{"id":3932,"date":"2008-11-01T00:00:00","date_gmt":"2008-10-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/le-charme-discret-des-prefaces3932\/"},"modified":"2008-11-01T00:00:00","modified_gmt":"2008-10-31T23:00:00","slug":"le-charme-discret-des-prefaces3932","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=3932","title":{"rendered":"Le charme discret des pr\u00e9faces"},"content":{"rendered":"<p>C&#8217;est Lichtenberg, je crois, qui comparait une pr\u00e9face \u00e0 un paratonnerre. Pierre Berg\u00e9, qui a longtemps jou\u00e9 ce r\u00f4le aupr\u00e8s de Yves Saint-Laurent, s&#8217;y conna\u00eet donc un peu. Son anthologie de pr\u00e9faces est le livre le plus classe de la rentr\u00e9e, r\u00e9unissant Giono, Gide, Mallarm\u00e9, Proust, Val\u00e9ry, Fargue, Gracq, d&#8217;autres encore&#8230; A le lire, on y retrouve les joies qu&#8217;on \u00e9prouvait \u00e9tudiant, en cours de litt\u00e9rature g\u00e9n\u00e9rale et compar\u00e9e. Comparez la pr\u00e9face de Giono \u00e0 l&#8217;Iliade avec la pr\u00e9face de Claudel \u00e0 l&#8217;Odyss\u00e9e&#8230; Roman contre po\u00e9sie&#8230; Quand ils nous invitent \u00e0 entrer dans l&#8217;\u0153uvre d&#8217;un coll\u00e8gue, les \u00e9crivains ont souvent alors des gr\u00e2ces d&#8217;agents immobiliers qui veulent vendre \u00e0 tout prix :<em> \u00ab Dussions-nous sombrer un jour dans un monde sans piti\u00e9, sans nuances et sans fleurs, priv\u00e9 de sensibilit\u00e9 et de m\u00e9moire, et soumis tout entier au contr\u00f4le de la machine sur les nerfs, le nom de Verlaine est une des choses qui resteraient, en compagnie de quelques autres, au fond d&#8217;une urne secr\u00e8te et sonore, dont les confidences involontairement recueillies, involontairement \u00e9loquentes, presque chuchot\u00e9es, iraient en s&#8217;affaiblissant le long de l&#8217;ou\u00efe des hommes jusqu&#8217;\u00e0 la poussi\u00e8re incandescente de l&#8217;ultime soubresaut. \u00bb <\/em> C&#8217;est pas beau, \u00e7a ? L\u00e9on-Paul Fargue, pr\u00e9fa\u00e7ant Confessions, de Verlaine&#8230; Du vrai boulot d&#8217;\u00e9crivain&#8230;    <\/p>\n<p><strong> Pierre Berg\u00e9 <\/strong>,<em>  L&#8217;Art de la pr\u00e9face  <\/em>, Gallimard, 22 euros<\/p>\n<p>LE G\u00c9NIE DU MARK\u00c9TING<\/p>\n<p>Je ne sais pas pourquoi je me sens oblig\u00e9 de dire quelque chose de ce livre. J&#8217;ai peur d&#8217;\u00eatre tomb\u00e9 dans le panneau. Deux \u00e9diteurs, Flammarion et Grasset, s&#8217;unissent donc pour publier cette correspondance par mails entre ces deux plumitifs g\u00e9ants. On dirait une OPA. Assez mal \u00e0 propos, en p\u00e9riode de crise, on dirait que le petit monde de l&#8217;\u00e9dition, en son fief d\u00e9cati de Saint-Germain, s&#8217;amuse \u00e0 jouer aux lourds industriels, \u00e0 se prendre pour des constructeurs automobiles, lan\u00e7ant un prototype r\u00e9volutionnaire dans le plus grand secret&#8230; Cela fait un peu piti\u00e9 pour Michel Houellebecq, romancier plus qu&#8217;amusant \u00e0 ses heures, et d\u00e9sormais mondialement, servir ainsi la soupe \u00e0 un Bernard-Henri Levy qui, du haut de ses soixante ans, n&#8217;en sait toujours pas plus long sur la litt\u00e9rature que sur la philosophie, et en sait toujours plus en revanche sur le marketing m\u00e9diatique. Il s&#8217;agit bien d&#8217;une op\u00e9ration&#8230; Mais que cache-t-elle exactement ? Toujours le m\u00eame extraordinaire poujadisme qui consiste \u00e0 jeter la pierre \u00e0 la