{"id":3695,"date":"2009-01-01T00:00:00","date_gmt":"2008-12-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/protection-sociale-la-medecine-du3695\/"},"modified":"2023-06-23T23:06:50","modified_gmt":"2023-06-23T21:06:50","slug":"protection-sociale-la-medecine-du3695","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=3695","title":{"rendered":"Protection sociale, la m\u00e9decine du travail en petite forme"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Les m\u00e9decins du travail sonnent l&#8217;alarme. Non seulement ils devraient perdre un quart de leurs effectifs d&#8217;ici cinq ans, mais le syst\u00e8me, g\u00e9r\u00e9 par les employeurs, s&#8217;oriente vers une d\u00e9pendance de plus en plus grande vis-\u00e0-vis de ceux-ci. Alors que le gouvernement veut lancer une \u00e9ni\u00e8me r\u00e9forme, les salari\u00e9s s&#8217;inqui\u00e8tent : la m\u00e9decine du travail pourra-t-elle encore les d\u00e9fendre? <\/p>\n<p> <em> \u00abLa m\u00e9decine du travail? Bof, on prend ta tension, on discute cinq minutes et hop, \u00e0 l&#8217;ann\u00e9e prochaine!\u00bb <\/em>. Pour ce salari\u00e9 d&#8217;une entreprise de l&#8217;audiovisuel comme pour beaucoup, le r\u00f4le de la m\u00e9decine du travail se limite \u00e0 la visite m\u00e9dicale annuelle, elle-m\u00eame r\u00e9duite \u00e0 sa plus simple expression. Une perte de temps, en somme. Les m\u00e9decins eux-m\u00eames avouent parfois un sentiment d&#8217;impuissance: ainsi, dans son <em>Journal d&#8217;un m\u00e9decin du travail <\/em> [[paru chez <em>J&#8217;ai Lu<\/em>]], Doroth\u00e9e Ramaut raconte comment elle tente de prot\u00e9ger les salari\u00e9s d&#8217;une grande surface d&#8217;un management adepte du harc\u00e8lement moral. Dans ses moments de d\u00e9couragement, elle \u00e9crit:<em> \u00abJ&#8217;ai aim\u00e9 mon m\u00e9tier de m\u00e9decin du travail, mais aujourd&#8217;hui, je doute de son utilit\u00e9. J&#8217;envisage tr\u00e8s s\u00e9rieusement de refaire de la m\u00e9decine g\u00e9n\u00e9rale.\u00bb <\/em> <\/p>\n<p>Ce sentiment risque de s&#8217;aggraver car une s\u00e9v\u00e8re p\u00e9nurie s&#8217;annonce: en 2007, les m\u00e9decins du travail \u00e9taient pr\u00e8s de 6000 mais 56% d&#8217;entre eux ont plus de 50 ans. Selon le Conseil national de l&#8217;ordre des m\u00e9decins, dans cinq ans, ils seront 1700 :dans le meilleur des cas: \u00e0 avoir pris leur retraite. Or, d&#8217;ici l\u00e0, seulement 370 nouveaux m\u00e9decins auront \u00e9t\u00e9 form\u00e9s pour prendre le relais. Comment, dans ces conditions, pourront-ils continuer \u00e0 <em>\u00ab\u00e9viter toute alt\u00e9ration de la sant\u00e9 des travailleurs du fait de leur travail\u00bb <\/em>, leur mission telle qu&#8217;elle est d\u00e9finie par le Code du travail? <\/p>\n<h2>D\u00e9pendance<\/h2>\n<p>C&#8217;est que les m\u00e9decins du travail ont d\u00e9j\u00e0 des journ\u00e9es bien remplies :<em> \u00abSelon la loi, un m\u00e9decin \u00e0 temps complet ne peut pas prendre en charge plus de 3 300 salari\u00e9s, ou plus de 450 entreprises, ou pratiquer plus de 3 200 examens par an, explique Jean-Michel Sterdyniak, qui exerce en Seine-Saint-Denis [[Il est auteur, avec Sylvie Dimerman, Jean-Michel Domergue, Francine Fonchain, Marie Pascual, de <em>Construire un vrai m\u00e9tier de m\u00e9decin dans le monde du travail <\/em>, texte publi\u00e9 en janvier 2008 sur le site de  l&#8217;association Sant\u00e9 et m\u00e9decine au travail.]]. Or, ces plafonds sont devenus des normes.\u00bb <\/em> De plus, les m\u00e9decins ne se contentent pas de faire passer des visites:<em> \u00abNotre temps est partag\u00e9 entre les examens cliniques, certes, mais aussi la formation, qui est une obligation dans notre m\u00e9tier, et les actions en milieu de travail: visites d&#8217;entreprises, \u00e9valuation des risques, propositions d&#8217;am\u00e9nagement de poste, etc.