{"id":3613,"date":"2008-05-01T00:00:00","date_gmt":"2008-04-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/rap-francais-les-pieds-dans-le3613\/"},"modified":"2008-05-01T00:00:00","modified_gmt":"2008-04-30T22:00:00","slug":"rap-francais-les-pieds-dans-le3613","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=3613","title":{"rendered":"Rap fran\u00e7ais. Les pieds dans le b\u00e9ton"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Le fric le hante, les m\u00e9dias le flattent&#8230; Mais malgr\u00e9 des relents plus souvent commerciaux que subversifs, il reste le genre musical le plus censur\u00e9 et poursuivi. <\/p>\n<p>Constat de d\u00e9part, le rap fran\u00e7ais constitue aujourd&#8217;hui en France un des courants artistiques les plus prolifiques et, si on l&#8217;englobe avec le r&#8217;n&#8217;b sous l&#8217;appellation de musique urbaine, un des plus vendeurs. On ne compte plus les groupes qui essaiment sur Myspace, les albums qui sortent en ind\u00e9 ou sur les majors, les nouvelles stars et les anciennes gloires. Les rappeurs sont rentr\u00e9s, de force au d\u00e9part, mais quand m\u00eame \u00e0 fond, dans le syst\u00e8me m\u00e9diatique, tr\u00e9pignant d\u00e9sormais devant les \u00abprime\u00bb des \u00e9missions de t\u00e9l\u00e9r\u00e9alit\u00e9 ou s&#8217;inventant une l\u00e9gende sur les sites de vid\u00e9os en partage. La reformation provisoire de NTM, combo   le plus fondamental, pour ne pas dire fondateur, de la sc\u00e8ne hexagonale, offre la possibilit\u00e9 de mesurer l&#8217;ampleur du chemin parcouru, depuis les premiers micros libres sur Radio Nova, jusqu&#8217;\u00e0 remplir maintenant Bercy sur un simple effet d&#8217;annonce. <\/p>\n<p><strong> FONDS DE COMMERCE <\/strong><\/p>\n<p>Massif et pl\u00e9thorique, l&#8217;auditeur moyen et non averti y retrouve forc\u00e9ment \u00e0 boire et \u00e0 manger, y compris sur le versant id\u00e9ologique (avec sa sacralisation de la famille, son tabou de la religion, etc.). Ainsi, que reste-t-il de commun, \u00e0 part l&#8217;\u00e9tiquette de l&#8217;industrie du disque, entre les tenants d&#8217;un rap d&#8217;adultes plut\u00f4t \u00abconscient\u00bb (Roc\u00e9, Kohndo, Abd-el-Malik, etc.), les v\u00e9t\u00e9rans qui tiennent leurs rangs en misant d&#8217;abord sur leur qualit\u00e9 artistique (Joey Starr, Oxmo Puccino, Iam), les militants altermondialistes, sorte de n\u00e9o-rock alternatif (Keny Arkana, Kalash&#8230;), les atypiques branchouilles (Daabazz, Tekilatex&#8230;) de \u00abla banlieue molle\u00bb et le rap \u00abracaille\u00bb pour Skyrock \u00e0 la Booba, qui compl\u00e8te le gros des ventes, avec celui plus consensuel et girly de Diam&#8217;s? D\u00e9sormais, m\u00eame Pierre, l&#8217;un des fils de Nicolas Sarkozy, produit du rap sous le pseudonyme de Mosey (dans un univers o\u00f9 bouffer du Sarko s&#8217;av\u00e8re un fonds de commerce, belle mise en ab\u00eeme). Mouloud, journaliste \u00e0 Canal+ et grand connaisseur de la question, tranche \u00e0 la hache:<em> \u00abLe rap ne sait plus qu&#8217;agiter des phantasmes. Soit il fait le jeu de l&#8217;UMP en proposant une vision caricaturale de la banlieue, soit c&#8217;est la soupe moraliste niaise.\u00bb <\/em> Il est d&#8217;une certaine fa\u00e7on devenu tellement caricatural, que ce furent en 2008 des humoristes qui en abus\u00e8rent le mieux (ses codes, ses signaux, etc.), comme Fatal Bazooka de Michael Youn ou le Belge James Deano avec son in\u00e9narrable \u00abFils du commissaire\u00bb. Pour le rappeur Roc\u00e9, les causes profondes du malaise sont \u00e0 rechercher dans la persistance du regard colonial sur les enfants d&#8217;immigr\u00e9s.<em> \u00abCe sont des r\u00f4les que les rappeurs n&#8217;avaient pas choisis au d\u00e9part, mais qui sont h\u00e9ritiers des vieux phantasmes des \u00abm\u00e9t\u00e8ques\u00bb, ceux qui font peur ou font rire, le sauvage dans les anciennes colonies. C&#8217;est ce que veut entendre le plus grand public. Les rappeurs se placent automatiquement dans ce fonds de commerce.\u00bb <\/em><\/p>\n<p><strong> DEBOIRES ET HARCELEMENT <\/strong><\/p>\n<p>Malgr\u00e9 ses outrances et son go\u00fbt originel du \u00abbling-bling\u00bb, la jeune rappeuse marseillaise tr\u00e8s engag\u00e9e Keny Arkana souligne en contrepoint que<em> \u00able rap reste la premi\u00e8re musique que l&#8217;on censure et que l&#8217;on attaque en France. Cela d\u00e9montre quelque chose\u00a0en d\u00e9pit de toute cette v\u00e9n\u00e9ration malsaine pour le fric\u00bb <\/em>. Les d\u00e9m\u00eal\u00e9s de La Rumeur avec la justice ou le harc\u00e8lement par un groupuscule d&#8217;extr\u00eame droite de Sniper, tout comme les d\u00e9boires parlementaires de Monsieur R, l&#8217;illustrent parfaitement.