{"id":3666,"date":"2008-12-23T00:00:00","date_gmt":"2008-12-22T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/piqure-de-jouvence-pour-l-anc3666\/"},"modified":"2008-12-23T00:00:00","modified_gmt":"2008-12-22T23:00:00","slug":"piqure-de-jouvence-pour-l-anc3666","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=3666","title":{"rendered":"Piq\u00fbre de jouvence pour l&#8217;ANC"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Apr\u00e8s plusieurs mois de crise aigu\u00eb, le plus ancien parti politique d&#8217;Afrique se d\u00e9chire. L&#8217;aile<em> \u00abgestionnaire\u00bb <\/em> devrait cr\u00e9er sa propre formation dans les semaines \u00e0 venir. Laissant \u00e0 l&#8217;ANC le soin d&#8217;assumer un nouvel ancrage plus marqu\u00e9 \u00e0 gauche. Et revitalisant l&#8217;ensemble du champ politique sud-africain. <\/p>\n<p>Douloureuse fin d&#8217;ann\u00e9e en Afrique du Sud. Dans la nuit du 10 novembre mourrait en Italie Miriam Makeba, 76 ans, chanteuse, militante anti-apartheid, beaut\u00e9 suave et ondulante des cabarets des townships de Jo&#8217;burg dans les ann\u00e9es 1950. Interdite de retour dans son pays pendant trente ans, \u00e9pouse : quelque temps : du black panther Stokely Carmichael, allumant la foule \u00e0 Kinshasa en 1974 lors du rumble in the jungle Ali-Foreman&#8230; quelques \u00e9pisodes d&#8217;une vie d\u00e9bordante (jusqu&#8217;au bout) d&#8217;engagements. Quelques jours plus t\u00f4t, le 4 novembre, une autre<em> \u00abinstitution\u00bb <\/em> du si\u00e8cle sud-africain \u00e9tait s\u00e9v\u00e8rement secou\u00e9e : le Congr\u00e8s national africain (ANC), parti historique de la lutte contre le r\u00e9gime de s\u00e9gr\u00e9gation raciale voyait quelques-uns de ses cadres, dont d&#8217;anciens ministres du gouvernement de Thabo Mbeki, annoncer leur d\u00e9part pour cr\u00e9er un nouveau parti. Le 16 d\u00e9cembre \u00e0 Bloemfontein, une \u00e9tape d\u00e9cisive devrait \u00eatre franchie avec la naissance d&#8217;une organisation politique qui pourrait se nommer le Congr\u00e8s d\u00e9mocratique d&#8217;Afrique du Sud (1). Le lieu et la date choisis pour ce lancement sont lourds de sens : le 16 d\u00e9cembre est le<em> \u00abjour de la r\u00e9conciliation\u00bb <\/em> dans l&#8217;Afrique post-apartheid, h\u00e9ritage d&#8217;une date qui a longtemps c\u00e9l\u00e9br\u00e9 une sanglante victoire afrikaner contre les Zulus en 1838 ; et c&#8217;est \u00e0 Bloemfontein qu&#8217;a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9e le 8 janvier 1912 l&#8217;ANC (2).<\/p>\n<p><strong> ANC, MARQUE HISTORIQUE <\/strong><\/p>\n<p>Pour Dominique Darbon, professeur de science politique \u00e0 Bordeaux, ancien directeur du Centre d&#8217;\u00e9tudes d&#8217;Afrique noire (3), c&#8217;est bien<em> \u00abla marque historique ANC qui est l&#8217;enjeu principal\u00bb <\/em> de cette annonce.<em> \u00abRien n&#8217;est jou\u00e9 pour le moment mais les \u00e9volutions en cours sont tr\u00e8s int\u00e9ressantes et, dans tous les cas, la cr\u00e9ation d&#8217;un parti significatif : c&#8217;est-\u00e0-dire qui aurait des branches dans toutes les provinces et en nombre significatif : serait une bonne chose pour la d\u00e9mocratie sud-africaine en ouvrant la voie \u00e0 l&#8217;alternance.