{"id":3626,"date":"2008-06-02T00:00:00","date_gmt":"2008-06-01T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/crise-financiere-le-liberalisme-a3626\/"},"modified":"2008-06-02T00:00:00","modified_gmt":"2008-06-01T22:00:00","slug":"crise-financiere-le-liberalisme-a3626","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=3626","title":{"rendered":"Crise financi\u00e8re. Le lib\u00e9ralisme \u00e0 court de cr\u00e9dit."},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Table ronde avec Laurence Scialom et Michel Husson <\/p>\n<p><strong> La gravit\u00e9 des suites de la crise des subprimes force les Banques centrales \u00e0 jouer les pompiers pour. Avec plus ou moins d&#8217;inventivit\u00e9. Quelles sont leurs marges de man\u0153uvre? La Banque centrale europ\u00e9enne parviendra-t-elle \u00e0 se d\u00e9faire de son \u00e9ternel sch\u00e9ma lib\u00e9ral? Deux \u00e9conomistes en d\u00e9battent. <\/strong><\/p>\n<p> La crise des subprimes :qui a vu de nombreuses familles am\u00e9ricaines ruin\u00e9es, dans l&#8217;impossibilit\u00e9 de rembourser des cr\u00e9dits \u00e0 taux variables: n&#8217;en finit pas de se r\u00e9percuter sur l&#8217;\u00e9conomie mondiale. Les r\u00e9actions en cha\u00eene font planer le doute sur un nombre croissant d&#8217;actifs financiers, dans un climat conjoncturel d\u00e9j\u00e0 morose. Dans de nombreux pays du Sud, les effets d\u00e9vastateurs de la crise sur l&#8217;\u00e9conomie r\u00e9elle se font d\u00e9j\u00e0 sentir: les acteurs financiers, \u00e0 la recherche de placements qui leur paraissent plus s\u00fbrs, alimentent la hausse du cours des denr\u00e9es alimentaires qui provoque les \u00ab\u00e9meutes de la faim\u00bb.<\/p>\n<p>Pour contenir le ralentissement de la croissance, les Banques centrales (BC) sont d\u00e9j\u00e0 largement intervenues. Mais pour r\u00e9tablir la confiance des banques de plus en plus r\u00e9ticentes \u00e0 assumer le financement de l&#8217;\u00e9conomie par les cr\u00e9dits, certains exhortent la BCE (1) \u00e0 plus d&#8217;innovations, \u00e0 l&#8217;image de ce que fait la FED (2) en ce moment. Au bout du compte, ces interventions peuvent peu ou prou revenir \u00e0 faire payer au contribuable les r\u00e9percussions des risques inconsid\u00e9r\u00e9s pris par les banques. Et si l&#8217;on compare les 50 milliards de livres inject\u00e9s le 21 avril par la Banque d&#8217;Angleterre aux 60 millions d&#8217;euros promis par Nicolas Sarkozy pour l&#8217;aide alimentaire aux pays du Sud, il y a de quoi \u00eatre constern\u00e9 ! Entre morale et pragmatisme, l&#8217;urgence commande pourtant d&#8217;agir. Mais les Banques centrales peuvent-elles \u00e9viter \u00e0 l&#8217;avenir ce genre de situation? <\/p>\n<p><strong> Am\u00e9lie Jeammet <\/strong>  <\/p>\n<p><strong> Dans la gestion des r\u00e9percussions de la crise des subprimes, les Banques centrales interviennent en injectant des liquidit\u00e9s. Si elles ne parviennent pas \u00e0 juguler cette crise, les contribuables finiront  par payer. Est-ce acceptable? <\/strong><\/p>\n<p><strong> Laurence Scialom. <\/strong> Les faillites bancaires sont tr\u00e8s diff\u00e9rentes des faillites d&#8217;autres entreprises, parce que le passif d&#8217;une banque est essentiellement constitu\u00e9 de la monnaie qu&#8217;on utilise tous les jours (d\u00e9p\u00f4ts bancaires mobilisables par ch\u00e8que ou carte), c&#8217;est-\u00e0-dire un bien public. En cas de faillite, la banque doit rester ouverte, m\u00eame si elle est insolvable, pour que les fonctions bancaires critiques, comme l&#8217;acc\u00e8s aux comptes, les cr\u00e9dits aux PME et aux m\u00e9nages, soient assur\u00e9es. Et cela passe par une