critique, au journalisme culturel qui se permet, du haut de sa bassesse, de juger ces deux sommit\u00e9s. Ces deux mal-aim\u00e9s se l\u00e8chent donc r\u00e9ciproquement leurs plaies, parlent de l&#8217;ecz\u00e9ma qui les afflige d\u00e8s qu&#8217;on ose mettre en cause leur g\u00e9nial g\u00e9nie ing\u00e9nieux (on se croirait par moments dans la salle d&#8217;attente d&#8217;un dermatologue). Ils s&#8217;envoient ainsi des mails fleuris (G\u00e9nial, ton film ! Et le tien, dis donc ! Pas mieux), parlent de Baudelaire (Ah ! Baudelaire&#8230; Nous aussi, hein, mon pote, enfin mon nouveau pote inattendu, nous aussi albatros, on se tra\u00eene avec nos ailes de g\u00e9ant : et ma chemise blanche, hein ! : au milieu de tous ces cons, la vache, c&#8217;est lourd, Baudelaire avait tout compris). On parle gaiement des petites affaires familiales, papa maman, et l\u00e0, on se croirait dans la salle d&#8217;attente d&#8217;un psychologue&#8230; Mais surtout, surtout, l\u00e0-dedans, pas un mot sur LE REEL. Il faut dire que BHL avait d\u00e9j\u00e0 fait un livre en Am\u00e9rique, sur les traces de Tocqueville, sans m\u00eame s&#8217;apercevoir que la charpente du capitalisme \u00e9tait rong\u00e9e par les mites, mais en s&#8217;apercevant que Sharon Stone avaient de belles jambes : c&#8217;est dire son attention au r\u00e9el, \u00e0 celui-l\u00e0. Les Ricains avaient bien rigol\u00e9 en le lisant. On imagine donc que cette correspondance \u00e9lectronique entre la carpe et le lapin sera pour BHL une occasion r\u00eav\u00e9e de se refaire une cr\u00e9dibilit\u00e9 aux Etats-Unis. C&#8217;est bien lui le grand intellectuel fran\u00e7ais, et non pas cet enfoir\u00e9 de communiste de Badiou qui remplit l\u00e0-bas des amphith\u00e9\u00e2tres comme si c&#8217;\u00e9tait des stades. Car avec ce coup \u00e9ditorial, c&#8217;est bien de cela dont il s&#8217;agit : exterminer la concurrence d\u00e9loyale que peut constituer l&#8217;intelligence, alors qu&#8217;il suffit, pour peu que l&#8217;on soit malin comme un pou, d&#8217;un peu de marketing pour s&#8217;imposer.<\/p>\n<p><strong> Michel Houellebecq, Bernard-Henri Levy <\/strong>,<em>  Ennemis publics  <\/em>, Flammarion\/ Grasset, 20 euros<\/p>\n<p>ECHENOZ EN COUREUR DE FOND<\/p>\n<p>Apr\u00e8s son Ravel, Echenoz continue son programme de fictions biographiques avec un court roman, aux allures de sprint, sur le coureur de fond et demi-fond Emile Zatopek. Une occasion pour le romancier de s&#8217;interroger sur le style <em> \u00ab Travaille plut\u00f4t ton style. Mais non, dit-il, le style, c&#8217;est des conneries \u00bb <\/em>), de d\u00e9hancher ses phrases au bord de l&#8217;agrammaticalit\u00e9 <em> \u00ab Apr\u00e8s le coup de pistolet dont, vu le contexte, encore heureux qu&#8217;une balle perdue n&#8217;ait pas provoqu\u00e9 d&#8217;accident, c&#8217;est parti \u00bb <\/em>), bref de bien se marrer. Si l&#8217;on a bien compris, Echenoz a ensuite l&#8217;intention d&#8217;\u00e9crire un troisi\u00e8me volet (\u00e0 propos, cette fois, d&#8217;un scientifique) : la musique, le sport, la science, trois m\u00e9taphores de l&#8217;\u00e9criture. <\/p>\n<p><strong> Jean Echenoz <\/strong>,<em> Courir, Minuit <\/em>, 13,50 euros<\/p>\n<p>Paru dans<em> Regards <\/em> n\u00b056, novembre 2008<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C&#8217;est Lichtenberg, je crois, qui comparait une pr\u00e9face \u00e0 un paratonnerre. 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