{"id":3872,"date":"2006-04-11T00:00:00","date_gmt":"2006-04-10T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/jeunesses-en-solde3872\/"},"modified":"2006-04-11T00:00:00","modified_gmt":"2006-04-10T22:00:00","slug":"jeunesses-en-solde3872","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=3872","title":{"rendered":"Jeunesses en solde"},"content":{"rendered":"<p>R\u00e9pression du mouvement lyc\u00e9en au printemps 2005, provocations en cha\u00eene et armada s\u00e9curitaire face aux r\u00e9voltes de jeunes dans les banlieues, nouvelle mesure institutionnalisant un peu plus la pr\u00e9carit\u00e9 des moins de 26 ans&#8230; Le gouvernement aurait-il invent\u00e9 un nouveau slogan, \u00ab De l&#8217;avenir, faisons table rase \u00bb ? A l&#8217;or\u00e9e du XXIe si\u00e8cle, les jeunes n&#8217;ont d\u00e9cid\u00e9ment pas bonne presse. Individualistes, d\u00e9linquants en puissance, Nike aux pieds, cheeseburger dans la bouche, tenant les cages d&#8217;escaliers en bas des tours, d\u00e9cervel\u00e9s par le Loft, avec la Star&#8217;Ac pour tout horizon culturel&#8230; Les st\u00e9r\u00e9otypes vont bon train, signes d&#8217;un profond m\u00e9pris social \u00e0 l&#8217;\u00e9gard des nouvelles g\u00e9n\u00e9rations. Le paradoxe est l\u00e0 : notre soci\u00e9t\u00e9 cherche la recette miracle pour rester jeune, \u00e0 coups de cr\u00e8mes anti-rides et de viagra, mais peine \u00e0 prendre en consid\u00e9ration les jeunes, en chair et en os.<\/p>\n<p>L&#8217;envers du d\u00e9cor donne une autre saveur aux st\u00e9r\u00e9otypes, plus am\u00e8re. Depuis les ann\u00e9es 1970, le taux de pauvret\u00e9 des moins de 30 ans a doubl\u00e9, passant de 4,5 \u00e0 10,8 %. Nous sommes collectivement de plus en plus riches : si l&#8217;on suit l&#8217;\u00e9volution du PIB : mais les jeunes sont de plus en plus pauvres ! Alors que le taux de ch\u00f4mage de la population est d&#8217;environ 10 %, celui des jeunes tourne autour de&#8230; 23 %. Double ration de ch\u00f4mage donc, comme \u00e0 la cantine. Dans certains quartiers, les pics atteignent m\u00eame fr\u00e9quemment 40 % \u00e0 50 %. Petit rappel : lorsque l&#8217;on parle du ch\u00f4mage des moins de 25 ans, il ne faut pas penser indemnisation et droits Assedic mais seulement inscription \u00e0 l&#8217;ANPE car, en l&#8217;absence de cotisation ant\u00e9rieure, ce qui est souvent le cas, les jeunes ne per\u00e7oivent pas d&#8217;allocation. Quant au RMI, pour y avoir droit, il faut attendre la vingt-cinqui\u00e8me bougie&#8230; D&#8217;ici l\u00e0, l&#8217;exercice d&#8217;\u00e9quilibriste consiste \u00e0 ne pas basculer dans la mis\u00e8re. De plus, l&#8217;entr\u00e9e sur le march\u00e9 du travail ne signifie \u00e9videmment pas stabilisation professionnelle et sociale. Pour qu&#8217;un jeune acc\u00e8de \u00e0 un emploi stable, comptez en moyenne entre huit et onze ans. Au total, plus de 50 % des CDD et pr\u00e8s de 60 % des contrats int\u00e9rimaires sont occup\u00e9s par des jeunes de moins de 29 ans. Tous ces chiffres disent l&#8217;\u00e9tat d&#8217;urgence sociale et \u00e9conomique dans lequel les jeunes g\u00e9n\u00e9rations se trouvent plong\u00e9es. Dans ces