\u00bb <\/em> Comment le plus vieux parti politique d&#8217;Afrique en est-il arriv\u00e9 \u00e0 cette scission ? Elle est d&#8217;abord le r\u00e9sultat de la rivalit\u00e9 opposant Thabo Mbeki \u00e0 Jacob Zuma. En octobre 2004, s&#8217;ouvre un proc\u00e8s pour corruption dans un contrat d&#8217;armement impliquant le groupe fran\u00e7ais Thal\u00e8s dans lequel est cit\u00e9 le vice-pr\u00e9sident Jacob Zuma. En juin suivant, une semaine avant qu&#8217;il ne soit inculp\u00e9, le pr\u00e9sident Thabo Mbeki le rel\u00e8ve de ses fonctions. En d\u00e9cembre 2005, le<em> \u00abcas\u00bb <\/em> Zuma s&#8217;aggrave : il est accus\u00e9 de viol. Il sera acquitt\u00e9 en mai 2006 mais ressort affaibli de cette affaire. Convaincu que ses d\u00e9boires r\u00e9sultent d&#8217;un complot orchestr\u00e9 par l&#8217;entourage pr\u00e9sidentiel, il est alors d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 reconqu\u00e9rir sa place de premier pr\u00e9tendant \u00e0 la succession de celui qui est d\u00e9sormais son principal ennemi. Le 18 d\u00e9cembre 2007, \u00e0 Polokwane, Jacob Zuma est \u00e9lu pr\u00e9sident de l&#8217;ANC avec 60 % des voix, s&#8217;ouvrant une voie d\u00e9gag\u00e9e vers un succ\u00e8s aux \u00e9lections g\u00e9n\u00e9rales pr\u00e9vues au printemps 2009. L&#8217;ann\u00e9e 2008 s&#8217;av\u00e8re difficile pour le pr\u00e9sident mis en minorit\u00e9 dans son propre parti : climat s\u00e9curitaire d\u00e9grad\u00e9, lynchages x\u00e9nophobes, coupures d&#8217;\u00e9lectricit\u00e9 \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition, la soci\u00e9t\u00e9 sud-africaine grince. En septembre dernier, l&#8217;ANC d\u00e9cide de d\u00e9mettre Thabo Mbeki de sa fonction de chef de l&#8217;Etat. En effet, ce dernier n&#8217;est pas \u00e9lu au suffrage universel mais d\u00e9sign\u00e9 par le Parlement, o\u00f9 l&#8217;ANC tient presque deux tiers des si\u00e8ges, ce qui en fait le v\u00e9ritable patron de l&#8217;ex\u00e9cutif. Kgamela Mothlante, ancien locataire de la prison de Robben Island comme Zuma et Mandela, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du parti pendant dix ans, succ\u00e8de donc \u00e0 Mbeki qui, le 21 septembre dernier, a remis sa d\u00e9mission. La rupture est consomm\u00e9e et le mois d&#8217;octobre voit, dans un climat de fortes tensions, Mosiuoa Loketa, ex-ministre de la d\u00e9fense, et Mbhazima Shilowa, cadre influent du parti, mener une fronde qui devrait donc accoucher bient\u00f4t d&#8217;un nouveau parti.<\/p>\n<p><strong> RIVALITES ET SCISSION <\/strong><br \/>\n<em> \u00abA l&#8217;origine de cette tentative de scission, il y a incontestablement la rivalit\u00e9 entre Mbeki et Zuma, d\u00e9crypte Dominique Darbon, mais plus largement entre Mbeki et les technocrates d&#8217;un c\u00f4t\u00e9 et les concurrents qu&#8217;il avait toujours \u00e9vinc\u00e9s de l&#8217;autre. Les tensions ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s fortes et ont travers\u00e9 toutes les branches et organisations