{"id":3829,"date":"2008-09-01T00:00:00","date_gmt":"2008-08-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/les-branches-une-attitude-de3829\/"},"modified":"2008-09-01T00:00:00","modified_gmt":"2008-08-31T22:00:00","slug":"les-branches-une-attitude-de3829","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=3829","title":{"rendered":"Les branch\u00e9s. Une attitude de m\u00e9fiance"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Si le branch\u00e9 n&#8217;a pas toujours eu bonne r\u00e9putation, il a eu une  fonction culturelle importante: faire la liaison entre l&#8217;underground et le grand public. Qu&#8217;en est-il aujourd&#8217;hui? Un livre d&#8217;Arnaud Sagnard d\u00e9voile les codes de ce petit monde. <\/p>\n<p>Petite temp\u00eate dans un verre de mojito. Peu avant les vacances, l&#8217;empire du milieu de la hype (ou de la branchitude parisienne), bref ceux qui imaginent indiquer la tendance dans la musique, la litt\u00e9rature, la mode ou la presse (voire la t\u00e9l\u00e9) s&#8217;agitent autour d&#8217;une rumeur: quelqu&#8217;un cracherait dans la soupe. Le motif de toutes ces inqui\u00e9tudes: un livre qui d\u00e9voilerait les codes et les dessous de ce petit monde, en balan\u00e7ant les noms et les travers de tout un chacun, y compris les probl\u00e8mes d&#8217;argent (et chez ces gens-l\u00e0, on ne parle pas de gros sous). Le coupable: Arnaud Sagnard, journaliste, entre autres \u00e0<em> Technikart <\/em>, aujourd&#8217;hui \u00e0<em> GQ <\/em>, le nouvel Eldorado d&#8217;une presse masculine \u00abclasse\u00bb qui n&#8217;a jamais trouv\u00e9 son cr\u00e9neau en France. Un insider, quelqu&#8217;un de l&#8217;int\u00e9rieur. Ce que lui reprochent d&#8217;ailleurs ceux qui sont \u00e9gratign\u00e9s au fil des pages, de Tekilatex \u00e0 Ariel Wiztman, sans oublier Tania Bruno-Rosso des Putafranges (un collectifs de dj) qui s\u00e9vit  sur les plateaux de Canal +. L&#8217;affaire donna m\u00eame pr\u00e9texte \u00e0 un d\u00e9bat dans l&#8217;\u00e9mission de France 3 \u00abCe soir ou jamais\u00bb, de Fr\u00e9d\u00e9ric Tadde\u00ef, qui conna\u00eet bien l&#8217;affaire pour avoir braqu\u00e9 chaque semaine avec complaisance sa cam\u00e9ra  sur l&#8217;aquarium nocturne de la capitale, du temps ou il officiait aux commandes de \u00abParis derni\u00e8res\u00bb, le<em> road movie <\/em> urbain de la cha\u00eene Paris Premi\u00e8re pour refoul\u00e9s de la bo\u00eete \u00e0 la mode le Baron et stagiaires en micro-c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s. <\/p>\n<p><strong> JOUER AUX RICHES <\/strong><\/p>\n<p>Mais de quoi parle-t-on au fait? Et sommes-nous vraiment concern\u00e9s? Les branch\u00e9s? Pas franchement bonne r\u00e9putation  \u00e0 la gauche de la gauche, tant ils portent les stigmates  du bobo pro-Tibet ou du pubard arrogant et creux, sous des oripeaux surcultiv\u00e9s, \u00e0 la<em> 99 F <\/em>, le bouquin d&#8217;un Beigbeder  arch\u00e9typique \u00e0 force  d&#8217;autocaricature. Pas forc\u00e9ment les plus friqu\u00e9s (pas mal de pr\u00e9caires en maisons de disques ou en mags de mode), mais ils jouent au riche, une attitude gu\u00e8re progressiste \u00e0 l&#8217;heure de la nouvelle religion PTT du NPA. Le terme est si galvaud\u00e9 qu&#8217;y compris des relations qui semblent parfaitement y correspondre vous envoient gentiment bouler d\u00e8s que vous les sollicitez. Pourtant, le principe est vieux comme le monde culturel (des libertins aux surr\u00e9alistes). D&#8217;une certaine fa\u00e7on, il s&#8217;est juste solidifi\u00e9 dans