{"id":3924,"date":"2009-02-01T00:00:00","date_gmt":"2009-01-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/figures-libres3924\/"},"modified":"2009-02-01T00:00:00","modified_gmt":"2009-01-31T23:00:00","slug":"figures-libres3924","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=3924","title":{"rendered":"Figures libres"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> F\u00e9vrier compte moins de jours que les autres mois de l&#8217;ann\u00e9e mais bien plus de tr\u00e8s bons films&#8230; Floril\u00e8ge de sorties hivernales, libres, audacieuses et revigorantes. <\/p>\n<p><strong> NOS LIMITES <\/strong><br \/>\n<em> El\u00e8ve libre <\/em>, de <strong> Joachim Lafosse,  <\/strong>en salles le 4 f\u00e9vrier<\/p>\n<p>Nous avions rencontr\u00e9 Joachim Lafosse, jeune r\u00e9alisateur belge tr\u00e8s dou\u00e9, \u00e0 l&#8217;occasion de la sortie de Nue propri\u00e9t\u00e9. Sa forme de mise en sc\u00e8ne pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e? Le plan-s\u00e9quence. Son moment quotidien favori? Le repas. Ses personnages ne cessent de manger et il y a de la d\u00e9voration dans ses films qui saisissent sur le vif des liens en crise, propices \u00e0 la pr\u00e9dation sociale. Lafosse confirme son talent avec El\u00e8ve libre, un film d\u00e9rangeant sur la transmission et la transgression. Une inhabituelle d\u00e9dicace, \u00abA nos limites\u00bb, ouvre le film : \u00ablimites\u00bb \u00e0 entendre au double sens des bornes et des d\u00e9faillances. Et pose d&#8217;embl\u00e9e les limites du cadre. Trois adultes, Pierre (Jonathan Zacca\u00ef) et un couple (Yannick Renier et Claire Bosdon), vaguement amis via un club de tennis, s&#8217;immiscent petit \u00e0 petit dans la vie de Jonas (Jonas Bloquet), ado de seize ans laiss\u00e9 pour compte par sa m\u00e8re, qui \u00e9choue \u00e0 passer dans la classe sup\u00e9rieure autant qu&#8217;\u00e0 devenir tennisman professionnel. Pierre prend en charge Jonas et l&#8217;aide \u00e0 passer ses examens en candidat libre. Jusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;abus. El\u00e8ve libre d\u00e9mine les clich\u00e9s sur la p\u00e9dagogie (\u00abIl faut apprendre \u00e0 apprendre\u00bb), la libre-pens\u00e9e pseudo-r\u00e9volt\u00e9e qui se retourne finalement en morale dess\u00e9ch\u00e9e (une certaine lecture de Camus), la jouissance sans entraves \u00e9rig\u00e9e au rang d&#8217;un libertinage consum\u00e9riste. Le film n&#8217;est pas sans actualiser le climat oppressant de certains contes du Marquis de Sade comme \u00abEug\u00e9nie de Franval\u00bb, une nouvelle des Crimes de l&#8217;amour. Joachim Lafosse renvoie le spectateur \u00e0 ses doutes et ses incertitudes et cloue le bec \u00e0 ceux qui pensent avoir des r\u00e9ponses positives \u00e0 tout ou qui vivent dans le culte du \u00abNo Limit\u00bb, devenu slogan publicitaire. Telle est la grande force de Lafosse, ne rien ass\u00e9ner, d\u00e9ranger les assignations politiques ou morales h\u00e2tives. A l&#8217;instar de Jonas, lors de son entra\u00eenement de tennis inaugural, Lafosse aime plut\u00f4t \u00e0 prendre le pouls des emballements qu&#8217;il invente. <strong> J.C. <\/strong><\/p>\n<p><strong> A REBOURS <\/strong><br \/>\n<em> L&#8217;Etrange Histoire <\/em> de <strong> Benjamin Button,**de **David Fincher, <\/strong> en salles le 4 f\u00e9vrier<\/p>\n<p>Adapt\u00e9 d&#8217;une nouvelle de Francis Scott Fitzgerald, le nouveau film du cin\u00e9aste am\u00e9ricain David Fincher (Se7en, The Game, Fight Club, Panic Room, Zodiac) n&#8217;est pas sans \u00e9voquer le dernier Coppola, L&#8217;Homme sans \u00e2ge, inspir\u00e9, lui, par Mircea Eliade. D\u00e9passant de tr\u00e8s loin son a\u00een\u00e9 essouffl\u00e9, Fincher cherche aussi \u00e0 se confronter \u00e0 la puissance anthropologique du septi\u00e8me art, capable de d\u00e9fier