{"id":3929,"date":"2008-12-01T00:00:00","date_gmt":"2008-11-30T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/la-panne-de-l-ecrivain3929\/"},"modified":"2008-12-01T00:00:00","modified_gmt":"2008-11-30T23:00:00","slug":"la-panne-de-l-ecrivain3929","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=3929","title":{"rendered":"La panne de l&#8217;\u00e9crivain"},"content":{"rendered":"<p>Le prix Nobel de litt\u00e9rature 2002 nous fait le coup de la panne&#8230; D&#8217;inspiration. Cela lui r\u00e9ussit plut\u00f4t bien. C&#8217;est donc l&#8217;histoire d&#8217;un vieil Australien, n\u00e9 au Cap, comme Coetzee lui-m\u00eame, en proie \u00e0 des probl\u00e8mes d&#8217;impuissance cr\u00e9atrice et, comme si c&#8217;\u00e9tait li\u00e9 quelque part, sexuelle. Il r\u00eavasse \u00e9l\u00e9gamment de puissance :<em> \u00ab \u00eatre \u00e0 la hauteur du ma\u00eetre Tolsto\u00ef, d&#8217;une part, et du ma\u00eetre Dosto\u00efevski, d&#8217;autre part. Leur exemple fait de nous un meilleur artiste ; et par meilleur je ne veux pas dire plus habile \u00e0 son art, mais \u00e9thiquement meilleur. Ils mettent \u00e0 bas nos pr\u00e9tentions les plus impures ; ils nous ouvrent les yeux ; ils fortifient notre bras. \u00bb <\/em> V\u0153u pieux. Pour le moment, le vieil \u00e9crivain solitaire est incapable d&#8217;\u00e9crire un roman. Tout ce qu&#8217;il est susceptible de r\u00e9diger, ce sont des opinions tranch\u00e9es, que lui a command\u00e9es un \u00e9diteur allemand, sur le monde. Et pour \u00eatre tranch\u00e9es, elles le sont. Presque au hasard, je vous livre celle-ci :<em> \u00ab La d\u00e9mocratie ne permet pas de jeu politique en dehors de la d\u00e9mocratie. En ce sens, la d\u00e9mocratie est un syst\u00e8me totalitaire. \u00bb <\/em> Et puis celle-l\u00e0, que j&#8217;aime aussi beaucoup :<em> \u00ab Nous voyons la guerre froide comme une p\u00e9riode o\u00f9 la vraie guerre, la guerre chaude, \u00e9tait \u00e9vit\u00e9e tandis que deux syst\u00e8mes \u00e9conomiques rivaux, le capitalisme et le socialisme, \u00e9taient en concurrence pour gagner les c\u0153urs et les esprits des peuples du monde. Mais les centaines de milliers d&#8217;hommes et de femmes de la gauche id\u00e9aliste, qui furent emprisonn\u00e9s et tortur\u00e9s pour leurs convictions politiques et leurs actions publiques, seraient-ils d&#8217;accord avec cette vue de l&#8217;\u00e9poque ? Ne se menait-il pas sans rel\u00e2che une guerre chaude pendant la guerre froide, une guerre dont le th\u00e9\u00e2tre \u00e9taient les caves et les salles d&#8217;interrogatoire du monde entier, qui a co\u00fbt\u00e9 des milliards de dollars et qui a fini par \u00eatre gagn\u00e9e, quand le vieux navire de l&#8217;id\u00e9alisme socialiste en d\u00e9tresse a abandonn\u00e9 la lutte et sombr\u00e9 corps et biens ? \u00bb <\/em> L\u00e0 o\u00f9 \u00e7a se complique, c&#8217;est que ces opinions tranch\u00e9es ne forment que le haut de la page du livre de Coetzee, laquelle page est divis\u00e9e horizontalement en deux puis en trois, comme une partition musicale. Le r\u00e9cit du milieu est la rencontre chaste, dans une laverie automatique, entre le vieil \u00e9crivain et une jeune Philippine assez chaudasse, \u00e0 laquelle notre impuissant propose de devenir sa secr\u00e9taire et de taper son manuscrit. Enfin, le troisi\u00e8me r\u00e9cit, en bas de page, est le r\u00e9cit par la jeune Philippine de sa collaboration avec l&#8217;\u00e9crivain et de ce que \u00e7a produit dans son couple. Ce n&#8217;est rien d&#8217;\u00e9crire qu&#8217;au d\u00e9part, le