{"id":384,"date":"1997-03-01T00:00:00","date_gmt":"1997-02-28T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/loisir-fugitif-pour-femme384\/"},"modified":"1997-03-01T00:00:00","modified_gmt":"1997-02-28T23:00:00","slug":"loisir-fugitif-pour-femme384","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=384","title":{"rendered":"Loisir fugitif pour femme \u00e9mancip\u00e9e"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Voir aussi <\/p>\n<p>La presse f\u00e9ministe, Dix ans pour Clara<strong> Avec 450 millions d&#8217;exemplaires vendus par an, la presse f\u00e9minine demeure attractive. Elle v\u00e9hicule pourtant une image conventionnelle de la femme. Ses lectrices sont-elles r\u00e9sign\u00e9es ? Ou distantes ? <\/strong><\/p>\n<p>L&#8217;acheter. L&#8217;ouvrir. S&#8217;y retrouver. Dans la jungle des r\u00e9clames pour la cr\u00e8me X, ou le tailleur Y, surgit un article, puis un autre. Encore un, au milieu de sublimes photographies en couleurs, sur papier glac\u00e9. Publicit\u00e9 ? Reportage ? Il y faut, pour le discerner, clairvoyance et habitude: la lecture des magazines f\u00e9minins se pr\u00e9sente comme un jeu de piste. Si l&#8217;on s&#8217;en tient aux chiffres de tirage, ces journaux, feuillet\u00e9s souvent, parfois lus, sont loin d&#8217;\u00eatre r\u00e9barbatifs, bien qu&#8217;il arrive que la moiti\u00e9 ou les trois quarts de leur volume soient exclusivement utilis\u00e9s comme supports publicitaires. En octobre 1994, la revue Strat\u00e9gies relevait le taux de pagination r\u00e9serv\u00e9 aux annonceurs dans les revues haut de gamme &#8211; celles qui cumulent le plus grand nombre de lectrices et les plus grosses rentr\u00e9es financi\u00e8res: Elle, 65%; Madame Figaro, 71%; Marie-Claire, 70%; Cosmopolitan, 66%. Un tiers des recettes publicitaires de la presse magazine va \u00e0 la presse f\u00e9minine. C&#8217;est dire si ces journaux ont trouv\u00e9 leur cr\u00e9neau pour que des annonceurs mondialement connus, comme l&#8217;Or\u00e9al, prestigieux comme Chanel ou Dior, y investissent, assur\u00e9s d&#8217;un lectorat stable, au pis; en progression, au mieux. On comprend pourquoi les journaux destin\u00e9s aux femmes ont les moyens de leurs innombrables pages en quadrichromie, de leurs luxueuses maquettes, de leurs innombrables photos. Les moyens aussi de leurs erreurs et de leurs r\u00e9ajustements \u00e9ditoriaux et commerciaux.<\/p>\n<p>Avantages, Femme Actuelle, Elle, Marie-Claire, Biba, Madame Figaro, etc. Avec 76 titres, on pense l\u00e9gitimement avoir le choix. Nuance ! La vari\u00e9t\u00e9 n&#8217;est r\u00e9elle que dans la mani\u00e8re d&#8217;aborder les sujets. Tous ces supports b\u00e2tissent leur contenu sur un fond de commerce traditionnel. Le miroir du corps, le fa\u00e7onnement apparent de l&#8217;image f\u00e9minine, l&#8217;arsenal de la chasse \u00e0 &#8221; la ride v\u00e9loce, la pesante graisse, au muscle avachi &#8221; font encore leurs beaux jours. A croire que les femmes ne se lassent jamais de ce narcissisme&#8230;<\/p>\n<p> <strong> Un discours tr\u00e8s liss\u00e9, o\u00f9 le consensuel se glisse progressivement <\/strong><\/p>\n<p>Car c&#8217;est in\u00e9vitable, au mois de juin, comme chaque ann\u00e9e, les articles sur la pr\u00e9paration des corps \u00e0 la plage feront flor\u00e8s. La r\u00e9p\u00e9tition ne g\u00eanera pas les lectrices de Marie-Claire par exemple: en dix ans, ce journal a progress\u00e9 d&#8217;environ 10 000 lectrices, passant \u00e0 553 099 exemplaires (Ojd, 1994). L&#8217;hebdomadaire Femme Actuelle (8 896 000 lectrices de juillet 1995 \u00e0 juin 1996\/statisique de l&#8217;Association pour la promotion de la presse magasine), bombe \u00e9ditoriale de l&#8217;Allemand Axel Ganz, qui poss\u00e8de \u00e9galement le mensuel Prima (4 954 000 lectrices, m\u00eame p\u00e9riode, m\u00eame statistique), jouera le m\u00eame jeu. Et ses lectrices avec lui. Selon sa cat\u00e9gorie socioprofessionnelle, on choisira cependant l&#8217;image que l&#8217;on accepte de soi, \u00e0 travers l&#8217;achat d&#8217;Avantages ou celui de Biba. Les mod\u00e8les de v\u00eatements pr\u00e9sent\u00e9s sont fonction des revenus.