{"id":3602,"date":"2008-11-25T00:00:00","date_gmt":"2008-11-24T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/two-lovers-de-james-gray3602\/"},"modified":"2008-11-25T00:00:00","modified_gmt":"2008-11-24T23:00:00","slug":"two-lovers-de-james-gray3602","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=3602","title":{"rendered":"\u00ab Two lovers \u00bb, de James Gray"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Apr\u00e8s trois polars noirs peupl\u00e9s de h\u00e9ros tragiques, James Gray signe un long m\u00e9trage romantique et m\u00e9lancolique. Le cin\u00e9aste poursuit l&#8217;exploration de ses th\u00e8mes de pr\u00e9dilection : la communaut\u00e9, le d\u00e9sir, la loi&#8230; Un film trou\u00e9 de cicatrices. <\/p>\n<p>Le titre promet deux amants. En voil\u00e0 un. Le film s&#8217;avance d&#8217;abord sous la forme d&#8217;une d\u00e9marche. Massive et claudicante. S\u00fbre d&#8217;elle et bless\u00e9e. La cam\u00e9ra fait corps avec un homme, embo\u00eete son pas sur un pont, le talonne. Le marcheur tient sous son bras un v\u00eatement emball\u00e9, tout droit sorti du pressing. Soudain, l&#8217;\u00e9v\u00e9nement survient. Le pass\u00e9 l&#8217;oppresse, le fait d\u00e9vier de son pr\u00e9sent. Un gouffre s&#8217;ouvre ; le marcheur se jette \u00e0 l&#8217;eau. Lors de sa chute abyssale, un fant\u00f4me lui appara\u00eet. Une femme qui chuchote : \u00ab Leonard, je t&#8217;aime, mais je pars. Il le faut. \u00bb Leonard touche le fond, refait surface. Des passants s&#8217;ameutent, paniquent, d\u00e9battent. A-t-il saut\u00e9 ? Est-il tomb\u00e9 ? Le personnage s&#8217;\u00e9loigne, sans remercier personne, continue sa route sans donner d&#8217;explication \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 \u00e9bahie. A la soci\u00e9t\u00e9, Leonard oppose un monde. Son monde. Aussi intrigant que ses photos en noir et blanc. Aussi \u00e9nigmatique que l&#8217;univers de 2001 l&#8217;odyss\u00e9e de l&#8217;espace, dont le poster orne sa chambre. Ses parents l&#8217;attendent pour d\u00eener dans leur appartement de Brighton Beach et surtout pour lui pr\u00e9senter sa promise, la fille du futur associ\u00e9 du p\u00e8re.<\/p>\n<p><strong> BIFURCATION, DILEMME <\/strong><\/p>\n<p>La variation autour de l&#8217;amour contrari\u00e9, malheureux, source de la pulsion suicidaire \u00e9nonc\u00e9e d\u00e8s les premiers plans, est le c\u0153ur battant du nouveau film de James Gray, un film pudique, trou\u00e9 de cicatrices comme les poignets de Leonard. Auteur de Little Odessa (1994), de The Yards (2000) et de La Nuit nous appartient (2007), le r\u00e9alisateur n\u00e9 \u00e0 New York en 1969 : en m\u00eame temps que le Nouvel Hollywood :, s&#8217;est jusque-l\u00e0 distingu\u00e9 par ses polars sombres dans lesquels familles et mafias \u00e9changeaient les accents de leur homophonie. L&#8217;histoire d&#8217;amour de Two Lovers ouvre une nouvelle voie. Si quatre films seulement peuplent \u00e0 ce jour la filmographie de Gray, ils fa\u00e7onnent ensemble une \u0153uvre originale, travers\u00e9e par des th\u00e8mes forts, des sch\u00e8mes propres aux grands conflits tragiques. Des personnages tiraill\u00e9s entre leur d\u00e9sir et leur devoir ; leur \u00e7a et leur surmoi. Des obsessions tenaces, pesantes. Telle la d\u00e9marche de son nouvel h\u00e9ros. En creusant le sillon de la destin\u00e9e amoureuse de Leonard Kraditor, Gray rejoue son inclination pour la bifurcation, le dilemme, l&#8217;ambivalent, tout en r\u00e9inventant le genre de la com\u00e9die romantique. Interpr\u00e9t\u00e9 par Joaquin Phoenix, Leonard est \u00e9cartel\u00e9 entre deux femmes. D&#8217;un c\u00f4t\u00e9, Sandra Cohen (Vinessa Shaw), une femme qui l&#8217;aime sinc\u00e8rement et avec qui il serait \u00ab si \u00bb simple d&#8217;\u00eatre heureux ; fan du film musical de Robert Wise La M\u00e9lodie du