<\/p>\n<p>M\u00eame perverti politiquement (le cas Doc Gyneco) ou compl\u00e8tement amorphe artistiquement, il persiste toujours dans le rap un peu de poison anticonformiste, une sorte d&#8217;irr\u00e9dentisme asocial, qui puise sa source au plus profond de l&#8217;essence de cette musique, m\u00eame quand elle se contente d&#8217;\u00e9voquer les beaux culs et les grosses cylindr\u00e9s. Nick Cohn, \u00e9crivain rock, avait parfaitement r\u00e9sum\u00e9 l&#8217;ADN de cette culture dans son livre Triksta:<em> \u00abLe hip-hop a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 en douce, par et pour les exclus, et son message de base \u00e9tait le d\u00e9fi \u00e0 travers la f\u00eate: nous on est l\u00e0, fils de putes. On est toujours vivants. Venez voir, on est plus vivants que vous.\u00bb <\/em><\/p>\n<p>En France, l&#8217;histoire commence \u00e9galement de la sorte. L&#8217;explosion du rap fran\u00e7ais est concomitante de la naissance du \u00abprobl\u00e8me des banlieues\u00bb. Il est en fait la bande-son au sens large du spectre, le reflet parfois repoussant (sexisme, homophobie, etc.), mais assez fid\u00e8le, s&#8217;insinuant partout avec flamboyance, au fur et \u00e0 mesure que les digues sociales l\u00e2chaient les unes apr\u00e8s les autres. Le choix des mots appos\u00e9s sur ces r\u00e9alit\u00e9s \u00ab\u00e9mergentes\u00bb acheva la r\u00e9partition des r\u00f4les. Le passage d&#8217;une banlieue rouge ouvri\u00e8re \u00e0 des \u00ab cit\u00e9s \u00bb immigr\u00e9es et mis\u00e9reuses, que ces jeunes finirent par nommer \u00abghettos\u00bb \u00e0 l&#8217;instar des grands fr\u00e8res ricains, apporta la touche finale au tableau. Porteuse de l&#8217;espoir du monde en 1968, la jeunesse \u00e9tait red\u00e9finie en classe dangereuse. Le rappeur Booba synth\u00e9tise cette r\u00e9gression \u00e0 la mode \u00abparticulier \u00e0 particulier\u00bb:<em> \u00abquand je tra\u00eene en bas chez toi, je fais chuter le prix de l&#8217;immobilier\u00bb <\/em>.<\/p>\n<p> \u00abLa Deuxi\u00e8me France\u00bb dont se r\u00e9clame Kery James, celle des<em> \u00abbasan\u00e9s\u00bb <\/em>,<em> \u00abd\u00e9linquants\u00bb <\/em> et<em> \u00abfuturs terroristes\u00bb <\/em>, ceux qui utilisent les manifestations lyc\u00e9ennes comme des self-services de la d\u00e9pouille, \u00e9tait n\u00e9e. Les rappeurs choisirent ensuite leur propre parcours artistique, mais ni l&#8217;industrie du disque ni les m\u00e9dias n&#8217;oubli\u00e8rent d&#8217;o\u00f9 ils venaient. La relation au politique en fut d\u00e8s le d\u00e9part vici\u00e9e. Devant la d\u00e9faillance des partis \u00e0 relayer voire \u00e0 comprendre le drame humain qui se nouait sous leurs yeux, ils demand\u00e8rent ou exig\u00e8rent, comme le reste du corps social, du rappeur d&#8217;occuper le terrain dor\u00e9navant vacant de la repr\u00e9sentativit\u00e9 citoyenne, de l&#8217;exemplarit\u00e9 sociale voire du contr\u00f4le parental. Beaucoup de politiques ne se rappel\u00e8rent alors qu&#8217;en 2005 que tout \u00e9tait annonc\u00e9 dans ces fameux CD, avec \u00e9videmment le \u00abQu&#8217;est-ce qu&#8217;on attend pour foutre le feu\u00bb de NTM, un hymne anticipateur dont m\u00eame les auteurs aujourd&#8217;hui ne croient plus en l&#8217;issue heureuse. Y compris \u00e0 gauche, le d\u00e9sarroi devant l&#8217;objet rap fut et resta dominant, \u00e0 force de le r\u00e9duire \u00e0 une musique engag\u00e9e, sans comprendre qu&#8217;elle avait d&#8217;abord les pieds dans le b\u00e9ton. Le rap ne va pas changer la soci\u00e9t\u00e9 ni la politique. Elles ne l&#8217;ont jamais \u00e9cout\u00e9, ce qui reste sa principale raison d&#8217;\u00eatre. <\/p>\n<p><strong> N.K. <\/strong><\/p>\n<p>Paru dans<em> Regards <\/em> n\u00b051 mai 2008<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Le fric le hante, les m\u00e9dias le flattent&#8230; Mais malgr\u00e9 des relents plus souvent commerciaux que subversifs, il reste le genre musical le plus censur\u00e9 et poursuivi. <\/p>\n","protected":false},"author":579,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[296,338],"class_list":["post-3613","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-musique","tag-rap"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3613","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/579"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3613"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3613\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3613"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3613"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3613"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}