{"id":3944,"date":"2009-03-01T00:00:00","date_gmt":"2009-02-28T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/science-fiction-cauchemarder-le3944\/"},"modified":"2009-03-01T00:00:00","modified_gmt":"2009-02-28T23:00:00","slug":"science-fiction-cauchemarder-le3944","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=3944","title":{"rendered":"Science-Fiction, cauchemarder le r\u00e9el"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">  La science-fiction, SF pour les amis, occupe une place \u00e0 part dans la culture populaire. Dans un registre ludique, s&#8217;y expriment les grandes batailles id\u00e9ologiques des soci\u00e9t\u00e9s modernes. R\u00e9ussit-elle \u00e0 exorciser la face obscure des peurs qu&#8217;elle met en sc\u00e8ne?  <\/p>\n<p>La sonnette d&#8217;alarme a \u00e9t\u00e9 tir\u00e9e par Jean-Daniel Br\u00e8que. Ce traducteur de Dan Simmons (mais aussi de Stephen King, le roi de l&#8217;horreur, ou encore P.F. Hamilton, celui qui a r\u00e9invent\u00e9 le Space Op\u00e9ra avec sa saga L&#8217;aube de la nuit) est s\u00fbrement une des plumes de science-fiction les plus renomm\u00e9es et les plus lues \u00e0 travers le monde, notamment gr\u00e2ce \u00e0 son sublime cycle Hyp\u00e9rion. Dans un court texte, Br\u00e8que r\u00e9v\u00e9lait son trouble devant les propos naus\u00e9abonds qui se multipliaient sur le site Web personnel de l&#8217;auteur am\u00e9ricain, o\u00f9 se d\u00e9versaient selon lui<em> \u00abdes flots de haine contre les d\u00e9mocrates, les Arabes, les homosexuels, les \u00e9cologistes, et c\u00e6tera\u00bb <\/em>. Mais un fait en particulier l&#8217;a d\u00e9finitivement \u00e9c\u0153ur\u00e9e et pouss\u00e9 \u00e0 rompre ses relations \u00e9ditoriales (il y publiait des chroniques). Il s&#8217;agit d&#8217;un \u00e9change entre Dan Simmons et un internaute que le premier<em> \u00aba encourag\u00e9 (&#8230;)  \u00e0 d\u00e9noncer au FBI une jeune Palestinienne \u00e9tudiant aux Etats-Unis, qui lui avait confi\u00e9 sa col\u00e8re devant le massacre de Gaza et son d\u00e9sir de vengeance\u00bb <\/em>. Avant de d\u00e9couvrir que finalement l&#8217;\u00e9crivain n&#8217;avait pu attendre et s&#8217;\u00e9tait charg\u00e9 lui-m\u00eame de la basse besogne. Depuis, Jean-Michel Br\u00e8que n&#8217;est \u00e9videmment plus son traducteur et s&#8217;est d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 rendre publiques les causes de cette rupture. <\/p>\n<p><strong> CONTROVERSES <\/strong><\/p>\n<p>Cette information, qui a quelque peu \u00e9branl\u00e9 le petit monde de la science-fiction, surtout en France, o\u00f9 elle compte un cercle restreint mais passionn\u00e9 de fid\u00e8les vigilants, nous rappelle \u00e9galement la pol\u00e9mique autour de Maurice G. Dantec. Son livre Babylon Babies, paru en 1999, est consid\u00e9r\u00e9 comme une pi\u00e8ce majeure du<em> \u00abcyberpunk\u00bb <\/em>, dont le soutien \u00e0 Unit\u00e9 Radicale, groupuscule d&#8217;extr\u00eame droite, dissout en 2002, avait traumatis\u00e9 ses fans. Par la suite, multipliant les prises de position r\u00e9actionnaires, celui qui se d\u00e9finit d\u00e9sormais comme<em> \u00abcatholique et sioniste\u00bb <\/em>, avait r\u00e9duit en cendre les illusions de ses plus fid\u00e8les lecteurs et terni sa flatteuse \u00e9tiquette subversive. Depuis, l&#8217;adaptation cin\u00e9matographique path\u00e9tique et hollywoodienne de son livre  par Mathieu Kassowitz a peut-\u00eatre fini de ruiner son aura. Cela dit, \u00e0 bien regarder les romans des personnes concern\u00e9es, on aurait pu depuis longtemps rep\u00e9rer les raisons profondes de leur positionnement politique actuel (Dan Simmons projetait d\u00e9j\u00e0 dans Illium, en 2003, puis Olympos, en 2005, le  spectre d&#8217;une guerre des civilisations entre Occident et islam).<\/p>\n<p>De fait, la science-fiction est souvent secou\u00e9e par ce genre de controverses. Car loin de se r\u00e9sumer \u00e0 un gadget intellectuel pour grands enfants se courant derri\u00e8re avec des sabres laser ou dissertant \u00e0 l&#8217;infini de l&#8217;identit\u00e9 du cinqui\u00e8me Cylon dans la nouvelle version de Galactica (une des plus belles s\u00e9ries t\u00e9l\u00e9 de SF des ann\u00e9es 2000), elle  manipule, certes sur un mode narratif plut\u00f4t ludique, toutes les grandes angoisses id\u00e9ologiques et autres questionnements philosophiques de notre temps. Elle a donc toujours occup\u00e9 une place \u00e0 part dans la culture populaire. Longtemps m\u00e9pris\u00e9e, surtout en litt\u00e9rature (ce qui peut se comprendre au regard de la fr\u00e9quente m\u00e9diocrit\u00e9 d&#8217;une grosse partie des parutions), g\u00e9n\u00e9ralement r\u00e9duite au r\u00f4le de tiroir-caisse (autrement dit un pi\u00e8ge facile pour attirer du spectateur) au cin\u00e9ma ou \u00e0 la t\u00e9l\u00e9, elle n&#8217;en constitua pas moins, depuis toujours, un des lieux o\u00f9 s&#8217;exprima de la mani\u00e8re la plus constante la critique de nos soci\u00e9t\u00e9s modernes. De fa\u00e7on ouverte, \u00e0 l&#8217;Ouest, ou feutr\u00e9e, \u00e0 l&#8217;Est (comme l&#8217;excellent film sovi\u00e9tique  Solaris, d&#8217;apr\u00e8s l&#8217;auteur polonais Stanislas Lem, dont Steven Soderbergh a fait un remake, avec George Clooney).<\/p>\n<p>Ce n&#8217;est pas un hasard d&#8217;ailleurs si ce fut aux Etats-Unis, o\u00f9 l&#8217;industrie du divertissement lui permit de vivre un \u00e2ge d&#8217;or  in\u00e9gal\u00e9 durant les ann\u00e9es cinquante et soixante, que la SF joua \u00e0 plein, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du polar, \u00e9videmment, cette fonction inconsciente et r\u00e9guli\u00e8rement involontaire de grande machine \u00e0 cauchemarder le r\u00e9el. <\/p>\n<p><strong> ULTIME REFUGE DE LA CRITIQUE <\/strong><\/p>\n<p>Elle constitua de la sorte l&#8217;ultime refuge de la critique sociale de masse, notamment dans les fameux comics de super-h\u00e9ros qui posaient par exemple le probl\u00e8me des minorit\u00e9s (les X-Mens) ou du poids du complexe militaire (en filigrane dans Hulk). Sans oublier \u00e9videmment des films comme L&#8217;Invasion des profanateurs de s\u00e9pultures, en 1956, qui s&#8217;attaquait au McCarthysme, une d\u00e9marche anticonservatrice qui s&#8217;est poursuivie dans les films de zombies, sortant de la tombe les pulsions s\u00e9curitaires de l&#8217;Am\u00e9rique profonde.  