{"id":3612,"date":"2008-05-01T00:00:00","date_gmt":"2008-04-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/les-banlieues-parlent-aux3612\/"},"modified":"2008-05-01T00:00:00","modified_gmt":"2008-04-30T22:00:00","slug":"les-banlieues-parlent-aux3612","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=3612","title":{"rendered":"Les banlieues parlent aux banlieues&#8230;"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Comment faire entendre la parole des jeunes des quartiers populaires ? Peut-elle avoir un impact sur le discours social et m\u00e9diatique ? Journaux et blogs ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s dans l&#8217;urgence des \u00e9meutes. Elargir leur espace d&#8217;expression au-del\u00e0 de leur propre territoire reste un enjeu d\u00e9licat, qui alimente le risque de r\u00e9cup\u00e9ration. <\/p>\n<p><em> &#8220;Nous, on vit en banlieue, on sait de quoi on parle. \u00c7a ne veut pas dire qu&#8217;on fera mieux, mais en tout cas \u00e7a sera nuanc\u00e9. \u00bb <\/em> Dire les banlieues depuis la banlieue. Une n\u00e9cessit\u00e9 au regard du mythe cr\u00e9\u00e9 et entretenu par les m\u00e9dias sur les quartiers populaires. Le traitement m\u00e9diatique des \u00e9meutes, \u00e0 l&#8217;automne 2005, a \u00e9t\u00e9 un v\u00e9ritable choc. Surtout pour les jeunes, les premiers concern\u00e9s, qui ne se reconnaissaient pas dans l&#8217;image qu&#8217;on donnait d&#8217;eux. Pourquoi un tel foss\u00e9 entre ceux qui fabriquent l&#8217;info et ceux qui la lisent ou la regardent ? D&#8217;abord, l&#8217;homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 dans la profession de journaliste, dont le profil sociologique \u00e9volue peu : masculin, blanc, issu d&#8217;un milieu plut\u00f4t favoris\u00e9. Tout le s\u00e9pare des habitants des quartiers populaires. Pour J\u00e9r\u00f4me Bouvier (1), pr\u00e9sident de Journalisme et Citoyennet\u00e9,<em> \u00ab les journalistes ont maintenant une image d\u00e9testable. On les a vus d\u00e9barquer avec fixeurs et gardes du corps quand \u00e7a br\u00fblait. Les jeunes ont l&#8217;impression qu&#8217;on vient les filmer comme au zoo \u00bb <\/em>. Ajouter \u00e0 \u00e7a un certain sensationnalisme :<em> \u00ab les banlieues font exotique \u00bb <\/em>, d\u00e9plore David Eloy, r\u00e9dacteur en chef d&#8217;Altermondes.<\/p>\n<p><strong> UNE MOBILISATION <\/strong><\/p>\n<p>Dans ce contexte, plusieurs initiatives \u00e9mergent pour rendre la parole \u00e0 ces jeunes, et les former \u00e0 l&#8217;\u00e9criture journalistique. Ainsi est n\u00e9 le Bondyblog. Antoine Menuisier, journaliste venu \u00e0 Bondy couvrir les \u00e9meutes en 2005, est aujourd&#8217;hui r\u00e9dacteur en chef de ce site internet. Il explique :<em> \u00ab Le but du jeu est de changer l&#8217;image de la banlieue. Il ne s&#8217;agit pas d&#8217;en donner une image \u00e0 tout prix positive. Mais simplement d&#8217;en parler. Ce qui est int\u00e9ressant, c&#8217;est que ces jeunes s&#8217;approprient la mati\u00e8re de la banlieue pour s&#8217;en \u00e9manciper, prennent de la distance pour mieux en parler. \u00bb <\/em> Ainsi, chaque mardi soir, la vingtaine de bloggeurs