{"id":3766,"date":"2008-06-01T00:00:00","date_gmt":"2008-05-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/le-syndrome-italien3766\/"},"modified":"2008-06-01T00:00:00","modified_gmt":"2008-05-31T22:00:00","slug":"le-syndrome-italien3766","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=3766","title":{"rendered":"Le syndrome italien"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Qui, aujourd&#8217;hui, n&#8217;a pas mal \u00e0 l&#8217;Italie? <\/p>\n<p> Le retour triomphal de Berlusconi et la victoire d&#8217;un n\u00e9ofasciste \u00e0 Rome sont une mauvaise nouvelle. Pas que pour l&#8217;Italie. Nous avons \u00e0 l&#8217;Elys\u00e9e celui que le Condottiere appelle \u00ab mon copain \u00bb et qui a \u00e9t\u00e9 son avocat dans les ann\u00e9es quatre-vingt. Conjoncturellement, il n&#8217;est certes pas tr\u00e8s flambant. Mais, \u00e0 ce jour, la gauche fran\u00e7aise n&#8217;est pas en meilleure sant\u00e9 que son homologue italienne. Pour \u00e9viter le pire, prenons donc le temps de r\u00e9fl\u00e9chir au cas italien. Que nous dit-il de ne pas faire? Que nous sugg\u00e8re-t-il de tenter?<\/p>\n<p>Ce qu&#8217;il faut surtout \u00e9carter, c&#8217;est le choix strat\u00e9gique de la force dominante dans la gauche italienne. Dans le sens d&#8217;un recentrage, les d\u00e9mocrates de gauche sont all\u00e9s plus loin que quiconque en Europe. L&#8217;ex-communiste Walter Veltroni n&#8217;a eu de cesse de r\u00e9cuser le clivage droite-gauche. Fascin\u00e9s par les d\u00e9mocrates \u00e0 l&#8217;am\u00e9ricaine, il a choisi le centre-gauche \u00e0 100%. Favorables d\u00e8s le d\u00e9but \u00e0 l&#8217;exp\u00e9rience du New Labour anglais, lui et ses amis ont rompu avec la tradition radicale et transformatrice du mouvement ouvrier et d\u00e9mocratique europ\u00e9en. R\u00e9sultat: ils ont perdu. La le\u00e7on doit \u00eatre retenue : d\u00e8s que les fronti\u00e8res de la gauche et de la droite s&#8217;estompent, quand droite et gauche donnent l&#8217;impression qu&#8217;elles font en gros la m\u00eame politique, que les diff\u00e9rences ne portent ni sur les dossiers lourds de l&#8217;\u00e9conomico-social, ni sur l&#8217;attitude \u00e0 l&#8217;\u00e9gard de l&#8217;ordre social, alors la droite gagne. La droite la plus s\u00fbre d&#8217;elle-m\u00eame, la plus d\u00e9complex\u00e9e, en bref la plus \u00e0 droite. France 2007 et Italie 2008: m\u00eame motif, m\u00eame punition.<\/p>\n<p>Le probl\u00e8me est que la gauche de gauche a subi un \u00e9chec encore plus cuisant. Il y a quelques ann\u00e9es \u00e0 peine, le parti de la Refondation communiste esquissait une voie originale, combinant l&#8217;action dans les institutions et la recherche d&#8217;une dynamique appuy\u00e9e sur les mouvements sociaux et sur la grande vague critique de l&#8217;altermondialisme. Entre-temps, ils ont d\u00e9cid\u00e9 de participer au gouvernement Prodi, au nom de l&#8217;urgence du p\u00e9ril berlusconien. Vouloir rassembler la gauche contre une droite hargneuse et radicalis\u00e9e est une chose ; cautionner les coalitions politiques de centre-gauche en est une autre. En peu de temps, ils sont pass\u00e9s d&#8217;une posture de critique radicale \u00e0 la participation gouvernementale, puis, tout aussi brutalement, ils sont retourn\u00e9s \u00e0 la prise de distance globale. Au dernier moment, ils ont tent\u00e9 une coalition de circonstance avec les Verts et les radicaux italiens, sous le label de l&#8217;Arc-en-ciel. Ils n&#8217;ont pas convaincu et, pour la premi\u00e8re fois depuis la Lib\u00e9ration, il n&#8217;y aura pas de communistes \u00e0 la Chambre. Les amis de Rifondazione ont tent\u00e9 ; ils ont \u00e9chou\u00e9. Comme les communistes et les alternatifs fran\u00e7ais, ils le paient au prix fort.<\/p>\n<p>Au final, il y a eu \u00e0 la fois pouss\u00e9e \u00e0 droite de l&#8217;\u00e9chiquier politique et perc\u00e9e du bipartisme. Cela ne vous rappelle rien ? Et pourtant, ce n&#8217;est pas une fatalit\u00e9, pas plus en Italie qu&#8217;en France. L&#8217;espace existe depuis des ann\u00e9es pour une gauche bien \u00e0 gauche et non marginalis\u00e9e. Si l&#8217;on y r\u00e9fl\u00e9chit, en Angleterre, les \u00ab liberals \u00bb hostiles \u00e0 la guerre ont bouscul\u00e9 le t\u00eate \u00e0 t\u00eate des travaillistes et des conservateurs et, en Allemagne, Die Linke est en train de perturber gravement l&#8217;alliance du SPD et de la CDU.