{"id":3922,"date":"2009-02-01T00:00:00","date_gmt":"2009-01-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/danses-noires-entretien-avec-james3922\/"},"modified":"2009-02-01T00:00:00","modified_gmt":"2009-01-31T23:00:00","slug":"danses-noires-entretien-avec-james3922","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=3922","title":{"rendered":"Danses noires. Entretien avec James Carl\u00e8s : \u00ab La danse noire dit bien l&#8217;enracinement et l&#8217;ouverture \u00bb (2)"},"content":{"rendered":"<p>James Carl\u00e8s est chor\u00e9graphe, danseur et directeur de la compagnie et du centre de formation professionnelle qui portent son nom. Il a con\u00e7u la premi\u00e8re \u00e9dition d&#8217;une manifestation baptis\u00e9e<em> \u00abDanse(s) et Continent(s) Noir(s)\u00bb <\/em>, qui s&#8217;est tenue fin 2008. Il propose de faire d\u00e9couvrir au public du Centre national de la danse, les pionniers de la danse afro-am\u00e9ricaine. Ses travaux seront pr\u00e9sent\u00e9s en avril. Il revient sur cette histoire et sur son actualit\u00e9, en lien avec la \u00abquestion noire\u00bb qui se pose en France depuis une dizaine d&#8217;ann\u00e9es.<\/p>\n<p><strong> Vous avez reconstruit des \u0153uvres de Katerine Dunham et autres pionniers de la danse afro-am\u00e9ricaine. Qu&#8217;est-ce qui vous int\u00e9resse dans cette histoire?** **James Carl\u00e8s. <\/strong> La m\u00e9moire, cette accumulation de l&#8217;histoire dans le pr\u00e9sent. Les \u0153uvres que je reconstitue continuent de r\u00e9sonner dans la cr\u00e9ation actuelle. En particulier celles qui puisent leur source dans la tradition \u00abafrocentr\u00e9e\u00bb (1) sur le plan spirituel, technique ou symbolique. Cette part importante de l&#8217;histoire de la danse moderne est pourtant m\u00e9connue en France, mais \u00e9galement aux Etats-Unis. Je m&#8217;y int\u00e9resse aussi car je fais partie des rares chor\u00e9graphes qui portent la danse jazz en France. <\/p>\n<p><strong> Ce travail sur la m\u00e9moire comporte-t-il \u00e9galement une dimension politique?** **J.C.  <\/strong> Oui et non. Au d\u00e9part, ma d\u00e9marche \u00e9tait artistique et identitaire, elle touchait \u00e0 des questions techniques, th\u00e9oriques et culturelles. Mais c&#8217;est vrai que cette histoire de la \u00abdanse noire\u00bb est profond\u00e9ment li\u00e9e au contexte politique dans lequel elle s&#8217;inscrit. Curieusement, certains chor\u00e9graphes travaillent aujourd&#8217;hui sur la \u00abdanse noire\u00bb, alors que depuis environ dix ans, la question noire se pose en France. Cette question a probablement des r\u00e9sonances chez moi, de mani\u00e8re consciente ou inconsciente. D&#8217;autant que j&#8217;ai un engagement militant par ailleurs. La question de l&#8217;\u00e9mancipation des Noirs en Am\u00e9rique se pose dans la danse afro-am\u00e9ricaine, elle s&#8217;est pos\u00e9e dans la danse afro-europ\u00e9enne \u00e0 l&#8217;\u00e9poque des combats autour de la n\u00e9gritude, du panafricanisme, de la syndicalisation des Noirs et de la d\u00e9colonisation. Mais ensuite, il y a eu une rupture. En France, on a connu une coupure de quarante ans avec cette tradition qui s&#8217;est d\u00e9velopp\u00e9e dans les ann\u00e9es 1940-1950.<\/p>\n<p><strong> Comment la<em> \u00abquestion noire\u00bb <\/em> se pose-t-elle aujourd&#8217;hui?** **J.C.  <\/strong> Le CRAN (2) est un mouvement noir, cr\u00e9\u00e9 il y a une dizaine d&#8217;ann\u00e9es, aux confluences de plusieurs organisations politiques noires. Celles-ci ont d\u00e9cid\u00e9 de se f\u00e9d\u00e9rer parce qu&#8217;elles avaient compris ou senti qu&#8217;elles vivaient la m\u00eame situation en France. A partir des ann\u00e9es 1960, de nombreux intellectuels et personnalit\u00e9s engag\u00e9es sont retourn\u00e9s dans leurs pays respectifs devenus ind\u00e9pendants, d&#8217;autres sont revenus dans les colonies rest\u00e9es fran\u00e7aises, comme les Antilles. Une faible partie est rest\u00e9e dans la m\u00e9tropole. Quelques ann\u00e9es plus tard, une vague importante de Noirs issus de l&#8217;opposition aux dictatures africaines ont trouv\u00e9 refuge en France. Alors que les Etats se cr\u00e9aient, tous ces gens formaient des groupes h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes et isol\u00e9s. Les Africains, avec d&#8217;autres Noirs en France