{"id":3946,"date":"2008-10-01T00:00:00","date_gmt":"2008-09-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/notre-homere-du-11-septembre3946\/"},"modified":"2008-10-01T00:00:00","modified_gmt":"2008-09-30T22:00:00","slug":"notre-homere-du-11-septembre3946","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=3946","title":{"rendered":"Notre Hom\u00e8re du 11 Septembre"},"content":{"rendered":"<p>Ce n&#8217;est pas l&#8217;ambition qui \u00e9touffe Mathias Enard. Le voici donc, pour son troisi\u00e8me roman, parti dans un projet dithyrambique. Raconter en une phrase unique de quelque cinq cent pages touffues, simplement ponctu\u00e9e de virgules qui seraient comme les nerfs ou les tendons de cette phrase, les souvenirs d&#8217;un espion ayant travaill\u00e9 dans la Zone, c&#8217;est-\u00e0-dire tout le pourtour m\u00e9diterran\u00e9en. Comme dans<em> La Modification <\/em>, de Michel Butor, nous sommes en train (espace privil\u00e9gi\u00e9 de la lecture), cette fois le Milan-Rome. Il faut environ une vingtaine d&#8217;heures pour lire le roman d&#8217;Enard, alors qu&#8217;il n&#8217;y a que 500 km entre Milan et Rome ! Qu&#8217;importe : si l&#8217;on aime la g\u00e9opolitique, si l&#8217;on trouve marrant qu&#8217;un romancier d\u00e9signe J\u00e9sus comme<em> \u00ab le premier leader palestinien, le seul qui soit parvenu \u00e0 quelque r\u00e9sultat, pourtant ce n&#8217;\u00e9tait pas gagn\u00e9 pour ce maigrichon levantin fauch\u00e9 et geignard qui n&#8217;a pas \u00e9crit une seule ligne de son vivant \u00bb <\/em>, si l&#8217;on s&#8217;int\u00e9resse \u00e0 la guerre, si l&#8217;on songe que le roman doit embrasser le monde qui s&#8217;embrase, alors il faut lire Mathias Enard, comme s&#8217;il \u00e9tait notre Hom\u00e8re du 11 Septembre, ou un arch\u00e9ologue de toutes les guerres qui ont agit\u00e9 et agitent encore le bassin m\u00e9diterran\u00e9en, englu\u00e9 depuis des si\u00e8cles dans le songe creux de l&#8217;Histoire, enferm\u00e9 dans le train fant\u00f4me des religions et des civilisations qui n&#8217;en forment qu&#8217;une. Non, ce n&#8217;est pas l&#8217;ambition qui \u00e9touffe Mathias Enard, c&#8217;est bien autre chose&#8230; C&#8217;est la l\u00e9gende, au sens le plus litt\u00e9raire du terme. Voici un roman qui aspire \u00e0 devenir l\u00e9gendaire, et franchement, vu son inspiration (autrefois on aurait dit son souffle peut-\u00eatre), il n&#8217;est pas dit qu&#8217;il n&#8217;y parvienne pas.  <\/p>\n<p><strong> Mathias Enard <\/strong>,<em> Zone <\/em>, \u00e9d. Actes Sud, 22,80 euros<\/p>\n<p>DOROTA, L&#8217;ENFANT TERRIBLE<\/p>\n<p>Apr\u00e8s le plombier polonais, l&#8217;\u00e9crivain polonais. Ou plut\u00f4t l&#8217;\u00e9crivaine. Dorota Maslowska est la petite princesse et l&#8217;enfant terrible des lettres de Varsovie. Apr\u00e8s l&#8217;\u00e9norme succ\u00e8s de son premier roman publi\u00e9 \u00e0 17 ans, alors qu&#8217;elle \u00e9tait encore lyc\u00e9enne, et qu&#8217;on la surnomme de fait la Fran\u00e7oise Sagan polonaise, la voil\u00e0 qui se lance dans un second roman d\u00e9vastateur. O\u00f9 elle se moque, p\u00eale-m\u00eale : d&#8217;elle-m\u00eame en particulier (on va voir ce qu&#8217;on va voir) ; de l&#8217;industrie culturelle en g\u00e9n\u00e9ral qui fa\u00e7onne rois et reines d&#8217;un jour pour faire r\u00eaver le petit peuple en d\u00e9sh\u00e9rence dans cette loterie, dans ce sport c\u00e9r\u00e9bral (comme si le cerveau n&#8217;\u00e9tait qu&#8217;un muscle, un simple muscle) qu&#8217;est devenue la culture aujourd&#8217;hui. L&#8217;auteur a pourtant mis en garde :<em>  \u00ab