se r\u00e9unit autour de deux journalistes professionnels. Ensemble, ils fixent les prochains sujets \u00e0 couvrir, discutent les angles et les interviews. David Eloy, r\u00e9dacteur en chef d&#8217;Altermondes, explique qu&#8217;il a voulu<em> \u00ab travailler sur un territoire populaire, pour donner un espace de parole \u00e0 des jeunes chez qui pr\u00e9existaient des dynamiques de solidarit\u00e9 \u00bb <\/em>. Huit jeunes de Seine-Saint-Denis, accompagn\u00e9s de journalistes missionn\u00e9s par d&#8217;autres r\u00e9dactions <em> Lib\u00e9ration <\/em>,<em> l&#8217;Humanit\u00e9 <\/em>,<em> Regards <\/em>,<em> La Vie <\/em>,<em> Ressources urbaines <\/em>&#8230;), ont \u00e9crit le hors-s\u00e9rie d&#8217;Altermondes sorti cet hiver.<em> \u00ab Il s&#8217;agit de leur permettre d&#8217;exercer, par l&#8217;\u00e9criture, leur regard critique sur leur exclusion et leur fa\u00e7on d&#8217;y r\u00e9agir. \u00bb <\/em><em> \u00ab J&#8217;ai d\u00e9couvert qu&#8217;\u00e9crire un journal \u00e9tait l&#8217;essence m\u00eame du d\u00e9bat, de la d\u00e9mocratie \u00bb <\/em>, compl\u00e8te Karima, l&#8217;une des participantes.<\/p>\n<p>En 2006,<em> Regards <\/em> cr\u00e9e<em> Dawa <\/em>, en r\u00e9action au traitement m\u00e9diatique des banlieues. Soit une quinzaine de volontaires de la ville de Bobigny, de 17 ans et plus, auxquels une \u00e9quipe de journalistes enseigne l&#8217;esprit critique, l&#8217;\u00e9criture journalistique. Pour, \u00e0 terme, publier leur journal :<em> \u00ab Il ne s&#8217;agit pas seulement de raconter le petit monde de Bobigny, mais le monde vu de Bobigny \u00bb <\/em>, pr\u00e9cise Sabrina Kassa, l&#8217;une des intervenantes.<em> \u00ab Gr\u00e2ce \u00e0 l&#8217;atelier, je me suis ouverte, m\u00eame d\u00e9couverte. J&#8217;ai appris \u00e0 lire diff\u00e9remment les journaux. J&#8217;aimais d\u00e9j\u00e0 \u00e9crire, mais maintenant je suis s\u00fbre de vouloir \u00eatre journaliste \u00bb <\/em>, t\u00e9moigne Zineb, l&#8217;une des jeunes participantes. Bien qu&#8217;encadr\u00e9s, ces \u00ab journalistes citoyens \u00bb savent nourrir leurs articles d&#8217;un apport culturel et social qui leur est propre. Au fil des articles de ces collectifs, transpara\u00eet la m\u00eame richesse. Il ne s&#8217;agit ni de justesse, ni de v\u00e9rit\u00e9. Simplement d&#8217;une prise de parole de la part d&#8217;un pan de la soci\u00e9t\u00e9 m\u00e9diatis\u00e9 et pourtant exclu de l&#8217;espace d&#8217;intervention.<\/p>\n<p>Si ces m\u00e9dias alternatifs participent d&#8217;une r\u00e9elle mobilisation, se pose la question de leur efficacit\u00e9 et de leur devenir.<em> Dawa <\/em> pour Bobigny,<em> Bondyblog <\/em> pour Bondy,<em> Altermondes <\/em> pour la Seine-Saint-Denis  ont des initiatives tr\u00e8s localis\u00e9es. J\u00e9r\u00f4me Bouvier a \u00e9t\u00e9 l&#8217;instigateur d&#8217;un site  (2) qui a donn\u00e9 la parole \u00e0 des jeunes de quartiers lors des municipales de 2008. Selon lui, cette mobilisation reste<em> \u00ab r\u00e9active et \u00e9motive \u00bb <\/em>. Ce \u00ab journalisme citoyen \u00bb peut-il atteindre les m\u00e9dias traditionnels ?