{"id":380,"date":"1997-03-01T00:00:00","date_gmt":"1997-02-28T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/le-bilan-des-privatisations-rend380\/"},"modified":"1997-03-01T00:00:00","modified_gmt":"1997-02-28T23:00:00","slug":"le-bilan-des-privatisations-rend380","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=380","title":{"rendered":"Le bilan des privatisations rend urgente une alternative"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Les pertes d&#8217;emplois qu&#8217;entra\u00eenent les privatisations, dans les services et dans la production, le r\u00f4le qu&#8217;elles jouent dans le d\u00e9mant\u00e8lement du droit du travail, expliquent l&#8217;hostilit\u00e9 d&#8217;une majorit\u00e9 de Fran\u00e7ais. <\/p>\n<p>En 1993, le gouvernement a lanc\u00e9 vingt et une privatisations d&#8217;entreprises constituant le coeur industriel, bancaire et financier de l&#8217;\u00e9conomie nationale. Ces privatisations sont aujourd&#8217;hui effectives ou engag\u00e9es. Un premier bilan est donc possible. Ont-elles servi l&#8217;emploi ? Renforc\u00e9 notre outil industriel et financier ? Permis une meilleure ma\u00eetrise des choix \u00e9conomiques et de soci\u00e9t\u00e9 ? Servi \u00e0 redresser les finances publiques ?<\/p>\n<p>Toutes les entreprises privatis\u00e9es ou en voie de l&#8217;\u00eatre, suppriment massivement des emplois. Il n&#8217;y a pas d&#8217;exception. Elles occupent la t\u00eate du hit-parade des plans dits &#8221; sociaux&#8221;. Le Financial Times a publi\u00e9 un rapport qui chiffre \u00e0 800 000 ch\u00f4meurs le co\u00fbt des privatisations en Europe d&#8217;ici 1998. Pour la France, cette \u00e9tude r\u00e9alis\u00e9e par six instituts europ\u00e9ens indique que les privatisations auront entra\u00een\u00e9 la perte de 290 000 emplois: 20 000 dans les banques et assurances, 55 000 dans la communication, 135 000 dans le secteur industriel (Rh\u00f4ne-Poulenc, Renault, A\u00e9rospatiale, Snecma, Usinor-Sacilor, P\u00e9chiney).<\/p>\n<p>Les privatisations sont aussi au centre d&#8217;un remodelage de la soci\u00e9t\u00e9 sur la base du d\u00e9mant\u00e8lement du statut du travail, par le recours massif \u00e0 la pr\u00e9carit\u00e9, la flexibilit\u00e9, la sous-traitance, l&#8217;externalisation. Dans les grands sites d&#8217;\u00e9tudes et de production, l&#8217;obsession de la baisse du co\u00fbt du travail conduit \u00e0 r\u00e9duire massivement les emplois d&#8217;une part, et, de l&#8217;autre, \u00e0 intensifier et d\u00e9r\u00e9glementer le travail des salari\u00e9s restants.<\/p>\n<p>Dans les sites principaux de toutes ces entreprises, 10% \u00e0 50% des salari\u00e9s travaillent sous contrat atypique ou n&#8217;appartiennent pas aux effectifs. Cela pose d&#8217;\u00e9normes probl\u00e8mes d&#8217;efficacit\u00e9, de qualit\u00e9, de s\u00e9curit\u00e9, en contradiction totale avec les besoins actuels de formation, d&#8217;\u00e9change, de d\u00e9mocratie. Les exigences du march\u00e9, la concurrence, la strat\u00e9gie des flux tendus, la pr\u00e9paration \u00e0 la monnaie unique&#8230;n\u00e9cessiteraient des salari\u00e9s mobiles, flexibles, disponibles. Personne n&#8217;est \u00e0 l&#8217;abri. La qualification ne prot\u00e8ge plus. L&#8217;individu, sa vie familiale, sa dignit\u00e9 ne p\u00e8sent pas lourd. Le dernier rapport du Conseil sup\u00e9rieur de l&#8217;emploi, des revenus et des co\u00fbts (CSERC) d\u00e9montre que la pr\u00e9carit\u00e9 et la flexibilit\u00e9, autant que le ch\u00f4mage, ob\u00e8rent la consommation, accroissent les in\u00e9galit\u00e9s, cr\u00e9ant un co\u00fbt social de plus en plus lourd.