{"id":3948,"date":"2008-09-01T00:00:00","date_gmt":"2008-08-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/la-vie-est-un-roman3948\/"},"modified":"2008-09-01T00:00:00","modified_gmt":"2008-08-31T22:00:00","slug":"la-vie-est-un-roman3948","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=3948","title":{"rendered":"La vie est un roman"},"content":{"rendered":"<p>Le grand roman de la rentr\u00e9e. Tristan Garcia a 27 ans, c&#8217;est son premier livre et ce qui pla\u00eet, c&#8217;est son usage naturellement classique, presque balzacien, de la forme romanesque. On dirait que le roman : cette forme qui, depuis longtemps, sentait le chien mouill\u00e9 : s&#8217;\u00e9broue devant nous et retrouve le lustre de son pelage. Garcia raconte l&#8217;Histoire (en l&#8217;occurrence, comme l&#8217;annonce le bandeau rouge \u00ab Paris, les ann\u00e9es sida \u00bb) \u00e0 travers quatre destins individuels. Celui de Dominique (qui emprunte certains de ses traits \u00e0 Didier Lestrade, ex-pr\u00e9sident d&#8217;Act Up) ; de Willie, \u00e9crivain scandaleux (qui pourra faire songer \u00e0 Guillaume Dustan) ; d&#8217;un intellectuel m\u00e9diatique qui a des c\u00f4t\u00e9s BHL et d&#8217;autres Finkielkraut, et dont la ma\u00eetresse : journaliste culture \u00e0 Lib\u00e9 : raconte les destin\u00e9es. Amours, haines, trahisons individuelles se conjuguent dans la trame romanesque avec amours, haines et trahisons collectives. Qu&#8217;est-ce qu&#8217;une \u00e9poque ? Un roman. Qu&#8217;est-ce qu&#8217;une g\u00e9n\u00e9ration ? Un roman, elle aussi. La force de Garcia est d&#8217;incarner des id\u00e9es \u00e0 travers des personnages \u00e0 la semi-r\u00e9alit\u00e9 troublante, et de montrer que l&#8217;histoire des id\u00e9es n&#8217;est que l&#8217;id\u00e9e que les hommes se font de leur histoire. <\/p>\n<p><strong> Tristan Garcia <\/strong>,<em> La meilleure part des hommes <\/em>, Gallimard, 18,50 euros<\/p>\n<p>MASCULIN-F\u00c9MININ<\/p>\n<p>Le quatri\u00e8me roman de ce jeune \u00e9crivain est dr\u00f4le, fin dans tous les sens du terme. Il est \u00e9crit l\u00e9g\u00e8rement. Il tombe parfaitement dans l&#8217;\u00e9poque, coinc\u00e9e comme elle est. Il parle du couple (grosse tendance de la rentr\u00e9e), c&#8217;est-\u00e0-dire du clivage homme\/ femme dont la soci\u00e9t\u00e9 semble toujours vouloir \u00e0 la fois qu&#8217;il rompe et qu&#8217;il tienne. Il est bien \u00e9crit, avec fermet\u00e9 et assurance, comme le sc\u00e9nario d&#8217;un film infilmable, puisqu&#8217;il devrait \u00eatre film\u00e9 depuis l&#8217;int\u00e9rieur des corps. R\u00e9gis de Sa Moreira raconte en effet comment, un matin, un homme se retrouve dans le corps de sa femme et r\u00e9ciproquement. Et ce qui s&#8217;ensuit&#8230; C&#8217;est amusant. C&#8217;est \u00e9crit avec tr\u00e8s peu de mots, une \u00e9conomie dans l&#8217;\u00e9criture qui fait parfois de cette inversion un simple travestissement grammatical. Le livre qu&#8217;on offrirait volontiers \u00e0 un \u00e9tranger pour qu&#8217;il d\u00e9couvre toutes les subtilit\u00e9s de notre langue. Comme une m\u00e9thode Assimil du masculin et du f\u00e9minin. <\/p>\n<p><strong> R\u00e9gis de Sa Moreira <\/strong>,<em> Mari et femme <\/em>, Au Diable Vauvert, 15 euros<\/p>\n<p>VIE IMAGINAIRE D&#8217;OMAR KHAYYAM<\/p>\n<p>Quatre-vingt-dix pages seulement, mais pas press\u00e9 de finir. On met les yeux sur le frein, on s&#8217;attarde sur chaque phrase, on la relit deux fois, en imaginant ne pas l&#8217;avoir