injection d&#8217;argent public. Contrairement \u00e0 la position de la Banque d&#8217;Angleterre, qui a refus\u00e9 les demandes de pr\u00eat \u00e0 taux non p\u00e9nalisateur d&#8217;acqu\u00e9reurs potentiels de la banque Northern Rock au moment des premi\u00e8res difficult\u00e9s, au motif que cela serait une aide d&#8217;Etat qui ne serait pas autoris\u00e9e par la Commission europ\u00e9enne, il n&#8217;y a pas de tabou \u00e0 avoir avec \u00e7a. En Allemagne, IKB a \u00e9t\u00e9 renflou\u00e9e par les banques publiques. Dans toutes les gestions efficaces de crises bancaires, on nationalise, on injecte des fonds publics qui permettent de r\u00e9soudre rapidement la crise, puis on reprivatise. La rapidit\u00e9 de r\u00e9action est un gage d&#8217;efficacit\u00e9.<\/p>\n<p><strong> Michel Husson. <\/strong> C&#8217;est d&#8217;ailleurs ce que fait la FED en injectant des bons du Tr\u00e9sor substitu\u00e9s aux actifs illiquides des banques. On ne peut pas \u00e9chapper \u00e0 ce genre d&#8217;interventions. Mais il faut aussi bien voir le degr\u00e9 d&#8217;inventivit\u00e9 des acteurs financiers pour trouver des mani\u00e8res de d\u00e9tourner les r\u00e8gles prudentielles. Les innovations financi\u00e8res qui ont \u00e9t\u00e9 \u00e0 l&#8217;origine de cette crise et qui ont pour but de diffuser le risque, permettent aussi aux banques d&#8217;\u00e9chapper aux r\u00e8gles \u00e9tablies sur le bilan. Pour la petite histoire, Daniel Bouton a fait, il y a quelques ann\u00e9es, un rapport sur la gouvernance des banques dans lequel il insistait particuli\u00e8rement sur le danger d&#8217;\u00e9chapper aux r\u00e8gles \u00e0 travers le hors-bilan (lire glossaire, 1) et, r\u00e9cemment, c&#8217;est exactement ce genre de pratiques qu&#8217;a utilis\u00e9es la Soci\u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale. Il y a donc une contradiction entre les grands discours sur la gouvernance des banques et la pratique, et une situation qui parfois frise la d\u00e9linquance, du moins l&#8217;escroquerie. Les subprimes sont des emprunts \u00e0 taux variable qu&#8217;on a fait contracter \u00e0 des gens dont on savait \u00e0 peu pr\u00e8s s\u00fbrement qu&#8217;ils ne pourraient pas payer, parce que les premi\u00e8res ann\u00e9es les taux d&#8217;int\u00e9r\u00eat sont raisonnables, mais ensuite ils augmentent. Les banques, par leurs innovations financi\u00e8res, ont mis le tout dans une pochette surprise en essayant de refiler la patate chaude \u00e0 quelqu&#8217;un d&#8217;autre. Mais il n&#8217;y a pas que de la malhonn\u00eatet\u00e9. Il y a aussi une forme d&#8217;irrationalit\u00e9, une fascination id\u00e9ologique pour l&#8217;id\u00e9e que les march\u00e9s ont un fonctionnement optimal lorsqu&#8217;ils sont d\u00e9r\u00e9glement\u00e9s. On s&#8217;en autoconvainc. Introduire des r\u00e9glementations supposerait d\u00e9j\u00e0 de mettre radicalement en cause cette id\u00e9ologie.<\/p>\n<p><strong> L.S. <\/strong> Au niveau des banques, quand il y a injection de fonds publics, il faut bien s\u00fbr que les actionnaires soient \u00e9vinc\u00e9s et que les managers, quand il y a eu fraude, soient responsables. Mais l&#8217;autorit\u00e9 publique est aussi fautive. Notamment, le fait que la crise se produise au moment o\u00f9 on a bascul\u00e9 \u00e0 une comptabilit\u00e9 \u00e0 une valeur de march\u00e9 l&#8217;a beaucoup accentu\u00e9e (lire glossaire, 2). Auparavant, les actifs que les banques gardaient longtemps \u00e9taient valoris\u00e9s dans leur bilan \u00e0 leur valeur historique. Sous la pression d&#8217;organismes, notamment am\u00e9ricains, d&#8217;harmonisation comptable, on a impos\u00e9 la