti peut conduire \u00e0 une vision strictement militaire, contredisant la r\u00e9f\u00e9rence discursive \u00e0 la d\u00e9mocratie interne.<\/p>\n<p>Les failles s&#8217;\u00e9largissent dans le stalinisme, jusqu&#8217;\u00e0 faire de lui un<em> \u00abavatar caricatural du l\u00e9ninisme\u00bb <\/em> (Jean-Jacques Goblot) qui, loin de corriger les fragilit\u00e9s, les accentue jusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;outrance. Le devoir de lucidit\u00e9 se transforme en soup\u00e7on g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9; la m\u00e9taphore de la dictature devient une apologie du despotisme; l&#8217;ext\u00e9riorit\u00e9 pr\u00e9sum\u00e9e de la conscience r\u00e9volutionnaire laisse la place \u00e0 la toute-puissance du parti savant; la place centrale du parti se m\u00e9tamorphose en religion de l&#8217;appareil <em> \u00abl&#8217;organisation d\u00e9cide de tout\u00bb <\/em>).<\/p>\n<p><strong> 3. Bensa\u00efd a donc raison de fuir les amalgames qui visent \u00e0 discr\u00e9diter a priori tout parti pris r\u00e9volutionnaire, <\/strong> suspect\u00e9 d&#8217;\u00eatre par essence<em> \u00abalib\u00e9ral\u00bb <\/em> comme aurait dit feu Fran\u00e7ois Furet. Mais il a cent fois tort de sous-estimer que la sortie d\u00e9finitive de l&#8217;antistalinisme ne passe plus d\u00e9sormais par un<em> \u00abretour \u00e0&#8230;\u00bb <\/em>, quel qu&#8217;il soit. On ne reviendra ni au bolchevisme<em> \u00abpur\u00bb <\/em> ni au<em> \u00abcentralisme d\u00e9mocratique\u00bb <\/em> temp\u00e9r\u00e9. Le communisme du XXIe si\u00e8cle sera post-bolchevique ou il ne sera pas. Le parti pris novateur de Badiou est sans doute flou dans ses conclusions pratiques. Il est pourtant le seul pertinent pour inventer: on ne trouve que si l&#8217;on cherche; on ne cherche pas si l&#8217;on pense avoir d\u00e9j\u00e0 trouv\u00e9.<\/p>\n<p>Bensa\u00efd est pour une part victime de l&#8217;histoire de son courant de pens\u00e9e. Le<em> \u00abtrotskisme\u00bb <\/em> vilipend\u00e9 nagu\u00e8re par les staliniens et leurs h\u00e9ritiers a eu l&#8217;immense m\u00e9rite d&#8217;\u00eatre un antistalinisme fondateur. Cette ant\u00e9riorit\u00e9 ne le dispense pas d&#8217;un devoir communiste refondateur. L&#8217;histoire est cruelle: il ne suffit pas d&#8217;avoir \u00e9t\u00e9 un pr\u00e9venu pour \u00e9chapper \u00e0 tout jamais \u00e0 la fonction de procureur. Si le communisme contemporain n&#8217;est pas capable de discerner ce qui a pu nourrir sa perversion meurtri\u00e8re, dans ses fondements m\u00eames et non dans le seul usage qui en a \u00e9t\u00e9 fait, il n&#8217;assumera pas sa fonction d&#8217;\u00e9mancipation.<\/p>\n<p>Je ne suis pas s\u00fbr d&#8217;apporter les m\u00eames r\u00e9ponses que lui au probl\u00e8me fondamental que soul\u00e8ve Badiou; je lui sais gr\u00e9 de partir de son \u00e9nonc\u00e9; ce n&#8217;est pas le cas de Bensa\u00efd.<\/p>\n<p><strong> 4. Pour ce qui concerne la<em> \u00abforme-parti\u00bb <\/em>, je consid\u00e8re que le plus raisonnable est de partir, non pas d&#8217;une affirmation, mais de deux <\/strong>: la<em> \u00abforme-parti\u00bb <\/em>, calqu\u00e9e sur la verticalit\u00e9 hi\u00e9rarchique de l&#8217;Etat, ne correspond plus aux formes actuelles de l&#8217;implication des personnes autonomes et<em> \u00absavantes\u00bb <\/em>; le parti politique, comme structure populaire d&#8217;implication politique, n&#8217;a pas \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9. Il ne s&#8217;agit pas de choisir entre les deux formules, mais de les assumer toutes les deux.