{"id":366,"date":"1997-02-02T02:14:00","date_gmt":"1997-02-02T01:14:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/georges-duby-un-pionnier-qui-a366\/"},"modified":"2023-06-24T17:27:56","modified_gmt":"2023-06-24T15:27:56","slug":"georges-duby-un-pionnier-qui-a366","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=366","title":{"rendered":"Georges Duby, un pionnier qui a pay\u00e9 d&#8217;exemple"},"content":{"rendered":"\n<p>Le c\u00e9l\u00e8bre historien du Moyen Age qu&#8217;\u00e9tait Georges Duby a innov\u00e9 dans tous les domaines de son objet d&#8217;\u00e9tudes. Il fut aussi un combattant du partage de la culture. Et un citoyen.<\/p>\n\n\n\n<p>Les recherches de Georges Duby se sont d\u00e9roul\u00e9es au long de plus de 40 ans. Son oeuvre est l&#8217;une des plus amples et plus novatrices de la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle. Il reviendra aux m\u00e9di\u00e9vistes d&#8217;en prendre mieux encore la mesure, d&#8217;en pr\u00e9ciser les mouvements, l&#8217;\u00e9volution, la port\u00e9e pour la connaissance historique en France et dans le monde. Je voudrais seulement pr\u00e9senter ici (avec leurs limites, leurs lacunes, leurs traits personnels) quelques \u00e9l\u00e9ments de t\u00e9moignage: celui d&#8217;un historien, mais dont les recherches portent sur de tout autres p\u00e9riodes (celles de la R\u00e9volution fran\u00e7aise et de l&#8217;Empire et par ailleurs celle du Concile Vatican II et de l&#8217;\u00e9volution de l&#8217;Eglise depuis ce concile); plus encore celui d&#8217;un citoyen fran\u00e7ais qui a eu le privil\u00e8ge d&#8217;\u00eatre l&#8217;un des \u00e9tudiants de Georges Duby puis de garder avec lui des relations d&#8217;amiti\u00e9 qui se sont poursuivies au fil des ann\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Les travaux de Georges Duby ont eu comme horizon les chantiers de l&#8217;histoire du Moyen Age. Entendons d&#8217;abord l&#8217;\u00e9tude des racines, des processus, des \u00e9tapes, des voies et cheminements divers en Europe, par lesquels est entr\u00e9 en gen\u00e8se puis (entre le milieu du Xe si\u00e8cle et la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XIe si\u00e8cle) s&#8217;est cristallis\u00e9 (c&#8217;est l\u00e0 ce que Georges Duby a pu appeler &#8221; la r\u00e9volution f\u00e9odale &#8220;) et install\u00e9 de mani\u00e8re tout \u00e0 la fois dominante, \u00e9volutive et durable (et cela, pour la France, \u00e0 des \u00e9gards essentiels, jusqu&#8217;\u00e0 1789) un grand type sp\u00e9cifique de syst\u00e8me \u00e9conomique, social, politique, id\u00e9ologique, de relations organiques et contradictoires, de relations entre les \u00eatres humains. Celui de la soci\u00e9t\u00e9 f\u00e9odale, une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 les rapports entre seigneurs et paysans occupent une place axiale. Avec sa th\u00e8se de doctorat d&#8217;Etat (1) puis, plus tard, avec notamment son grand ouvrage sur l&#8217;Economie rurale et la vie des campagnes dans l&#8217;Occident m\u00e9di\u00e9val (2), Georges Duby explore de fa\u00e7on novatrice les conditions et processus au niveau des techniques et capacit\u00e9s du travail, les formes d&#8217;\u00e9volution des rapports de production (et notamment des types et niveaux de pr\u00e9l\u00e8vements en nature, en travail, en argent) entre petits producteurs paysans des communaut\u00e9s rurales et ma\u00eetre des domaines et pouvoirs seigneuriaux du IXe au XIIIe et de mani\u00e8re plus br\u00e8ve aux XIVe et XVe si\u00e8cles.