<\/p>\n<p> <strong> Des salari\u00e9s mobiles, flexibles disponibles&#8230; <\/strong><\/p>\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 de l&#8217;entreprise, contrairement au discours officiel, ces pratiques conduisent, en r\u00e9alit\u00e9, \u00e0 une extr\u00eame rigidit\u00e9. L&#8217;exemple de la &#8221; Sc\u00e9nic &#8221; de Renault est significatif. Voil\u00e0 une voiture fond\u00e9e sur un concept nouveau (une &#8221; Espace &#8221; \u00e0 moins de 100 000 F) qui fait un tabac. La logique \u00e9troitement financi\u00e8re de la privatisation g\u00e9n\u00e8re des rigidit\u00e9s qui emp\u00eachent Renault d&#8217;honorer la demande. La gamme M\u00e9gane, \u00e0 laquelle appartient la &#8221; Sc\u00e9nic &#8220;, a demand\u00e9 &#8211; un record &#8211; 13,8 milliards d&#8217;investissements.<\/p>\n<p>Mais enti\u00e8rement con\u00e7us pour r\u00e9duire \u00e0 l&#8217;extr\u00eame les moyens de production et les emplois. Tout a \u00e9t\u00e9 mis\u00e9 sur la flexibilit\u00e9 des hommes et des sous-traitants, sur l&#8217;intensification du travail, pour obtenir la marge de profitabilit\u00e9 la plus grande possible. D\u00e9pass\u00e9e par le succ\u00e8s du mod\u00e8le, la direction ne fait pas face aux commandes, retarde le lancement du v\u00e9hicule sur les autres march\u00e9s europ\u00e9ens et d\u00e9cide&#8230;d&#8217;attendre, en augmentant de 2 000 francs le prix du v\u00e9hicule. Voil\u00e0 un heureux r\u00e9sultat pour l&#8217;entreprise !<\/p>\n<p> <strong> La logique \u00e9troitement financi\u00e8re des privatisations <\/strong><\/p>\n<p>La politique de Renault d&#8217;externalisation, de sous-traitance, de vente des filiales, l&#8217;abandon des missions (ma\u00eetrise industrielle nationale, am\u00e9nagement du territoire, progr\u00e8s social) li\u00e9es \u00e0 la nationalisation, ont largement contribu\u00e9 \u00e0 affaiblir la production automobile fran\u00e7aise qui, aujourd&#8217;hui, est sous une forte d\u00e9pendance des groupes am\u00e9ricains, allemands et japonais. Par filiales interpos\u00e9es, ceux-ci dominent tr\u00e8s largement l&#8217;industrie \u00e9quipementi\u00e8re qui fournit plus de 70% des pi\u00e8ces et fonctions d&#8217;un v\u00e9hicule. Il s&#8217;ensuit une baisse continue de la valeur ajout\u00e9e r\u00e9alis\u00e9e par l&#8217;entreprise, ce qui menace sa p\u00e9rennit\u00e9.<\/p>\n<p>Dans les industries de l&#8217;a\u00e9ronautique et de l&#8217;espace, alors que les besoins civils sont en pleine expansion les carnets de commande viennent de doubler en trois ans &#8211; la privatisation en cours de l&#8217;A\u00e9rospatiale, sa fusion avec Dassault, pr\u00e9parant la constitution d&#8217;un grand groupe priv\u00e9 europ\u00e9en, conduiront \u00e0 des abandons d&#8217;activit\u00e9s et \u00e0 l&#8217;absence de cr\u00e9ation d&#8217;emplois qualifi\u00e9s et de valeur ajout\u00e9e. La privatisation\/\u00e9clatement de Thomson d\u00e9cid\u00e9e par le gouvernement a suscit\u00e9 l&#8217;\u00e9motion que l&#8217;on sait. La d\u00e9cision d&#8217;offrir \u00e0 un groupe cor\u00e9en, pour le franc symbolique, la ma\u00eetrise des technologies num\u00e9riques grand public de Thomson a beaucoup frapp\u00e9. Mais tout aussi importante est la d\u00e9cision de brader \u00e0 Matra ou \u00e0 Alcatel toute la partie \u00e9lectronique professionnelle de Thomson encore \u00e0 dominante militaire.<\/p>\n<p>L&#8217;objectif proclam\u00e9 des deux grands groupes priv\u00e9s candidats \u00e0 la reprise de Thomson-CSF, consiste \u00e0 privil\u00e9gier des cr\u00e9neaux sur le march\u00e9 mondial des armes. Ce choix du march\u00e9 militaire va contribuer dangereusement \u00e0 la course au surarmement et \u00e0 l&#8217;ins\u00e9curit\u00e9. Il se fera en plus au d\u00e9triment de la diversification des technologies vers les applications civiles. L&#8217;\u00e9lectronique et l&#8217;informatique constituent des technologies transversales, indispensables \u00e0 presque tous les services et les produits. Qui va les ma\u00eetriser ? Pour quels objectifs ? La r\u00e9ponse sera bien s\u00fbr diff\u00e9rente selon que le ma\u00eetre d&#8217;oeuvre sera priv\u00e9 ou public (un secteur public r\u00e9nov\u00e9 et d\u00e9mocratis\u00e9, avec de nouveaux crit\u00e8res de gestion, faut-il le pr\u00e9ciser ?). Diff\u00e9rences en termes