\u00bb <\/em>, poursuit-il.<em> \u00abNous avons du mal \u00e0 remplir notre mission mais ce n&#8217;est pas uniquement du fait de la charge de travail <\/em>, pr\u00e9cise Jean-Michel Sterdyniak.<em> Il y a un aspect structurel, institutionnel qui fait qu&#8217;on ne peut pas jouer notre r\u00f4le.\u00bb <\/em> <\/p>\n<p>De fait, m\u00eame si leur ind\u00e9pendance est inscrite dans la loi, les m\u00e9decins du travail sont, directement ou indirectement, salari\u00e9s par les employeurs. Directement, quand ils travaillent pour une soci\u00e9t\u00e9 de plus de 2200 salari\u00e9s tenue d&#8217;avoir son propre service de sant\u00e9. Indirectement, quand ils travaillent pour un SST, Service interentreprises de sant\u00e9 au travail, association loi 1901 qui monnaie les services de ses m\u00e9decins aupr\u00e8s des soci\u00e9t\u00e9s. Aujourd&#8217;hui, 93% des salari\u00e9s fran\u00e7ais sont suivis par des SST. Or, ces services entretiennent avec l&#8217;entreprise des rapports fournisseur-client. Et si celle-ci n&#8217;est pas satisfaite de \u00abson\u00bb m\u00e9decin, rien ne l&#8217;emp\u00eache de changer de SST.<em> \u00abLa plupart du temps, les directeurs font tampon et prot\u00e8gent les m\u00e9decins <\/em>, explique Philippe Davezies, enseignant-chercheur en m\u00e9decine et sant\u00e9 au travail,<em> mais il arrive aussi que certains fassent pression sur eux pour ne pas perdre une entreprise cliente.\u00bb <\/em> <\/p>\n<h2>Rentabilit\u00e9<\/h2>\n<p>Au quotidien, les m\u00e9decins sont parfois soumis \u00e0 de fortes influences: <em>\u00ab Dans les grosses entreprises qui disposent d&#8217;un service de sant\u00e9 autonome<\/em>, raconte Philippe Davezies,<em> la direction exerce un pressing constant sur le m\u00e9decin. Des d\u00e9jeuners, des invitations&#8230; Elle fait en sorte qu&#8217;il ne soit pas trop casse-pieds. Mais un m\u00e9decin du travail qui fait bien son boulot, c&#8217;est forc\u00e9ment un emmerdeur ! \u00bb <\/em> Quant aux SST, leurs dirigeants ne sont pas des m\u00e9decins mais des gestionnaires.<em> \u00ab Ces services ne sont pas g\u00e9r\u00e9s en fonction d&#8217;objectifs de sant\u00e9 au travail mais de rentabilit\u00e9 <\/em>, d\u00e9nonce Jean-Michel Sterdyniak.<em> On demande au m\u00e9decin de multiplier les visites pour faire rentrer les cotisations. \u00bb <\/em> Car les ressources de ces associations proviennent exclusivement des employeurs qui cotisent \u00e0 raison de 70 \u00e0 80 euros par salari\u00e9, soit un budget de 1 milliard d&#8217;euros par an selon le Centre interservices de sant\u00e9 et de m\u00e9decine du travail (Cisme). <\/p>\n<p>Enfin, les services de sant\u00e9 au travail, qu&#8217;ils soient internes ou externes, sont g\u00e9r\u00e9s par les employeurs. Les SST sont dirig\u00e9es par un conseil d&#8217;administration constitu\u00e9 de deux tiers de repr\u00e9sentants du patronat et d&#8217;un tiers des repr\u00e9sentants des salari\u00e9s. Non seulement il y a un conflit d&#8217;int\u00e9r\u00eats \u00e9vident dans cette mainmise des employeurs sur la sant\u00e9 au travail mais on peut \u00e9galement se demander si employeurs et salari\u00e9s sont les mieux \u00e0 m\u00eame de prendre des d\u00e9cisions sur la sant\u00e9 au travail. Bref, on peut sans peine diagnostiquer que la m\u00e9decine du travail souffre d&#8217;un gros probl\u00e8me de gouvernance. <\/p>\n<h2>Privatisation<\/h2>\n<p><em> \u00abSoit nous sommes en capacit\u00e9 de proposer un v\u00e9ritable renouveau, soit le m\u00e9tier s&#8217;\u00e9teindra, dans le discr\u00e9dit de la m\u00e9diocrit\u00e9\u00bb <\/em>, \u00e9crivent les m\u00e9decins de l&#8217;association Sant\u00e9 et m\u00e9decine au travail.  