<\/p>\n\n\n\n<p>Les articles et les ouvrages de Georges Duby ont par la suite contribu\u00e9 \u00e0 faire reculer les limites de la connaissance sur des chantiers difficiles. La complexit\u00e9 et l&#8217;originalit\u00e9 des structures sociales, des mani\u00e8res de vivre, leur profond \u00e9loignement (derri\u00e8re les pi\u00e8ges des apparentes similitudes) de celles de la fin du XXe si\u00e8cle, les lacunes des sources (surtout lorsqu&#8217;on s&#8217;\u00e9loigne des milieux dominants, ceux des gens du clerg\u00e9 et de la noblesse longtemps seuls ou presque seuls auteurs ou objets des documents (3)) constituent ici des obstacles de haute altitude.<\/p>\n\n\n\n<p><strong> Faire reculer les limites de la connaissance sur des chantiers difficiles <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ces chantiers, ce sont notamment ceux de la connaissance des modes de vie, des rapports interhumains, de la qualit\u00e9 et des contenus historiques, des mani\u00e8res psychiques de sentir, aimer, vivre et se repr\u00e9senter son corps, avec leurs traits essentiels de dominance et leurs \u00e9volutions dans la noblesse. Ces chantiers, ce sont aussi ceux des cat\u00e9gories id\u00e9ologiques essentielles et historiquement sp\u00e9cifiques (telles les cat\u00e9gories de surnaturel et de hi\u00e9rarchie) elles-m\u00eames enracin\u00e9es dans le mouvement des rapports sociaux et \u00e0 partir desquelles les gens d&#8217;Eglise \u00e9laboreront une grandiose repr\u00e9sentation du Ciel, de l&#8217;Univers, de la vie sociale, des destins de l&#8217;existence humaine. Le beau livre de Georges Duby, les Trois Ordres ou l&#8217;Imaginaire du f\u00e9odalisme (4) montre combien cette repr\u00e9sentation [\u00e0 la fois id\u00e9ologie et th\u00e9ologie (5)] plonge ses racines vivantes dans la &#8221; r\u00e9volution f\u00e9odale &#8221; tout en contribuant puissamment \u00e0 l&#8217;av\u00e8nement et au maintien de la nouvelle structure sociale.<\/p>\n\n\n\n<p>Il s&#8217;agit d&#8217;une \u00e9laboration complexe o\u00f9 les clercs du d\u00e9but du XIe si\u00e8cle mobilisent, r\u00e9utilisent, ploient, &#8221; bricolent &#8221; (au sens o\u00f9 L\u00e9vi-Strauss entend ce terme dans la Pens\u00e9e sauvage), s\u00e9lectionnent les signes, les pratiques liturgiques, les textes de l&#8217;Ancien et du Nouveau Testament, des P\u00e8res de l&#8217;Eglise pour \u00e9laborer ce syst\u00e8me o\u00f9 tout est hi\u00e9rarchie: dans la structure du monde divin et c\u00e9leste, dans les rapports entre ciel et terre, dans la soci\u00e9t\u00e9 humaine f\u00e9odale avec ses rapports de compl\u00e9mentarit\u00e9 et de subordination (entre gens d&#8217;Eglise &#8221; qui prient &#8220;, les nobles &#8221; qui combattent &#8220;, tous les autres &#8221; qui travaillent &#8220;). Ces \u00e9laborations, elles-m\u00eames complexes et \u00e9volutives du XIe au XIIIe si\u00e8cle s&#8217;accompagnent de la construction d&#8217;\u00e9difices de haute fonction symbolique aux significations de richesse tout \u00e0 la fois historiquement situ\u00e9es et in\u00e9puisables: Georges Duby nous aide \u00e0 en comprendre la gen\u00e8se et \u00e0 mieux en d\u00e9chiffrer les sens dans ses travaux sur l&#8217;art m\u00e9di\u00e9val (6).