provinciales du pays. C&#8217;est une exasp\u00e9ration de militants ne se reconnaissant plus de choix communs apr\u00e8s ces ann\u00e9es de gouvernement qui ont permis \u00e0 certains d&#8217;\u00e9merger tandis que d&#8217;autres continuaient dans la marginalisation. La coupure se fait aussi entre le Cosatu [puissante centrale syndicale], le SACP [Parti communiste] et les Jeunes [Youth league], d&#8217;une part, et l&#8217;ANC, conservateur et gestionnaire, d&#8217;autre part. C&#8217;est une rupture de la triple alliance qui fondait le pouvoir ANC jusqu&#8217;ici et qui exprime \u00e0 la fois des rivalit\u00e9s de personnes et des choix de politique \u00e9conomique : plus proche des demandes de la population ouvri\u00e8re, employ\u00e9e et pauvre pour les pro-Zuma et plus proche des nouvelles cat\u00e9gories sociales en voie d&#8217;enrichissement pour les pro-Mbeki.\u00bb <\/em><\/p>\n<p>Une OPA du Cosatu, du SACP et de la Ligue des jeunes sur l&#8217;ANC n&#8217;est pas exclue. Cela marquerait-il pour autant une<em> \u00abgauchisation\u00bb <\/em> du programme du parti ? Si Jacob Zuma reste bien le candidat de l&#8217;aile gauche du parti,<em> \u00ab\u00e0 ce jour, il a donn\u00e9 des gages de continuit\u00e9 et m\u00eame de meilleure gestion, temp\u00e8re Dominique Darbon : maintien de Trevor Manuel au Budget, annonce de maintien des politiques \u00e9conomiques de stabilit\u00e9 des agr\u00e9gats et favorables aux entreprises, maintien de nombreux ministres de Mbeki au gouvernement sauf dans les postes de s\u00e9curit\u00e9\u00bb <\/em>. De fait, Zuma se montre peu critique \u00e0 l&#8217;encontre des choix lib\u00e9raux de son pr\u00e9d\u00e9cesseur dont personne ne peut nier qu&#8217;il a su garantir une certaine stabilit\u00e9 \u00e9conomique au pays durant ces neufs ann\u00e9es. Cependant, la pr\u00e9sence du Cosatu, du SACP et de la Ligue des jeunes \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s devrait le pousser \u00e0 d\u00e9fendre une politique sociale plus offensive.<\/p>\n<p><strong> SIDA, QUESTION CRUCIALE <\/strong><\/p>\n<p>Sur certains sujets, il n&#8217;aura aucune difficult\u00e9 \u00e0 faire mieux que Mbeki. Fra\u00eechement nomm\u00e9e ministre de la sant\u00e9, Barbara Hogan s&#8217;est empress\u00e9e de d\u00e9clarer<em> \u00abnous savons que le VIH est la cause du sida\u00bb <\/em> (4), se d\u00e9marquant ainsi de celle qui l&#8217;a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e, Manto Tshabalala-Msimang, surnomm\u00e9e<em> \u00abdocteur betterave\u00bb <\/em> pour avoir toujours affirm\u00e9 que le sida pouvait se traiter avec des produits naturels. Sur cette question : cruciale dans un pays qui compte 5,5 millions de s\u00e9ropositifs sur une population totale de 48,5 millions d&#8217;habitants : nul n&#8217;ignore le bilan d\u00e9sastreux du pr\u00e9sident sortant. Selon une r\u00e9cente \u00e9tude de sant\u00e9 publique de l&#8217;\u00e9cole d&#8217;Harvard, 333 000 d\u00e9c\u00e8s seraient imputables \u00e0 son refus de faciliter l&#8217;acc\u00e8s des malades infect\u00e9s aux traitements antir\u00e9troviraux. De son c\u00f4t\u00e9, Jacob Zuma