conditions, \u00eatre ind\u00e9pendant : quitter le foyer parental, avoir son propre toit, trouver sa voie&#8230; : devient mission impossible. <\/p>\n<p><strong> L&#8217;ins\u00e9curit\u00e9 sociale <\/strong><\/p>\n<p>La voil\u00e0, l&#8217;autre facette de la \u00ab bof g\u00e9n\u00e9ration \u00bb. Derri\u00e8re les clich\u00e9s, se dessine le visage d&#8217;une jeunesse fragilis\u00e9e, aux avant-postes de ce que Robert Castel a appel\u00e9 \u00ab l&#8217;ins\u00e9curit\u00e9 sociale \u00bb. Dans ce monde gorg\u00e9 de richesses, c&#8217;est vrai, la pr\u00e9carit\u00e9 n&#8217;a pas d&#8217;\u00e2ge. A plus de cinquante ans, il ne fait pas bon vivre non plus sur le march\u00e9 du travail. Mais dans leur raideur statistique, les faits ne trompent pas : vingt ans n&#8217;est d\u00e9cid\u00e9ment pas le plus bel \u00e2ge de la vie. Avec une proportion croissante d&#8217;hommes et de femmes cass\u00e9s avant m\u00eame d&#8217;\u00eatre entr\u00e9s dans leur vie d&#8217;adultes, quel avenir esp\u00e9rons-nous construire ? En guise de bonne ann\u00e9e, Dominique de Villepin a pourtant fait un bras d&#8217;honneur \u00e9conomique aux jeunes en lan\u00e7ant le contrat premi\u00e8re embauche (CPE), soit l&#8217;extension \u00e0 toutes les entreprises du contrat nouvelles embauches (CNE) pour les salari\u00e9s de moins de 26 ans. Une \u00e9ni\u00e8me resuc\u00e9e du mode classique d&#8217;institutionnalisation de la pr\u00e9carit\u00e9 des jeunes actifs, oscillant depuis des ann\u00e9es entre l&#8217;all\u00e9gement de charges et le contrat aid\u00e9 sans lendemain. Les technocrates s&#8217;en sont donn\u00e9 \u00e0 c\u0153ur joie en inventant successivement les TUC, SIVP, CES, Civis, ou autres CIP, offrant aux employeurs une main-d&#8217;\u0153uvre flexible et bon march\u00e9. L&#8217;impact de ces diff\u00e9rents dispositifs sur les parcours des b\u00e9n\u00e9ficiaires n&#8217;a jamais \u00e9t\u00e9 d\u00e9montr\u00e9. En revanche, les entreprises ont per\u00e7u l&#8217;effet d&#8217;aubaine et ne se sont pas priv\u00e9es. Fruit de l&#8217;audace des cabinets minist\u00e9riels, voici donc le CPE. Le concept est simple : apr\u00e8s l&#8217;emploi fictif, le contrat fictif. Pendant deux ans, le jeune embauch\u00e9 peut \u00eatre licenci\u00e9 du jour au lendemain, sans que l&#8217;employeur ait \u00e0 justifier sa d\u00e9cision. Un CDI plus pr\u00e9caire qu&#8217;un CDD, \u00e7a c&#8217;est cr\u00e9atif ! Le 16 janvier dernier, le Premier ministre a ouvert la conf\u00e9rence de presse sur sa mesure : qu&#8217;il qualifiait d&#8217;\u00ab avanc\u00e9e sociale majeure \u00bb : en affichant un objectif : \u00ab Faire entrer le march\u00e9 du travail fran\u00e7ais dans la modernit\u00e9 \u00bb (sic). Traduction : dans le vocable lib\u00e9ral, \u00ab modernit\u00e9 \u00bb signifie reculs sociaux, justification de tous les renoncements. Chacun l&#8217;aura compris, les jeunes servent donc de cobayes : ils exp\u00e9rimentent les remises en cause du droit du travail qui ont vocation \u00e0 s&#8217;appliquer tr\u00e8s vite \u00e0 l&#8217;ensemble des salari\u00e9s. Pour preuve, quelques jours apr\u00e8s le lancement du CPE, le cabinet de