<\/p>\n\n\n\n<p><strong> Des travaux stimulants pour les historiens de toutes les p\u00e9riodes et pour d&#8217;autres chercheurs <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les travaux de Georges Duby se sont aussi de plus en plus orient\u00e9s vers un front pionnier de la recherche: celui de la connaissance des structures de parent\u00e9, des rapports entre &#8221; jeunes &#8221; (au sens m\u00e9di\u00e9val) et &#8221; vieux &#8221; (les p\u00e8res, chefs de lignage, ma\u00eetres des biens et des pouvoirs dans l&#8217;aristocratie), des statuts des femmes (7), des relations entre \u00e9volution des structures sociales, &#8221; r\u00e9volution f\u00e9odale &#8220;, r\u00f4le de l&#8217;Eglise et transformations des formes de sexualit\u00e9 et de la conjugalit\u00e9 du Xe au XIIe si\u00e8cle: &#8221; Le chevalier et le pr\u00eatre affront\u00e9s. Entre eux, la femme. De la femme, que savons-nous ? Sur cette interrogation se cl\u00f4t le livre &#8221; \u00e9crit Georges Duby en parlant du Chevalier, la femme et le pr\u00eatre (8).<\/p>\n\n\n\n<p>La grande richesse de ces travaux, le caract\u00e8re nourrissant et stimulant pour les historiens de toutes les p\u00e9riodes comme pour des chercheurs d&#8217;autres sciences sociales de cette d\u00e9marche tient \u00e0 beaucoup d&#8217;\u00e9gards \u00e0 ce qu&#8217;ils sont conduits par Georges Duby dans le cadre d&#8217;interrogations et de r\u00e9flexions anthropologiques sans cesse renouvel\u00e9es. Et cela notamment \u00e0 partir d&#8217;une f\u00e9condation mutuelle critique, rigoureuse, raisonn\u00e9e entre l&#8217;histoire sociale (avec au d\u00e9part une place essentielle pour la connaissance de l&#8217;histoire des capacit\u00e9s productives et des rapports sociaux qui s&#8217;y rattachent) et les \u00e9clairages de l&#8217;ethnologie (9), de la psychologie, des recherches sur ce que l&#8217;on a un temps appel\u00e9 &#8221; l&#8217;histoire des mentalit\u00e9s &#8220;, et, plus rigoureusement, celle des outillages et des cat\u00e9gories de pens\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Georges Duby explicite cette d\u00e9marche et sa propre relation avec les apports de Marx en commentant le titre des Trois Ordres et l&#8217;imaginaire du f\u00e9odalisme.&#8221; Je n&#8217;avais pas choisi le mot &#8221; f\u00e9odalisme &#8221; seulement pour faire enrager mes amis antimarxistes. Je tenais \u00e0 situer exactement mon propos dans le droit fil d&#8217;une enqu\u00eate d&#8217;histoire sociale dont les premiers questionnaires s&#8217;\u00e9taient \u00e9difi\u00e9s par r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la pens\u00e9e marxienne et qui, dans son progr\u00e8s, ne s&#8217;\u00e9tait nullement retourn\u00e9e contre celle-ci. Son d\u00e9veloppement naturel l&#8217;avait men\u00e9e un peu plus loin que Marx et Engels n&#8217;\u00e9taient all\u00e9s et ceci parce que de leur temps on en savait trop peu sur les soci\u00e9t\u00e9s du Moyen Age. Dans le prolongement d&#8217;une \u00e9tude approfondie des structures mat\u00e9rielles, je m&#8217;avan\u00e7ais d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment vers d&#8217;autres formes qui n&#8217;existent que dans la pens\u00e9e. Persuad\u00e9 que l&#8217;homme ne vit pas seulement que de pain, j&#8217;entendais mesurer quel est le poids du mental dans l&#8217;histoire des soci\u00e9t\u00e9s humaines. C&#8217;\u00e9tait refuser de m&#8217;en tenir au mat\u00e9rialisme, mais ce n&#8217;\u00e9tait pas rompre, encore moins renier, comme tant d&#8217;autres le faisaient, bruyamment, jetant leur gourme. Ce qui fut fort bien compris dans une s\u00e9ance du Centre d&#8217;\u00e9tude s marxistes du boulevard Blanqui, qu&#8217;Ernest Labrousse m&#8217;avait fait l&#8217;honneur de pr\u00e9sider, o\u00f9, toute une soir\u00e9e, nous d\u00e9batt\u00eemes de mon livre avec ardeur et profit &#8221; (10).