{"id":3572,"date":"2008-02-01T00:00:00","date_gmt":"2008-01-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/municipales-entretien-avec3572\/"},"modified":"2008-02-01T00:00:00","modified_gmt":"2008-01-31T23:00:00","slug":"municipales-entretien-avec3572","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=3572","title":{"rendered":"Municipales. Entretien avec St\u00e9phane Roz\u00e8s*"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Comment vote-t-on aux municipales ?  <\/p>\n<p>St\u00e9phane Roz\u00e8s. Les \u00e9lections municipales sont de plus en plus autonomes par rapport aux configurations nationales. Cette \u00e9volution ne provient pas seulement des lois de d\u00e9centralisation qui accordent aux maires plus de comp\u00e9tences. De fa\u00e7on plus profonde, l&#8217;autonomie de ces \u00e9lections r\u00e9pond \u00e0 un investissement croissant des Fran\u00e7ais dans leur ville. Les repr\u00e9sentations politiques ne se r\u00e9sument pas aux questions de gestion de dossiers mais rel\u00e8vent d&#8217;un imaginaire qui a chang\u00e9, avec la mont\u00e9e de la crise de l&#8217;Etat-Nation, \u00e0 partir du milieu des ann\u00e9es 1980. Dans la p\u00e9riode actuelle du capitalisme, il existe une contradiction entre une demande exponentielle de la nation et un Etat qui s&#8217;en retire. Les hommes politiques nationaux, pour r\u00e9pondre \u00e0 cette contradiction, ont sembl\u00e9 d\u00e9laisser dans la derni\u00e8re p\u00e9riode leurs responsabilit\u00e9s sur le plan de l&#8217;Etat-nation. Du coup, les citoyens ont eu tendance \u00e0 se replier sur d&#8217;autres types d&#8217;imaginaires politiques, et d&#8217;abord l&#8217;imaginaire politique de leur ville. C&#8217;est vital car leur identit\u00e9 se constitue dans le rapport aux autres et dans la capacit\u00e9 \u00e0 se projeter dans l&#8217;avenir \u00e0 partir d&#8217;une appartenance commune : celle de leur ville. <\/p>\n<p><strong> Quelle en est la cons\u00e9quence du point de vue \u00e9lectoral ?  <\/strong><\/p>\n<p>S.R. Les administr\u00e9s des municipalit\u00e9s souhaitent que la campagne \u00e9lectorale soit l&#8217;occasion de reconstruire cet imaginaire politique. Un projet municipal, ce n&#8217;est pas seulement l&#8217;addition d&#8217;une politique culturelle ou de la petite enfance, un projet de r\u00e9am\u00e9nagement du centre-ville ou des initiatives pour faire venir des entreprises. De fa\u00e7on plus profonde, ce sont les repr\u00e9sentations qui permettent de se dire habitant d&#8217;une ville, d&#8217;en \u00eatre fier, de partager quelque chose en commun. Elles sont d&#8217;autant plus importantes qu&#8217;elles permettent aux individus d&#8217;ext\u00e9rioriser leurs propres contradictions. Ainsi, le citoyen chante les louanges de la mixit\u00e9 sociale dans sa ville, mais il a tendance \u00e0 vouloir se s\u00e9curiser moralement, en se mettant \u00e0 l&#8217;abri de celui qui est juste en de\u00e7\u00e0 de lui socialement, dans une situation de concurrence sur le territoire. Construire l&#8217;imaginaire d&#8217;une ville, c&#8217;est articuler cette dialectique de l&#8217;identit\u00e9 fran\u00e7aise entre la communion et la dispute, la distinction et le rassemblement, de s&#8217;identifier mais de continuer \u00e0 c\u00f4toyer l&#8217;autre. Ces \u00e9lections seront doublement autonomes : par rapport aux scrutins municipaux ant\u00e9rieurs, parce que la campagne se fera plus sur un projet que sur un bilan, et par rapport aux enjeux nationaux, parce que le vote d\u00e9pendra de la capacit\u00e9 \u00e0 recr\u00e9er un imaginaire politique \u00e0 partir de ce qu&#8217;investissent localement les administr\u00e9s et non pas en fonction d&#8217;une l\u00e9gitimit\u00e9 nationale.