En est-on vraiment l\u00e0 ?<em> \u00ab Dans dix ans, nous serons deux fois moins nombreux <\/em>, calcule Jean-Michel Sterdyniak.<em> Cela am\u00e8ne certains \u00e0 se demander si on ne veut pas se d\u00e9barrasser de nous et nous remplacer par des IPRP.\u00bb <\/em> Des quoi? Des Intervenants en pr\u00e9vention des risques professionnels :acousticiens, ergonomes, hygi\u00e9nistes, psychologues ou encore toxicologues: qui peuvent apporter leur expertise au m\u00e9decin du travail. Mais en aucun cas le remplacer!<em> \u00abLes IPRP am\u00e9liorent la pr\u00e9vention <\/em>, explique Mireille Chevalier, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9rale du Syndicat national des professionnels de la sant\u00e9 au travail.<em> Mais ils ne sont pas m\u00e9decins. \u00c7a ne r\u00e9glera pas le probl\u00e8me de la p\u00e9nurie.\u00bb <\/em> D&#8217;autant que, contrairement aux m\u00e9decins, leur ind\u00e9pendance et celle des infirmi\u00e8res n&#8217;est inscrite nulle part.<em> \u00abNous voulons que tous les professionnels de la sant\u00e9 au travail soient prot\u00e9g\u00e9s <\/em>, dit Mireille Chevalier.<em> Sans ce statut, on peut craindre qu&#8217;ils renoncent \u00e0 monter au cr\u00e9neau pour d\u00e9fendre les salari\u00e9s. D\u00e9j\u00e0 que certains m\u00e9decins h\u00e9sitent!\u00bb <\/em><\/p>\n<p>Le syst\u00e8me est-il sur une mauvaise pente? Les m\u00e9decins sont nombreux \u00e0 le craindre:<em> \u00abCertains ne sont pas m\u00e9contents de la p\u00e9nurie \u00e0 venir <\/em>, explique Philippe Davezies.<em> Elle offre des opportunit\u00e9s \u00e0 ceux qui veulent r\u00e9duire l&#8217;ind\u00e9pendance des professionnels de la sant\u00e9 au travail.\u00bb <\/em><em> \u00abSi l&#8217;on est pessimiste, on peut imaginer que dans vingt ans, il y aura beaucoup moins de m\u00e9decins, remplac\u00e9s par des IPRP et peut-\u00eatre des soci\u00e9t\u00e9s priv\u00e9es\u00bb <\/em>, d\u00e9plore Jean-Michel Sterdyniak. En effet, des cabinets de conseil s&#8217;engouffrent dans la br\u00e8che et proposent leurs services aux Directions des ressources humaines. Leurs prestations sont les m\u00eames que celles du m\u00e9decin: \u00e9valuation des conditions de travail, conseil en pr\u00e9vention, accompagnement des salari\u00e9s&#8230; mais ils sont fournisseurs de l&#8217;entreprise, sans aucune garantie d&#8217;ind\u00e9pendance. Quelle confiance les salari\u00e9s peuvent-ils leur accorder? <\/p>\n<p>Dans ce contexte, Xavier Bertrand, ministre du Travail, a annonc\u00e9 une nouvelle r\u00e9forme du syst\u00e8me, alors que la pr\u00e9c\u00e9dente, qui date de 2004, peine encore \u00e0 se mettre en place. Les m\u00e9decins d\u00e9taillent la feuille de route \u00e9tablie par le minist\u00e8re avec prudence:<em> \u00abIl y a de bonnes choses <\/em>, conc\u00e8de Sterdyniak,<em> mais on ne touche pas \u00e0 la gouvernance du syst\u00e8me qui repose toujours sur des crit\u00e8res comptables.\u00bb <\/em> Si cette r\u00e9forme, qui devrait voir le jour \u00e0 l&#8217;\u00e9t\u00e9 2009, n&#8217;a pas plus que la pr\u00e9c\u00e9dente les moyens de ses nobles ambitions, la sant\u00e9 au travail risque de rester un v\u0153u pieux. Ce qui serait fort inqui\u00e9tant alors que le gouvernement vient d&#8217;allonger la dur\u00e9e du travail \u00e0 41 ans. <\/p>\n<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-3695 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2011\/04\/medecine-db7.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2011\/04\/medecine-db7-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"medecine.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les m\u00e9decins du travail sonnent l&#8217;alarme. 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