{"id":3704,"date":"2008-10-01T00:00:00","date_gmt":"2008-09-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/vive-la-crise3704\/"},"modified":"2008-10-01T00:00:00","modified_gmt":"2008-09-30T22:00:00","slug":"vive-la-crise3704","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=3704","title":{"rendered":"Vive la crise (?)"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Ce titre assez imb\u00e9cile <\/p>\n<p> voudrait sugg\u00e9rer une id\u00e9e qui l&#8217;est peut-\u00eatre moins. Le gouvernement va \u00e9videmment tout faire pour reporter les effets de la crise sur les plus faibles, mais sa profondeur est telle que les grands dogmes id\u00e9ologiques et les petits arrangements politiques vont \u00eatre bouscul\u00e9s. Cela ne veut pas dire que le capitalisme va s&#8217;effondrer mais que la mani\u00e8re dont il est per\u00e7u peut \u00eatre boulevers\u00e9e de fond en comble.<\/p>\n<p>Les effets de la crise sont d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, avec la baisse du pouvoir d&#8217;achat et le recul de l&#8217;emploi. Apr\u00e8s un bon premier trimestre qui avait fait jubiler Christine Lagarde, le PIB a recul\u00e9 de 0,3% au deuxi\u00e8me trimestre, et devrait \u00eatre plat jusqu&#8217;\u00e0 la fin de l&#8217;ann\u00e9e. D&#8217;une ann\u00e9e sur l&#8217;autre, la croissance devrait tourner autour de 1%. Ce ralentissement est apr\u00e8s tout habituel dans le fonctionnement cyclique du capitalisme, mais il verra ses effets amplifi\u00e9s par les \u00abr\u00e9formes\u00bb entreprises par le gouvernement.<\/p>\n<p><strong> Le paquet fiscal <\/strong> et l&#8217;acceptation des normes europ\u00e9ennes r\u00e9affirm\u00e9e par Nicolas Sarkozy dans le projet de trait\u00e9 \u00absimplifi\u00e9\u00bb interdisent tout soutien budg\u00e9taire \u00e0 l&#8217;activit\u00e9. La suppression de fait de la dur\u00e9e l\u00e9gale du travail repr\u00e9sente un formidable encouragement pour les patrons. Ils auraient tort de ne pas profiter de l&#8217;occasion qui leur est offerte, \u00e0 co\u00fbt \u00e0 peu pr\u00e8s nul, d&#8217;allonger la dur\u00e9e du travail et d&#8217;ajuster encore plus brutalement leurs effectifs. La crise leur servira ainsi de pr\u00e9texte pour rattraper le retard de productivit\u00e9 de ces deux derni\u00e8res ann\u00e9es. L&#8217;emploi, qui avait augment\u00e9 de plus de 300000 postes de travail en 2007, va donc stagner cette ann\u00e9e, et pourrait m\u00eame reculer de 50000 \u00e0 60000 personnes si les patrons font le plein des r\u00e9serves de productivit\u00e9. Les r\u00e9percussions sur le ch\u00f4mage seront minimis\u00e9es gr\u00e2ce \u00e0 l&#8217;application stricte de l&#8217;\u00aboffre raisonnable d&#8217;emploi\u00bb et aux emplois bidon dop\u00e9s par le RSA. Cette d\u00e9gradation de l&#8217;emploi et le recours aux heures suppl\u00e9mentaires dispenseront le patronat de maintenir le pouvoir d&#8217;achat, et le gouvernement se gardera de tout coup de pouce au Smic ; il essaiera sans doute de mettre en place ses projets visant \u00e0 le d\u00e9connecter du co\u00fbt de la vie. <\/p>\n<p>Tous ces m\u00e9canismes pervers seront renforc\u00e9s au niveau de l&#8217;Union europ\u00e9enne, dont la triple incapacit\u00e9 va se r\u00e9v\u00e9ler: \u00e0 mettre en place une r\u00e9ponse coordonn\u00e9e, \u00e0 ma\u00eetriser le taux de change de l&#8217;euro et \u00e0 surmonter son effroi devant l&#8217;inflation. Bref, la croissance va \u00eatre plomb\u00e9e encore plus par le maintien de l&#8217;euro et des taux d&#8217;int\u00e9r\u00eat \u00e0 un niveau \u00e9lev\u00e9, et chaque pays va faire feu de tout bois pour piquer des parts de march\u00e9 \u00e0 ses voisins.<\/p>\n<p><strong> Quels peuvent donc bien \u00eatre les aspects positifs <\/strong> d&#8217;un tel marasme? De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, les dogmes id\u00e9ologiques sont aujourd&#8217;hui \u00e9branl\u00e9s dans leurs fondements : non, d\u00e9cid\u00e9ment, la mondialisation ne fait pas le bonheur et n&#8217;est compatible ni avec l&#8217;environnement ni avec les besoins sociaux \u00e9l\u00e9mentaires. Non, d\u00e9cid\u00e9ment, la financiarisation d\u00e9brid\u00e9e ne sert pas \u00e0 fluidifier l&#8217;activit\u00e9 \u00e9conomique. Non, d\u00e9cid\u00e9ment, les r\u00e9formes lib\u00e9rales ne permettent pas de revenir au plein emploi, ni de gagner plus. Et de mani\u00e8re plus sp\u00e9cifique, la France est en plus mauvaise posture, pour faire face \u00e0 cette conjoncture, avec les r\u00e9formes Sarkozy que sans. Sur la base de ce bilan, on peut aujourd&#8217;hui construire une d\u00e9fiance de masse \u00e0 l&#8217;\u00e9gard du n\u00e9olib\u00e9ralisme qui appara\u00eet comme une v\u00e9ritable catastrophe \u00e9conomique, pour reprendre ce que disent les \u00e9conomistes bien pensants et le patronat \u00e0 propos des 35 heures.<\/p>\n<p>Comme dirait Schumpeter, la crise est un processus de destruction cr\u00e9atrice. Elle met \u00e0 mal les id\u00e9es fausses qui dominaient jusque-l\u00e0, mais doit conduire aussi \u00e0 l&#8217;\u00e9mergence de convictions nouvelles. Par un effet de boomerang facilement compr\u00e9hensible, elle r\u00e9duit \u00e0 n\u00e9ant les pr\u00e9tentions du social-lib\u00e9ralisme qui voudrait donner un visage humain au lib\u00e9ralisme et \u00e0 son train de contre-r\u00e9formes permanentes. Cette crise est donc aussi celle du PS et plus largement de la social-d\u00e9mocratie europ\u00e9enne. Elle a en effet plusieurs trains de retard. Face \u00e0 une finance compl\u00e8tement d\u00e9jant\u00e9e, elle n&#8217;avance que de timides mesures de \u00abr\u00e9gulation\u00bb; face \u00e0 la r\u00e9gression sociale, elle ne propose que des changements marginaux dans la r\u00e9partition des richesses; elle ne propose aucune alternative \u00e0 l&#8217;Europe n\u00e9olib\u00e9rale; elle continue \u00e0 pr\u00e9tendre concilier le \u00absocialisme\u00bb et le libre jeu du march\u00e9. Cette b\u00e9ance vertigineuse doit \u00eatre combl\u00e9e. <\/p>\n<p><strong> M.H. <\/strong><\/p>\n<p>Paru dans<em> Regards <\/em> n\u00b055 octobre 2008<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Ce titre assez imb\u00e9cile <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[16],"tags":[],"class_list":["post-3704","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-michel-husson"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3704","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3704"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3704\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3704"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3704"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3704"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}