{"id":3849,"date":"2008-02-01T00:00:00","date_gmt":"2008-01-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/un-neoconservatisme-nomme-rupture3849\/"},"modified":"2008-02-01T00:00:00","modified_gmt":"2008-01-31T23:00:00","slug":"un-neoconservatisme-nomme-rupture3849","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=3849","title":{"rendered":"Un n\u00e9oconservatisme nomm\u00e9 rupture"},"content":{"rendered":"<p>Nous l&#8217;avons \u00e9crit et racont\u00e9 \u00e0 l&#8217;envi. Nicolas Sarkozy n&#8217;a pas gagn\u00e9 seulement gr\u00e2ce \u00e0 un v\u00e9ritable talent de communication. Pas uniquement parce qu&#8217;il a su faire marcher les m\u00e9dias pour lui ou parce qu&#8217;il est copain avec les plus grands industriels du pays. Tout cela \u00e9tait peut-\u00eatre indispensable \u00e0 la prise de l&#8217;Elys\u00e9e, mais il est surtout l&#8217;homme qui a fait sienne l&#8217;opinion que \u00able pouvoir se gagne par les id\u00e9es\u00bb, ce qui est en soi une rupture avec sa famille politique. <\/p>\n<p>Rupture. La posture revient comme un leitmotiv. C&#8217;est ici que le communicant est talentueux. Imposer un calendrier \u00e0 la presse, mettre en sc\u00e8ne sa toute-puissance, instrumentaliser une gauche s\u00e9duite par une \u00abouverture\u00bb qui se referme comme un pi\u00e8ge, et surtout bouger et encore bouger, faire croire que la surench\u00e8re de mouvements et la fr\u00e9n\u00e9sie communicationnelle sont les conditions de la transformation sociale qu&#8217;il revendique. L&#8217;agitation m\u00e9diatique finit par \u00eatre ridicule et semble m\u00eame enfin le p\u00e9naliser de quelques points de popularit\u00e9. Mais il convient s\u00fbrement de s&#8217;arr\u00eater sur cette intense communication qui parvient \u00e0 pr\u00e9senter sous l&#8217;angle de la rupture une action r\u00e9actionnaire, dans le sens le plus pur du terme, visant \u00e0 r\u00e9instaurer des institutions ant\u00e9rieures. Un v\u00e9ritable n\u00e9oconservatisme, au nom de la rupture. <\/p>\n<p>Ainsi sur l&#8217;immigration, Nicolas Sarkozy, se pose en homme de la modernit\u00e9, prenant le taureau par les cornes.<em> \u00abJ&#8217;ai demand\u00e9 au ministre de l&#8217;Immigration, Brice Hortefeux, d&#8217;aller jusqu&#8217;au bout d&#8217;une politique fond\u00e9e sur des quotas, <\/em> d\u00e9clarait-il aux journalistes venus le voir \u00e0 l&#8217;Elys\u00e9e le 8 janvier dernier.<em> Cela fait trop longtemps qu&#8217;on en parle. Tout le monde sait que c&#8217;est la seule solution.\u00bb <\/em> Si Sarkozy se pose comme l&#8217;homme du courage et de la d\u00e9termination, il fait en r\u00e9alit\u00e9 du neuf avec du vieux. Sur ce th\u00e8me, c&#8217;est Pierre Henry, le directeur g\u00e9n\u00e9ral de France Terre d&#8217;asile, qui a lev\u00e9 le li\u00e8vre. Il nous apprend que la question des quotas est une vieille id\u00e9e n\u00e9e au XIXe si\u00e8cle aux Etats-Unis. Il s&#8217;agissait, \u00e0 l&#8217;\u00e9poque, d&#8217;interdire l&#8217;immigration chinoise. En 1965, les quotas ethniques sont abandonn\u00e9s, sous la pression du mouvement des droits civiques du pays. De plus, les experts savent bien que les quotas ne sont jamais atteints pour les professions qualifi\u00e9es, nous raconte Pierre Henry.<em> \u00abIl s&#8217;agit simplement pour le gouvernement de lancer un pav\u00e9 dans la mare\u00bb <\/em>, ajoute-t-il. De l&#8217;agitation, co\u00fbte que co\u00fbte.<\/p>\n<p>Sur la la\u00efcit\u00e9, le chanoine honoraire de la basilique de Latran, l&#8217;autre petit nom du pr\u00e9sident depuis son passage chez Beno\u00eet XVI accompagn\u00e9 de la fine fleur des arts, Jean-Marie Bigard, il semble que l\u00e0 aussi on se tourne r\u00e9solument vers le pass\u00e9.