Ainsi la SF fut toujours per\u00e7ue, surtout dans l&#8217;Hexagone, comme un espace plut\u00f4t progressiste o\u00f9 se manifestaient de mani\u00e8re ludique les grandes batailles id\u00e9ologiques du pr\u00e9sent. Dans ce cadre, peu de genres artistiques auront \u00e0 ce point su saisir l&#8217;ampleur de l&#8217;influence de la r\u00e9volution industrielle puis technologique et enfin informatique sur nos modes de vie et nos structures politiques. Que ce soit le cycle assez optimiste des Robots \u00e9crit par Asimov d\u00e8s 1950 ou encore l&#8217;\u0153uvre apocalyptique du Fran\u00e7ais Ren\u00e9 Barjavel, il s&#8217;est toujours agi de comprendre comment la trame des<em> \u00abchoses\u00bb <\/em> qui nous entourent \u00e9tait devenue partie prenante et active de notre civilisation. Une fascination et une crainte sym\u00e9triques de voir l&#8217;homme<em> \u00abde base\u00bb <\/em>, le citoyen ordinaire,  perdre sa place devant la machine, pensante ou non, dont les  transcriptions cin\u00e9matographiques comme Terminator ou Matrix et, en arri\u00e8re-plan, le courant cyberpunk, d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9, ne sont que les derniers d\u00e9veloppements cr\u00e9atifs. N&#8217;oublions pas au passage que le d\u00e9miurge de la science-fiction, Jules Verne, sorte de Shakespeare de l&#8217;anticipation, avait imagin\u00e9 le sous-marin nucl\u00e9aire et le voyage sur la Lune d\u00e8s 1869.<\/p>\n<p>La mont\u00e9e progressive de la reconnaissance du genre ne cessa d&#8217;accentuer cette vocation prospective et non plus seulement imaginative. Les diff\u00e9rents sous-genres qui se multipli\u00e8rent assur\u00e8rent le triomphe de la SF, du space opera (1) \u00e0 l&#8217;uchronie (2).<\/p>\n<p><strong> NOUVEAUX TH\u00c8MES <\/strong><\/p>\n<p>Au fur et \u00e0 mesure de nouvelles pr\u00e9occupations se sont impos\u00e9es. L&#8217;inqui\u00e9tude \u00e9cologique s&#8217;est invit\u00e9e comme un ressort puissant de nombreuses intrigues d&#8217;anticipation. La trilogie martienne (autre grande obsession de la SF depuis Ray Bradbury et ses Chroniques martiennes en 1951) de Kim Stanley Robinson abordait de front le probl\u00e8me du r\u00e9chauffement climatique, de la surpopulation en relation avec une colonisation de Mars aux airs de conqu\u00eate de l&#8217;Ouest. D&#8217;autre part, ce n&#8217;est pas un hasard si prochainement vont sortir deux gros blockbusters inspir\u00e9s par de grands classiques de la SF. D&#8217;un c\u00f4t\u00e9, l&#8217;adaptation tant attendue des Watchmen (3), BD quasi litt\u00e9raire culte o\u00f9, dans une Am\u00e9rique parall\u00e8le qui aurait gagn\u00e9 le Vi\u00eatnam gr\u00e2ce \u00e0 un demi-dieu atomique, des super-h\u00e9ros d\u00e9pressifs essaient de sauver l&#8217;humanit\u00e9 d&#8217;une guerre nucl\u00e9aire qui revient \u00e9trangement nous hanter aujourd&#8217;hui avec l&#8217;Iran. J.J. Abrams, le p\u00e8re de Lost, r\u00e9alise de son c\u00f4t\u00e9 une sixi\u00e8me adaptation cin\u00e9matographique de Star Trek. Cette fois-ci, la rumeur la place \u00e0 la hauteur des diverses s\u00e9quences t\u00e9l\u00e9visuelles (la s\u00e9rie originelle