{"id":3715,"date":"2008-10-07T00:00:00","date_gmt":"2008-10-06T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/l-homme-de-londres-de-bela-tarr3715\/"},"modified":"2008-10-07T00:00:00","modified_gmt":"2008-10-06T22:00:00","slug":"l-homme-de-londres-de-bela-tarr3715","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=3715","title":{"rendered":"\u00ab L&#8217;homme de Londres \u00bb, de B\u00e9la Tarr : Trou noir et blanc"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Singuli\u00e8re et stup\u00e9fiante, la mise en sc\u00e8ne du cin\u00e9aste hongrois B\u00e9la Tarr nous plonge dans le quotidien asphyxiant et tortur\u00e9 de Maloin, un h\u00e9ros noir de Georges Simenon. Entre polar social et r\u00e9alisme cosmique, L&#8217;Homme de Londres brouille toutes les certitudes de l&#8217;image-mouvement. <\/p>\n<p><em> L&#8217;Homme de Londres <\/em>, de B\u00e9la Tarr, en salles depuis le 24 septembre<\/p>\n<p> Je ne supporte plus cette putain d&#8217;\u00e9galit\u00e9 polie, petite-bourgeoise, qui existe dans le monde. Ce deal entre les pauvres et la soci\u00e9t\u00e9, comment ils sont forc\u00e9s \u00e0 accepter cet ordre, et on accepte ce monde de merde, c&#8217;est incroyable. Alors non, je dois montrer ce qui se passe vraiment: les gens en ont marre, leurs \u00e9motions sont fortes, puissantes. Et la question est: comment ces \u00e9motions sont exploit\u00e9es, contr\u00f4l\u00e9es, avant la grande explosion \u00bb, a d\u00e9clar\u00e9 le cin\u00e9aste hongrois B\u00e9la Tarr \u00e0 propos de son dernier film(1). Film damn\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 Cannes en 2007 :le tournage a \u00e9t\u00e9 entrecoup\u00e9 par la mort du producteur, Humbert Balsan:, L&#8217;Homme de Londres prend le temps de porter cette col\u00e8re, de la faire sourdement sourdre, en l&#8217;\u00e9tirant, en la dilatant, en la diffractant dans une s\u00e9rie de plans s\u00e9quences lancinants. Une lente \u00e9ruption volcanique. Quelques coul\u00e9es de lave seulement. Quasiment pas de montage. D\u00e8s la sid\u00e9rante ouverture du film caressant la coque d&#8217;un gigantesque bateau, la forme tr\u00e8s stylis\u00e9e :amplitude des travellings, densit\u00e9 des plans-s\u00e9quences, profondeur du noir et blanc, puissance du son:, forme hypnotique, prend, litt\u00e9ralement, possession du spectateur. C&#8217;est elle qui est la \u00abgrande explosion\u00bb appel\u00e9e de ses v\u0153ux par B\u00e9la Tarr, auteur notamment de<em> Damnation <\/em> (1987) et des<em> Harmonies Werckmeister <\/em> (2000).<\/p>\n<p><strong> FEU D&#8217;ARTIFICE <\/strong> <\/p>\n<p>Si ce film, aussi visuel que sonore, \u00e9tait un instrument de musique, il serait un accord\u00e9on. Tout en ouvertures et fermetures, tout en plis. Le pli, Maloin l&#8217;a pris. Adapt\u00e9 du roman du m\u00eame nom de Georges Simenon, publi\u00e9 en 1933, L&#8217;Homme de Londres d\u00e9crit le quotidien routinier, implacable, asphyxiant, de cet aiguilleur, travailleur de la nuit. Situ\u00e9 dans un port (le film a \u00e9t\u00e9 tourn\u00e9 \u00e0 Bastia, chang\u00e9 pour l&#8217;occasion en d\u00e9cor hollywoodien), son poste d&#8217;aiguillage, une tour qui lui fait surplomber le monde, le met aux prises avec le ciel, la terre et la mer. Humble h\u00e9ros au ras du sol et dans les airs.