comprise, en fait, en r\u00eavant. A quoi ? A la minceur de ce livre, conjugu\u00e9 \u00e0 sa subtile \u00e9paisseur. Le cure-dent (quel titre ! : Sauvagerie et ombrage du titre&#8230;), premier livre (on ne dira pas roman) de Jean-Yves Lacroix, est ce qu&#8217;on appelle <\/p>\n<p>aujourd&#8217;hui, dans les facult\u00e9s de lettres qui s&#8217;int\u00e9ressent d&#8217;ailleurs beaucoup \u00e0 ce ph\u00e9nom\u00e8ne, tr\u00e8s tendance en ce moment, une \u00ab fiction biographique \u00bb. Il raconte la vie Omar Khayyam, math\u00e9maticien et astronome, po\u00e8te et philosophe persan du Xe si\u00e8cle, c\u00e9l\u00e8bre auteur des Rubayat, plus de 400 quatrains ouvrag\u00e9s qui, ressurgis comme intacts du Moyen Age, devinrent un best-seller mondial des ann\u00e9es 1960 et 1970.<\/p>\n<p>Marguerite Youcenar, assez dou\u00e9e elle-m\u00eame au demeurant pour la fiction biographique, a longtemps caress\u00e9 l&#8217;id\u00e9e d&#8217;\u00e9crire un roman sur Omar Khayyam. Ce qui l&#8217;a arr\u00eat\u00e9e, disait-elle, c&#8217;est qu&#8217;il \u00e9tait \u00ab essentiellement un contemplateur et un contempteur \u00bb. C&#8217;est justement ce qui n&#8217;a pas arr\u00eat\u00e9 Jean-Yves Lacroix, qui, loin de faire un gros roman de cette vie dont peu de choses en v\u00e9rit\u00e9 nous sont parvenues, en a fait au contraire un livre resserr\u00e9, qui se savoure comme un expresso au comptoir mal fr\u00e9quent\u00e9 de la litt\u00e9rature&#8230;<\/p>\n<p>A l&#8217;arriv\u00e9e, s&#8217;il faut comparer et d\u00e9finir, c&#8217;est \u00e0 l&#8217;\u00e9crivain Marcel Schwob (1867-1905) que l&#8217;on songera, dont les<em> Vies imaginaires <\/em> sont consid\u00e9r\u00e9es comme le parangon de la fiction biographique. <\/p>\n<p><strong> Jean-Yves Lacroix <\/strong>,<em> Le cure-dent <\/em>, Ed. Allia, 6,10 euros<\/p>\n<p>LIAISONS DANGEREUSES<\/p>\n<p>Jour de souffrance d\u00e9signe, dans la langue fran\u00e7aise, \u00ab une baie qu&#8217;on peut ouvrir sur la propri\u00e9t\u00e9 d&#8217;un voisin \u00e0 condition de la munir d&#8217;un ch\u00e2ssis dormant \u00bb, nous apprend Catherine Millet. Apr\u00e8s La vie sexuelle de Catherine M., son autobiographie \u00e9rotique, la directrice du mensuel Art Press en \u00e9crit l&#8217;autre versant : celui de la jalousie, qui est aussi le nom d&#8217;une fen\u00eatre&#8230; Bien qu&#8217;elle e\u00fbt pr\u00e9c\u00e9demment racont\u00e9 son long libertinage \u00e0 partenaires multiples, c&#8217;est elle, paradoxalement, qui est jalouse des quelques liaisons de son compagnon, l&#8217;\u00e9crivain Jacques Henric. Cette jalousie va assez loin : jusqu&#8217;\u00e0 la d\u00e9raison. Se cogner la t\u00eate contre les murs. Mais est-ce bien de sexe qu&#8217;il s&#8217;agit ou bien de texte ? Dans un style proustien, depuis l&#8217;int\u00e9rieur d&#8217;un corps et ses r\u00e9miniscences physiques, Catherine Millet raconte ici, non sans une pr\u00e9tention tout \u00e0 fait charmante, comment elle a toujours voulu \u00e9crire, et longtemps enfoui ce d\u00e9sir sous d&#8217;autres, avant de le lib\u00e9rer. <\/p>\n<p><strong> Catherine Millet <\/strong>,<em> Jour de souffrance <\/em>, Flammarion, 20 euros<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le grand roman de la rentr\u00e9e. Tristan Garcia a 27 ans, c&#8217;est son premier livre et ce qui pla\u00eet, c&#8217;est son usage naturellement classique, presque balzacien, de la forme romanesque. 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