<\/p>\n<p><strong> UN IMPACT LIMIT\u00c9 <\/strong><\/p>\n<p>Un constat s&#8217;impose : ces m\u00e9dias port\u00e9s par la diversit\u00e9 semblent victimes de leur propre nature. Leur objectif est de rendre la parole \u00e0 la banlieue. Mais cette parole reste, \u00e0 l&#8217;heure actuelle, enclav\u00e9e \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur de son territoire. Le lectorat n&#8217;est pas national. Cependant, pour beaucoup d&#8217;acteurs de ces m\u00e9dias alternatifs, l&#8217;espoir reste permis. La journaliste Sabrina Kassa assure que ces mouvements sont vou\u00e9s \u00e0 prendre de l&#8217;ampleur,<em> \u00ab tant il y a d&#8217;insatisfaction vis-\u00e0-vis des m\u00e9dias traditionnels, qui ne parviennent pas \u00e0 raconter la banlieue \u00bb <\/em>. Pour David Eloy, m\u00eame si ces mouvements ne sont<em> \u00ab pas r\u00e9volutionnaires \u00bb <\/em>,<em> \u00abces initiatives permettent aux m\u00e9dias classiques de prendre conscience de leurs lacunes, de voir que des choses se font ind\u00e9pendamment d&#8217;eux, avec pertinence. A terme, \u00e7a peut tout de m\u00eame repr\u00e9senter des parts de march\u00e9 \u00bb <\/em>. Hanane, du<em> Bondyblog <\/em>, d\u00e9plore que les principaux m\u00e9dias ne traitent de la banlieue<em> \u00ab que lorsque \u00e7a br\u00fble, ou qu&#8217;un lyc\u00e9en de ZEP a \u00e9t\u00e9 accept\u00e9 \u00e0 Sciences Po. C&#8217;est \u00e0 croire que la normalit\u00e9 n&#8217;existe pas chez nous \u00bb <\/em>. Tant que JT et grands journaux ne sauront traiter la banlieue avec justesse, les m\u00e9dias alternatifs auront de quoi donner de la voix. Certains l&#8217;ont compris. En offrant un partenariat financier au<em> Bondyblog <\/em>, 20minutes. fr lui a permis de gagner en lisibilit\u00e9 et popularit\u00e9, si bien que deux autres ateliers d&#8217;\u00e9criture sont n\u00e9s. Le Bondyblog de Marseille a ouvert en d\u00e9cembre et celui de Lyon est attendu pour bient\u00f4t. Pour que la prise de parole des banlieues ait un impact sur le discours social et m\u00e9diatique, son espace d&#8217;expression doit s&#8217;\u00e9largir au-del\u00e0 de son territoire. Enjeu d\u00e9licat, alimentant le risque de r\u00e9cup\u00e9ration.<\/p>\n<p><strong> CHARIT\u00c9 T\u00c9L\u00c9VISUELLE <\/strong> <\/p>\n<p>Les op\u00e9rations de communication consistant \u00e0 introduire des jeunes des banlieues dans les lyc\u00e9es renomm\u00e9s, les instituts politiques (classes exp\u00e9rimentales pour Sciences Po) ou certaines r\u00e9dactions (Fondation TF1 pour l&#8217;audiovisuel), ont particip\u00e9 d&#8217;un rachat de bonne conscience. Le 1er avril dernier, une \u00e9quipe de TF1 s&#8217;invite \u00e0 la conf\u00e9rence de r\u00e9daction du<em> Bondyblog <\/em> pour pr\u00e9senter son projet : la cha\u00eene accueillera d\u00e8s l&#8217;\u00e9t\u00e9 2008 une dizaine de jeunes pour un CDD de deux ans, pour les former aux techniques audiovisuelles. Robert Namias, directeur de l&#8217;information, est venu accompagn\u00e9 de Samira Djouadi, d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale de la Fondation TF1, et de Harry Roselmack. Le pr\u00e9sentateur noir, qui fait de TF1 le fer de lance