comptabilit\u00e9 \u00e0 la valeur de march\u00e9. Le probl\u00e8me, c&#8217;est que le march\u00e9 peut se tromper \u00e0 la hausse comme \u00e0 la baisse: on a des bulles et des survalorisations d&#8217;actifs, mais on a aussi des p\u00e9riodes comme aujourd&#8217;hui o\u00f9 des actifs sont sous-valoris\u00e9s, ce qui aggrave les difficult\u00e9s des banques. La finance de march\u00e9 est fondamentalement procyclique: les cr\u00e9dits sont distribu\u00e9s de mani\u00e8re abondante et avec une attention trop faible port\u00e9e \u00e0 la qualit\u00e9 des d\u00e9biteurs dans les p\u00e9riodes o\u00f9 on a de la croissance \u00e9conomique, et lorsque le cycle se retourne, on assiste \u00e0 une contraction des financements \u00e9galement relativement indiscrimin\u00e9e. Le probl\u00e8me, c&#8217;est que le r\u00e9gulateur renforce cette procyclicit\u00e9: par exemple, il demande aux banques de provisionner davantage de capital lorsque le risque augmente, ce qui rationne le cr\u00e9dit dans les p\u00e9riodes de mauvaise conjoncture. Le fait d&#8217;\u00eatre pass\u00e9 \u00e0 une valorisation \u00e0 la valeur de march\u00e9 est \u00e9galement procyclique. Les universitaires qui travaillent sur cette question ont tir\u00e9 la sonnette d&#8217;alarme depuis longtemps. Il est incroyable qu&#8217;ils n&#8217;aient pas \u00e9t\u00e9 entendus!<\/p>\n<p><strong> On met aujourd&#8217;hui en cause les BC, et notamment Alan Greenspan (l&#8217;ancien gouverneur de la FED) qui n&#8217;aurait pas eu les actions appropri\u00e9es en amont pour \u00e9viter la crise. <\/strong><\/p>\n<p><strong> L.S. <\/strong> Les BC ont un discours tr\u00e8s rod\u00e9 pour justifier qu&#8217;elles n&#8217;essaient pas d&#8217;\u00e9touffer dans l&#8217;\u0153uf les bulles. Elles consid\u00e8rent qu&#8217;elles n&#8217;ont pas de capacit\u00e9 sup\u00e9rieure au march\u00e9 pour \u00e9valuer la sur\u00e9valuation syst\u00e9matique d&#8217;actifs, c&#8217;est-\u00e0-dire la formation de bulles. Elles affirment donc qu&#8217;elles ne savent pas quand il faut intervenir. Mais je pense qu&#8217;on fait un faux proc\u00e8s \u00e0 Greenspan. Il avait tr\u00e8s bien compris le fait qu&#8217;on est dans une \u00e9conomie o\u00f9 les pressions d\u00e9sinflationnistes voire d\u00e9flationnistes, li\u00e9es \u00e0 la concurrence des pays \u00e0 bas co\u00fbts, aux gains de productivit\u00e9 de la nouvelle \u00e9conomie et \u00e0 l&#8217;\u00e9conomie de r\u00e9seaux, l&#8217;emportent structurellement sur les risques inflationnistes. Il avait donc compris que la lutte contre l&#8217;inflation ne m\u00e9rite pas toute la focalisation que lui accorde par exemple Trichet(3) aujourd&#8217;hui, et que le challenge, c&#8217;est la stabilit\u00e9 financi\u00e8re.<\/p>\n<p><strong> M.H. <\/strong> Une des sources du probl\u00e8me, c&#8217;est que l&#8217;afflux de liquidit\u00e9s ne s&#8217;investit pas dans la sph\u00e8re productive, et est \u00e0 la recherche d&#8217;une rentabilit\u00e9 maximale: cela a provoqu\u00e9 la bulle internet, puis celle de l&#8217;immobilier ; plus tard, ce sera autre chose. C&#8217;est un trait structurel du capitalisme, li\u00e9 \u00e0 deux choses: d&#8217;un c\u00f4t\u00e9, la part des salaires dans la richesse produite diminue partout dans le monde :Greenspan s&#8217;en inqui\u00e9tait d&#8217;ailleurs, et avouait ne pas tr\u00e8s bien comprendre pourquoi: donc celle des profits augmente, mais ces profits ne s&#8217;accumulent pas sous forme de capital productif, le taux d&#8217;investissement n&#8217;a pas vraiment augment\u00e9. Donc ces profits non investis cherchent une rentabilit\u00e9 en circulant gr\u00e2ce \u00e0 la d\u00e9r\u00e9glementation. Le