le cours du temps. Fresque de pr\u00e8s de trois heures dont les d\u00e9fauts sont emport\u00e9s par son flux, son impressionnante amplitude historique et existentielle, L&#8217;Etrange Histoire de Benjamin Button manie avec d\u00e9lectation la figure du flash-back qui permet de d\u00e9jouer l&#8217;irr\u00e9versibilit\u00e9 temporelle. Alors que l&#8217;ouragan Katrina s&#8217;appr\u00eate \u00e0 d\u00e9vaster la Nouvelle Orl\u00e9ans, une tr\u00e8s vieille femme agonise sur son lit d&#8217;h\u00f4pital. A son chevet, sa fille recueille ses souvenirs. Apr\u00e8s lui avoir racont\u00e9 l&#8217;all\u00e9gorie du film : la construction, pendant la Premi\u00e8re Guerre mondiale, d&#8217;une gigantesque horloge mont\u00e9e \u00e0 l&#8217;envers en vue de rendre la vie et de faire revenir les soldats morts sur le front&#8230; :, elle lui demande de lire un carnet : celui de l&#8217;homme qu&#8217;elle a jadis aim\u00e9, Benjamin Button. Plong\u00e9e dans le pass\u00e9 : le petit Benjamin n\u00e9 en 1918 est une erreur de la nature, un vieillard dans un corps de b\u00e9b\u00e9. Apr\u00e8s avoir provoqu\u00e9 la mort de sa m\u00e8re en couches, et avoir \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9 par son p\u00e8re, il est recueilli par Queenie, employ\u00e9e noire dans une maison de retraite pour riches Blancs. Toute sa vie consistera \u00e0 rajeunir. En traversant le si\u00e8cle, depuis la Grande Guerre jusqu&#8217;\u00e0 celle de 1939-1945, en passant par les ann\u00e9es 1960. Le film travaille jusqu&#8217;au vertige la transformation physique des acteurs (Brad Pitt et Cate Blanchett) et porte un r\u00eave inavouable de toute-puissance : l&#8217;enfantement de l&#8217;acteur par le cin\u00e9ma : la star Brad Pitt est ici accouch\u00e9e, invent\u00e9e par le film lui-m\u00eame. <strong> J.C. <\/strong><\/p>\n<p><strong> SURTRAVOLT\u00c9 <\/strong><br \/>\n<em> Tony Manero <\/em>, de <strong> Pablo Larrain, <\/strong>en salles le 11 f\u00e9vrier<\/p>\n<p>Tony Manero. Ce nom vous titille les oreilles? Vous \u00eates en train de vous rem\u00e9morer l&#8217;identit\u00e9 de fiction de John Travolta dans le film cultissime de John Badham, La Fi\u00e8vre du samedi soir. Le cin\u00e9aste Pablo Larrain en propose une version sinistre et cruelle plant\u00e9e \u00e0 Santiago du Chili. 1978, en pleine dictature de Pinochet : Raul (Alfredo Castro), cinquantenaire minable, est fascin\u00e9 par le personnage de Travolta qui fait rage \u00e0 quelques kilom\u00e8tres de l\u00e0. Il fantasme sur ce r\u00eave am\u00e9ricain \u00e0 paillettes et devient pr\u00eat \u00e0 tout pour remporter le concours de sosies de son idole. Le personnage s&#8217;enfonce dans une spirale meurtri\u00e8re, ressemblant davantage aux criminels de Dosto\u00efevski qu&#8217;\u00e0 son danseur des Etats-Unis. Il y a longtemps qu&#8217;un h\u00e9ros n&#8217;avait sembl\u00e9 en m\u00eame temps si d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 et si abject. Entrem\u00ealant les fils de la fiction et ceux de l&#8217;histoire, Tony Manero parvient \u00e0 donner corps \u00e0 un personnage produit par une situation politique et sociale, mais d\u00e9nu\u00e9 de toute conscience de soi. <strong> J.C. <\/strong><\/p>\n<p><strong> RETOUR AUX SOURCES <\/strong><br \/>\n<em> Le Petit Fugitif <\/em>, de <strong> Morris Engel,** **Ruth Orkin** et **Ray Ashley,  <\/strong>en salles le 11 f\u00e9vrier<\/p>\n<p>Joey, petit gar\u00e7on de sept ans \u00e0 la voix plaintive est le souffre-douleur de son grand fr\u00e8re et de ses copains. Il est victime d&#8217;une mauvaise plaisanterie : on lui fait croire qu&#8217;il a tu\u00e9 son fr\u00e8re. Joey fuit jusqu&#8217;\u00e0 se perdre dans la foule de Coney Island, en \u00e9vitant de croiser tout repr\u00e9sentant de la loi. Tourn\u00e9 en 1953 aux Etats-Unis par Morris