{"id":3828,"date":"2008-09-04T00:00:00","date_gmt":"2008-09-03T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/patrimoine-le-passe-recompose3828\/"},"modified":"2008-09-04T00:00:00","modified_gmt":"2008-09-03T22:00:00","slug":"patrimoine-le-passe-recompose3828","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=3828","title":{"rendered":"Patrimoine. Le pass\u00e9 recompos\u00e9"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Les reconstitutions sont \u00e0 la mode. Mais reconstruire \u00e0 l&#8217;identique des monuments disparus ou endommag\u00e9s n&#8217;est pas une pratique anodine. Au-del\u00e0 des arguments marketing, cela rel\u00e8ve aussi du symbole politique. Analyse d&#8217;un ph\u00e9nom\u00e8ne oubli\u00e9 des Journ\u00e9es du patrimoine, les 20 et 21 septembre. <\/p>\n<p> Le ch\u00e2teau de Versailles arbore une grille royale flambant neuve. Les touristes se pressent pour se faire photographier devant cette cl\u00f4ture bling bling qui se veut la r\u00e9plique exacte de l&#8217;ancienne, disparue depuis le XVIIIe si\u00e8cle. Exacte? Le hic \u00e9tant que les gravures et dessins qui nous sont parvenus ne sont pas tous identiques. Co\u00fbt de ces travaux: environ 5millions d&#8217;euros. Voil\u00e0 un exemple r\u00e9cent. Mais ce n&#8217;est pas le seul du genre, loin s&#8217;en faut. C\u00f4t\u00e9 parc, la fa\u00e7ade de l&#8217;\u00e9tablissement comportait autrefois des troph\u00e9es d&#8217;armes qu&#8217;il est pr\u00e9vu de sculpter \u00e0 nouveau. Quant \u00e0 l&#8217;escalier Gabriel, d\u00e9di\u00e9 au passage des groupes, c&#8217;est carr\u00e9ment une invention. Avec son c\u00f4t\u00e9 un tantinet toc, il fut r\u00e9alis\u00e9 dans les ann\u00e9es 1980 sur la base de plans d&#8217;archive qui n&#8217;avaient jamais \u00e9t\u00e9 mis en \u0153uvre.<em> \u00abVersailles, je ne le transforme pas, je le termine\u00bb <\/em>, avait alors d\u00e9clar\u00e9 Pierre Lemoine, l&#8217;auteur de cette op\u00e9ration contest\u00e9e. Une initiative qui  a contribu\u00e9 \u00e0 faire de ce monument visit\u00e9 par 4millions de touristes chaque ann\u00e9e une sorte de patchwork d&#8217;\u00e9l\u00e9ments restitu\u00e9s \u00e0 coup d&#8217;\u00e9v\u00e9nements m\u00e9diatiques.<em> \u00abLe pavillon Dufour et la grille n&#8217;ont jamais exist\u00e9 ensemble! C&#8217;est une aberration chronologique\u00bb <\/em>, s&#8217;exclame Didier Rykner, journaliste et fondateur de La tribune de l&#8217;art sur Internet. Preuve que l&#8217;architecte Eug\u00e8ne Viollet-le-Duc continue de faire des \u00e9mules. Lui qui d\u00e9fendait l&#8217;id\u00e9e, au XIXe si\u00e8cle, que<em> \u00abrestaurer un \u00e9difice, ce n&#8217;est pas l&#8217;entretenir, le r\u00e9parer ou le refaire, c&#8217;est le r\u00e9tablir dans un \u00e9tat complet qui peut-\u00eatre n&#8217;a jamais exist\u00e9 \u00e0 un moment donn\u00e9\u00bb <\/em>.<\/p>\n<p>Les annales du patrimoine regorgent d&#8217;histoires de reconstitutions qu&#8217;avec le temps, le visiteur non averti finit par prendre pour des originaux. Qui a encore conscience, en p\u00e9n\u00e9trant dans la chambre de la reine, de la tromperie?<em> \u00abLes tapisseries, deux miroirs et la rambarde ne sont pas d&#8217;\u00e9poque\u00bb <\/em>, d\u00e9plore Bernard Hasquenoph, animateur du site louvrepourtous.fr.<em> \u00abOn la voit aujourd&#8217;hui comme elle \u00e9tait au moment o\u00f9 Marie-Antoinette quitta Versailles en 1789\u00bb <\/em>, assure pourtant le texte de pr\u00e9sentation. Aujourd&#8217;hui, ce courant est m\u00eame en passe de devenir une mode. Il gagne des bourgs perdus d\u00e9sireux d&#8217;app\u00e2ter le touriste. Comme ce village du Larzac qui exhibe des remparts tout beaux tout propres, suivant l&#8217;exemple de Provins qui a reconstitu\u00e9 les siens \u00e0 la mani\u00e8re m\u00e9di\u00e9vale.  <\/p>\n<p><strong> DES PROJETS JUTEUX <\/strong><\/p>\n<p>Des projets toujours plus spectaculaires sont \u00e9chafaud\u00e9s. L&#8217;id\u00e9e circule, notamment, de reconstruire \u00e0 l&#8217;identique deux b\u00e2timents enti\u00e8rement disparus: le palais des Tuileries, incendi\u00e9 pendant la Commune, et le ch\u00e2teau de Saint-Cloud, d\u00e9truit en 1870 lors de la guerre franco-prussienne. Les plans sont pr\u00eats, ainsi que les montages financiers, qui ne co\u00fbteraient rien \u00e0 l&#8217;Etat. Reste encore \u00e0 obtenir un feu vert politique. Deux individus y mettent toute leur \u00e9nergie. Les arguments de Laurent Bouvet sont rod\u00e9s:<em> \u00abUn des atouts du projet est que toutes les archives du ch\u00e2teau [de Saint-Cloud] sont conserv\u00e9es et que l&#8217;on a de nombreuses photos int\u00e9rieures et ext\u00e9rieures faites avant l&#8217;incendie. En outre, c&#8217;est un des seuls ch\u00e2teaux disparus d&#8217;Ile-de-France dont l&#8217;emplacement est rest\u00e9 vierge de toute habitation\u00bb <\/em>(1). Rigueur scientifique d&#8217;un c\u00f4t\u00e9, l\u00e9gitimit\u00e9 esth\u00e9tique de l&#8217;autre. Alain Boumier, passionn\u00e9 du second Empire, insiste sur cette dimension:<em> \u00abL&#8217;ensemble monumental du Louvre et des Tuileries retrouverait imm\u00e9diatement son harmonie, sa majest\u00e9, sa pl\u00e9nitude\u00bb <\/em> et<em> \u00abcela mettrait fin \u00e0 la d\u00e9perdition que constitue ce vide b\u00e9ant dans un ensemble con\u00e7u pour \u00eatre une vaste enceinte d&#8217;art\u00bb <\/em>(2).<\/p>\n<p>Le projet des Tuileries a re\u00e7u le soutien de nombreuses personnalit\u00e9s, en particulier des deux architectes en chef du ch\u00e2teau et des jardins de Versailles, Fr\u00e9d\u00e9ric Didier et Pierre-Andr\u00e9 Lablaude, fervents partisans de la reconstitution. Jacques Moulin, autre architecte des Monuments historiques,<em> \u00abse croit autoris\u00e9 \u00e0 reconstruire \u00e0 sa guise <\/em>, affirme Didier Rykner.<em> C&#8217;est lui qui a refait le ch\u00e2teau de Blandy-les-Tours \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de Fontainebleau. C&#8217;\u00e9tait des ruines romantiques du XVIIIe si\u00e8cle en mauvais \u00e9tat. Au lieu de les restaurer, il a construit  un ch\u00e2teau neuf. Tout est bidon.\u00bb <\/em> Cerise sur le g\u00e2teau,<em> \u00ables architectes en chef ont un monopole \u00e0 Versailles. Ils sont pay\u00e9s en pourcentage de chantier. Donc ils ont int\u00e9r\u00eat \u00e0 en augmenter le co\u00fbt. Or, une restitution co\u00fbte beaucoup plus cher qu&#8217;une restauration\u00bb <\/em>, avance Didier Rykner. Une chose est s\u00fbre, la reconstruction des Tuileries et du ch\u00e2teau de Saint-Cloud constitue un march\u00e9 juteux: la premi\u00e8re co\u00fbterait 350 \u00e0 500 millions d&#8217;euros et la deuxi\u00e8me est estim\u00e9e \u00e0  400 millions d&#8217;euros.  <\/p>\n<p>Le service des Monuments historiques serait-il atteint d&#8217;une maladie m\u00e9connue du grand public, la<em> \u00abrestituite aigu\u00eb\u00bb <\/em>? C&#8217;est en tout cas ce que soutient mordicus l&#8217;historien de l&#8217;art Alexandre Gady(3). Un des rares sp\u00e9cialistes \u00e0 critiquer ouvertement la mode actuelle. Laquelle contredit la charte de Venise qui sert de r\u00e9f\u00e9rence en mati\u00e8re patrimoniale. R\u00e9dig\u00e9 en 1964, ce texte indique que la restauration<em> \u00abs&#8217;arr\u00eate l\u00e0 o\u00f9 commence l&#8217;hypoth\u00e8se, sur le plan des reconstitutions conjecturales, tout travail de compl\u00e9ment reconnu indispensable pour raisons esth\u00e9tiques ou techniques rel\u00e8ve de la composition architecturale et portera la marque de notre temps\u00bb <\/em>. Il pr\u00e9cise aussi\u00a0que<em> \u00ables \u00e9l\u00e9ments destin\u00e9s \u00e0 remplacer les parties manquantes doivent s&#8217;int\u00e9grer harmonieusement \u00e0 l&#8217;ensemble, tout en se distinguant des parties originales, afin que la restauration ne falsifie pas le document d&#8217;art et d&#8217;histoire\u00bb <\/em>. Des recommandations qui sont rest\u00e9es lettre morte \u00e0 de multiples reprises dans les derni\u00e8res d\u00e9cennies.