<\/p>\n\n\n\n<p><strong> Le souci de contribuer au partage des tr\u00e9sors pass\u00e9s et pr\u00e9sents de la culture <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ces travaux sont tout \u00e0 la fois diff\u00e9rents et ins\u00e9parables d&#8217;un autre versant essentiel de l&#8217;activit\u00e9 et des pr\u00e9occupations de Georges Duby: son souci, comme enseignant et chercheur, comme citoyen, comme \u00eatre humain, de contribuer au partage des tr\u00e9sors pass\u00e9s et pr\u00e9sents de la culture, un partage au service de tous, un partage destin\u00e9 \u00e0 \u00e9largir sans cesse le cercle des citoyens connaisseurs. Georges Duby y a travaill\u00e9 selon des modes multiples qui ont eux-m\u00eames concern\u00e9 diverses composantes de la culture. Il l&#8217;a fait en ouvrant les voies de la connaissance historique aux jeunes \u00e9tudiants en des cours d&#8217;o\u00f9 l&#8217;on sortait interpell\u00e9 et empli du d\u00e9sir de revenir. Mais c&#8217;est bien au-del\u00e0 de ces auditoires que les livres de Georges Duby permettent \u00e0 un large public de d\u00e9couvrir les r\u00e9alit\u00e9s, les r\u00eaves, l&#8217;art et les symboles du temps des seigneurs et des paysans.<\/p>\n\n\n\n<p>Des livres qui, au fil des ann\u00e9es, ont repr\u00e9sent\u00e9 des rebondissements de la recherche tout en entrant en r\u00e9sonance (avec force et hors de tout anachronisme) avec les transformations, les interrogations, les inqui\u00e9tudes (11), les espoirs, les recherches t\u00e2tonnantes que vivent les citoyens et citoyennes de cette fin de si\u00e8cle et de mill\u00e9naire, tous sujets, acteurs et spectateurs de la transformation (immense et in\u00e9dite) en cours des forces productives humaines (qui, avec la r\u00e9volution informationnelle, est constitutive d&#8217;une nouvelle \u00e9tape de l&#8217;hominisation), les ruptures, les crises, les conflits entre strat\u00e9gies de classe et de civilisation qui s&#8217;affrontent sur les choix \u00e0 op\u00e9rer pour le pr\u00e9sent et l&#8217;avenir. Cela avec les mutations, les pertes de rep\u00e8res et les inventions contradictoires et mouvantes de nouveaux rep\u00e8res en mati\u00e8re de perspective politique de lib\u00e9ration humaine, de rapports hommes-femmes, de formes de conjugalit\u00e9, de chemins pour la (les) mani\u00e8res d&#8217;\u00eatre d\u00e9sormais p\u00e8re et m\u00e8re. Un ouvrage comme le Chevalier, la femme et le pr\u00eatre est de ceux qui nourrissent la r\u00e9flexion citoyenne sur quelques-uns de ces chantiers quotidiens, de forts enjeux et d&#8217;ample mouvement.