la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle. Depuis que la culture a cess\u00e9 d&#8217;\u00eatre simplement une manifestation ext\u00e9rieure de la distinction sociale pour se m\u00e9tamorphoser en objet de consommation, donc accessible voire achetable, il s&#8217;imposait des VRP pour exposer la beaut\u00e9 de la subversion au bon peuple, qui parfois s&#8217;av\u00e8re beaucoup plus conservateur que les franges en \u00e9bullition de la marginalit\u00e9 (des ghettos aux banlieues) qui lui crament les yeux en bas du HLM. Bref, une cat\u00e9gorie de personnes capables, \u00e0 l&#8217;heure de l&#8217;ultra-m\u00e9diatisation de transf\u00e9rer, de traduire et de fluidifier les messages des sous-cultures, avec la notice explicative et, en retour, de jouer un r\u00f4le pivot, support de tous les phantasmes. <\/p>\n<p><strong> ENCHANTER LE MONDE <\/strong><\/p>\n<p>Le branch\u00e9 s&#8217;av\u00e8re donc \u00e0 la base un conteur. Un des derniers exemplaires des traditions orales en Occident. Il  raconte le monde, l&#8217;enchante, et surtout le secoue en faisant remonter le parfum des fleurs qui poussent sur le fumier des bas-fonds: les hipsters am\u00e9ricains fans de jazz dans les ann\u00e9es 1940, puis, plus pr\u00e8s de nous, en France, les tribus du Palace ou nov\u00f6  avec Etienne Daho, Jacno, Thierry Ardisson et surtout le dandy Alain Pacadis, chroniqueur de ce petit monde et, bien au-del\u00e0, pour un Lib\u00e9ration encore passionnant. Justement, pour Arnaud Sagnard, la g\u00e9n\u00e9ration actuelle des branch\u00e9s a rompu le contrat qui rendait supportable, parfois n\u00e9cessaire, son narcissisme et ses exc\u00e8s de style.<\/p>\n<p><em> \u00abPendant tout le XXe si\u00e8cle, les branch\u00e9s avaient un avantage <\/em>, dit-il:<em> ils diffusaient des phases enti\u00e8res des sous-cultures de l&#8217;underground, des cr\u00e9ations qu&#8217;ils captaient et dont ils s&#8217;en entichaient. Ils servaient de relais et ces sous-cultures devenaient cultures de masse, du jazz de la beat g\u00e9n\u00e9ration puis au punk jusqu&#8217;au hip-hop. Aujourd&#8217;hui, les branch\u00e9s sont coup\u00e9s des deux extr\u00e9mit\u00e9s du champ social qui donnaient sens \u00e0 leur fonction culturelle: l&#8217;underground et le grand public. La masse reste pourtant fascin\u00e9e et envie leur c\u00f4t\u00e9 \u00abclub ferm\u00e9\u00bb. Finalement les branch\u00e9s transf\u00e8rent d\u00e9sormais au reste du monde leur regard sur leur nombril. Faute de curiosit\u00e9, ils r\u00e9activent constamment  les vieux d\u00e9mons, pour refabriquer de la branchitude, avec des trucs de ringards comme la moustache ou le ukul\u00e9l\u00e9. Seule la nouveaut\u00e9 compte et non pas le fondement de cette nouveaut\u00e9, un peu comme ces fils \u00e0 papa du 8e arrondissement qui red\u00e9couvrent le hip-hop, tel le fiston  Sarko. Tout cela conduit \u00e0 un culte st\u00e9rile du pass\u00e9, une incapacit\u00e9 \u00e0 s&#8217;ouvrir alors que la soif d&#8217;originalit\u00e9, d&#8217;authenticit\u00e9 et la curiosit\u00e9 tout azimut demeurent la marque de fabrique des grands anciens dont ils se r\u00e9clament n\u00e9anmoins.\u00bb <\/em><\/p>\n<p>La descente aux enfers du conformisme se ressent surtout au niveau d&#8217;une panne globale de la cr\u00e9ativit\u00e9 artistique. Le journaliste Arnaud Lievin confirme l&#8217;analyse dans la sph\u00e8re sp\u00e9cifique de la litt\u00e9rature:<em> \u00abIl existe \u00e9videmment une litt\u00e9rature branch\u00e9e. Mais la diff\u00e9rence entre les auteurs branch\u00e9s am\u00e9ricains et fran\u00e7ais, c&#8217;est qu&#8217;aux Etats-Unis, ils restent avant tout des \u00e9crivains alors qu&#8217;en France ils se signalent avant tout comme des poseurs.