<br \/>\n<em> \u00abCe qui me choque le plus, c&#8217;est le mensonge. Les raisons logistiques, \u00e9conomiques et politiques qui se cachent derri\u00e8re les pr\u00e9textes scientifiques\u00bb <\/em>, explique Bernard Hasquenoph. Les r\u00e9centes restitutions r\u00e9pondent \u00e0 des besoins pragmatiques. D&#8217;abord, la mise aux normes de l&#8217;\u00e9tablissement. Ainsi, la grille royale comme l&#8217;escalier Gabriel avant elle, doit permettre de mieux organiser la d\u00e9ambulation des touristes en faisant de la cour royale un sas o\u00f9 peuvent s&#8217;effectuer les contr\u00f4les de s\u00fbret\u00e9.<em> \u00abLa grille est non seulement le cache-sexe dor\u00e9 d&#8217;un probl\u00e8me de gestion des flux des visiteurs mais encore un coup d&#8217;\u00e9clat\u00a0m\u00e9diatique\u00bb <\/em>, commente Alexandre Gady(4). L&#8217;argument marketing est tr\u00e8s pr\u00e9sent dans les choix de reconstruction:<em> \u00abIl faut des \u00e9v\u00e9nements, du clinquant, des chefs-d&#8217;\u0153uvre. Pas de modestes restaurations\u00bb <\/em>, analyse Didier Rykner, qui a point\u00e9 le risque de voir Versailles se transformer en parc d&#8217;attraction.<em> \u00abLe patrimoine, \u00e7a rapporte. Cela g\u00e9n\u00e8re des rentr\u00e9es de devises \u00e9normes.\u00bb <\/em> <\/p>\n<p><strong> RENOUER LE FIL <\/strong><\/p>\n<p>L&#8217;autre raison est politique. Reconstruire un ch\u00e2teau qui vient de dispara\u00eetre dans des bombardements peut permettre de gu\u00e9rir un traumatisme. C&#8217;est une pratique tr\u00e8s diff\u00e9rente de ce qui se fait actuellement.<em> \u00abOn ne reconstruit plus aujourd&#8217;hui pour r\u00e9parer des dommages de guerre, mais pour des raisons identitaires: pour renouer le fil avec un pass\u00e9 qui s&#8217;\u00e9tait trouv\u00e9, le plus souvent pour des raisons politiques, rompu\u00bb <\/em>, explique dans le magazine<em> Marianne <\/em> l&#8217;architecte des Monuments historiques Pierre-Andr\u00e9 Lablaude. Le symbole politique est parfois \u00e9vident, comme lorsqu&#8217;il fut d\u00e9cid\u00e9 d&#8217;abattre le b\u00e2timent abritant le Parlement de la RDA construit par le r\u00e9gime communiste, pour ressusciter \u00e0 sa place le ch\u00e2teau des Hohenzollern. L&#8217;Allemagne est ouverte \u00e0 ce type d&#8217;initiatives. Elle vient aussi de redonner corps \u00e0 une \u00e9glise de Dresde, la Frauenkirche, d\u00e9truite en f\u00e9vrier 1945. A Moscou, c&#8217;est une cath\u00e9drale ras\u00e9e par Staline en 1931, celle du Christ Saint Sauveur, qui conna\u00eet une seconde vie. D\u00e8s lors, que dire des Tuileries, incendi\u00e9es par des P\u00e9troleuses pendant la Commune de Paris? Ou encore de la grille n\u00e9o-XVIIe si\u00e8cle \u00e0 Versailles, sur laquelle Sophie Flouquet, dipl\u00f4m\u00e9e de l&#8217;\u00e9cole du Louvre, s&#8217;interroge dans le<em> Journal des arts <\/em>:<em> \u00abCurieux retour d&#8217;un symbole pr\u00e9r\u00e9volutionnaire.\u00bb <\/em> <\/p>\n<p><strong> M.R. <\/strong><\/p>\n<p>1.<em> Valeurs actuelles <\/em>, 31 ao\u00fbt 2007. <\/p>\n<p>2. AFP, 26 octobre 2007. <\/p>\n<p>3. Tribune publi\u00e9e dans<em> Connaissance des arts <\/em>.<\/p>\n<p>4. Tribune publi\u00e9e dans<em> Connaissance des arts <\/em>.<\/p>\n<p>Paru dans<em> Regards <\/em> septembre 2008<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Les reconstitutions sont \u00e0 la mode. Mais reconstruire \u00e0 l&#8217;identique des monuments disparus ou endommag\u00e9s n&#8217;est pas une pratique anodine. Au-del\u00e0 des arguments marketing, cela rel\u00e8ve aussi du symbole politique. Analyse d&#8217;un ph\u00e9nom\u00e8ne oubli\u00e9 des Journ\u00e9es du patrimoine, les 20 et 21 septembre. <\/p>\n","protected":false},"author":573,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-3828","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3828","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/573"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3828"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3828\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3828"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3828"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3828"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}