{"id":3590,"date":"2008-11-01T00:00:00","date_gmt":"2008-10-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/il-y-a-des-demissions-des3590\/"},"modified":"2008-11-01T00:00:00","modified_gmt":"2008-10-31T23:00:00","slug":"il-y-a-des-demissions-des3590","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=3590","title":{"rendered":"\u00abIl y a des d\u00e9missions, des d\u00e9pressions, m\u00eame des crises de larmes\u00bb"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> En septembre dernier, Renault annonce la suppression de 4 000 postes au sein de ses usines fran\u00e7aises, pour \u00ab pr\u00e9server la profitabilit\u00e9 \u00bb. A Sandouville, en Seine-Maritime, o\u00f9 1000 postes sont directement menac\u00e9s, certains ouvriers perdent d\u00e9j\u00e0 jusqu&#8217;\u00e0 400 euros de salaire pour ch\u00f4mage partiel. Et apr\u00e8s le ralentissement vient la crise \u00e9conomique&#8230; Le secteur automobile est l&#8217;un des plus durement touch\u00e9s. Rencontre avec un ouvrier de l&#8217;usine de Flins, dans les Yvelines. <\/p>\n<p>&#8220;Je travaille chez Renault depuis 1973. Il y a encore peu, j&#8217;\u00e9tais affect\u00e9 \u00e0 l&#8217;atelier de montage. Je pr\u00e9parais les pi\u00e8ces pour les cha\u00eenes. Mais depuis que le groupe a arr\u00eat\u00e9 de fabriquer les Twingo, je suis \u00e0 la maintenance : en ce moment on d\u00e9monte l&#8217;ancienne cha\u00eene de montage. Quand \u00e7a sera fini, on me fera d\u00e9monter des bureaux ou faire du nettoyage&#8230; Je ne sais jamais \u00e0 l&#8217;avance.<\/p>\n<p>Mais \u00e0 bient\u00f4t 52 ans, que ce soit au montage ou \u00e0 la maintenance, c&#8217;est assez difficile. Je suis toujours debout, \u00e0 circuler entre les cha\u00eenes. On travaille 7 heures 40 par jour. Soit de 5h25 \u00e0 13h05, soit de 13h05 \u00e0 20h45. Cela alterne chaque semaine.<\/p>\n<p>Globalement les conditions de travail sont mauvaises. J&#8217;ai bien conscience qu&#8217;on y a gagn\u00e9 par rapport aux ann\u00e9es 1970 du fait des avanc\u00e9es techniques. Mais \u00e7a reste dur. Pour donner une id\u00e9e, il y a un v\u00e9hicule par minute qui sort de l&#8217;usine. En cons\u00e9quence, chaque ouvrier est chronom\u00e9tr\u00e9 dans la moindre de ses t\u00e2ches : par exemple, poser un clip ne doit pas prendre plus de cinq secondes. On doit travailler 100% de notre temps de pr\u00e9sence dans l&#8217;usine. Difficile dans ces conditions de prendre quelques secondes pour se retourner, attraper une bouteille et boire une gorg\u00e9e d&#8217;eau. Dans une journ\u00e9e, on a deux pauses, de 14 minutes chacune. Autant dire qu&#8217;entre le caf\u00e9, le sandwich et le passage aux toilettes, il faut choisir : les pauses sont chronom\u00e9tr\u00e9es et apr\u00e8s 14 minutes la cha\u00eene red\u00e9marre. Si on arrive 30 secondes trop tard, la voiture est pass\u00e9e et ce retard se r\u00e9percute sur tous les ouvriers qui suivent. Concr\u00e8tement, il faut \u00eatre concentr\u00e9 non-stop. Il se passe rarement une semaine \u00e0 l&#8217;usine sans qu&#8217;un ouvrier ne soit convoqu\u00e9 par la direction. Forc\u00e9ment cela cr\u00e9e une pression \u00e9norme. Il y a des d\u00e9missions, des d\u00e9pressions, m\u00eame des crises de larmes.<\/p>\n<p>Le contexte actuel n&#8217;arrange rien. L&#8217;ambiance est un peu tendue depuis les annonces de suppression de postes, surtout chez les jeunes et les int\u00e9rimaires. Ce sont les plus menac\u00e9s. Comme Renault vend moins, l&#8217;usine de Flins est pass\u00e9e r\u00e9cemment de 62 \u00e0 50 voitures fabriqu\u00e9es par heure. La direction supprime donc les postes des int\u00e9rimaires. Ils sont 700 sur Flins, pour 3 900 ouvriers au total.<\/p>\n<p>Au niveau national, le groupe va surtout supprimer les postes \u00ab de production \u00bb, dits MOD, mains-d&#8217;\u0153uvre directes, comme \u00e0 Sandouville. A Flins, il y a principalement des MOS, des mains-d&#8217;\u0153uvre de structure : c&#8217;est-\u00e0-dire tous les postes qui rel\u00e8vent du montage et de la maintenance des cha\u00eenes, comme moi. On sait que les MOS sont concern\u00e9s \u00e0 plus petite \u00e9chelle, mais on ne sait pas combien. Pour l&#8217;instant on est dans le vague, on attend.<\/p>\n<p>M\u00eame si l&#8217;usine de Flins n&#8217;est pas en danger dans l&#8217;imm\u00e9diat, on sait qu&#8217;un jour ou l&#8217;autre nos emplois seront menac\u00e9s. A l&#8217;\u00e9poque de Louis Schweitzer, ils r\u00e9p\u00e9taient que l&#8217;usine de Vilvoorde \u00e9tait comp\u00e9titive, mais cela ne les a pas emp\u00each\u00e9s de la fermer en 1997.<\/p>\n<p>Je suis venu travailler chez Renault parce que c&#8217;\u00e9tait nationalis\u00e9 \u00e0 l&#8217;\u00e9poque. Je suis parti de la Tunisie en 1972, tout seul, sans formation. J&#8217;ai construit une famille ici. J&#8217;ai quatre enfants, mais tous n&#8217;ont pas encore de travail. Aujourd&#8217;hui, je gagne 2 100 euro par mois, en comptant la prime d&#8217;anciennet\u00e9. Pour 35 ans de service.&#8221; <\/p>\n<p><strong> Propos recueillis par Claire Wehrung <\/strong><\/p>\n<p>Paru dans<em> Regards <\/em> n\u00b0 56, novembre 2008<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> En septembre dernier, Renault annonce la suppression de 4 000 postes au sein de ses usines fran\u00e7aises, pour \u00ab pr\u00e9server la profitabilit\u00e9 \u00bb. A Sandouville, en Seine-Maritime, o\u00f9 1000 postes sont directement menac\u00e9s, certains ouvriers perdent d\u00e9j\u00e0 jusqu&#8217;\u00e0 400 euros de salaire pour ch\u00f4mage partiel. Et apr\u00e8s le ralentissement vient la crise \u00e9conomique&#8230; Le secteur automobile est l&#8217;un des plus durement touch\u00e9s. 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