<\/p>\n<p>Il est absurde de faire comme si la m\u00e9fiance \u00e0 l&#8217;\u00e9gard des formes partisanes \u00e9tait le seul fait de leurs dysfonctionnements. La verticalit\u00e9 partisane, en fait, fonctionne sur le m\u00eame registre que la repr\u00e9sentation: elle fait du parti, comme de l&#8217;Etat, une institution<em> \u00abs\u00e9par\u00e9e\u00bb <\/em> qui op\u00e8re selon les<em> \u00abcomp\u00e9tences\u00bb <\/em> et la d\u00e9l\u00e9gation. Elle fonctionne \u00e0 l&#8217;h\u00e9t\u00e9ronomie et non pas \u00e0 l&#8217;autonomie; \u00e0 la limite, elle a pu produire une tension vers la lib\u00e9ration collective; elle ne stimulera pas un mouvement vers l&#8217;autonomie des individus libres et solidaires.<\/p>\n<p>Tout cela a \u00e0 voir avec la forme<em> \u00abbourgeoise\u00bb <\/em> de la soci\u00e9t\u00e9: elle a de plus en plus s\u00e9par\u00e9 les<em> \u00abinstances\u00bb <\/em>, \u00e9conomiques, sociales, politiques. L&#8217;\u00e9mancipation suppose de retisser les liens que la forme marchande exacerb\u00e9e \u00e0 distendus et de r\u00e9articuler l&#8217;\u00e9conomique, le social et le politique. Il ne s&#8217;agit pas de passer de la s\u00e9paration fonctionnelle au grand tout indistinct: l&#8217;association, le syndicat et le parti ne sauraient se confondre. Mais le temps est venu de penser leur distinction sur un tout autre registre que celui de la s\u00e9paration. On a eu tort de subordonner l&#8217;association au syndicat ou au parti; mais si l&#8217;ind\u00e9pendance est un bien, la coupure est un mal. \u00c0 la limite, elle renforce le parti dans son monopole exclusif. Elle \u00e9vite la mainmise directe du parti; elle renforce sa s\u00e9paration d&#8217;avec les acteurs de la cr\u00e9ativit\u00e9 sociale. C&#8217;est par cette rupture que se pervertit l&#8217;int\u00e9r\u00eat suppos\u00e9<em> \u00abg\u00e9n\u00e9ral\u00bb <\/em>.<\/p>\n<p><strong> 5. Comment g\u00e9rer la contradiction? Non pas en niant le parti, <\/strong> mais en cherchant \u00e0 subvertir la<em> \u00abforme-parti\u00bb <\/em>. En essayant de d\u00e9barrasser le parti politique des formes hi\u00e9rarchiques et d\u00e9l\u00e9gataires qui, au final, aboutissent \u00e0 la confiscation des pouvoirs par un petit groupe. En cessant de confondre sp\u00e9cificit\u00e9 fonctionnelle et monopole: le parti peut partager avec d&#8217;autres les fonctions de d\u00e9finition des choix et de s\u00e9lection du personnel politique, que l&#8217;histoire institutionnelle lui a r\u00e9serv\u00e9es. En ne pensant plus sa distinction sur le registre de la fermeture: l&#8217;\u00e9cart entre le membre et le<em> \u00abnon-membre\u00bb <\/em> ne s&#8217;abolit pas n\u00e9cessairement mais se relativise. L&#8217;appartenance exclusive elle-m\u00eame devrait perdre la religiosit\u00e9 qui fut la sienne et qui a confondu l&#8217;agr\u00e9gation \u00e0 un groupe et la fusion dans un grand corps indistinct. En bref, le parti ne se confond pas avec les autres formes de l&#8217;association, mais doit pr\u00e9f\u00e9rer la porosit\u00e9 \u00e0 l&#8217;\u00e9tanch\u00e9it\u00e9. L&#8217;esprit de parti doit tendre \u00e0 viser avant tout ce qui rapproche et non ce qui distingue; travailler la sp\u00e9cificit\u00e9, mais ne pas cultiver la diff\u00e9rence.