{"id":3949,"date":"2008-07-01T00:00:00","date_gmt":"2008-06-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/un-individualisme-de-gauche3949\/"},"modified":"2008-07-01T00:00:00","modified_gmt":"2008-06-30T22:00:00","slug":"un-individualisme-de-gauche3949","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=3949","title":{"rendered":"Un individualisme de gauche"},"content":{"rendered":"<p>L&#8217;essai de cette journaliste de 34 ans commence ainsi :<em> \u00ab En 2000, aux Etats-Unis, un sondage avait r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que lorsqu&#8217;on demandait aux gens s&#8217;ils pensaient faire partie du 1 % des Am\u00e9ricains les plus riches, 19 % r\u00e9pondaient affirmativement, tandis que 20 % estimaient que \u00e7a ne saurait tarder. \u00bb <\/em> Apr\u00e8s le succ\u00e8s chez nous du livre de Thomas Frank,<em> Pourquoi les pauvres votent \u00e0 droite <\/em>, Mona Chollet tente \u00e0 son tour, dans une perspective plus franco-fran\u00e7aise, de d\u00e9tricoter cet imaginaire n\u00e9olib\u00e9ral foment\u00e9 avec l&#8217;aide de l&#8217;industrie du spectacle. Ou comment les pauvres, \u00e0 force de fictions, de l\u00e9gendes concoct\u00e9es par les sc\u00e9naristes des<em> think tanks <\/em> de Washington qui valent bien ceux de Hollywood, quand ils ne fonctionnent pas main dans la main, se sont d\u00e9solidaris\u00e9s d&#8217;eux-m\u00eames en tant que groupe, pour s&#8217;identifier illusoirement aux riches et aux puissants. Mona Chollet rejoint ici les analyses sociologiques de Michel Pin\u00e7on et Monique Pin\u00e7on-Charlot qui ont d\u00e9montr\u00e9 comment la conscience de classe \u00e9tait d\u00e9sormais un autre privil\u00e8ge des riches. Apr\u00e8s avoir facilement d\u00e9fait en pages vives et mordantes \u00ab l&#8217;illusion du bling-bling \u00bb, la collaboratrice du<em> Monde diplomatique <\/em> marche en revanche sur des \u0153ufs quand il s&#8217;agit d&#8217;\u00e9noncer, en face,<em> \u00ab un imaginaire de gauche \u00bb <\/em> qui se tienne. Assez peu fan, de toute \u00e9vidence, de<em> \u00ab l&#8217;hypoth\u00e8se communiste \u00bb <\/em> ch\u00e8re au philosophe Alain Badiou, elle pr\u00e9f\u00e8re miser sur l&#8217;individu et le concept de<em> \u00ab propri\u00e9t\u00e9 sociale \u00bb <\/em> \u00e9nonc\u00e9 par le sociologue Robert Castel.<em> \u00ab Ni collectivisme ni propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e \u00bb <\/em>, cette troisi\u00e8me voie serait<em> \u00ab un \u00e9quivalent de la propri\u00e9t\u00e9 pour les non-propri\u00e9taires \u00bb <\/em> et s&#8217;obtiendrait<em> \u00ab non plus par la possession d&#8217;un patrimoine, mais par l&#8217;entr\u00e9e dans les syst\u00e8mes de protection \u00bb <\/em>. En tout, et c&#8217;est ce qui fait son int\u00e9r\u00eat, on devine dans ce petit essai vigoureux, refusant de c\u00e9der au d\u00e9faitisme et pourfendant g\u00e9n\u00e9reusement<em> \u00ab la soci\u00e9t\u00e9-casino \u00bb <\/em>, tous les atermoiements d&#8217;une jeune d\u00e9mocrate de gauche, furieuse mais bien dans sa peau, regardant<em> \u00ab Six feet under \u00bb <\/em> parce que c&#8217;est une s\u00e9rie am\u00e9ricaine<em> \u00ab de gauche \u00bb <\/em>, mais qu&#8217;effraie le collectivisme et qui cherche dans la production intellectuelle d&#8217;Andr\u00e9 Gorz ou de Robert Castel, dans la garantie d&#8217;un revenu minimum, une voie de sortie et la possibilit\u00e9 r\u00e9elle de cet oxymore : un individualisme de gauche. Pas s\u00fbr, on le devine, que cette autre fiction fasse autant r\u00eaver le peuple que le bling-bling&#8230;  <\/p>\n<p><strong> Mona Chollet <\/strong>,<em> R\u00eaves de droite. D\u00e9faire l&#8217;imaginaire sarkozyste <\/em>, \u00e9d. de la D\u00e9couverte, coll. Zones, 12 euros<\/p>\n<p><strong> NOSTALGIE \u00c0 DROITE <\/strong><\/p>\n<p>Il y a une forme de d\u00e9lectation morose \u00e0 voir ce qu&#8217;on appelait nagu\u00e8re \u00ab la droite \u00bb, avant la porte ouverte \u00e0 toutes les fen\u00eatres d&#8217;ouverture, \u00e9tablir des constats pour le moins mitig\u00e9s