<\/p>\n\n\n\n<p>Georges Duby nous a aussi montr\u00e9, en payant lui-m\u00eame d&#8217;exemple, que c&#8217;est en toutes les formes d&#8217;expression et sur tous les terrains que se m\u00e8ne le combat pour le droit \u00e0 une culture cr\u00e9ative de haute qualit\u00e9 pour tous. Cela est vrai sur le terrain de la bande dessin\u00e9e o\u00f9, dans les ann\u00e9es 1980, Georges Duby a en quelque sorte traduit son livre sur le chevalier Guillaume le Mar\u00e9chal (12). Cela est vrai de ses interventions sur le terrain de la t\u00e9l\u00e9vision, depuis l&#8217;admirable s\u00e9rie sur le Temps des cath\u00e9drales jusqu&#8217;\u00e0 son r\u00f4le dans la naissance de la Sept-Arte, puis \u00e0 sa direction. La c\u00e9l\u00e9brit\u00e9, la pr\u00e9sence en de prestigieux lieux d&#8217;honneur comme le Coll\u00e8ge de France ou l&#8217;Acad\u00e9mie fran\u00e7aise n&#8217;ont jamais emp\u00each\u00e9 Georges Duby de veiller de plus en plus &#8221; au grain &#8220;.&#8221; On est devenu, a-t-il \u00e9crit il y a quelques ann\u00e9es (13), tr\u00e8s vuln\u00e9rable. Je ne parle pas de l&#8217;envie, des rancunes, de l&#8217;ingratitude. Je parle de la crainte d&#8217;\u00eatre oubli\u00e9 qui porte \u00e0 parler trop, et trop haut. Je parle du temps mang\u00e9, perdu dans les futilit\u00e9s, d&#8217;une tendance \u00e0 se monter la t\u00eate, \u00e0 se prendre pour ce que l&#8217;on n&#8217;est pas. Cependant, le danger, \u00e0 mes yeux, le plus grave, s&#8217;est accru r\u00e9cemment quand a chang\u00e9 le statut des livres que nous \u00e9crivons, quand ils sont devenus des produits de consommation large, des marchandises lanc\u00e9es \u00e0 grand renfort de publicit\u00e9. Pour mieux les vendre, on fait de leurs auteurs des vedettes. P\u00e9rilleuse est notre entr\u00e9e dans le grand public, l&#8217;inclination \u00e0 lui plaire. Ceci dit, \u00e0 la fin d&#8217;une vie, riche d&#8217;exp\u00e9rience et ne faisant plus grand cas des vanit\u00e9s, on a le sentiment d&#8217;acc\u00e9der \u00e0 la libert\u00e9 pleine &#8220;.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces lignes le montrent: Georges Duby \u00e9tait aussi un citoyen dont les interventions se sont toujours rattach\u00e9es aux causes de progr\u00e8s dans les moments d\u00e9cisifs (telle l&#8217;\u00e9poque de la guerre d&#8217;Alg\u00e9rie) de ces quarante derni\u00e8res ann\u00e9es. Il avait port\u00e9 un regard critique sur les soci\u00e9t\u00e9s de l&#8217;Est et les partis communistes, sans complaisance mais sans hargne ni d\u00e9nigrement; sans adorer (dans les ann\u00e9es 1950 ou 1960) et sans br\u00fbler (\u00e0 la fin des ann\u00e9es 1980 ou dans les ann\u00e9es 1990). Tant il est vrai par ailleurs, \u00e0 mon sens, qu&#8217;il ne faut br\u00fbler et adorer ni \u00e0 l&#8217;endroit ni \u00e0 l&#8217;envers mais plus que jamais contribuer \u00e0 d\u00e9velopper la r\u00e9flexion lucide, raisonn\u00e9e, critique, comme base de l&#8217;intervention citoyenne.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n&#8217;est pas solliciter sa pens\u00e9e que de dire qu&#8217;avec sa vigilance sereine et critique d&#8217;historien, il fondait un grand espoir (14) dans un renouveau des forces progressistes et d&#8217;un communisme profond\u00e9ment r\u00e9nov\u00e9, un espoir en regard des crises, des fureurs, des souffrances d&#8217;un univers r\u00e9gi par l&#8217;esprit des lois du capital financier. Malgr\u00e9 sa mort physique, ses paroles en ses livres sont pr\u00e9sentes et vivantes pour nous \u00e9clairer, \u00e0 partir de l&#8217;histoire m\u00e9di\u00e9vale, sur les processus historiques. Elles nous aident \u00e0 garder \u00e0 la fois vigilance rationnelle et critique envers toutes choses et esp\u00e9rance dans la lib\u00e9ration humaine.<\/p>\n\n\n\n<p>* Historien.