de la \u00ab diversit\u00e9 \u00bb, explique aux jeunes qu&#8217;ils sont<em> \u00ab victimes du principe m\u00eame de l&#8217;information qui consiste \u00e0 parler de ce qui va mal. Or, toujours montrer les m\u00eames personnes dans des situations r\u00e9currentes a pu produire des effets \u00bb <\/em> ! Robert Namias lui, se charge de faire le mea culpa de la cha\u00eene :<em> \u00ab Pendant longtemps, TF1 n&#8217;a pas restitu\u00e9 la diversit\u00e9 qui s&#8217;est install\u00e9e en France. Nous voulons sortir de la caricature. \u00c7a ne va peut-\u00eatre pas changer grand-chose, mais au moins on montrera vers quoi on veut aller. \u00bb <\/em><\/p>\n<p>Samira Djouadi, d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale, atteste de la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 de l&#8217;initiative :<em> \u00ab A TF1 nous n&#8217;avons pas peur de cibler le public que nous voulons. Nous voulons vous tendre la main, vous aider. \u00bb <\/em> Un murmure s&#8217;\u00e9l\u00e8ve, un jeune intervient<em> \u00ab mais on n&#8217;a pas besoin d&#8217;aide, Madame \u00bb <\/em> ! Robert Namias rectifie  :<em> \u00ab Vous avez mal compris. Il ne s&#8217;agit pas d&#8217;aider les jeunes, mais de leur permettre d&#8217;exprimer leur richesse. Car nous, \u00e0 TF1, on a compris que les banlieues avaient des choses \u00e0 dire. \u00bb <\/em> Hanane, du Bondyblog, s&#8217;interroge :<em> \u00ab Et dans deux ans ? Ils sortiront avec un dipl\u00f4me TF1 ? La cha\u00eene ne changera pas sa fa\u00e7on de parler des banlieues en int\u00e9grant huit jeunes. Et puis il n&#8217;y a pas que les Noirs et les Arabes qui n&#8217;arrivent pas \u00e0 entrer dans une \u00e9cole de journalisme. Ce n&#8217;est qu&#8217;un coup de pub. \u00bb <\/em> <\/p>\n<p>Appropriation des m\u00e9dias par les jeunes, des jeunes par les m\u00e9dias ? A l&#8217;heure o\u00f9 op\u00e9rations de communication et initiatives p\u00e9dagogiques et journalistiques se croisent, reste \u00e0 d\u00e9terminer si ces m\u00e9dias port\u00e9s par la diversit\u00e9 devront p\u00e9n\u00e9trer les m\u00e9dias classiques ou au contraire exister sur une route parall\u00e8le, pour faire vivre un autre journalisme. Florencia, de<em> Dawa <\/em>, conclut :<em> \u00ab Cette image qui nous colle \u00e0 la peau, il faut s&#8217;en d\u00e9tacher. Pas en l&#8217;ignorant, mais en y r\u00e9pondant. \u00bb <\/em> Elle confie que, plus tard, elle aimerait \u00e9crire elle-m\u00eame sur ces sujets, dans une grande r\u00e9daction. <\/p>\n<p><strong> C.W. <\/strong><\/p>\n<p>1. J\u00e9r\u00f4me Bouvier, ancien directeur de la r\u00e9daction de RFI, pr\u00e9sident de Journalisme et Citoyennet\u00e9, organisateur des Assises du journalisme, et \u00e0 l&#8217;initiative du site http:\/\/vudesquartiers. journalisme.com.<\/p>\n<p>2. vudesquartiers. journalisme. com<\/p>\n<p>Paru dans<em> Regards <\/em>, num\u00e9ro sp\u00e9cial, mai 2008<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Comment faire entendre la parole des jeunes des quartiers populaires ? Peut-elle avoir un impact sur le discours social et m\u00e9diatique ? 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