{"id":3931,"date":"2009-03-01T00:00:00","date_gmt":"2009-02-28T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/presse-culture-retraites-le3931\/"},"modified":"2009-03-01T00:00:00","modified_gmt":"2009-02-28T23:00:00","slug":"presse-culture-retraites-le3931","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=3931","title":{"rendered":"Presse, Culture, Retraites : Le capitalisme m&#8217;a tuer (4)"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> RETRAITES PAR CAPITALISATION, LES PENSIONS FONDENT <\/p>\n<p><strong> Au c\u0153ur du mouvement de 2003 contre la r\u00e9forme des retraites, le syst\u00e8me par capitalisation trouve encore des d\u00e9fenseurs. Leurs arguments, brandis malgr\u00e9 des pertes faramineuses depuis le d\u00e9but de la crise, ne tiennent pas. Et la r\u00e9partition reste le mod\u00e8le le plus pertinent. <\/strong><\/p>\n<p>Cinq mille milliards de dollars litt\u00e9ralement partis en fum\u00e9e en 2008 : suite \u00e0 la crise financi\u00e8re, l&#8217;OCDE estime les pertes des syst\u00e8mes de retraites priv\u00e9s dans sa zone \u00e0 20 % de leurs capitaux (1). Dans la tourmente, les thurif\u00e9raires de la capitalisation tentent de ne pas perdre la face et la gestion des milliards de la retraite par capitalisation. <\/p>\n<p>La situation est pourtant catastrophique pour les salari\u00e9s \u00e2g\u00e9s. Proches du d\u00e9part en retraite, ils vont devoir vendre \u00e0 perte, et assister, impuissants, \u00e0 l&#8217;effondrement de leurs pensions. Pour les chanceux rattach\u00e9s aux fonds \u00e0 prestation d\u00e9finie comme les salari\u00e9s am\u00e9ricains les plus \u00e2g\u00e9s, la situation plombe les entreprises telles General Motors, contraintes de compenser le d\u00e9ficit de financement.<\/p>\n<p>Les partisans de la capitalisation reconnaissent ces \u00e9checs, mais pr\u00e9sentent en revanche la crise comme une aubaine pour les jeunes. Certes, leurs \u00e9conomies ont fondu. Mais, selon l&#8217;adage financier,<em> \u00abtant que l&#8217;on n&#8217;a pas vendu, on n&#8217;a pas perdu\u00bb <\/em> ! L&#8217;OCDE rappelle qu&#8217;ils ont<em> \u00abtout le temps de reconstituer leur \u00e9pargne\u00bb <\/em> et qu&#8217;ils<em> \u00abdevraient tirer avantage de la situation \u00e0 long terme, dans la mesure o\u00f9 les futures cotisations de retraite seront investies \u00e0 des prix beaucoup plus bas, accroissant ainsi le taux de rendement potentiel des investissements et les prestations futures.\u00bb <\/em> (2) A condition que les cours remontent&#8230; Un pari risqu\u00e9.<\/p>\n<p><strong> AVANTAGES DE LA R\u00c9PARTITION <\/strong><\/p>\n<p>Pour calmer les esprits \u00e9chauff\u00e9s, les h\u00e9rauts de la capitalisation retravaillent leur argument favori : la rentabilit\u00e9 des fonds ne doit pas \u00eatre jug\u00e9e \u00e0 court terme, puisque c&#8217;est de l&#8217;\u00e9pargne longue. Et \u00e0 \u00abhorizon lointain\u00bb, la \u00abperformance\u00bb de l&#8217;\u00e9pargne-retraite semble satisfaire l&#8217;OCDE. Mais celle-ci n&#8217;est mesur\u00e9e qu&#8217;\u00e0 l&#8217;aune de la vitesse \u00e0 laquelle \u00abl&#8217;argent fait de l&#8217;argent\u00bb, sans se pr\u00e9occuper de l&#8217;exploitation salariale que suppose la capitalisation, la rentabilit\u00e9 des placements financiers \u00e9tant d&#8217;autant plus forte que les salari\u00e9s sont pressur\u00e9s. D&#8217;autre part, contrairement \u00e0 la capitalisation, la r\u00e9partition pr\u00e9sente les avantages de r\u00e9duire les in\u00e9galit\u00e9s entre les retrait\u00e9s, et de ne pas alimenter l&#8217;instabilit\u00e9 financi\u00e8re, les cotisations, imm\u00e9diatement redistribu\u00e9es sous forme de pensions, ne donnant pas lieu \u00e0 une accumulation d&#8217;\u00e9pargne. Ces \u00abperformances\u00bb de la r\u00e9partition sont cependant pass\u00e9es sous silence. <\/p>\n<p>Vient alors l&#8217;argument de la \u00abbombe\u00bb d\u00e9mographique du papy-boom, l&#8217;explosion des pensions futures \u00e9tant jug\u00e9e insupportable pour la r\u00e9partition. De nombreuses \u00e9tudes ont pourtant montr\u00e9 qu&#8217;il n&#8217;en \u00e9tait rien (3), et la capitalisation est soumise au m\u00eame risque : tant que les actifs du baby-boom versent leurs contributions aux r\u00e9gimes par capitalisation, ils participent \u00e0 la hausse des cours en Bourse. Mais \u00e0 leur d\u00e9part en retraite (qui commence aux Etats-Unis et au Japon), les cours p\u00e2tiront de ce retrait massif d&#8217;\u00e9pargne, et les pensions fondront.