second facteur, ce sont les d\u00e9s\u00e9quilibres des balances de paiement : principalement, les Etats-Unis ont un d\u00e9ficit croissant, financ\u00e9 par l&#8217;exc\u00e9dent d&#8217;autres pays. On a donc, \u00e0 partir de ces deux sources, une masse de capitaux \u00e0 la recherche d&#8217;une rentabilit\u00e9 tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9e qui nourrissent ces bulles successives, et qui, de plus, r\u00e9troagissent sur la sph\u00e8re productive en exigeant des taux de rentabilit\u00e9 extr\u00eamement \u00e9lev\u00e9s, en nourrissant la pression sur les salaires. Greenspan ne pouvait pas faire grand-chose. <\/p>\n<p><strong> L.S. <\/strong> La crise asiatique de 1997-1998 a vraiment marqu\u00e9 une rupture dans la g\u00e9ographie des flux d&#8217;\u00e9pargne internationaux. Depuis 2000, les pays \u00e9mergents cherchant \u00e0 limiter leur d\u00e9pendance \u00e0 l&#8217;\u00e9gard du FMI et des politiques qui leur ont \u00e9t\u00e9 impos\u00e9es, se sont lanc\u00e9s dans une strat\u00e9gie d&#8217;accumulation de r\u00e9serves. La Chine, les pays p\u00e9troliers et d&#8217;autres pays \u00e9mergents qui, il y a peu, \u00e9taient encore des pays en d\u00e9veloppement, sont maintenant les cr\u00e9anciers du reste du monde et financent aujourd&#8217;hui les Etats-Unis. Cela passe notamment par les fameux fonds souverains qui sont devenus les anges gardiens des banques d&#8217;affaires am\u00e9ricaines. On est d\u00e9sormais dans un monde vraiment multipolaire, et donc beaucoup plus instable d&#8217;un point de vue g\u00e9opolitique, mais aussi \u00e9conomique et financier.<\/p>\n<p><strong> Quelles peuvent \u00eatre les solutions de sortie de crise? <\/strong><\/p>\n<p><strong> M.H. <\/strong> C&#8217;est une des questions-cl\u00e9s des \u00e9lections am\u00e9ricaines: la croissance am\u00e9ricaine ne peut plus \u00eatre fond\u00e9e comme avant sur une consommation tr\u00e8s rapide aliment\u00e9e par un afflux de capitaux \u00e9trangers. Ces capitaux ont maintenant des r\u00e9ticences \u00e0 aller se placer l\u00e0-bas. La croissance des pays \u00e0 exc\u00e9dents pourrait alors devenir autocentr\u00e9e, c&#8217;est-\u00e0-dire moins fond\u00e9e sur des exportations, mais davantage sur des services, des infrastructures sociales ou des consommations qui ne sont pas directement aux prises avec la comp\u00e9tition internationale. Ce serait d&#8217;ailleurs une bonne chose pour eux, et leurs exc\u00e9dents se r\u00e9duiraient, l&#8217;\u00e9quilibre instable mondial se trouverait durablement att\u00e9nu\u00e9. <\/p>\n<p><strong> L.S. <\/strong> Il peut y avoir un atterrissage en douceur si le recentrage sur les investissements internes se fait progressivement, mais cela peut aussi \u00eatre brutal, ce qui pourrait \u00eatre le cas aujourd&#8217;hui si le dollar d\u00e9crochait vraiment.<\/p>\n<p><strong> M.H. <\/strong> Une grande inconnue dans la gestion de la crise, c&#8217;est ce que va faire la BCE dont la pratique est pour le moment centr\u00e9e de mani\u00e8re monomaniaque sur l&#8217;inflation. Or, il faudrait aussi prendre en compte l&#8217;objectif de croissance, comme le fait la FED. Mais va-t-elle prendre pour pr\u00e9texte la remont\u00e9e de l&#8217;inflation pour ne pas desserrer la vis? Une autre question est celle de la politique de change: y aura-t-il des accords pour r\u00e9guler le cours du dollar, notamment par rapport \u00e0 l&#8217;euro? En Europe, on a une monnaie unique qui n&#8217;est pas g\u00e9r\u00e9e, qui encaisse les mouvements du dollar sans r\u00e9action : c&#8217;est un trou institutionnel, il n&#8217;y a m\u00eame pas de doctrine de ce qu&#8217;on devrait faire. Cela s&#8217;explique notamment par le fait que les pays d&#8217;Europe sont tr\u00e8s in\u00e9galement plac\u00e9s du point de vue de la contrainte des taux de change: l&#8217;Allemagne n&#8217;y est par exemple pas tr\u00e8s sensible, contrairement \u00e0 la France.