<\/p>\n<p><strong> 6. Difficile que tout cela? Sans doute. <\/strong> Sur la base des combats anticapitalistes concrets, produire d\u00e8s maintenant l&#8217;\u00e9mancipation des personnes est plus complexe que de s&#8217;emparer de l&#8217;Etat pour en briser ult\u00e9rieurement les rouages. Participer aux institutions pour en subvertir les formes ali\u00e9nantes est plus difficile que de contester l&#8217;Etat existant, en attendant d&#8217;\u00eatre soi-m\u00eame l&#8217;Etat dominant. Contester l&#8217;h\u00e9g\u00e9monie sociale-d\u00e9mocrate, pour construire d\u00e8s aujourd&#8217;hui les fondements de majorit\u00e9s alternatives, est plus redoutable que de servir d&#8217;aiguillon minoritaire \u00e0 des majorit\u00e9s vou\u00e9es de toute \u00e9ternit\u00e9 \u00e0 l&#8217;h\u00e9g\u00e9monie de l&#8217;esprit d&#8217;accommodement au capital. C&#8217;est moins simple&#8230; Mais si nous ne nous y attelons pas, nous laissons la main aux tenants de l&#8217;ordre dominant. Et \u00e0 quoi sert alors le r\u00e9volutionnaire si, malgr\u00e9 qu&#8217;il en ait, il participe \u00e0 la reproduction en pratique des rapports confortant l&#8217;ordre qu&#8217;il entend contester?<\/p>\n<p><strong> 7. Bensa\u00efd explique qu&#8217;il y a d\u00e9sormais deux conceptions entre lesquelles il faut choisir: <\/strong> un antilib\u00e9ralisme r\u00e9sistant aux exc\u00e8s et abus de la mondialisation et un anticapitalisme renaissant qui remet en cause la logique m\u00eame de l&#8217;accumulation du capital. Disons-le d&#8217;une autre mani\u00e8re: le choix entre antilib\u00e9ralisme et anticapitalisme est pour lui l&#8217;\u00e9quivalent de celui qui conduisait nagu\u00e8re \u00e0 choisir entre r\u00e9formisme et r\u00e9volution. \u00c0 vrai dire, je n&#8217;avais pas remarqu\u00e9 que l&#8217;antilib\u00e9ralisme \u00e9tait d\u00e9sormais devenu dominant dans la gauche fran\u00e7aise, au point que l&#8217;essentiel serait d\u00e9sormais de trancher entre antilib\u00e9ralisme et anticapitalisme&#8230;<\/p>\n<p>Ce que l&#8217;on appelle depuis quelques ann\u00e9es<em> \u00abl&#8217;antilib\u00e9ralisme\u00bb <\/em> est n\u00e9 avant tout du refus de voir la gauche s&#8217;accommoder d&#8217;une mondialisation qui entrem\u00eale de fa\u00e7on inextricable le choix capitaliste fondamental et le lib\u00e9ralisme \u00e9chevel\u00e9 de la<em> \u00abconcurrence libre et non fauss\u00e9e\u00bb <\/em>. Cet antilib\u00e9ralisme est donc contradictoire avec le cours dominant d&#8217;un socialisme europ\u00e9en qui a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 le social-lib\u00e9ralisme \u00e0 la social-d\u00e9mocratie d&#8217;hier. Voil\u00e0 qui permet donc de poser en termes de masse les contours d&#8217;un choix. Autour de quoi va-t-on rassembler la gauche? Autour de l&#8217;id\u00e9e qu&#8217;il faut bien s&#8217;accommoder de la mondialisation actuelle, soit pour l&#8217;accompagner, soit pour en corriger les abus les plus criants? Ou bien autour de l&#8217;id\u00e9e que le r\u00e9alisme pousse aujourd&#8217;hui, dans un monde in\u00e9gal et incertain, \u00e0 rompre avec les logiques dominantes et \u00e0 construire d&#8217;autres vis\u00e9es, d&#8217;autres crit\u00e8res et d&#8217;autres m\u00e9thodes pour<em> \u00abfaire soci\u00e9t\u00e9\u00bb <\/em>?