d&#8217;emplois, de statut du travail, de droit d&#8217;acc\u00e8s \u00e0 des technologies favorisant la diffusion de la connaissance, des \u00e9changes, des services les plus divers&#8230;<\/p>\n<p>Poursuivons: la fusion d&#8217;AXA et de l&#8217;UAP privatis\u00e9e, d\u00e9bouchera, on nous le dit avec fiert\u00e9, sur la constitution du premier groupe priv\u00e9 mondial dans le domaine des assurances. Mais pour quoi faire ? Pour que Claude B\u00e9b\u00e9ar, pr\u00e9sident d&#8217;Axa, r\u00e9alise son r\u00eave de substituer \u00e0 la S\u00e9curit\u00e9 sociale un syst\u00e8me d&#8217;assurance individuelle ? Dans le secteur financier, les privatisations en cours menacent toute la ma\u00eetrise nationale du cr\u00e9dit. Or, celle-ci est absolument indispensable pour relancer emploi, formation, recherche, production&#8230;<\/p>\n<p> <strong> Le bradage des droits et des acquis sociaux <\/strong><\/p>\n<p>Les privatisations peuvent-elles redresser les finances publiques ? Fournir les financements n\u00e9cessaires au d\u00e9veloppement productif ? Les premi\u00e8res privatisations ont rapport\u00e9 au gouvernement pr\u00e8s de 100 milliards de francs. Dans le m\u00eame temps, la dette publique a grossi de plus de 800 milliards. En 1996 et 1997, les privatisations ne rapportent plus. Elles co\u00fbtent, \u00e0 cause notamment des recapitalisations pr\u00e9alables. D\u00e9j\u00e0, les repreneurs priv\u00e9s int\u00e9ress\u00e9s par l&#8217;a\u00e9ronautique et le spatial, exemple am\u00e9ricain \u00e0 l&#8217;appui, r\u00e9clament des financements publics pour la recherche-d\u00e9veloppement, avouant leur incapacit\u00e9 \u00e0 y faire face seuls&#8230;<\/p>\n<p>L&#8217;affaire Thomson a constitu\u00e9 un tournant dans l&#8217;opinion publique. Une majorit\u00e9 de Fran\u00e7ais est hostile aux privatisations. La lutte des salari\u00e9s du Cr\u00e9dit foncier confirme cette tendance, de plus en plus forte parmi les techniciens, les ing\u00e9nieurs et les cadres en tr\u00e8s grand nombre dans les privatis\u00e9es et les privatisables. Un ensemble de traits originaux s&#8217;est compos\u00e9 au fil du temps, constituant &#8221; un d\u00e9veloppement \u00e0 la fran\u00e7aise &#8220;. Cette caract\u00e9ristique forte fait obstacle \u00e0 la d\u00e9ferlante ultralib\u00e9rale qui pousse au bradage des droits et des acquis sociaux; elle s&#8217;oppose \u00e0 une construction europ\u00e9enne maastrichienne qui veut &#8221; plier &#8221; la France \u00e0 un mod\u00e8le de soci\u00e9t\u00e9 totalement \u00e9trang\u00e8re \u00e0 ses traditions, son histoire, ses aspirations.<\/p>\n<p>Les luttes actuelles t\u00e9moignent de la r\u00e9sistance \u00e0 ce projet. Mais n&#8217;est-il pas urgent de r\u00e9fl\u00e9chir aux moyens d&#8217;une ambition nationale soutenue par un secteur public fort, r\u00e9nov\u00e9, d\u00e9mocratis\u00e9, jouant un r\u00f4le moteur dans les secteurs industriels et financiers strat\u00e9giques ? Non pour que le pays vive repli\u00e9 sur lui-m\u00eame, mais pour lui assurer, avec les coop\u00e9rations internationales n\u00e9cessaires, un d\u00e9veloppement moderne et humain.<\/p>\n<p>* Membre du Comit\u00e9 national du PCF.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Les pertes d&#8217;emplois qu&#8217;entra\u00eenent les privatisations, dans les services et dans la production, le r\u00f4le qu&#8217;elles jouent dans le d\u00e9mant\u00e8lement du droit du travail, expliquent l&#8217;hostilit\u00e9 d&#8217;une majorit\u00e9 de Fran\u00e7ais. <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-380","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/380","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=380"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/380\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=380"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=380"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=380"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}