<\/p>\n<p><strong> L.S. <\/strong> Je pense que l&#8217;absence de v\u00e9ritable budget europ\u00e9en est un autre \u00e9l\u00e9ment essentiel dans le sch\u00e9ma \u00e9conomique qui bride les dirigeants de la BCE. Les pays europ\u00e9ens sont dans des situations budg\u00e9taires tr\u00e8s diff\u00e9rentes : certains sont en exc\u00e9dent, d&#8217;autres ont une lourde dette publique pour laquelle il n&#8217;y a aucune mesure d&#8217;assainissement. La BCE pense qu&#8217;en baissant les taux, elle favorise les d\u00e9rives budg\u00e9taires qu&#8217;elle consid\u00e8re comme inflationnistes. Si l&#8217;on avait un budget central, celui-ci jouerait le r\u00f4le d&#8217;amortisseur. C&#8217;est ce qui se passe aux Etats-Unis: quand un choc atteint un Etat, celui-ci reverse moins au budget f\u00e9d\u00e9ral, et b\u00e9n\u00e9ficie de plus de redistribution.<\/p>\n<p>Les BC consid\u00e8rent \u00e9galement trop souvent que dans le monde actuel, leur seul instrument est le taux d&#8217;int\u00e9r\u00eat. Mais en r\u00e9alit\u00e9, on pourrait r\u00e9activer d&#8217;autres instruments tomb\u00e9s en d\u00e9su\u00e9tude, \u00e0 d&#8217;autres fins que leurs objectifs originels. Par exemple les r\u00e9serves obligatoires ont partout beaucoup baiss\u00e9, pour des questions de concurrence entre places financi\u00e8res. Mais on pourrait imaginer que lorsqu&#8217;il y a pr\u00e9somption de bulle par exemple immobili\u00e8re, les BC augmentent de mani\u00e8re cibl\u00e9e les r\u00e9serves obligatoires non r\u00e9mun\u00e9r\u00e9es sur les cr\u00e9dits immobiliers afin de tarir les financements qui alimentent la bulle et ainsi l&#8217;\u00e9touffer. Le d\u00e9veloppement d&#8217;investisseurs publics \u00e0 long terme, ayant pour fonction de stabiliser les march\u00e9s, pourrait aussi faire partie de la palette des solutions. En France, la Caisse des d\u00e9p\u00f4ts pourrait par exemple jouer ce r\u00f4le. <\/p>\n<p>Mervyn King, gouverneur de la Banque d&#8217;Angleterre, avait pronostiqu\u00e9 il y a quelques ann\u00e9es la fin des BC : il annon\u00e7ait que la monnaie \u00e9lectronique allait supplanter la base mon\u00e9taire, celle-ci \u00e9tait si r\u00e9duite au regard de la financiarisation de l&#8217;\u00e9conomie que les BC allaient perdre leur pouvoir. Mais aujourd&#8217;hui, bien que la monnaie centrale repr\u00e9sente une tr\u00e8s faible quantit\u00e9 par rapport \u00e0 la masse des encours d&#8217;actifs (lire glossaire,3), les BC ont au contraire une capacit\u00e9 d&#8217;action \u00e9norme : elles n&#8217;ont pas encore r\u00e9ussi \u00e0 stabiliser le march\u00e9, mais elles ont quand m\u00eame d\u00e9j\u00e0 beaucoup fluidifi\u00e9 les choses. On est au contraire dans l&#8217;\u00e8re de la toute puissance des BC. Mais la FED a chang\u00e9 de mod\u00e8le d&#8217;interpr\u00e9tation du monde, elle se r\u00e9v\u00e8le incroyablement plus novatrice et r\u00e9active que la BCE qui est rest\u00e9e sur un mod\u00e8le du banquier conservateur. C&#8217;est en partie d\u00fb \u00e0 son histoire: elle a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e de rien, et a cherch\u00e9 \u00e0 asseoir rapidement sa cr\u00e9dibilit\u00e9 par une politique mon\u00e9taire rigide. Mais cela fait presque dix ans maintenant, il est temps de changer de mod\u00e8le!