Dominique de Villepin annon\u00e7ait r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ralisation de la p\u00e9riode d&#8217;essai de deux ans \u00e0 tous les salari\u00e9s. Public cible de la lutte contre le ch\u00f4mage, les jeunes sont les premiers servis. Au menu : salaires \u00ab light \u00bb et contrats \u00ab fast-food \u00bb, \u00e0 l&#8217;anglo-saxonne. L&#8217;objectif est de faire baisser la courbe du ch\u00f4mage en augmentant celle des travailleurs pauvres et pr\u00e9caires. Avec en ligne de mire, comme le sugg\u00e8re le Medef : l&#8217;enterrement du CDI. On comprend mieux pourquoi mouvements de jeunesse et syndicats ripostent de concert.<\/p>\n<p>Jusqu&#8217;ici, les r\u00e9ponses gouvernementales aux diff\u00e9rentes mobilisations furent sans appel. \u00ab On ne gouverne pas avec la rue \u00bb est un adage \u00e0 Matignon. Ainsi vacille la d\u00e9mocratie. C&#8217;est pourtant le sens m\u00eame de l&#8217;action politique qui, au fond, se trouve interrog\u00e9e. La r\u00e9forme n&#8217;est-elle d\u00e9sormais que douleur et d\u00e9sesp\u00e9rance ? La logique du profit prime-t-elle dor\u00e9navant sur toute consid\u00e9ration sociale, l&#8217;int\u00e9r\u00eat des actionnaires passant avant celui des salari\u00e9s ? Pourtant, des alternatives \u00e0 ces options lib\u00e9rales existent. R\u00e9alistes, c&#8217;est-\u00e0-dire en phase avec la r\u00e9alit\u00e9 sociale et les besoins, elles reposent sur une petite r\u00e9volution copernicienne. Au lieu de d\u00e9manteler toujours plus les acquis sociaux et de d\u00e9tricoter sans fin le droit du travail, l&#8217;action publique devrait au contraire accro\u00eetre les protections. Il est temps de s\u00e9curiser les parcours professionnels, en accroissant la solidarit\u00e9 publique pour assurer \u00e0 chacun, d\u00e8s 18 ans, des moyens d\u00e9cents pour vivre (et non survivre), en permettant \u00e0 toutes et tous de trouver une place dans notre soci\u00e9t\u00e9, d&#8217;apporter une contribution originale \u00e0 la production de richesses communes. C&#8217;est bien un filet de s\u00e9curit\u00e9 dont les jeunes et les moins jeunes ont besoin pour pouvoir s&#8217;\u00e9manciper. Dans le m\u00eame temps, l&#8217;Etat doit enfin cr\u00e9er un statut avec un revenu pour celles et ceux qui \u00e9tudient, se forment, effectuent un stage (et ce, quel que soit leur \u00e2ge). Arr\u00eatons de recycler les vieilles recettes qui conduisent inlassablement dans le m\u00eame mur. Monsieur le Premier ministre, \u00e0 quand le droit \u00e0 l&#8217;avenir ?<\/p>\n<p>\/Enacdr\u00e9 :\/<\/p>\n<p>\/Cl\u00e9mentine Autain et Mika\u00ebl Garnier-Lavalley, Salauds de jeunes, Robert Laffont, 19 euros.\/<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R\u00e9pression du mouvement lyc\u00e9en au printemps 2005, provocations en cha\u00eene et armada s\u00e9curitaire face aux r\u00e9voltes de jeunes dans les banlieues, nouvelle mesure institutionnalisant un peu plus la pr\u00e9carit\u00e9 des moins de 26 ans&#8230; Le gouvernement aurait-il invent\u00e9 un nouveau slogan, \u00ab De l&#8217;avenir, faisons table rase \u00bb ? 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