<\/p>\n<p><strong> Concr\u00e8tement, les \u00e9lecteurs ne vont donc pas voter pour un parti politique&#8230;  <\/strong><\/p>\n<p>S.R. La question des \u00e9tiquettes importe moins que la capacit\u00e9 des candidats \u00e0 porter un projet et des valeurs. Etre UMP, socialiste, communiste, d&#8217;extr\u00eame gauche ou MoDem n&#8217;a pas en soi d&#8217;importance. On risque d&#8217;assister \u00e0 un hiatus entre la fa\u00e7on dont les \u00e9tats-majors parisiens, Nicolas Sarkozy, le gouvernement, mais aussi les directions des partis de gauche, ainsi que les journalistes vont interpr\u00e9ter ces \u00e9lections et ce que les citoyens vont y investir r\u00e9ellement. Les municipales ne seront pas la d\u00e9clinaison ni le contrecoup de la pr\u00e9sidentielle ou des l\u00e9gislatives. Elles seront la r\u00e9plique de la campagne pr\u00e9sidentielle en petit, ce qui est tr\u00e8s diff\u00e9rent. Les administr\u00e9s vont vouloir que se renouvelle au sein de leur municipalit\u00e9 ce qui s&#8217;est pass\u00e9 sur le plan de la nation lors de l&#8217;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle, en s&#8217;assurant que le futur maire soit leur unique propri\u00e9t\u00e9 et se projette avec eux, et m\u00eame devant eux, dans leur ville. <\/p>\n<p><strong> Selon les sondages, peu de Fran\u00e7ais vont se d\u00e9terminer en opposition ou en soutien \u00e0 Nicolas Sarkozy. Malgr\u00e9 cela, la baisse du pr\u00e9sident dans les sondages peut-elle lib\u00e9rer un espace pour la gauche ?  <\/strong><\/p>\n<p>S.R. Je pense vraiment que le contexte national ne p\u00e8sera pas lourd. Le risque pour les candidats serait de croire que leur \u00e9tiquette les mettra \u00e0 l&#8217;abri ou les portera. Au contraire, les administr\u00e9s craignent le dessaisissement. Les \u00e9tiquettes et investitures nationales risquent d&#8217;attester d&#8217;un d\u00e9sint\u00e9r\u00eat pour les consid\u00e9rations municipales au profit d&#8217;enjeux nationaux sur lesquels ils n&#8217;ont pas prise. Si S\u00e9gol\u00e8ne Royal et Nicolas Sarkozy l&#8217;ont \u00e0 ce point emport\u00e9 dans la phase pr\u00e9-pr\u00e9sidentielle, c&#8217;est parce que la nation voulait mettre \u00e0 l&#8217;Elys\u00e9e quelqu&#8217;un qui les incarne directement. Les deux candidats avaient pour point commun d&#8217;assumer leur ambition d&#8217;acc\u00e9der au pouvoir. Il va se rejouer la m\u00eame chose sur le plan municipal : chacun souhaitera que sa ville soit consid\u00e9r\u00e9e comme un petit pays. Le citoyen veut contr\u00f4ler son futur maire. Du coup, tous ceux qui vont miser essentiellement sur la logique nationale vont \u00eatre en difficult\u00e9. La municipalit\u00e9 est une petite collectivit\u00e9 politique dont la campagne devra permettre de s&#8217;assurer que les candidats sont capables de porter l&#8217;int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral local, dont la conception varie bien entendu selon ses valeurs de droite ou de gauche. <\/p>\n<p><strong> Le PS a bris\u00e9 les accords historiques qui le liaient avec sept villes communistes. Quel est le risque pour le communisme municipal, et plus largement pour le PCF ?  <\/strong><\/p>\n<p>S.R. Bien entendu, il y a un risque. Mais le PCF doit compter sur ses propres forces au travers de candidats \u00e0 m\u00eame de r\u00e9pondre aux attentes des citoyens dans les municipalit\u00e9s. Il y a eu autrefois un communisme municipal d&#8217;une grande coh\u00e9rence qui correspondait \u00e0 une repr\u00e9sentation du collectif et du territoire et portait en lui la capacit\u00e9 \u00e0 articuler un projet id\u00e9el socialiste et sa traduction ici et maintenant, en faisant en sorte que les cat\u00e9gories ouvri\u00e8res et populaires puissent acc\u00e9der \u00e0 un certain nombre de biens municipaux. Dans les villes, l&#8217;avenir appartient, pour les municipalit\u00e9s, aux \u00e9quipes et aux futurs maires pouvant articuler l&#8217;identit\u00e9 individuelle et le mouvement collectif au travers d&#8217;un projet municipal. Il est \u00e0 ceux qui sauront partir de ce qui fait l&#8217;identit\u00e9 de leur ville pour projeter un avenir commun. Les communistes doivent trouver, en leur sein, les ressources humaines, militantes, intellectuelles et politiques qui permettront aux citoyens de se reconna\u00eetre dans la t\u00eate