Il convient d&#8217;emp\u00eacher la traduction \u00e9ventuelle de ce livre dans d&#8217;autres langues, car le comportement des protagonistes trahit un faible niveau de moralit\u00e9, ce qui donne, pour l&#8217;Occident, une image n\u00e9gative de la Pologne. \u00bb  <\/em> Tu parles, Dorota&#8230; On la sent au contraire jouissive de tailler cette longue jactance, dont elle ne cesse de noter qu&#8217;elle est<em> \u00ab sponsoris\u00e9e par les fonds de l&#8217;Union europ\u00e9enne \u00bb <\/em>, ce qui est vrai, contre le nationalisme tout aussi bien que contre le supranationalisme. Dorota Maslowska \u00e9crit \u00e0 son propos :<em> \u00ab Comment rejoindre l&#8217;Europe, avec elle on n&#8217;a plus qu&#8217;\u00e0 s&#8217;annexer \u00e0 la Russie, s&#8217;enterrer sous des champs de patates ou d&#8217;orties \u00bb <\/em>, et c&#8217;est vrai, cette jeune \u00e9crivaine rue dans les brancards, si bien qu&#8217;en Pologne, pays lettr\u00e9, \u00f4 combien, elle a obtenu la plus haute distinction litt\u00e9raire, le prix Nik\u00e9. On ne la compare plus cette fois \u00e0 Fran\u00e7oise Sagan mais \u00e0 Gombrowicz ou C\u00e9line. Et comment dire que, cette fois, dans cette fichue industrie culturelle charg\u00e9e d&#8217;agiter le ciel gris de la vie, cela semble amplement m\u00e9rit\u00e9 ? <\/p>\n<p><strong> Dorota Maslowska <\/strong>,<em> Tchatche ou cr\u00e8ve <\/em>, \u00e9d. Noir sur blanc, 16 euros<\/p>\n<p>UNE BOURGEOISE DE CLASSE<\/p>\n<p>Un petit mot, pour finir, de la litt\u00e9rature fran\u00e7aise bourgeoise actuelle&#8230; Angot est bourgeoise, et ne s&#8217;en cache pas, au contraire. Surtout quand elle \u00ab sort \u00bb avec Doc Gyneco, qui vote Sarkozy et DONC n&#8217;est pas bourgeois. En tout cas, pas bourgeois \u00ab rive gauche \u00bb comme notre auto-romanci\u00e8re bien connue. Voil\u00e0 donc Angot qui se lance dans une analyse de la<em> \u00ab diff\u00e9rence de classe \u00bb <\/em> : pour ne pas dire la lutte, m\u00eame si c&#8217;est chaud quand m\u00eame : tout \u00e0 fait r\u00e9jouissante d&#8217;un banal point de vue marxiste-l\u00e9niniste. Sauf que le mot classe, modernit\u00e9 oblige, a d\u00e9sormais \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9 par le mot \u00ab r\u00e9seau \u00bb&#8230; Certes, ce n&#8217;est pas de la tr\u00e8s \u00ab grande \u00bb litt\u00e9rature&#8230; Il y a m\u00eame l\u00e0-dedans une esp\u00e8ce de fadeur fortement conserv\u00e9e : celle de la vie m\u00eame ? Mais que ce \u00ab grande litt\u00e9rature \u00bb fait peur de toute fa\u00e7on&#8230; Que devrait-on faire alors de la \u00ab petite \u00bb litt\u00e9rature&#8230; ? En un sens, Christine Angot propose ici une sociologie de l&#8217;amour \u00e0 Paris, aussi amusante \u00e0 certains moments que les analyses d\u00e9taill\u00e9es de nos deux sociologues pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s, Pin\u00e7on et Pin\u00e7on-Charlot (leur<em> Sociologie de Paris <\/em> vient d&#8217;\u00eatre r\u00e9\u00e9dit\u00e9e en poche dans une nouvelle \u00e9dition). Oui, comme ils l&#8217;expliquent, et comme le raconte \u00e9galement Christine Angot,  les riches sont le seul groupe social encore organis\u00e9 en tant que classe&#8230; <\/p>\n<p><strong> Christine Angot <\/strong>,<em> Le March\u00e9 des amants <\/em>, Le Seuil, coll. Fiction &#038; Cie, 19,90 euros<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce n&#8217;est pas l&#8217;ambition qui \u00e9touffe Mathias Enard. Le voici donc, pour son troisi\u00e8me roman, parti dans un projet dithyrambique. 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