<em> \u00abCette \u0153uvre est \u00e0 la fois cosmique et r\u00e9aliste, divine et humaine; pour moi, elle englobe la totalit\u00e9 de l&#8217;homme et de la nature tout comme leur banalit\u00e9\u00bb <\/em>, confie le cin\u00e9aste. A ce propos, une s\u00e9quence du film a tout de l&#8217;apparition d&#8217;un ange; Maloin, r\u00e9fugi\u00e9 de jour dans sa chambre, se d\u00e9shabille, envelopp\u00e9 dans un halo de lumi\u00e8re. Dispara\u00eet. Sa femme entre \u00e0 son tour dans le cadre. Ouvre la fen\u00eatre, qui l&#8217;engloutit dans sa lumi\u00e8re. R\u00e9appara\u00eet dans le jour quand elle ferme le volet puis la fen\u00eatre. Un angoissant tic-tac, balle de ping-pong ou m\u00e9tronome, rythme la s\u00e9quence qui rebondira plus tard jusqu&#8217;\u00e0 s&#8217;engouffrer dans le fondu au blanc final. Aveuglantes t\u00e9n\u00e8bres. Un trou noir et blanc. Le mouvement a \u00e9t\u00e9 absorb\u00e9 dans le temps. <\/p>\n<p><strong> IMAGE-TEMPS <\/strong> <\/p>\n<p>Si, du haut de sa tour et \u00e0 travers une vitre, Maloin regarde le monde, spectateur solitaire, le monde ne lui renvoie aucune once, onde, de sens. Les encha\u00eenements se dissolvent dans une lenteur suspecte. La modernit\u00e9 mobile que l&#8217;aiguilleur a sous les yeux, bateau et train, est fig\u00e9e \u00e0 quai. Au ralenti. Spectrale. Ses manettes d&#8217;aiguilleur n&#8217;aiguillent rien, n&#8217;aiguillonnent personne. Pour parler le langage du philosophe Gilles Deleuze, disons que les liens sensori-moteurs qui faisaient la trame de l&#8217;action ont \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9s par des situations optiques et sonores pures, sympt\u00f4mes esth\u00e9tiques d&#8217;une r\u00e9alit\u00e9 lacunaire, dispers\u00e9e. Ici, la femme de Brown, l&#8217;homme de Londres, pleure en silence sous le regard de la cam\u00e9ra ou hurle, off, ses sanglots, enferm\u00e9e dans une cabane. Vision et bruit des larmes ne co\u00efncident plus. L&#8217;image-mouvement a c\u00e9d\u00e9 la place \u00e0 l&#8217;image-temps; l&#8217;homme a rompu avec le monde. Maloin, mis\u00e9rable moderne, est le h\u00e9ros de ce film noir donnant \u00e0 voir et \u00e0 entendre un monde intol\u00e9rable:<em> \u00abPour que les gens se supportent, eux-m\u00eames et le monde, il faut que la mis\u00e8re ait gagn\u00e9 l&#8217;int\u00e9rieur des consciences, et que le dedans soit comme le dehors\u00bb <\/em>, \u00e9crit Deleuze \u00e0 la fin de<em> L&#8217;Image-mouvement <\/em>. La mise en sc\u00e8ne de B\u00e9la Tarr est le lieu par excellence du brouillage de cette fronti\u00e8re entre l&#8217;int\u00e9rieur et l&#8217;ext\u00e9rieur, entre la mobilit\u00e9 et l&#8217;immobilit\u00e9. Au milieu de L&#8217;Image-temps, Deleuze ajoute:<em> \u00abLe fait moderne, c&#8217;est que nous ne croyons plus en ce monde. Nous ne croyons m\u00eame pas aux \u00e9v\u00e9nements qui nous arrivent, l&#8217;amour, la mort, comme s&#8217;ils ne nous concernaient qu&#8217;\u00e0 moiti\u00e9. Ce n&#8217;est pas nous qui faisons du cin\u00e9ma, c&#8217;est le monde qui nous appara\u00eet comme un mauvais film.\u00bb <\/em> Ce mauvais film, Maloin l&#8217;a sous les yeux. Deux hommes se battent pour une valise remplie de billets qui finit dans les flots marins. Un meurtre est commis. Maloin r\u00e9cup\u00e8re l&#8217;argent. Pauvre devenu riche, l&#8217;aiguilleur pourra-t-il changer de voie?  <\/p>\n<p><strong> J.C. <\/strong><\/p>\n<p>1.<em> Cahiers du Cin\u00e9ma <\/em>, septembre 2008.