bonheur, elle est jeune, s\u00e9duisante, libre, juive comme lui, adoub\u00e9e par ses parents et sa communaut\u00e9. Une fille de son milieu. M\u00eame palier. Mode conditionnel. De l&#8217;autre, Michelle Rausch, adorable voisine du dessus, rencontr\u00e9e par hasard dans la cage d&#8217;escalier. Entretenue par son amant, un riche avocat, mari\u00e9 et p\u00e8re de famille, Michelle se d\u00e9fonce pour noyer sa d\u00e9tresse et se rapproche, amicalement, de Leonard pour qu&#8217;il la conseille et la soutienne. Une fille qui le tire vers ailleurs, qui tire ses regards vers le haut. Mode indicatif. La topographie de leur relation construite sur leur voisinage est puissamment mise en sc\u00e8ne par James Gray ; leurs deux rendez-vous sur le toit sont bouleversants, tout comme la fa\u00e7on dont ils s&#8217;envoient des signes, se parlent et se photographient depuis leurs fen\u00eatres sur cour. Une s\u00e9quence se d\u00e9tache : apr\u00e8s leur escapade en bo\u00eete de nuit (s\u00e9quence oblig\u00e9e des films de Gray), Leonard, de retour chez lui apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 refoul\u00e9 \u00e0 l&#8217;entr\u00e9e de la bo\u00eete, attend dans sa chambre. Soudain, son visage s&#8217;\u00e9claire, illumin\u00e9 par les fen\u00eatres de Michelle, rentr\u00e9e \u00e0 son tour. Ils s&#8217;animent l&#8217;un l&#8217;autre. Une sc\u00e8ne de gr\u00e2ce au sens pictural du terme. La diff\u00e9renciation des deux femmes, la brune et la blonde, est extr\u00eamement soign\u00e9e par la narration et la mise en sc\u00e8ne ; Sandra, figure du plain pied, terrestre ; Michelle, figure d&#8217;en haut. Avec l&#8217;une, Leonard fait l&#8217;amour couch\u00e9 sous la couette, avec l&#8217;autre, debout au grand jour. Quand Sandra lui offre des gants, soit l&#8217;objet mim\u00e9tique par excellence, imitant parfaitement la main qu&#8217;il recouvre, il ach\u00e8te une bague \u00e0 Michelle. La circulation entre ces deux objets joue un r\u00f4le crucial tout au long du film, jusqu&#8217;\u00e0 la sc\u00e8ne d\u00e9cisive de la plage.<\/p>\n<p><strong> PERSONNAGE CORPS <\/strong><\/p>\n<p>Fils suicidaire recueilli par ses parents, ado retard\u00e9, danseur hors pair, photographe amateur, fou amoureux aujourd&#8217;hui, amoureux fou hier, \u00ab vampire \u00bb comme le lui dit sa m\u00e8re en venant le r\u00e9veiller un matin, imitateur et bout en train (ainsi la sc\u00e8ne o\u00f9 il fait rire l&#8217;employ\u00e9e du pressing familial en faisant mine de dispara\u00eetre dans le bitume), homme invisible quand il se cache derri\u00e8re la porte de Michelle, Leonard Kraditor est avant tout un corps. Un personnage qui est son corps. Un corps burlesque qui renverse les cat\u00e9gories de la force et de la faiblesse. Figure de l&#8217;inad\u00e9quation sociale, Leonard \u00e9choue-t-il pourtant \u00e0 r\u00e9aliser son d\u00e9sir ? Le dernier plan, myst\u00e9rieux et inqui\u00e9tant, laisse ouvert le champ des possibles. Cynisme d\u00e9sabus\u00e9 ou sursaut sentimental ? Quoi qu&#8217;il en soit, le film lui va comme un gant. Two lovers, ou le gant et la main. Deux corps qui s&#8217;enlacent, s&#8217;enveloppent. Un frisson voluptueux : \u00ab A quoi s&#8217;adonnent donc les amants, si ce n&#8217;est \u00e0 l&#8217;imitation de leurs corps, tout comme s&#8217;ils voulaient devenir l&#8217;un \u00e0 l&#8217;autre le gant et la main ? \u00bb, interroge quelque part, romantique, l&#8217;\u00e9crivain Jean-Christophe Bailly. <strong> J.C. <\/strong><\/p>\n<p><em> Two Lovers <\/em>, de James Gray, en salles<\/p>\n<p>Paru dans<em> Regards <\/em> n\u00b056, novembre 2008<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Apr\u00e8s trois polars noirs peupl\u00e9s de h\u00e9ros tragiques, James Gray signe un long m\u00e9trage romantique et m\u00e9lancolique. 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