{"id":3928,"date":"2009-01-01T00:00:00","date_gmt":"2008-12-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/mauriac-en-critique-tele3928\/"},"modified":"2009-01-01T00:00:00","modified_gmt":"2008-12-31T23:00:00","slug":"mauriac-en-critique-tele3928","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=3928","title":{"rendered":"Mauriac en critique t\u00e9l\u00e9"},"content":{"rendered":"<p>Voil\u00e0 un livre utile. Si vous voulez savoir \u00e0 quoi ressemblait de la t\u00e9l\u00e9 publique sans publicit\u00e9 (chose qui devrait \u00eatre revenue lorsque vous lirez ces lignes, mais qui est encore en discussion torride au Parlement \u00e0 l&#8217;heure o\u00f9 je les \u00e9cris), lisez Fran\u00e7ois Mauriac. Le prix Nobel de litt\u00e9rature a en effet tenu chronique t\u00e9l\u00e9 entre 1959 et 1964, d&#8217;abord \u00e0<em> L&#8217;Express <\/em>, puis, quand celui-ci est devenu trop \u00ab gauchiste \u00bb \u00e0 ses yeux, au<em> Figaro litt\u00e9raire <\/em>. Il est septuag\u00e9naire quand Jean-Jacques Servan Schreiber lui offre ce gros meuble imposant<em> \u00ab un relent bizarre d&#8217;exposition universelle et de cirque \u00bb <\/em> dont il va vite s&#8217;enticher, alors que son fils Claude regrette<em> \u00ab l&#8217;intrusion de la B\u00eatise du si\u00e8cle \u00bb <\/em> dans le salon familial&#8230; A l&#8217;\u00e9poque, il n&#8217;y a qu&#8217;une cha\u00eene, et le grand \u00e9crivain, pas b\u00e9gueule, regarde tout, avec sympathie, empathie, amusement critique. Il appr\u00e9cie \u00e9videmment que la t\u00e9l\u00e9 lui montre l&#8217;histoire en direct et note finement :<em> \u00ab Si jamais les Fran\u00e7ais reprennent la Bastille, nous serons aux premi\u00e8res loges, les pieds dans nos pantoufles \u00bb <\/em> (s&#8217;opposant d\u00e9j\u00e0 intellectuellement \u00e0 Gil Scott Heron qui psalmodiera plus tard<em> \u00ab The revolution will not be televised \u00bb <\/em> : un autre point de vue). Mais Fran\u00e7ois Mauriac aime aussi Intervilles, anim\u00e9 par le<em> \u00ab n\u00e9ronien \u00bb <\/em> Guy Lux, les vari\u00e9t\u00e9s lorsqu&#8217;il y tombe amoureux de Marie Lafor\u00eat et, \u00e9videmment, les \u00e9missions litt\u00e9raires o\u00f9 l&#8217;on voit passer des jeunes : Philippe Sollers qui, \u00e0 vingt ans, vient d\u00e9j\u00e0 causer dans le poste (de Maurice Barr\u00e8s !) ou encore un<em> \u00ab auteur difficile \u00bb <\/em>, Alain Badiou&#8230; Surtout, on s&#8217;aper\u00e7oit en lisant ce volume fort soigneusement \u00e9dit\u00e9, qu&#8217;une bonne t\u00e9l\u00e9vision ne peut pas exister sans une bonne critique en face pour la regarder. Comme le note Merryl Moneghetti en postface,<em> \u00ab avec l&#8217;arriv\u00e9e de la deuxi\u00e8me cha\u00eene et le d\u00e9veloppement de la t\u00e9l\u00e9vision commerciale qui s&#8217;appuie sur les sondages et qui recherche la conqu\u00eate de parts d&#8217;audience, les d\u00e9bats politiques et la mainmise du pouvoir l&#8217;emportent en 1963-1965 sur les enjeux culturels et esth\u00e9tiques. Les quelques intellectuels qui s&#8217;\u00e9taient passionn\u00e9s pour la t\u00e9l\u00e9vision cessent leurs chroniques \u00bb <\/em>.  <\/p>\n<p><strong> Fran\u00e7ois Mauriac <\/strong>,<em> On n&#8217;est jamais s\u00fbr de rien avec la t\u00e9l\u00e9vision <\/em>, \u00e9d. Bartillat, 25 euros  <\/p>\n<p><strong> LA TRISTE HISTOIRE DE S?UR SOURIRE <\/strong><\/p>\n<p>Dans le genre d\u00e9cid\u00e9ment tr\u00e8s couru de la fiction biographique, voici une \u00e9vocation plut\u00f4t punk de S\u0153ur Sourire, de son vrai nom Jeanine Deckers (1933-1985), qui obtiendra un succ\u00e8s mondial avec la chanson \u00ab Dominique, nique, nique&#8230; \u00bb en 1963, quand le verbe \u00ab niquer \u00bb n&#8217;existait pas encore. Entr\u00e9e au couvent