<\/p>\n<p>Tel est l&#8217;enjeu fondamental. Il n&#8217;oppose pas<em> \u00abantilib\u00e9ralisme\u00bb <\/em> et<em> \u00abanticapitalisme\u00bb <\/em> (ce sont deux facettes du m\u00eame parti pris), mais gauche d&#8217;adaptation et gauche de rupture-transformation, accommodement au capitalisme et d\u00e9passement-abolition du capitalisme. Antilib\u00e9raux et anticapitalistes n&#8217;ont pas vocation \u00e0 se distinguer mais \u00e0 se confondre, pour que s&#8217;impose la rupture-transformation.<\/p>\n<p>Or, pour que celle-ci advienne, jusqu&#8217;\u00e0 devenir majoritaire \u00e0 gauche, il faut choisir entre deux m\u00e9thodes. Depuis la R\u00e9volution fran\u00e7aise elle-m\u00eame, on trouve certes, \u00e0 gauche, la polarit\u00e9 qui s\u00e9pare la passion r\u00e9volutionnaire et la tentation du compromis, le d\u00e9sir de la rupture et le sens de l&#8217;adaptation, les<em> \u00abr\u00e9formistes\u00bb <\/em> et les<em> \u00abr\u00e9volutionnaires\u00bb <\/em>. Mais, \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur m\u00eame du d\u00e9sir de rupture sociale, qui fonde le parti pris de la gauche la plus \u00e0 gauche, coexistent et s&#8217;affrontent parfois les tenants de l&#8217;unit\u00e9 r\u00e9volutionnaire et ceux qui pr\u00e9f\u00e8rent faire la diff\u00e9rence entre le<em> \u00abvrai\u00bb <\/em> r\u00e9volutionnaire et le<em> \u00abti\u00e8de\u00bb <\/em>. Que Bensa\u00efd le veuille ou non, je redoute que la logique constitutive du NPA ne pousse vers la seconde culture plut\u00f4t que vers la premi\u00e8re. La radicalit\u00e9 insuffisante vaut \u00e0 mes yeux toujours davantage que l&#8217;engluement social-lib\u00e9ral. Mais si la gauche d&#8217;alternative, confondant souci de la clart\u00e9 et obsession de la diff\u00e9rence, renon\u00e7ait \u00e0 sa vocation majoritaire, le parti pris r\u00e9volutionnaire des communistes ne vaudrait pas bien cher \u00e0 la grande braderie de l&#8217;histoire.<\/p>\n<p>En bref, rien n&#8217;est pire que le reniement. Mais rien n&#8217;est pire que la r\u00e9p\u00e9tition, f\u00fbt-ce en faisant valser les \u00e9tiquettes. <strong> Roger Martelli <\/strong><\/p>\n<p>Paru dans<em> Cerises.. n\u00b027, http: <\/em>www.communistesunitaires.net<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> La forme-parti, le centralisme d\u00e9mocratique, la relation parti-Etat, le parti et le mouvement, parti-syndicat-association : l&#8217;analyse de Roger Martelli r\u00e9pond au d\u00e9bat entre Alain Badiou et Daniel Bensa\u00efd sous l&#8217;\u00e9gide du journal<em> Lib\u00e9ration <\/em> et ajoute sa pens\u00e9e originale \u00e0 la r\u00e9flexion sur un communisme du XXIe?si\u00e8cle. Une contribution de Roger Martelli publi\u00e9 dans<em> Cerises <\/em> n\u00b027. <\/p>\n","protected":false},"author":328,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-3963","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3963","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/328"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3963"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3963\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3963"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3963"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3963"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}