<\/p>\n<p>Dans les uns, comme dans Femme Actuelle, la Halle aux V\u00eatements inspire le choix r\u00e9dactionnel. Dans Biba, les marques de pr\u00eat \u00e0 porter ont leur acc\u00e8s garanti. Du c\u00f4t\u00e9 des produits de beaut\u00e9, les prix sont \u00e9galement soigneusement \u00e9tudi\u00e9s et propos\u00e9s. Si la cible est si pr\u00e9cise, tellement porteuse en termes d&#8217;investissements de la part des grands groupes du cosm\u00e9tique, c&#8217;est aussi qu&#8217;elle est parmi les plus \u00e9tudi\u00e9es de toute la presse &#8211; avec des r\u00e9sultats aussi prot\u00e9g\u00e9s qu&#8217;un secret industriel. La majorit\u00e9 des femmes \u00e9prouvent un r\u00e9el plaisir \u00e0 ces journaux, les statistiques le confirment puisqu&#8217;une femme sur deux est lectrice d&#8217;un de ces magazines. Parmi elles, une lectrice sur quatre est&#8230;un homme.<\/p>\n<p>Tous les sujets de la vie quotidienne traditionnelle y sont trait\u00e9s. Avec la f\u00e9minit\u00e9, la tendance actuelle fait une place importante au cocooning: le mobilier que l&#8217;on ach\u00e8te ou le &#8221; truc &#8221; pratique que l&#8217;on bricole. Les travaux manuels classiques font un grand retour. La famille et le couple sont omnipr\u00e9sents, avec des articles int\u00e9grant les nouveaux modes de vie, des d\u00e9veloppements sur la sexualit\u00e9, des rubriques &#8220;psychologie&#8221; tr\u00e8s appr\u00e9ci\u00e9es. L&#8217;\u00e9vasion onirique, le voyage au bout du monde ou simplement au Mont Saint-Michel compl\u00e9teront des pages sur la sant\u00e9, r\u00e9dig\u00e9es dans la plus pure tradition hygi\u00e9niste. Fid\u00e8les au poste, les rubriques &#8220;infos pratiques&#8221; sont les plus lues. Mais on parle aussi litt\u00e9rature, cin\u00e9ma et th\u00e9\u00e2tre. M\u00eame la parit\u00e9 est abord\u00e9e, en terme de challenge, \u00e0 travers l&#8217;opinion de femmes politiques classiques ou m\u00e9diatis\u00e9es, non pas en terme d&#8217;enjeu politique et de soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p> <strong> Question : <\/strong> alors que le taux d&#8217;activit\u00e9 salari\u00e9e des femmes ne cesse de progresser, le travail est tr\u00e8s rarement pr\u00e9sent, en tout cas beaucoup moins qu&#8217;avant. Rien ou presque sur le d\u00e9roulement de carri\u00e8re, sur le temps partiel choisi ou impos\u00e9, sur les probl\u00e8mes d&#8217;horaires, sur le ch\u00f4mage, etc. Il y a encore dix ans ou m\u00eame cinq ans, Biba, le journal de l&#8217;executive woman des services, sortait un dossier sur les salaires tous les ans et chaque mois, une rubrique &#8221; Biba Job &#8220;. D&#8217;une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, l&#8217;ensemble des journaux a int\u00e9gr\u00e9 une certaine forme de &#8221; f\u00e9minisme &#8221; dont les r\u00e8gles de base seraient: la femme travaille, elle s&#8217;affirme plus autonome, elle se sent lib\u00e9r\u00e9e dans sa vie affective et sexuelle, elle souhaite conna\u00eetre le monde. Mais le discours tr\u00e8s liss\u00e9 peut \u00eatre ressenti comme une constante invitation \u00e0 la conciliation consensuelle entre la vie professionnelle et la vie personnelle, comme si elle allait de soi, ignorant r\u00e9solument les casse-t\u00eates quotidiens de presque toutes les femmes.<\/p>\n<p>Le maintien de cette esp\u00e8ce de gangue ne semble pas provoquer de malaise chez la lectrice. Si bien qu&#8217;il faut admettre qu&#8217;elle aussi a chang\u00e9. Sur toute la ligne. Il n&#8217;y a pourtant pas si longtemps, quand le &#8221; panier de la m\u00e9nag\u00e8re &#8221; \u00e9tait devenu une r\u00e9f\u00e9rence \u00e9conomique, toute la presse se levait comme une seule femme contre une expression jug\u00e9e maladroite et un rien m\u00e9prisante. Marie-Claire faisait campagne pour la libert\u00e9 de la contraception, le droit \u00e0 l&#8217;avortement. Depuis, des droits ont \u00e9t\u00e9 conquis. Qu&#8217;ils soient remis en cause, par exemple avec la campagne