\u00bb <\/em><\/p>\n<p>Ces analyses au vitriol appellent forc\u00e9ment la nuance,  au risque de niveler au m\u00eame degr\u00e9 z\u00e9ro de v\u00e9ritables artistes (Para One, dj Mehdi, etc.) et apprentis crevards. En 2007, Pedro Winter, ancien manager des Dafts Punk, qui aujourd&#8217;hui touche presque \u00e0 la grande notori\u00e9t\u00e9 avec son label Ed Banger ou \u00e9marge Justice (au point d&#8217;occuper aussi bien la couv du<em> Monde 2 <\/em> que celle de Trax), \u00e9tablissait d\u00e9j\u00e0 sa ligne d\u00e9fense avant m\u00eame d&#8217;\u00eatre attaqu\u00e9:<em> \u00abJe me fous d&#8217;\u00eatre branchouille ou pas. C&#8217;est pas \u00e7a qui fait avancer ou non mon label. \u00c7a revient souvent sur le tapis, c&#8217;est chiant, mais \u00e7a ne m&#8217;emp\u00eache pas de dormir. Clark, Kourtrajme font des choses, moi pareil avec ma musique.\u00bb <\/em> Cela dit, cette virgule  mise \u00e0 part, Arnaud Sagnard pose surtout le doigt sur un autre probl\u00e8me de fond. Derri\u00e8re des apparats autrefois subversifs, le monde des branch\u00e9s a fondamentalement, en d\u00e9pit de proclamations anti-Sarko, chang\u00e9 de camp, pour r\u00e9sumer,  \u00e9pous\u00e9 l&#8217;air du temps.<\/p>\n<p><strong> COMME DES ELITES <\/strong><br \/>\n<em> \u00abAvant pr\u00e9dominait l&#8217;id\u00e9e que  les branch\u00e9s constituaient  des avant-gardes sociales et culturelles positives <\/em>, conclue Arnaud Sagnard. <em> Cela faisait avancer le schmilblick, mettait la soci\u00e9t\u00e9 face \u00e0 ses contradictions, en la bousculant sur la question de la sexualit\u00e9 ou du racisme. Aujourd&#8217;hui ils font l&#8217;exact contraire. Ils s&#8217;enferment entre eux, \u00e9loignent tout ce qui diff\u00e8re, d&#8217;o\u00f9 cette difficult\u00e9 \u00e0 entrer dans leurs bo\u00eetes avec des listes parfois sans aucune utilit\u00e9.  Un altericide permanent envers les non-branch\u00e9s : la banlieue, les beaufs, etc. Une attitude de  droite, de m\u00e9fiance et de peur. Les branch\u00e9s ont mu\u00e9 en une avant-garde sociale n\u00e9gative. Des fils et filles de  monsieur tout le monde, car sauf exceptions, ils sont issus des classes moyennes,  se comportent comme la pire des \u00e9lites. D\u00e9sormais, il ne faut plus se garder seulement des \u00e9lites, mais aussi des groupes dans le peuple qui se comportent comme des \u00e9lites.\u00bb <\/em> <strong> M. <\/strong><\/p>\n<p>Paru dans<em> Regards <\/em> n\u00b054, septembre 2008<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Si le branch\u00e9 n&#8217;a pas toujours eu bonne r\u00e9putation, il a eu une  fonction culturelle importante: faire la liaison entre l&#8217;underground et le grand public. Qu&#8217;en est-il aujourd&#8217;hui? Un livre d&#8217;Arnaud Sagnard d\u00e9voile les codes de ce petit monde. <\/p>\n","protected":false},"author":579,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-3829","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3829","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/579"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3829"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3829\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3829"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3829"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3829"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}