a d\u00e9clar\u00e9, lors de son proc\u00e8s pour viol, qu&#8217;une bonne douche prise apr\u00e8s une relation sexuelle suffisait \u00e0 diminuer les risques de contamination&#8230;<\/p>\n<p><strong> OUVERTURE DU CHAMP POLITIQUE <\/strong><\/p>\n<p>Face \u00e0 ce personnage rest\u00e9 tr\u00e8s populaire malgr\u00e9 ses d\u00e9boires judiciaires et seul leader d&#8217;une ANC d\u00e9sormais ancr\u00e9e plus clairement sur des bases ouvri\u00e9ristes, s&#8217;avance une n\u00e9buleuse (anciens de l&#8217;\u00e9quipe Mbeki, pro-Buthelezi, repr\u00e9sentants du black business&#8230;) qui semble bien d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 en d\u00e9coudre. Helen Zille, pr\u00e9sidente de l&#8217;Alliance d\u00e9mocratique (deuxi\u00e8me formation politique du pays avec 12 % des suffrages obtenus lors des \u00e9lections de 2004) leur a d\u00e9j\u00e0 fait des appels du pied. Une \u00e9ventuelle alliance de ces forces au sein d&#8217;une coalition conjugu\u00e9e \u00e0 un important d\u00e9part de d\u00e9put\u00e9s de l&#8217;ANC pourrait affaiblir ce parti bient\u00f4t centenaire. Une possibilit\u00e9 qui n&#8217;a pas \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 sa direction :<em> \u00abl&#8217;ANC retarde la publication des listes de ses candidats de peur que les \u00abd\u00e9\u00e7us\u00bb ne d\u00e9cident de rejoindre le parti concurrent\u00bb <\/em>, rapporte Dominique Darbon. Nelson Mandela, rest\u00e9 silencieux tout au long de la crise, aurait \u00e9t\u00e9 approch\u00e9 mais sans succ\u00e8s. Mbeki n&#8217;a toujours pas fait conna\u00eetre sa position. <\/p>\n<p>Seule une chose est s\u00fbre : apr\u00e8s quinze ans de pouvoir h\u00e9g\u00e9monique, cette scission va contribuer \u00e0 faire de l&#8217;ANC<em> \u00abun parti comme les autres, ne pouvant plus revendiquer le pouvoir au nom de sa l\u00e9gitimit\u00e9 historique\u00bb <\/em>. Une page est d\u00e9finitivement tourn\u00e9e en Afrique du Sud. Bonne nouvelle : derri\u00e8re, le champ politique s&#8217;ouvre et le d\u00e9bat s&#8217;enrichit. <strong> E.R. <\/strong><\/p>\n<p>[[1. Une appellation dont le sigle en anglais (SADC) est identique \u00e0 celui de la Communaut\u00e9 de d\u00e9veloppement de l&#8217;Afrique australe (Southern African Developement Community), organisation r\u00e9gionale dont l&#8217;Afrique du Sud est un pilier.  &#8211;2. Qui s&#8217;appela d&#8217;abord le South African Native National Congress.  &#8211;3. L&#8217;Afrique du Sud, puissance utile (Belin, 2000), L&#8217;apr\u00e8s Mandela, enjeux sud-africains et r\u00e9gionaux (Khartala, 1999)  &#8211;4.<em> Le Monde <\/em> du 16 octobre 2008.<br \/>\n]<em> Regards <\/em> n\u00b057 d\u00e9cembre 2008<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Apr\u00e8s plusieurs mois de crise aigu\u00eb, le plus ancien parti politique d&#8217;Afrique se d\u00e9chire. L&#8217;aile<em> \u00abgestionnaire\u00bb <\/em> devrait cr\u00e9er sa propre formation dans les semaines \u00e0 venir. Laissant \u00e0 l&#8217;ANC le soin d&#8217;assumer un nouvel ancrage plus marqu\u00e9 \u00e0 gauche. 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