lecteur est totalement d\u00e9sar\u00e7onn\u00e9 par cette juxtaposition des trois r\u00e9cits dans la page, et qu&#8217;il a tendance \u00e0 regarder son bouquin comme un foutu Rubik&#8217;s cube. Mais, une fois lanc\u00e9 dans l&#8217;aventure pernicieuse de cette lecture, le voil\u00e0 qui d\u00e9couvre comment ces trois r\u00e9cits de nature et de tons diff\u00e9rents s&#8217;organisent, s&#8217;enchev\u00eatrent et s&#8217;entortillent comme une cantate rh\u00e9torique. Un vrai chef-d&#8217;\u0153uvre d&#8217;impuissance. <\/p>\n<p><strong> J.M. Coetzee <\/strong>,<em> Journal d&#8217;une ann\u00e9e noire <\/em>, Le Seuil, 21,80 euros <\/p>\n<p>\u00c9POQUES \u00c9PIQUES<\/p>\n<p>Il n&#8217;y a pas \u00e0 tortiller&#8230; Arrive toujours un moment o\u00f9 un grand \u00e9crivain se sent oblig\u00e9 d&#8217;\u00e9crire, comme disait Albert Cohen qui a \u00ab braqu\u00e9 \u00bb le titre, Le livre de sa m\u00e8re&#8230; C&#8217;est presque une cat\u00e9gorie romanesque en soi. Et c&#8217;est donc ce que vient de faire le prix Nobel de litt\u00e9rature 2008 avec son dernier roman. L&#8217;int\u00e9ressant, l\u00e0-dedans, ce sont moins les effluves d&#8217;amour filial qui suintent de la prose de Le Cl\u00e9zio, pour une fois plus fleurie que min\u00e9rale, que la p\u00e9riode racont\u00e9e. Par un hasard (?) de calendrier, ces ann\u00e9es 1930, avec krach boursier et mont\u00e9e du fascisme et de l&#8217;antis\u00e9mitisme, ne cessent de rencontrer notre propre \u00e9poque, ce que ne manque de pointer Le Cl\u00e9zio, non sans humour parfois. Extrait :<br \/>\n<em>  \u00ab Chemin : En attendant, (Hitler) emploie des termes que Blum n&#8217;a jamais os\u00e9 dire \u00e0 ses \u00e9lecteurs, il leur parle du progr\u00e8s, de l&#8217;honneur du travail qu&#8217;il leur a rendu, vous imaginez un homme politique qui dirait \u00e7a chez nous !  <\/em><br \/>\n<em>  La g\u00e9n\u00e9rale : Et pour cause ! Il leur demande de travailler moins pour gagner plus ! Il ach\u00e8te des voix avec des cong\u00e9s pay\u00e9s et des vacances \u00e0 la mer ! \u00bb  <\/em><\/p>\n<p>D\u00e9cid\u00e9ment, ces prix Nobel nous \u00e9tonneront toujours&#8230; <\/p>\n<p><strong> Jean-Marie Le Cl\u00e9zio <\/strong>,<em>  Ritournelle de la faim  <\/em>, Gallimard, 17,10 euros<\/p>\n<p>BANDE D&#8217;ANARS<\/p>\n<p>Impossible de finir sans dire quelques mots de ce magnifique livre album, et de ce travail de b\u00e9n\u00e9dictin, qu&#8217;a r\u00e9alis\u00e9 Fr\u00e9d\u00e9ric Lavignette en compilant, jour apr\u00e8s jour, les coupures de presse (iconographie comprise) relatant l&#8217;aventure de la bande \u00e0 Bonnot. Ce que l&#8217;on d\u00e9couvre en lisant ce livre, c&#8217;est que la Bande \u00e0 Bonnot marque plein de commencements : celui de la photographie (gr\u00e2ce \u00e0 la firme Kodak qui vend des appareils l\u00e9gers et passe de la publicit\u00e9 dans les journaux), de la collaboration de moins en moins d\u00e9fiante entre la presse et la police. Et, pour le dire vite, par manque de place, de ce qu&#8217;un autre anarchiste dans son genre appellera beaucoup plus tard \u00ab la soci\u00e9t\u00e9 du spectacle \u00bb. <\/p>\n<p><strong> Fr\u00e9d\u00e9ric Lavignette <\/strong>,<em> La Bande \u00e0 Bonnot \u00e0 travers la presse de l&#8217;\u00e9poque <\/em>, \u00e9ditions Fage, 38 euros<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le prix Nobel de litt\u00e9rature 2002 nous fait le coup de la panne&#8230; D&#8217;inspiration. Cela lui r\u00e9ussit plut\u00f4t bien. 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