de 1966, la Next g\u00e9n\u00e9ration, de 1987, et ses d\u00e9clinaisons Voyager, Deep space nine et Entreprise). Ce nouvel opus raconte en fait l&#8217;avant, la rencontre entre le futur capitaine Kirk et Spock, le m\u00e9tisse humano-vulcain somm\u00e9 de choisir entre ses deux cultures dans une f\u00e9d\u00e9ration des plan\u00e8tes<em> \u00ab\u00e9galitaire\u00bb <\/em>. Une th\u00e9matique au fort relent synchronique obamesque presque trop parfait pour croire au pur hasard. Rappelons pour m\u00e9moire que cette s\u00e9rie \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 le programme t\u00e9l\u00e9 pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 de Martin Luther King, qu&#8217;en pleine guerre froide elle pr\u00e9sentait un \u00e9quipage avec des Russes et des Chinois,  et que pour la premi\u00e8re fois un Blanc y embrassa une Noire \u00e0 la t\u00e9l\u00e9. <\/p>\n<p>Cela dit, d\u00e9j\u00e0 la s\u00e9rie Heroes, o\u00f9 des humains d\u00e9couvrent leur<em> \u00absuperpouvoir\u00bb <\/em>, avait commenc\u00e9 \u00e0 exorciser les ann\u00e9es Bush. Dans la saison n\u00b01, la plus r\u00e9ussie, un groupe occulte de puissants manigan\u00e7ait un attentat cosmique dans New York pour prendre en sous-main le pouvoir aux Etats-Unis en faisant \u00e9lire un homme de paille (cela ne vous rappelle rien?). Le conspirationisme reste toujours une des astuces pr\u00e9f\u00e9r\u00e9es de la SF, surtout d&#8217;anticipation. Pour le meilleur et pour le pire, comme dans X-Files, o\u00f9 l&#8217;existence d&#8217;un<em> \u00abgrand complot\u00bb <\/em> pro extraterrestres avait m\u00eame amen\u00e9 une certaine extr\u00eame droite \u00e0 essayer d&#8217;infiltrer les clubs de fans pour diffuser leur obsession anti-lobby. <\/p>\n<p>Force critique capable de toucher un large public en rendant esth\u00e9tiquement plaisante une perception sombre des probl\u00e8mes de notre temps, la SF est donc aussi touch\u00e9e par les faces obscures des peurs et des \u00e9volutions qu&#8217;elle met en sc\u00e8ne. Autre versant, son go\u00fbt du d\u00e9tail l&#8217;aspire vite dans une culture<em> \u00abgeek\u00bb <\/em> (4) vide de sens et d\u00e9nu\u00e9e de fondement politique. Que la force soit avec vous&#8230; On en aura bien besoin&#8230; <strong> N.K. <\/strong><\/p>\n<p>[[1. Style Star-Wars, de la<em> \u00abSF avec des boulons\u00bb <\/em> comme le r\u00e9sume fort bien Orson Scott Card, auteur du c\u00e9l\u00e8bre cycle d&#8217;Ender.<br \/>\n]][[2. Les r\u00e9cits en forme de<em> \u00abet si\u00bb <\/em>, dont le Ma\u00eetre du haut ch\u00e2teau, par Philip K. Dick, imaginait par exemple un monde domin\u00e9 par une Allemagne nazie sortie vainqueur de la Seconde Guerre mondiale.<br \/>\n]][[3. En salles le 4 mars.<br \/>\n]][[4. Des passionn\u00e9s d&#8217;ordinateurs et du dernier gadget technologique.<br \/>\n]]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>  La science-fiction, SF pour les amis, occupe une place \u00e0 part dans la culture populaire. Dans un registre ludique, s&#8217;y expriment les grandes batailles id\u00e9ologiques des soci\u00e9t\u00e9s modernes. 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