comme les Antillais, vivaient des situations sociales et politiques diff\u00e9rentes, leurs centres d&#8217;int\u00e9r\u00eat n&#8217;\u00e9taient pas les m\u00eames. La question du rassemblement s&#8217;est pos\u00e9e vingt, trente, quarante ans apr\u00e8s, quand ils se sont rendu compte qu&#8217;ils \u00e9taient victimes de racisme et que se posait le probl\u00e8me de leur int\u00e9gration&#8230; Ils pouvaient avoir bac + 10 et se retrouver dans la m\u00eame situation qu&#8217;une personne illettr\u00e9e! Ensuite, beaucoup ont fait des enfants qui sont pleinement fran\u00e7ais, \u00e9tant n\u00e9s ici, donc la diff\u00e9rence entre les Afro-Fran\u00e7ais d&#8217;Afrique et des Antilles s&#8217;est estomp\u00e9e. Ce contexte a favoris\u00e9 l&#8217;\u00e9mergence d&#8217;un collectif d&#8217;individus qui partagent le m\u00eame v\u00e9cu politique, social, \u00e9conomique et culturel. Personnellement, j&#8217;ai fait partie des organes constituants du CRAN, mais aujourd&#8217;hui mon activit\u00e9 artistique est primordiale.<\/p>\n<p><strong> Quels chor\u00e9graphes ont le plus influenc\u00e9 votre cheminement professionnel?** **J.C.  <\/strong> Katerine Dunham, parce qu&#8217;elle est compl\u00e8te: c&#8217;\u00e9tait une artiste, p\u00e9dagogue, militante, \u00e9crivain&#8230; Je suis \u00e9bahi par tout ce qu&#8217;elle a produit. C&#8217;est un monument. Pearl Primus, pour les m\u00eames raisons. Dans cette tradition, j&#8217;appr\u00e9cie beaucoup Alvin Ailey pour son ouverture comme chor\u00e9graphe et directeur artistique, et parce qu&#8217;il a su r\u00e9aliser une \u0153uvre accessible, de fa\u00e7on honn\u00eate. Enfin, je citerais Bill T. Jones pour son int\u00e9gration et son aspect contemporain, m\u00eame s&#8217;il refuse les \u00e9tiquettes et ne se reconna\u00eet pas dans le concept de \u00abdanse noire\u00bb ou de \u00abblack dance\u00bb en raison des clich\u00e9s qu&#8217;on plaque parfois dessus. <\/p>\n<p><strong> Vous revendiquez le terme de \u00abdanse noire\u00bb. Quel sens cela a-t-il aujourd&#8217;hui?** **J.C.  <\/strong> La \u00abdanse noire\u00bb a \u00e9t\u00e9 conceptualis\u00e9e par le chor\u00e9graphe, danseur et chercheur Patrick Acogny. C&#8217;est n\u00e9 d&#8217;une rencontre o\u00f9 l&#8217;on se posait la question des difficult\u00e9s de diffusion, des \u0153uvres, des points communs de notre r\u00e9alit\u00e9 artistique. J&#8217;ai trouv\u00e9 ce concept tr\u00e8s juste. Il dit bien l&#8217;enracinement et l&#8217;ouverture. C&#8217;est diff\u00e9rent de la \u00abblack dance\u00bb, qui regroupe des chor\u00e9graphies d\u00e9veloppant des th\u00e8mes sp\u00e9cifiques, comme l&#8217;esclavage des noirs, quelle que soit l&#8217;esth\u00e9tique. Aujourd&#8217;hui, c&#8217;est important de parler de diversit\u00e9 culturelle. Peu importe le nom qu&#8217;on donne \u00e0 cela, m\u00eame si nommer les choses, ce n&#8217;est pas un acte qui s\u00e9pare, au contraire, c&#8217;est un geste d&#8217;int\u00e9gration.<\/p>\n<p><strong> Propos recueillis par M.R. <\/strong><\/p>\n<p>[[1. La danse \u00abafrocentr\u00e9e\u00bb puise dans ses racines africaines en qu\u00eate d&#8217;identit\u00e9.<br \/>\n]][[2. Conseil repr\u00e9sentatif des associations noires de France.<br \/>\n]]Paru dans<em> Regards <\/em> n\u00b059, f\u00e9vrier 2009<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>James Carl\u00e8s est chor\u00e9graphe, danseur et directeur de la compagnie et du centre de formation professionnelle qui portent son nom. Il a con\u00e7u la premi\u00e8re \u00e9dition d&#8217;une manifestation baptis\u00e9e \u00abDanse(s) et Continent(s) Noir(s)\u00bb , qui s&#8217;est tenue fin 2008. Il propose de faire d\u00e9couvrir au public du Centre national de la danse, les pionniers de [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":573,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-3922","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3922","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/573"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3922"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3922\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3922"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3922"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3922"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}