Engel, Ruth Orkin et Ray Ashley, la m\u00eame ann\u00e9e que O Dreamland de Lindsay Anderson, un des repr\u00e9sentants des \u00abJeunes gens en col\u00e8re\u00bb du Free Cin\u00e9ma anglais, Le Petit Fugitif, disparu tr\u00e8s vite des \u00e9crans fran\u00e7ais, a marqu\u00e9 les cin\u00e9astes de la Nouvelle Vague, en particulier Fran\u00e7ois Truffaut. Aujourd&#8217;hui le film am\u00e9ricain ressort gr\u00e2ce \u00e0 Carlotta Films et \u00e0 un petit livre d&#8217;Alain Bergala, Mais o\u00f9 je suis, \u00e9dit\u00e9 par la Cin\u00e9math\u00e8que fran\u00e7aise et Actes Sud Junior. Si des similitudes existent entre ce film et ceux du Free Cin\u00e9ma, leur ancrage dans la soci\u00e9t\u00e9 populaire de chacun des pays, et l&#8217;ind\u00e9pendance des cin\u00e9astes, il y a aussi des diff\u00e9rences notoires. Fictionnel et positif dans Le Petit Fugitif, le point de vue sur la soci\u00e9t\u00e9 est plus documentaire et d\u00e9nonciateur dans les films anglais de la m\u00eame \u00e9poque. <strong> L.V. <\/strong><\/p>\n<p><strong> UNE SALE HISTOIRE <\/strong><br \/>\n<em> Z 32 <\/em>\/, d&#8217;<strong> Avi Mograbi <\/strong>, en salles le 18 f\u00e9vrier<\/p>\n<p>Ancien objecteur de conscience \u00abRefuznik\u00bb, ce qui lui valut quelques mois de prison, le cin\u00e9aste isra\u00e9lien Avi Mograbi participe, depuis 2004, \u00e0 un groupe d&#8217;\u00e9coute d&#8217;anciens soldats, marqu\u00e9s par la honte des exactions commises dans les territoires occup\u00e9s. Sous ce nom de code Z 32, et derri\u00e8re des visages masqu\u00e9s ou flout\u00e9s, se cache l&#8217;identit\u00e9 d&#8217;un jeune homme qui t\u00e9moigne sans crainte d&#8217;\u00eatre reconnu. Son r\u00e9cit est r\u00e9p\u00e9t\u00e9, dans diff\u00e9rents lieux et sous diff\u00e9rentes formes, par lui-m\u00eame, par son amie dont il esp\u00e8re le pardon pour le sang palestinien qu&#8217;il a fait couler et dont il ne peut se laver. Il est aussi soutenu, dans une tradition th\u00e9\u00e2trale grecque et brechtienne, par un ch\u0153ur dont le cin\u00e9aste est le soliste. Il chante, avec des mots simples mais sans ambigu\u00eft\u00e9s cette \u00absale histoire\u00bb, comme dit sa femme. Oui, chante toujours Avi Mograbi, \u00abje cache un assassin dans mon film\u00bb. \u00abQuel g\u00e2chis\u00bb, ajoute-t-il. Plus souterrain que dans ses films pr\u00e9c\u00e9dents (Comment j&#8217;ai appris \u00e0 surmonter ma peur, Happy birthday Mr Mograbi, Pour un seul de mes deux yeux), l&#8217;humour noir du cin\u00e9aste n&#8217;att\u00e9nue pas le questionnement qu&#8217;il poursuit sur la soci\u00e9t\u00e9 isra\u00e9lienne, questionnement de plus en plus d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, traduit par une mise en sc\u00e8ne elle-m\u00eame interrog\u00e9e. Le film montre les limites du cin\u00e9ma qui, une fois le film termin\u00e9, renvoie le soldat \u00e0 sa solitude entach\u00e9e d&#8217;actes irr\u00e9versibles. <strong> L.V. <\/strong><\/p>\n<p>Paru dans<em> Regards <\/em> n\u00b059, f\u00e9vrier 2009<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> F\u00e9vrier compte moins de jours que les autres mois de l&#8217;ann\u00e9e mais bien plus de tr\u00e8s bons films&#8230; Floril\u00e8ge de sorties hivernales, libres, audacieuses et revigorantes. <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[299],"class_list":["post-3924","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-cinema"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3924","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3924"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3924\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3924"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3924"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3924"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}