de liste. Nous sommes dans une p\u00e9riode de personnalisation des enjeux alors que, spontan\u00e9ment, la gauche en g\u00e9n\u00e9ral, et les communistes en particulier, en restent au seul collectif. L&#8217;emprise des communistes d\u00e9pend de la capacit\u00e9 des candidats \u00e0 indiquer en quoi le souhaitable en termes de valeurs de gauche est possible au travers d&#8217;une gestion et d&#8217;un projet municipal. Si une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de militants est capable de r\u00e9pondre \u00e0 ce d\u00e9fi sur le plan local, ce sera \u00e9galement une promesse sur la capacit\u00e9 \u00e0 r\u00e9pondre aux d\u00e9fis nationaux. Il n&#8217;est pas anodin que ce soit dans les municipalit\u00e9s que le PCF ait le mieux r\u00e9sist\u00e9 \u00e9lectoralement jusque-l\u00e0. En effet, un maire n&#8217;est pas tent\u00e9 de se r\u00e9fugier dans des brouillards id\u00e9ologiques, il faut r\u00e9pondre ici et maintenant aux aspirations individuelles diverses dans un cadre collectif. <\/p>\n<p><strong> L&#8217;audience d&#8217;Olivier Besancenot peut-elle se r\u00e9percuter dans les urnes ?  <\/strong><\/p>\n<p>S.R. En partie. Si les candidats de gauche ne sont pas en mesure de dire en quoi le souhaitable sur le plan local est possible et ne travaillent pas sur les outils pour faire en sorte que le r\u00e9el se rapproche de l&#8217;id\u00e9el, alors un espace pour l&#8217;extr\u00eame gauche se lib\u00e8re. L&#8217;image, hier, d&#8217;Arlette Laguiller, aujourd&#8217;hui celle d&#8217;Olivier Besancenot, s&#8217;autonomisent de leur formation politique. Le passage de ce dernier du trotskisme \u00e0 un romantisme gu\u00e9variste est l&#8217;expression de la contradiction entre son parti r\u00e9volutionnaire et la situation politique nationale de d\u00e9fense des compromis sociaux. L&#8217;antilib\u00e9ralisme ne se transforme pas pour l&#8217;heure en anticapitalisme. <\/p>\n<p><strong> Avec les maires d&#8217;ouverture, Nicolas Sarkozy poursuit-il la m\u00eame strat\u00e9gie de d\u00e9stabilisation que celle inaugur\u00e9e sur le plan national ?  <\/strong><\/p>\n<p>S.R. Sur le plan national, c&#8217;est d&#8217;abord le signe que le sarkozysme est une forme de bonapartisme et que sa victoire n&#8217;est pas l&#8217;expression d&#8217;une simple victoire de la droite sur la gauche. Sur le plan local, si l&#8217;ouverture est l&#8217;addition d&#8217;\u00e9tiquettes et d&#8217;origines politiques, elle n&#8217;aura pas d&#8217;impact. Elle peut m\u00eame se r\u00e9v\u00e9ler contre-productive. S&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;agr\u00e9ger des personnalit\u00e9s aux comp\u00e9tences, aux exp\u00e9riences, aux horizons diff\u00e9rents, elle peut marcher \u00e0 droite comme \u00e0 gauche comme la promesse d&#8217;un souci commun. <strong> Recueillis par Marion Rousset <\/strong><\/p>\n<p>* St\u00e9phane Roz\u00e8s est directeur g\u00e9n\u00e9ral de l&#8217;Institut CSA et enseignant \u00e0 Sciences-Po. Auteur de<em> La nouvelle France <\/em>, Le D\u00e9bat, septembre-octobre 2007, Gallimard ; \u00ab La Gauche, \u00e9puisement d&#8217;un compromis social et contournement politique \u00bb,<em> La Revue socialiste <\/em>, octobre-novembre 2007.<br \/>\n<em> Regards <\/em> n\u00b048, F\u00e9vrier 2008<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Comment vote-t-on aux municipales ?  <\/p>\n","protected":false},"author":573,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[290],"class_list":["post-3572","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-elections"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3572","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/573"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3572"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3572\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3572"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3572"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3572"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}