{"id":3763,"date":"2008-07-01T00:00:00","date_gmt":"2008-06-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/crise-globale-catastrophes-locales3763\/"},"modified":"2008-07-01T00:00:00","modified_gmt":"2008-06-30T22:00:00","slug":"crise-globale-catastrophes-locales3763","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=3763","title":{"rendered":"Crise globale, catastrophes locales"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> ON VOIT MIEUX AUJOURD&#8217;HUI <\/p>\n<p> \u00e0 quel point sont \u00e9troitement imbriqu\u00e9es les diff\u00e9rentes dimensions d&#8217;une crise globale. Prenons la crise alimentaire: elle est le fruit amer de la mondialisation lib\u00e9rale qui a d\u00e9truit des pans entiers de l&#8217;agriculture traditionnelle, soit par \u00e9viction au profit de l&#8217;agro-business exportateur, soit par mise en concurrence avec les importations (souvent subventionn\u00e9es) des pays d\u00e9velopp\u00e9s. La crise de la tortilla au Mexique en est l&#8217;exemple le plus frappant, o\u00f9 l&#8217;on voit les descendants des Azt\u00e8ques contraints d&#8217;acheter leur aliment de base aux Etats-Unis.<\/p>\n<p>Cette crise alimentaire se combine avec la crise \u00e9nerg\u00e9tique, dans la mesure o\u00f9 les cultures vivri\u00e8res sont remplac\u00e9es par les agrocarburants. Elle est encore aggrav\u00e9e par la sp\u00e9culation financi\u00e8re qui, apr\u00e8s la crise de l&#8217;immobilier, continue ailleurs sa qu\u00eate incessante de bulles possibles. On a pu voir une banque proposer des placements sur les march\u00e9s \u00e0 terme des c\u00e9r\u00e9ales. Et c&#8217;est aussi la sp\u00e9culation qui explique la hausse extravagante du prix du p\u00e9trole, bien au-del\u00e0 de l&#8217;\u00e9volution r\u00e9sultant de l&#8217;offre et de la demande. Les effets sociaux de ces d\u00e9rives frappent les plus d\u00e9munis \u00e0 travers le monde: famines, recul du pouvoir d&#8217;achat et creusement des in\u00e9galit\u00e9s. Elles renforcent la tendance, d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l&#8217;\u0153uvre depuis vingt ans, d&#8217;un v\u00e9ritable d\u00e9tournement des richesses produites au b\u00e9n\u00e9fice d&#8217;une couche sociale \u00e9troite.<\/p>\n<p>S&#8217;ils ne sont pas enray\u00e9s, ces m\u00e9canismes pervers conduisent \u00e0 la catastrophe, mais pas forc\u00e9ment \u00e0 la chute finale du capitalisme. Le sc\u00e9nario le plus probable est la g\u00e9n\u00e9ralisation de catastrophes locales sur le mod\u00e8le de l&#8217;ouragan Katrina, o\u00f9 les cons\u00e9quences sont report\u00e9es sur les plus faibles: famines, nouvelles guerres pour l&#8217;acc\u00e8s aux ressources naturelles, appauvrissement des plus pauvres, voire protectionnisme \u00e9cologique. Toutes ces contradictions vont-elles plonger le capitalisme dans une crise si profonde qu&#8217;il ne pourrait plus fonctionner selon ses r\u00e8gles actuelles? Le risque d&#8217;une catastrophe \u00e9cologique majeure va-t-il conduire spontan\u00e9ment \u00e0 imposer d&#8217;autres normes \u00e0 ce syst\u00e8me \u00e0 la d\u00e9rive? Malheureusement un tel sc\u00e9nario est hautement improbable.<\/p>\n<p>Le meilleur moyen de s&#8217;en persuader est de raisonner par rapport aux v\u00e9ritables alternatives. Contrairement au vieil argument de comptoir (\u00abmais que proposez-vous\u00bb) on sait assez pr\u00e9cis\u00e9ment ce qu&#8217;il faudrait faire. Il faut d&#8217;ailleurs insister sur ce point : les altermondialistes ont raison depuis le d\u00e9but, et beaucoup de r\u00e9orientations r\u00e9centes sont m\u00eame un hommage du vice \u00e0 la vertu. Pour prendre un exemple au hasard, voil\u00e0 ce qu&#8217;on pouvait lire dans un livre paru en 2000:<em> \u00abIl faut prot\u00e9ger les petits producteurs peu rentables, leur garantir des prix assurant la subsistance. Il faut en m\u00eame temps leur procurer les moyens en infrastructure et en cr\u00e9dit permettant d&#8217;\u00e9lever les rendements y compris sur les parcelles destin\u00e9es \u00e0 l&#8217;autoconsommation. (&#8230;) les productions locales ne doivent pas \u00eatre mises en concurrence avec des importations \u00e0 bas prix\u00bb <\/em>(1). Dans le domaine de l&#8217;\u00e9cologie qui surplombe tout, les r\u00e9ponses essentielles passent par des transferts de technologie et la transition \u00e0 d&#8217;autres modes de satisfaction des besoins sociaux.<\/p>\n<p>Mais ces solutions rationnelles se heurtent toutes \u00e0 la logique profonde du capitalisme et plus pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 son principe essentiel, celui de la concurrence entre capitaux priv\u00e9s, et c&#8217;est pourquoi les solutions marchandes ne sont d\u00e9cid\u00e9ment pas \u00e0 la hauteur des d\u00e9fis. Parmi les mesures \u00e9videntes \u00e0 prendre, il faudrait par exemple interdire la production de grosses cylindr\u00e9es et organiser le transfert du transport routier vers le fret ferroviaire et le ferroutage. Mais tout petit pas en ce sens provoque imm\u00e9diatement une \u00e9norme lev\u00e9e de bouclier de la part des industriels qui invoquent en plus la d\u00e9fense de l&#8217;emploi. On voit que la question sociale et la question \u00e9cologique sont \u00e9troitement li\u00e9es. Il ne faut donc pas avoir peur des gros mots: une v\u00e9ritable issue \u00e0 la crise passe par la mise en place de formes de planification \u00e0 l&#8217;\u00e9chelle mondiale, qui permettent de subordonner les choix priv\u00e9s, guid\u00e9s par la rentabilit\u00e9, \u00e0 des choix sociaux coordonn\u00e9s \u00e0 l&#8217;\u00e9chelle plan\u00e9taire, ce qui d\u00e9finit un projet \u00e9cosocialiste. Rh\u00e9torique fumeuse, dira-t-on. Peut-\u00eatre, et c&#8217;est un argument en faveur d&#8217;un r\u00e9alisme, pessimiste mais lucide. <\/p>\n<p><strong> M.H. <\/strong><\/p>\n<p>[[1. Michel Husson,<em> Six milliards sur la plan\u00e8te. Sommes-nous trop? <\/em>, Textuel.<br \/>\n]]Paru dans<em> Regards <\/em> n\u00b053 juillet-ao\u00fbt 2008<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> ON VOIT MIEUX AUJOURD&#8217;HUI <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[16],"tags":[],"class_list":["post-3763","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-michel-husson"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3763","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3763"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3763\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3763"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3763"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3763"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}