<\/p>\n<p><strong> 1er octobre <\/strong><br \/>\n<em> Afterschool <\/em>, d&#8217;Antonio Campos<\/p>\n<p>Robert, un jeune \u00e9tudiant am\u00e9ricain, filme la mort accidentelle de deux jumelles de son campus. Passionn\u00e9 par les images glan\u00e9es sur Internet \ud83d\ude10<em> \u00abces petites vid\u00e9os de choses qui ont l&#8217;air vrai. C&#8217;est souvent des trucs marrants ou violents\u00bb <\/em>; fous rires d&#8217;un b\u00e9b\u00e9, chat jouant du piano, images de guerre, vid\u00e9o porno, etc.:, Robert est charg\u00e9 de superviser un film d&#8217;hommage permettant \u00e0 la communaut\u00e9 de faire son deuil. Du haut de ses 24 ans, le cin\u00e9aste Antonio Campos entrem\u00eale, dans son film un brin trop programmatique, une r\u00e9flexion sur le statut de l&#8217;image et sur l&#8217;anxi\u00e9t\u00e9 adolescente. Celui qui observe est-il celui qui est observ\u00e9?, semble demander le plan final. <\/p>\n<p><strong> 8 octobre <\/strong><br \/>\n<em> Vicky Cristina Barcelona <\/em>, de Woody Allen<\/p>\n<p>Apr\u00e8s une \u00e9chapp\u00e9e sociale et dosto\u00efevskienne <em> Match Point <\/em>, en 2005, et<em> Le R\u00eave de Cassandre <\/em>, en 2007), Woody Allen renoue avec une veine comique plus l\u00e9g\u00e8re. Et tr\u00e8s glamour, P\u00e9n\u00e9lope Cruz, Scarlett Johansson, Rebecca Hall et Javier Bardem tenant le haut de l&#8217;affiche&#8230; A Barcelone, deux jeunes Am\u00e9ricaines font la connaissance d&#8217;un peintre et de sa femme. Ancr\u00e9 dans l&#8217;architecture de la ville catalane, ce film-greffe qui dialogue avec l&#8217;univers de Pedro Almodovar excelle \u00e0 manier ses deux langues, anglais et espagnol, r\u00e9servant nombre de sensuels quiproquos, d&#8217;hyst\u00e9ries et de d\u00e9sirs triangulaires.  <\/p>\n<p><em> La Fronti\u00e8re de l&#8217;aube <\/em>, de Philippe Garrel<\/p>\n<p>Nourri d&#8217;une nouvelle de Th\u00e9ophile Gautier, Spirite, marqu\u00e9 par la po\u00e9sie de Jean Cocteau, le nouveau film de Philippe Garrel :interpr\u00e9t\u00e9 par son fils, Louis Garrel, et par Laura Smet jouant respectivement le r\u00f4le d&#8217;un photographe et d&#8217;une actrice:, spectralise une histoire d&#8217;amour. Et de mort. D&#8217;amour \u00e0 mort, en noir et blanc. Comme le film de B\u00e9la Tarr. <\/p>\n<p><strong> 22 octobre <\/strong><br \/>\n<em> Dernier Maquis <\/em>, de Rabah Ameur-Zaimeche<\/p>\n<p>Mao (tout un nom) est le patron d&#8217;une entreprise de r\u00e9paration de palettes et d&#8217;un garage de poids lourds. Figures esth\u00e9tiques du film, les palettes rouges et entass\u00e9es sont-elles des murs hostiles ou des parois ouvertes?<em> \u00abLa palette est la preuve \u00e9clatante du c\u00f4t\u00e9 archa\u00efque de tout syst\u00e8me de production\u00bb <\/em>, explique le r\u00e9alisateur-com\u00e9dien-patron. Musulman, Mao d\u00e9cide de faire ouvrir une mosqu\u00e9e pour ses ouvriers et nomme lui-m\u00eame l&#8217;imam. Apr\u00e8s<em> Wesh wesh, qu&#8217;est-ce qui se passe? <\/em> (2002) et<em> Bled Number one <\/em> (2006), Rabah Ameur-Zaimeche interroge la place de l&#8217;islam dans l&#8217;univers du travail. <\/p>\n<p>Paru dans<em> Regards <\/em> n\u00b055 octobre 2008<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Singuli\u00e8re et stup\u00e9fiante, la mise en sc\u00e8ne du cin\u00e9aste hongrois B\u00e9la Tarr nous plonge dans le quotidien asphyxiant et tortur\u00e9 de Maloin, un h\u00e9ros noir de Georges Simenon. 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