<\/p>\n<p><strong> M.H. <\/strong> Mais si la source du probl\u00e8me est la cr\u00e9ation permanente de liquidit\u00e9s \u00e0 la recherche d&#8217;une rentabilit\u00e9 maximale, il y aura des bulles tant que cette source ne sera pas tarie, et la m\u00eame pression sur le secteur productif pour d\u00e9gager une hyper-rentabilit\u00e9. Le probl\u00e8me de fond est celui du fonctionnement du capitalisme. Dans sa donne actuelle, il est difficilement ma\u00eetrisable par des dispositions institutionnelles. De plus, la conception m\u00eame de l&#8217;Union europ\u00e9enne pose probl\u00e8me, comme le souligne la campagne \u00abStop finance\u00bb qui cible deux articles du nouveau trait\u00e9 europ\u00e9en qui interdisent tout contr\u00f4le sur les capitaux.<\/p>\n<p><strong> L.S. <\/strong> Mais si on r\u00e9tablit le contr\u00f4le des capitaux aux fronti\u00e8res de l&#8217;Union, cela pose le probl\u00e8me de la d\u00e9localisation des activit\u00e9s financi\u00e8res et des emplois qui vont avec, vers des places off shore ou simplement adeptes du strict secret bancaire, probl\u00e8me qu&#8217;on a d&#8217;ailleurs au c\u0153ur m\u00eame de l&#8217;Europe avec le Luxembourg, le Liechstenstein et la Suisse!<\/p>\n<p><strong> M.H. <\/strong> C&#8217;est l\u00e0 qu&#8217;on mesure le pouvoir que s&#8217;est donn\u00e9 le capitalisme en se d\u00e9r\u00e9glementant! Les mesures qui paraissent raisonnables ne sont pas coh\u00e9rentes, parce qu&#8217;elles ne r\u00e9pondent pas \u00e0 ce type d&#8217;objection. Il faudrait une remise en cause plus fondamentale du syst\u00e8me. Une des fonctions critiques sur ce sujet consiste \u00e0 affirmer que les solutions \u00ab gentilles \u00bb avec un peu de contr\u00f4le ne sont pas fiables, parce que ces r\u00e8gles qu&#8217;on devrait mettre en place sont en contradiction totale avec la mani\u00e8re dont \u00e7a fonctionne aujourd&#8217;hui. On a par exemple le m\u00eame probl\u00e8me sur la fiscalit\u00e9. L&#8217;id\u00e9e du SPAM, par exemple, de Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon est astucieuse : il s&#8217;agit d&#8217;une taxe sur les rendements financiers qui s&#8217;appuie sur le mode de calcul des gestionnaires eux-m\u00eames, qui d\u00e9finissent la valeur pour l&#8217;actionnaire par rapport \u00e0 un taux de rendement de r\u00e9f\u00e9rence. Tout ce qui serait au-dessus de ce taux de profit serait donc pr\u00e9lev\u00e9. Mais si on le fait dans un pays, il est \u00e9vident que les capitaux se d\u00e9placeront ailleurs. <\/p>\n<p><strong> L.S. <\/strong> C&#8217;est le sable dans les rouages de la taxe Tobin, on butte toujours sur le m\u00eame argument. Mais il faut \u00eatre optimiste car il y a des crises suffisamment graves pour provoquer des \u00e9lectrochocs qui, sans pour autant r\u00e9volutionner le syst\u00e8me, changent peut-\u00eatre un peu sa trajectoire. Cela a \u00e9t\u00e9 le cas de la crise de 1929. La p\u00e9dagogie des crises fonctionne.  <\/p>\n<p><strong> Propos recueillis par A.J. <\/strong><\/p>\n<p>1. Banque centrale europ\u00e9enne.  <\/p>\n<p>2. Federal Reserve: la Banque centrale am\u00e9ricaine.<\/p>\n<p>Paru dans<em> Regards <\/em> n\u00b052, mai-juin 2008<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Table ronde avec Laurence Scialom et Michel Husson <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-3626","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3626","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3626"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3626\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3626"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3626"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3626"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}