<\/p>\n<p>On semble enfin na\u00efvement d\u00e9couvrir les risques du syst\u00e8me, et imputer les difficult\u00e9s \u00e0 un \u00abmanque de r\u00e9gulation\u00bb, pointant du doigt la composition des portefeuilles. Les fonds irlandais, compos\u00e9s d&#8217;actions \u00e0 plus de 66 %, ont par exemple particuli\u00e8rement souffert de la crise. Les fonds de pension, soumis \u00e0 une forte exigence de rentabilit\u00e9, font souvent le choix de placements risqu\u00e9s, \u00e0 l&#8217;instar du Fonds de r\u00e9serve des retraites (FRR). Cr\u00e9\u00e9 en 1999 pour aider au financement des r\u00e9gimes de retraite de base, le FRR g\u00e9r\u00e9 en Bourse accuse 3 milliards d&#8217;euros de pertes en 2008. Ses dirigeants promettent de revoir l&#8217;orientation des placements compos\u00e9s jusqu&#8217;ici \u00e0 64,5 % d&#8217;actions, mais restent soumis \u00e0 l&#8217;exigence d&#8217;une rentabilit\u00e9 sup\u00e9rieure \u00e0 4 %, taux auquel l&#8217;Etat emprunte l&#8217;argent qu&#8217;il d\u00e9pose dans ce fonds. A la question de sa p\u00e9rennisation, Henri Steyrdiniak (4) r\u00e9pond :<em> \u00abCe n&#8217;est pas rentable en tout cas ! Si le FRR affiche une rentabilit\u00e9 de 9 % par an entre 2004 \u00e0 2007, celle-ci s&#8217;effondre \u00e0 : 25 % en 2008. L&#8217;op\u00e9ration co\u00fbte cher \u00e0 l&#8217;Etat, et augmente la dette publique au sens des crit\u00e8res de Maastricht, alors que ce n&#8217;est pas le moment !\u00bb <\/em><\/p>\n<p><strong> LE CHOIX DE L&#8217;ARGENTINE <\/strong><\/p>\n<p>Un retour massif \u00e0 la r\u00e9partition pourrait-il s&#8217;op\u00e9rer au niveau mondial ? C&#8217;est en tout cas le choix qu&#8217;a fait l&#8217;Argentine en octobre 2008. Instaur\u00e9 en 1994, le syst\u00e8me de fonds de pension avait d\u00e9j\u00e0 essuy\u00e9 de lourdes pertes en 2001, entra\u00eenant une augmentation du nombre d&#8217;Argentins non couverts, estim\u00e9 en 2003 \u00e0 35 % des plus de 65 ans, et contraignant le gouvernement de Nestor Kirchner \u00e0 instaurer un minimum de pension en 2004. En cas de d\u00e9faillance des fonds, l&#8217;Etat compl\u00e9tait. En 2007, alors que certains fonds \u00e9taient au bord de la faillite, le choix a \u00e9t\u00e9 offert aux salari\u00e9s de revenir dans le giron du public, et deux millions de transferts ont \u00e9t\u00e9 op\u00e9r\u00e9s. Face \u00e0 cette h\u00e9morragie, le gouvernement actuel a r\u00e9int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 la S\u00e9curit\u00e9 sociale les dix grands fonds de pension priv\u00e9s. En somme, c&#8217;est un retour brutal \u00e0 la r\u00e9partition, et<em> \u00abcette histoire prouve que le syst\u00e8me par capitalisation n&#8217;est rentable ni pour les travailleurs \u00e0 revenus faibles et moyens, ni pour les plus riches qui ne versaient pas totalement leurs cotisations, consid\u00e9rant que le placement n&#8217;\u00e9tait pas suffisamment int\u00e9ressant\u00bb <\/em>, commente Henri Steyrdiniak. Si l&#8217;on n&#8217;est pas encore dans les conditions d&#8217;une g\u00e9n\u00e9ralisation de la r\u00e9partition, les projets d&#8217;extension de la retraite par capitalisation ont en tout cas \u00e9t\u00e9 gravement fragilis\u00e9s par la crise financi\u00e8re. <strong> A.J. <\/strong><\/p>\n<p>1. OCDE, le Point sur les march\u00e9s des pensions, d\u00e9cembre 2008, n\u00b05. Chiffres de janvier \u00e0 octobre 2008.<\/p>\n<p>2. Le Point sur les march\u00e9s des pensions, d\u00e9cembre 2008.<\/p>\n<p>3. Voir Les retraites au p\u00e9ril du lib\u00e9ralisme, Fondation Copernic, \u00e9d. Syllepse 2002.<\/p>\n<p>4. Directeur du D\u00e9partement \u00e9conomie de la mondialisation de l&#8217;Observatoire fran\u00e7ais de conjonctures \u00e9conomiques (OFCE).<\/p>\n<p>Paru dans<em> Regards <\/em> N\u00b060, mars 2009<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> RETRAITES PAR CAPITALISATION, LES PENSIONS FONDENT <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[308],"class_list":["post-3931","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-retraite"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3931","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3931"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3931\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3931"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3931"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3931"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}