chez les dominicains, elle chantait sur ordre de sa hi\u00e9rarchie. Le Ed Sullivan show viendra l&#8217;interviewer quand son tube sera n\u00b01 aux Etats-Unis, et on tournera un \u00ab biopic \u00bb \u00e0 Hollywood sur \u00ab S\u0153ur Sourire \u00bb. Tr\u00e8s l\u00e9ger, le roman de Claire Gu\u00e9zengar essaie de rendre une voix \u00e0 Jeanine Deckers, quelque part entre S\u0153ur Sourire et Sister Morphine, puisqu&#8217;elle se suicidera avec sa compagne en 1985, harcel\u00e9e par le fisc belge qui lui demandait de fa\u00e7on pas tr\u00e8s catholique de payer des imp\u00f4ts sur ses tubes pass\u00e9s, alors qu&#8217;elle en avait abandonn\u00e9 les droits \u00e0 son couvent&#8230;   <\/p>\n<p><strong> Claire Guezengar <\/strong>,<em> Sister Sourire, une pure trag\u00e9die <\/em>, \u00e9d. Laureli\/ Leo Scheer, 13,30 euros <\/p>\n<p><strong> CULTURE ET PLUS, SI AFFINIT\u00c9S <\/strong><\/p>\n<p>Pas tr\u00e8s en forme, le narrateur de ce premier roman, devenu addict des sites de rencontres sur Internet, Casanova virtuel qui va jusqu&#8217;\u00e0 se cr\u00e9er des<em> \u00ab fakes \u00bb <\/em>, de fausses identit\u00e9s, poussant toujours un peu plus loin le bouchon de la d\u00e9perdition de soi en cascade de miroirs. Le r\u00e9cit, dr\u00f4le et path\u00e9tique, vaut surtout pour une description tr\u00e8s r\u00e9aliste du fonctionnement de ces sites de rencontres : bien s\u00fbr, le mythique Meetic mais surtout le moins connu pointscommuns. com, un site fond\u00e9 sur des affinit\u00e9s culturelles, des go\u00fbts partag\u00e9s. Bref,<em> \u00ab l&#8217;alibi culturel comme facteur \u00e9rotique \u00bb <\/em>, comme le note notre explorateur qui prend vite ses rep\u00e8res :<em> \u00ab L&#8217;exp\u00e9rience m&#8217;am\u00e8ne \u00e0 \u00e9viter comme la peste les femmes qui citent Belle du seigneur et sa th\u00e9orie du gorille (ce doit \u00eatre mon instinct de survie) \u00bb <\/em>. Marrant, on vous dit.   <\/p>\n<p><strong> Giulio Minghini <\/strong>,<em> Fake <\/em>, \u00e9d. Allia, 9 euros <\/p>\n<p><strong> RIGOLER SANS ENTRAVE <\/strong> <\/p>\n<p>Le but, ici, de Georges Perec, cr\u00fb 1968, \u00e9tait, de son propre aveu,<em> \u00ab d&#8217;arriver \u00e0 un texte r\u00e9ellement lin\u00e9aire donc totalement illisible \u00bb <\/em>. Et l&#8217;on peut dire que c&#8217;est vachement r\u00e9ussi, d&#8217;autant que Perec supprime la ponctuation pour emmerder son monde ; et qu&#8217;une coquille de l&#8217;\u00e9diteur, page 62, intervertissant trois ou quatre membres de phrases dans la page, rend le tout encore plus illisible&#8230; Sauf qu&#8217;on ne sait plus : nous lecteur : si c&#8217;est vraiment l&#8217;\u00e9diteur qui s&#8217;est endormi sur ses \u00e9preuves, ou Perec, en d\u00e9finitive, qui ne s&#8217;est pas relu. Bref, une preuve suppl\u00e9mentaire qu&#8217;on rigolait bien dans la litt\u00e9rature fran\u00e7aise en 1968, \u00e0 l&#8217;\u00e9poque o\u00f9 Queneau et Perec se tiraient la bourre dans l&#8217;Oulipo (Ouvroir de Litt\u00e9rature Potentielle), et qu&#8217;on fait n&#8217;importe quoi quarante ans plus tard&#8230; <\/p>\n<p><strong> Georges Perec <\/strong>,<em> L&#8217;art et la mani\u00e8re d&#8217;aborder son chef service pour lui demander une augmentation <\/em>, \u00e9d. Hachette Litt\u00e9rature, 12 euros<\/p>\n<p>Paru dans<em> Regards <\/em> n\u00b058, janvier 2009<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Voil\u00e0 un livre utile. Si vous voulez savoir \u00e0 quoi ressemblait de la t\u00e9l\u00e9 publique sans publicit\u00e9 (chose qui devrait \u00eatre revenue lorsque vous lirez ces lignes, mais qui est encore en discussion torride au Parlement \u00e0 l&#8217;heure o\u00f9 je les \u00e9cris), lisez Fran\u00e7ois Mauriac. 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