anti-IVG, ne provoque pas vraiment de lev\u00e9e de boucliers dans les magazines f\u00e9minins. Alors ? Il se trouve tout simplement que les lectrices ont pris de la distance, qu&#8217;elles relativisent les pressions exerc\u00e9es sur elles. Elles utilisent cette presse assagie comme un vecteur d&#8217;informations parmi d&#8217;autres. La presse f\u00e9minine a toujours eu un c\u00f4t\u00e9 tr\u00e8s normatif. Mais l&#8217;\u00e9volution de ce que l&#8217;on appelait &#8221; la condition f\u00e9minine &#8220;, qui rel\u00e8ve autant de la modification des rapports sociaux que de l&#8217;\u00e9volution des mentalit\u00e9s, a boulevers\u00e9 la donne. Les femmes prennent leur vie personnelle, familiale, professionnelle au s\u00e9rieux. Mais pas la presse qu&#8217;on leur destine. Les ann\u00e9es 70-80 ont multipli\u00e9 les normes de l&#8217;identification f\u00e9minine: &#8221; La conformit\u00e9 ne peut plus \u00eatre imm\u00e9diate et automatique. Elle pose un probl\u00e8me parce qu&#8217;elle n&#8217;est plus \u00e9vidente. Respecter les normes ne va plus de soi &#8221; \u00e9crivait d\u00e9j\u00e0, en 1984, Martine Monthubert, dans sa th\u00e8se sur l&#8217;esth\u00e9tique dans la presse f\u00e9minine. La remarque \u00e9tait pertinente car la tendance semble s&#8217;\u00eatre poursuivie. Les lectrices se conduisent en tout cas comme si cette presse \u00e0 fort succ\u00e8s \u00e9tait devenue un simple loisir pour femmes \u00e9mancip\u00e9es. Dans un mouvement irr\u00e9versible ?<\/p>\n<p><strong> La presse f\u00e9ministe <\/strong><\/p>\n<p>Le XVIIIe si\u00e8cle voit \u00e9clore les journaux f\u00e9minins quand la femme commence \u00e0 jouer un r\u00f4le social plus visible. Cette naissance est l&#8217;objet d&#8217;affrontements entre les tenants d&#8217;une image traditionnelle de la femme et les f\u00e9ministes. Les titres parlent d&#8217;eux-m\u00eames: le Journal des dames (1759-1788), les Annales de l&#8217;Education et du Sexe (1790) de Mme Monet. Au XIXe si\u00e8cle, des femmes lancent leurs journaux. En 1832, deux ouvri\u00e8res saint-simoniennes cr\u00e9ent la Femme libre, journal f\u00e9ministe qui vit deux ans. Se succ\u00e8dent la Gazette des femmes, la Voix des femmes, lieu d&#8217;\u00e9changes pour les partisanes des id\u00e9es de la R\u00e9volution de 1848, la Politique des femmes et l&#8217;Opinion des femmes de Jeanne Derouin. Napol\u00e9on III supprime toute cette presse f\u00e9ministe. A la fin du si\u00e8cle, les droits des femmes \u00e9voluent, une presse engag\u00e9e accompagne les luttes. C&#8217;est le cas de la Citoyenne (1881) de Mme Auclert, de la Fronde (1905) de Marguerite Durand (200 000 exemplaires). L&#8217;entr\u00e9e des femmes dans la vie active voit se d\u00e9velopper une presse moderne. Entre 1945 et 1968, droit de vote et salariat permettent l&#8217;\u00e9mergence de titres qui acqui\u00e8rent une notori\u00e9t\u00e9 historique: l&#8217;Echo des Fran\u00e7aises (catholique); Heures Claires de l&#8217;Union des Femmes Fran\u00e7aises (1944), devenu Clara; Antoinette, journal de la CGT (1955). Apr\u00e8s 1968, le Mouvement de lib\u00e9ration des femmes donne naissance \u00e0 une floraison de journaux f\u00e9ministes parmi lesquels Questions f\u00e9ministes devenu Nouvelles questions f\u00e9ministes et les Cahiers du Grif (Belgique) largement diffus\u00e9 en France dans ces milieux.<\/p>\n<p>Sources: Evelyne Sullerot, la Presse f\u00e9minine, Armand Colin, 1966. Martine Bonvoisin et Mich\u00e8le Maignien, la Presse f\u00e9minine, 1996, PUF, Que sais-je ?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Voir aussi <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-384","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/384","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=384"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/384\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=384"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=384"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=384"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}