<\/p>\n\n\n\n<p>1. La Soci\u00e9t\u00e9 aux XIe et XIIe si\u00e8cles dans la r\u00e9gion m\u00e2connaise, Paris, \u00e9ditions Armand Colin, 1953, 675 pages.<\/p>\n\n\n\n<p>2. Editions Aubier, Paris 1962, deux volumes.<\/p>\n\n\n\n<p>3. &#8221; Tous les \u00e9crits de cette \u00e9poque \u00e9manent de la haute \u00e9glise ou des grandes cours princi\u00e8res.Ils en r\u00e9v\u00e8lent \u00e0 peu pr\u00e8s rien de la parent\u00e9 des humbles ni de leurs amours et le peu que l&#8217;on y trouve est grossi\u00e8rement d\u00e9form\u00e9 par les pr\u00e9jug\u00e9s de classe.Ce que nous p\u00fbmes d\u00e9couvrir ne vaut donc que pour l&#8217;aristocratie &#8221; \u00e9crit Georges Duby en parlant de ses recherches historiques et anthropologiques sur les structures de parent\u00e9 et la sexualit\u00e9 dans la chr\u00e9tient\u00e9 m\u00e9di\u00e9val in l&#8217;Histoire continue, Paris, \u00e9ditions Odile Jacob, 220 p., p.201.<\/p>\n\n\n\n<p>4. Les Trois Ordres ou l&#8217;imaginaire du f\u00e9odalisme, \u00e9ditions Gallimard, 1978.<\/p>\n\n\n\n<p>5. On peut m\u00eame \u00e0 mes yeux parler d&#8217;une id\u00e9o-th\u00e9ologie dont (en liaison avec de multiples et complexes mises \u00e0 jour) des axes essentiels dans la vision des rapports \u00e0 Dieu, du christianisme, de l&#8217;Eglise se maintiennent dans les conceptions du Vatican.<\/p>\n\n\n\n<p>5. Cf.les Trois ordres&#8230;notamment pp.85 \u00e0 155.<\/p>\n\n\n\n<p>6. Cf.notamment le Temps des cath\u00e9drales.L&#8217;art et la soci\u00e9t\u00e9, 980-1420, Paris, \u00e9ditions Gallimard 1976.<\/p>\n\n\n\n<p>7. Cf.notamment le Chevalier, la femme et le pr\u00eatre.Le mariage dans la France f\u00e9odale, Paris, \u00e9ditions Hachette, 1981 (312 pages).Sur les femmes de la noblesse, cf.le bel ensemble r\u00e9cemment publi\u00e9 par Georges Duby, Dames du XIIe si\u00e8cle, Paris, \u00e9ditions Gallimard.<\/p>\n\n\n\n<p>8. L&#8217;Histoire continue&#8230;, op.cit.p.209.<\/p>\n\n\n\n<p>9. Parlant de ses travaux comme le Dimanche de Bouvines (Paris, \u00e9ditions Gallimard, 1973), Georges Duby \u00e9crira: &#8221; Les chercheurs avaient-ils peur ? Et de quoi ? De quel h\u00e9ros mythique s%8Cacharnaient-ils \u00e0 imiter l&#8217;arrogance ? Qu&#8217;entendaient-ils au juste par loyaut\u00e9, par prouesse ? O\u00f9 se situait pour eux le point d&#8217;honneur ? Bref, je les observais comme Margaret Mead avait observ\u00e9 les Manus, aussi d\u00e9sarm\u00e9 qu&#8217;elle, mais pas plus.&#8221;<\/p>\n\n\n\n<p><strong> 10. <\/strong> L&#8217;Histoire continue, op.cit., pp.157-158.<\/p>\n\n\n\n<p><strong> 11. <\/strong> Cf.Georges Duby, An 1000-An 2000.Sur les traces de nos peurs, \u00e9ditions Textuel, Paris 1995, 140 p.<\/p>\n\n\n\n<p><strong> 12. <\/strong> Georges Duby, Guillaume le Mar\u00e9chal ou le meilleur chevalier du monde, collection &#8221; Les Inconnus de l&#8217;histoire&#8221;, Paris, \u00e9ditions Fayard, 1984, 186 p.<\/p>\n\n\n\n<p><strong> 13. <\/strong> L&#8217;Histoire continue, op.cit.pp.178-179.<\/p>\n\n\n\n<p><strong> 14. <\/strong> Cf.les interviews de Georges Duby dans l&#8217;Humanit\u00e9 du printemps 1993, puis dans Regards no 13 de mai 1996.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le c\u00e9l\u00e8bre historien du Moyen Age qu&#8217;\u00e9tait Georges Duby a innov\u00e9 dans tous les domaines de son objet d&#8217;\u00e9tudes. 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