<em> \u00abDeux d\u00e9fis contribueront \u00e0 structurer la soci\u00e9t\u00e9 internationale du XXIe si\u00e8cle, peut-\u00eatre plus profond\u00e9ment que les id\u00e9ologies du XXe\u00bb <\/em>, d\u00e9clarait r\u00e9cemment le pr\u00e9sident. Le changement climatique, a-t-il dit,<em> \u00abet le retour du religieux dans toutes les soci\u00e9t\u00e9s\u00bb <\/em>. Un peu plus tard, dans l&#8217;Yonne, il \u00e9voque<em> \u00ables racines chr\u00e9tiennes de la France\u00bb <\/em> en pr\u00e9cisant que c&#8217;est son<em> \u00abidentit\u00e9\u00bb <\/em>, et \u00e9voque<em> \u00able long manteau d&#8217;\u00e9glise qui couvre la France\u00bb <\/em>. Ramener l&#8217;identit\u00e9 nationale aux racines chr\u00e9tiennes, le th\u00e8me est cher \u00e0 l&#8217;extr\u00eame droite. Quant \u00e0 la rupture, voil\u00e0 qu&#8217;elle balaye la loi de 1905, elle qui impose \u00e0 l&#8217;Etat et \u00e0 ses repr\u00e9sentants une stricte neutralit\u00e9. <\/p>\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 de la justice, c&#8217;est encore vers le pass\u00e9 qu&#8217;il faut se tourner, loin, tr\u00e8s loin. La loi sur la \u00abr\u00e9tention de s\u00fbret\u00e9\u00bb, permettra, apr\u00e8s l&#8217;ex\u00e9cution de la peine de prison, de prolonger : ind\u00e9finiment, sans peine et sans infraction : l&#8217;enfermement des personnes d&#8217;une<em> \u00abparticuli\u00e8re dangerosit\u00e9\u00bb <\/em>.<em> \u00abApr\u00e8s un si\u00e8cle, nous voyons r\u00e9appara\u00eetre le spectre de \u00abl&#8217;homme dangereux\u00bb des positivistes italiens Lombroso et Ferri, et la conception d&#8217;un appareil judiciaire vou\u00e9 \u00e0 diagnostiquer et traiter la dangerosit\u00e9 p\u00e9nale. On sait \u00e0 quelles d\u00e9rives funestes cette approche a conduit le syst\u00e8me r\u00e9pressif des Etats totalitaires.\u00bb <\/em> Ce n&#8217;est pas un dangereux gauchiste qui le dit, mais l&#8217;un de nos grands sages du droit, Robert Badinter. <\/p>\n<p>Pass\u00e9e presque aussi inaper\u00e7ue, (rappelez-vous, c&#8217;est l&#8217;Elys\u00e9es qui d\u00e9cide de l&#8217;agenda m\u00e9diatique et, en janvier, on a dit Carla pour tout le monde), la signature de l&#8217;accord sur la r\u00e9forme du march\u00e9 du travail. Ce dernier pr\u00e9voit notamment <\/p>\n<p>la possibilit\u00e9 d&#8217;une rupture de contrat de travail \u00ab\u00e0 l&#8217;amiable\u00bb. Id\u00e9al dans un monde enchant\u00e9, o\u00f9 le rapport de force et le lien de subordination avec l&#8217;employeur n&#8217;existeraient pas. Pour la CGT, qui a refus\u00e9 de signer, ce texte va \u00abaggraver la pr\u00e9carit\u00e9\u00bb. Pour les autres, tous signataires, la hausse des indemnit\u00e9s de licenciement pour les salari\u00e9s ayant une anciennet\u00e9 sup\u00e9rieure \u00e0 un an \u00e9quilibre l&#8217;accord. Des d\u00e9cennies de combat pour que les salari\u00e9s ne soient pas des kleenex, vendues pour pas trop cher au Medef. Dont la pr\u00e9sidente, Laurence Parisot, pavoise \u00e0 longueur de colonnes, heureuse de cet accord \u00abr\u00e9volutionnaire\u00bb. <\/p>\n<p>La perte des droits fondamentaux des travailleurs ne s&#8217;arr\u00eate pas l\u00e0. L\u00e0 encore la modernit\u00e9 de Sarkozy et de son \u00e9quipe est frappante. En cr\u00e9ant les prud&#8217;hommes en 1806, Napol\u00e9on d\u00e9cide que cette juridiction pourra \u00eatre cr\u00e9\u00e9e partout o\u00f9 le besoin s&#8217;en ressent. Deux cents ans apr\u00e8s, Rachida Dati s&#8217;appr\u00eate, elle, \u00e0 fermer 63 de ces tribunaux pr\u00e9cieux et gratuits. L\u00e0 o\u00f9 la seule vraie rupture serait de renforcer leurs moyens d\u00e9faillants. <strong> R.D. <\/strong><\/p>\n<p>Paru dans<em> Regards <\/em> n\u00b048, f\u00e9vrier 2009<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nous l&#8217;avons \u00e9crit et racont\u00e9 \u00e0 l&#8217;envi. Nicolas Sarkozy n&#8217;a pas gagn\u00e9 seulement gr\u00e2ce \u00e0 un v\u00e9ritable talent de communication. Pas uniquement parce qu&#8217;il a su faire marcher les m\u00e9dias pour lui ou parce qu&#8217;il est copain avec les plus grands industriels du pays. 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