{"id":3804,"date":"2009-02-01T00:00:00","date_gmt":"2009-01-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/capitalisme-pyramidal3804\/"},"modified":"2009-02-01T00:00:00","modified_gmt":"2009-01-31T23:00:00","slug":"capitalisme-pyramidal3804","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=3804","title":{"rendered":"Capitalisme pyramidal"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> 2009 pourrait bien devenir l&#8217;ann\u00e9e Bernard Madoff <\/p>\n<p> \u00e0 condition qu&#8217;elle soit mise \u00e0 profit pour bien saisir toutes les merveilles du capitalisme. M\u00eame si cette affaire pulv\u00e9rise tous les records de l&#8217;histoire financi\u00e8re, elle repr\u00e9sente en effet la quintessence du capitalisme qui n&#8217;est lui-m\u00eame qu&#8217;une gigantesque pyramide. Les r\u00e8gles du jeu sont bien connues: la part des salaires baisse, celle de l&#8217;investissement stagne et les profits financiers remportent la mise. Devant un tel sch\u00e9ma de reproduction, un marxiste averti d\u00e9tecte imm\u00e9diatement un probl\u00e8me de r\u00e9alisation : qui va acheter ce que produisent les salari\u00e9s? Une premi\u00e8re r\u00e9ponse r\u00e9sidait dans une formidable mont\u00e9e des in\u00e9galit\u00e9s, permettant \u00e0 la consommation suppl\u00e9tive des riches de compenser celle, d\u00e9faillante, de l&#8217;immense majorit\u00e9 de la population. Mais cela ne pouvait suffire car les riches ont tendance \u00e0 remettre au pot une bonne partie de leurs revenus financiers au lieu de les consommer. <\/p>\n<p>L&#8217;endettement croissant des m\u00e9nages donne une solution compl\u00e9mentaire. C&#8217;est alors l&#8217;ensemble du capitalisme qui fonctionne comme une pyramide. Chez Madoff, les d\u00e9p\u00f4ts des pigeons les plus r\u00e9cents permettaient de verser aux plus anciens les revenus promis. Dans le capitalisme pris dans son ensemble, les nouveaux cr\u00e9dits servaient \u00e0 financer la consommation courante et \u00e0 rembourser les emprunts ant\u00e9rieurs. La logique \u00e9tait fondamentalement la m\u00eame, et l&#8217;un et l&#8217;autre de ces m\u00e9canismes \u00e9taient destin\u00e9s \u00e0 l&#8217;effondrement. Le cynisme d&#8217;un Madoff n&#8217;a d&#8217;ailleurs pas grand-chose \u00e0 envier \u00e0 celui des banquiers de HCL Finance, inventeurs des \u00abpr\u00eats Ninja\u00bb (No Income, No Job, no Assets: sans revenu, sans emploi, sans avoirs). Mais le cynisme (ou l&#8217;incomp\u00e9tence) sont des vertus largement partag\u00e9es. Depuis plusieurs ann\u00e9es, la campagne publicitaire en faveur des fonds de pension illustre assez bien l&#8217;habillage \u00abth\u00e9orique\u00bb dont peut b\u00e9n\u00e9ficier ce type d&#8217;escroquerie. Ainsi, en 1998, un rapport du Conseil d&#8217;analyse \u00e9conomique expliquait qu&#8217;un franc<em> \u00abimmobilis\u00e9 pendant trente ans devient 1,8 francs ou 4,3 francs selon qu&#8217;il est plac\u00e9 \u00e0 2% (rendement du r\u00e9gime par r\u00e9partition) ou 5% (ordre de grandeur raisonnable pour le rendement sur longue p\u00e9riode d&#8217;un portefeuille diversifi\u00e9)\u00bb <\/em>(1).<\/p>\n<p>La carri\u00e8re de l&#8217;auteur de ce rapport est int\u00e9ressante: apr\u00e8s plusieurs postes au minist\u00e8re des Finances, Olivier Davanne pantoufle chez Goldman Sachs (entre 1993 et 1997) avant de rejoindre les cabinets de gauche de Sapin, puis d&#8217;Aubry. En 1998, Jospin lui demande un autre rapport sur<em> \u00ables causes de l&#8217;instabilit\u00e9 sur les march\u00e9s financiers\u00bb <\/em>. On y retrouve les v\u0153ux pieux habituels: des<em> \u00abr\u00e9formes profondes en mati\u00e8re de surveillance des secteurs bancaires\u00bb <\/em> et, d\u00e9j\u00e0, un nouveau  \u00abBretton Woods\u00bb. On pourrait le recopier aujourd&#8217;hui avec le m\u00eame r\u00e9sultat. En 2000, Davanne fonde DPA Invest, soci\u00e9t\u00e9 de gestion de portefeuille qui dispense de clairvoyantes analyses. Une note de f\u00e9vrier 2008, par exemple, pr\u00e9voyait pour les Etats-Unis<em> \u00abune stabilisation du secteur de la construction r\u00e9sidentielle (&#8230;) avec des mises en chantier l\u00e9g\u00e8rement inf\u00e9rieures \u00e0 1million d&#8217;unit\u00e9s en 2008\u00bb <\/em>(2) alors qu&#8217;elles n&#8217;ont \u00e9t\u00e9 que de 625000 en novembre dernier,<em> \u00able niveau le plus bas atteint depuis janvier 1959\u00bb <\/em>(3). Notons enfin qu&#8217;Olivier Davanne est \u00e9galement membre du Conseil d&#8217;orientation scientifique de Terra nova, un \u00abthink tank\u00bb social-lib\u00e9ral(4). <\/p>\n<p>Cette biographie individuelle permet de mieux comprendre \u00e0 quel point le social-lib\u00e9ralisme est englu\u00e9, intellectuellement et mat\u00e9riellement, dans l&#8217;accompagnement de la finance capitaliste, qui exerce une v\u00e9ritable fascination. On pourrait citer l&#8217;hymne aux stock options de Strauss-Kahn ou la mise en place de l&#8217;\u00e9pargne salariale par Fabius. Dans un registre plus th\u00e9orique, la crise emporte \u00e9galement les \u00abalternatives\u00bb illusoires sugg\u00e9rant aux salari\u00e9s d&#8217;accepter des r\u00e9mun\u00e9rations financi\u00e8res plut\u00f4t que du salaire, en \u00e9change d&#8217;un pouvoir actionnarial accru qui leur permettrait d&#8217;imposer une nouvelle \u00abgouvernance\u00bb \u00e0 leurs employeurs. Cette position, d\u00e9fendue par Michel Aglietta(5) ou Robin Blackburn, \u00e9tait le dernier rempart du capitalisme. Il est aujourd&#8217;hui tout nu.  <\/p>\n<p><strong> M.H. <\/strong> <\/p>\n<p>1.<em> Retraites et \u00e9pargne <\/em>, 1998, http:\/\/reparti.free.fr\/davanne.pdf <\/p>\n<p>2. http:\/\/tinyurl.com\/dpaimmo<\/p>\n<p>3. http:\/\/tinyurl.com\/7deps9<\/p>\n<p>4. Terra Nova http:\/\/tinyurl.com\/odterra <\/p>\n<p>5.  Michel Aglietta,<em> Le capitalisme de demain <\/em>, Note de la Fondation Saint-Simon, 1998.<\/p>\n<p>Paru dans<em> Regards <\/em> n\u00b059 f\u00e9vrier 2009<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> 2009 pourrait bien devenir l&#8217;ann\u00e9e Bernard Madoff <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[16],"tags":[],"class_list":["post-3804","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-michel-husson"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3804","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3804"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3804\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3804"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3804"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3804"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}