une ann\u00e9e apr\u00e8s l&#8217;\u00e9lection de Sarkozy. Lisez<em> La Revue des deux mondes <\/em> : vous verrez comme ils sont un peu chafouins, l\u00e0-bas&#8230; Marc Lambron avait publi\u00e9 l&#8217;ann\u00e9e derni\u00e8re un portrait de S\u00e9gol\u00e8ne Royal qui n&#8217;avait pas concr\u00e8tement aid\u00e9 \u00e0 son \u00e9lection. Le voici maintenant qui se penche sur le pr\u00e9sident d&#8217;un an \u00e2ge. Du big bang du bling-bling jusqu&#8217;au d\u00e9part de C\u00e9cilia, du rebondissement Carla jusqu&#8217;\u00e0 la tentation de la r\u00e9forme par SMS, rien n&#8217;\u00e9chappe \u00e0 cet as de la formule qu&#8217;est Lambron&#8230; Mais chez ce litt\u00e9raire, un peu d&#8217;affliction, tout au fond :<em> \u00ab Tout de m\u00eame, la vie est une chose \u00e9trange. On commence un livre en se souvenant des grands essais de politique litt\u00e9raire d&#8217;autrefois, Albert Thibaudet ou Julien Benda, et l&#8217;on finit en feuilletant (&#8230;) la collection compl\u00e8te de <\/em> Gala. (&#8230;)<em> Comment parler de politique aujourd&#8217;hui ? Si j&#8217;\u00e9tais Alain Duhamel, je m&#8217;ach\u00e8terais un t\u00e9l\u00e9objectif. \u00bb <\/em> Comme si la droite d\u00e9couvrait aujourd&#8217;hui que<em> La Soci\u00e9t\u00e9 du spectacle <\/em> de Guy Debord n&#8217;\u00e9tait pas un essai pour vieux gauchistes, mais une r\u00e9alit\u00e9 contaminant jusqu&#8217;aux vieilles biblioth\u00e8ques. En v\u00e9rit\u00e9, notre bon Lambron est un nostalgique du Langage, qu&#8217;il voit reculer devant le March\u00e9. Le Logos contre les logos. Bah. Il fallait y penser avant, Marc. <\/p>\n<p><strong> Marc Lambron <\/strong>,<em> Eh bien, dansez maintenant&#8230; <\/em>, \u00e9d. Grasset, 15,90 euros<\/p>\n<p><strong> UNE MYSTIQUE SUR LE DIVAN <\/strong><\/p>\n<p>Le grand livre de Kristeva. Huit cents ambitieuses pages, fr\u00f4lant le livre total : on a envie de dire b\u00eatement \u00ab \u00e0 l&#8217;am\u00e9ricaine \u00bb, alors qu&#8217;on en est si loin : de psychanalyse de Th\u00e9r\u00e8se d&#8217;Avila (1515-1582), sanctifi\u00e9e apr\u00e8s qu&#8217;on eut v\u00e9rifi\u00e9, en d\u00e9terrant son cadavre quatre ans apr\u00e8s sa mort, qu&#8217;elle \u00e9tait bien en odeur de saintet\u00e9. Dans cette th\u00e8se lacanienne d\u00e9guis\u00e9e en roman \u00e0 faible intensit\u00e9, et se terminant sur un dialogue d&#8217;outre-tombe digne du meilleur th\u00e9\u00e2tre sadien, l&#8217;ath\u00e9e Julia Kristeva : il est important de le souligner : sur un ton unique, l\u00e9ger, enjou\u00e9, aborde toutes les grandes questions : amour et jouissance, psychanalyse et religion, l&#8217;Autre et le P\u00e8re, Sainte et Sorci\u00e8re, anorexie et communion&#8230; Un immense sandwich-club de la connaissance d&#8217;o\u00f9 sortirait, tel un bout de tomate philosophique, cet axiome fin comme une hostie :<em> \u00ab Le christianisme est le paradis de la n\u00e9vrose. \u00bb <\/em><\/p>\n<p><strong> Julia Kristeva <\/strong>,<em> Th\u00e9r\u00e8se mon amour <\/em>, Fayard, 25 euros<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&#8217;essai de cette journaliste de 34 ans commence ainsi : \u00ab En 2000, aux Etats-Unis, un sondage avait r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que lorsqu&#8217;on demandait aux gens s&#8217;ils pensaient faire partie du 1 % des Am\u00e9ricains les plus riches, 19 % r\u00e9pondaient affirmativement, tandis que 20 % estimaient que \u00e7a ne saurait tarder. \u00bb Apr\u00e8s le succ\u00e8s chez [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[13],"tags":[],"class_list":["post-3949","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-arnaud-viviant"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3949","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3949"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3949\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3949"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3949"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3949"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}