<\/p>\n<p>Quelle le\u00e7on tirer du mauvais exemple italien? Que la social-d\u00e9mocratie est trop engag\u00e9e \u00e0 droite pour esp\u00e9rer changer le cours des choses? Qu&#8217;il vaut donc mieux s&#8217;attacher, en attendant, \u00e0 regrouper le bloc des plus r\u00e9volutionnaires? Ce serait une erreur. Quand le bipartisme s&#8217;installe, la droitisation d&#8217;une partie de la gauche ne donne pas de belles joues \u00e0 une gauche de la gauche. Si les forces critiques se cantonnent dans la fonction d&#8217;aiguillon minoritaire d&#8217;une gauche vou\u00e9e \u00e0 l&#8217;h\u00e9g\u00e9monie sociale-lib\u00e9rale, elles renoncent \u00e0 peser sur le cours des choses. Mais, en sens inverse, si l&#8217;on se met en pratique \u00e0 la remorque de la social-d\u00e9mocratie actuelle au nom du danger que fait peser la droite radicalis\u00e9e, on ne permet pas \u00e0 la gauche de trouver son allant. Et, \u00e0 l&#8217;arriv\u00e9e, il ne reste que les larmes pour pleurer.<\/p>\n<p>Que faire? D&#8217;abord, ne pas s&#8217;accoutumer \u00e0 l&#8217;id\u00e9e que, parce que sa m\u00e9canique est aujourd&#8217;hui entra\u00eenante, le bipartisme est de ce fait irr\u00e9pressible. Le socialisme europ\u00e9en est entra\u00een\u00e9 vers le centre ? Sans doute. Mais il le fait parce qu&#8217;il n&#8217;y a pas, sur sa gauche, de dynamique \u00e0 vocation majoritaire suffisamment ambitieuse pour qu&#8217;il en soit autrement.<\/p>\n<p>Faute de grives, on mange des merles, dit-on. Pas terrible, comme perspective&#8230; Se contenter, faute de mieux, de regrouper les seuls r\u00e9volutionnaires, comme le veut la LCR en cr\u00e9ant un Nouveau parti anticapitaliste, voil\u00e0 qui est une strat\u00e9gie courte, vou\u00e9e \u00e0 l&#8217;impasse; mais attendre de l&#8217;int\u00e9rieur de la social-d\u00e9mocratie un sursaut salvateur est une illusion. Peut-on \u00e9viter, et l&#8217;impasse, et l&#8217;illusion? Les moyens existent. La critique de l&#8217;ordre dominant n&#8217;a pas faibli. La politique arrogante de la droite suscite et suscitera bien des combats. Des forces, individuelles ou collectives, partisanes ou non, ne veulent pas se r\u00e9signer et ne veulent ni de la contestation \u00e0 la marge, ni du vote pour le moindre mal.<\/p>\n<p>Ces forces existent, de fa\u00e7on heureusement plurielle. Mais la pluralit\u00e9, pour l&#8217;instant, fonctionne \u00e0 la s\u00e9paration. Il n&#8217;y a pas de lieu o\u00f9 se retrouver, pour \u00e9changer, r\u00e9fl\u00e9chir, \u00e9laborer des ripostes, construire de l&#8217;alternative partag\u00e9e. On se retrouve, \u00e0 l&#8217;occasion, dans des \u00abfronts\u00bb parcellaires. Mais on ne sait pas converger en continu, au-del\u00e0 de la lutte imm\u00e9diate ou de la conjoncture \u00e9lectorale. En bref, les forces existent mais, s\u00e9par\u00e9es, elles ne font pas force politique. Elles ne p\u00e8sent pas au c\u0153ur de l&#8217;espace politique.<\/p>\n<p>Tout cela, parce qu&#8217;il n&#8217;y a pas de lieu permanent o\u00f9 l&#8217;on puisse s&#8217;agr\u00e9ger en restant soi-m\u00eame, pas de table commune autour de laquelle se r\u00e9unir. Quand un lieu n&#8217;existe pas, vous ne pensez pas qu&#8217;il vaut la peine de le construire.<\/p>\n<p><strong> R.M. <\/strong><\/p>\n<p>Paru dans<em> Regards <\/em> n\u00b052 mai-juin 2008<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Qui, aujourd&#8217;hui, n&#8217;a pas mal \u00e0 l&#8217;Italie? <\/p>\n","protected":false},"author":328,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[328],"class_list":["post-3766","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-editorial"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3766","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/328"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3766"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3766\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3766"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3766"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3766"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}