{"id":3548,"date":"2008-10-09T00:00:00","date_gmt":"2008-10-08T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/des-elections-pas-la-revolution3548\/"},"modified":"2008-10-09T00:00:00","modified_gmt":"2008-10-08T22:00:00","slug":"des-elections-pas-la-revolution3548","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=3548","title":{"rendered":"Angoisses de la litt\u00e9rature am\u00e9ricaine"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Des \u00e9lections, pas la r\u00e9volution &#8211; \u00c0 l&#8217;image des citoyens du pays, les \u00e9crivains \u00e9tasuniens semblent aujourd&#8217;hui touch\u00e9s par une s\u00e9rieuse d\u00e9prime. Les parutions de cet automne en donnent un aper\u00e7u.  <\/p>\n<p><em> <strong> \u00ab Il \u00e9tait une fois une guerre&#8230;  <\/strong> et un jeune Am\u00e9ricain qui se prenait tant\u00f4t pour l&#8217;Am\u00e9ricain bien tranquille tant\u00f4t pour l&#8217;Affreux Am\u00e9ricain et qui souhaitait n&#8217;\u00eatre ni l&#8217;un ni l&#8217;autre, qui d\u00e9sirait plut\u00f4t \u00eatre le Sage Am\u00e9ricain ou le Bon Am\u00e9ricain, mais qui finit par se consid\u00e9rer lui-m\u00eame comme l&#8217;Authentique Am\u00e9ricain et enfin, plus simplement, comme l&#8217;Enfoir\u00e9 Am\u00e9ricain. \u00bb <\/em> Ces quelques lignes de l&#8217;\u00e9crivain Denis Johnson r\u00e9sument parfaitement la d\u00e9prime &#8211; et la qu\u00eate d&#8217;identit\u00e9 &#8211; dont semble atteinte aujourd&#8217;hui la litt\u00e9rature am\u00e9ricaine. Son roman <em>Arbre de fum\u00e9e<\/em>, qui a obtenu aux \u00c9tats-Unis la plus haute distinction litt\u00e9raire, le National Book Award, n&#8217;\u00e9voque pas la guerre en Irak, mais celle du Vietnam \u00e0 travers le portrait d&#8217;un jeune agent de la CIA, Skip Sands. Ce bourbier-l\u00e0 comme m\u00e9taphore de ce bourbier-ci? Tr\u00e8s certainement. Ce qui transpara\u00eet en tout cas des traductions am\u00e9ricaines qui paraissent cet automne en France, c&#8217;est une v\u00e9ritable mutilation de l&#8217;identit\u00e9 am\u00e9ricaine, comme si, en pastichant Nietzsche, \u00eatre am\u00e9ricain aujourd&#8217;hui, c&#8217;\u00e9tait cesser de l&#8217;\u00eatre. Mutilation imag\u00e9e, comme dans le formidable roman de Brian Evenson, <em>La Confr\u00e9rie des mutil\u00e9s<\/em>, qui raconte, sur un ton drolatique et beckettien, comment un d\u00e9tective priv\u00e9 qui a perdu une main lors d&#8217;un r\u00e8glement de comptes se voit confier une enqu\u00eate au sein d&#8217;une soci\u00e9t\u00e9 secr\u00e8te de mutil\u00e9s volontaires, dans laquelle il faut \u00eatre de plus en plus amput\u00e9 pour grimper dans la hi\u00e9rarchie&#8230;<\/p>\n<p>Pas de parabole, en revanche, dans <em>Guerre \u00e0 Harvard<\/em>, du jeune romancier (24 ans) Nick McDonell. Dans ce court r\u00e9cit impressionniste, il raconte ces ann\u00e9es sur le campus de la plus grande universit\u00e9 am\u00e9ricaine, celle qui forme les \u00e9lites de ce qui n&#8217;est plus, mais plus du tout, le Nouveau Monde. Cette fois, la guerre mentionn\u00e9e est bien celle actuellement conduite en Irak. <em>\u00ab Au moment o\u00f9 j&#8217;\u00e9cris ces lignes, personne de Harvard n&#8217;est mort en Irak \u00bb<\/em>, \u00e9crit McDonell, qui d\u00e9crit l&#8217;indiff\u00e9rence infantile qui r\u00e8gne sur le campus, face au conflit.<\/p>\n<p>D\u00e9sillusion, d\u00e9sabusement, des \u00e9tudiants avec des T-shirts <em>\u00ab Sauvez le Darfour \u00bb<\/em> font de la gym en regardant sur Fox News les images de la guerre: <em>\u00ab bombes artisanales explosant, reporters \u00e9quip\u00e9s de gilets pare-balle sur leurs chemise en coton ou l&#8217;\u00e9ternel enfant en sang qu&#8217;on porte dans les bras. \u00bb<\/em> En parall\u00e8le de ce r\u00e9cit catatonique, on pourra lire <em>La Conduite de la guerre<\/em>, reconstitution scrupuleuse, par le journaliste de Vanity Fair, William Langewiesche, du massacre par les soldats am\u00e9ricains de 24 civils irakiens \u00e0 Haditha, le 19 septembre 2005. Ou comment l&#8217;arm\u00e9e la plus puissante du monde est entra\u00een\u00e9e dans un cercle vicieux o\u00f9 l&#8217;Authentique Am\u00e9ricain devient l&#8217;Enfoir\u00e9 Am\u00e9ricain, pour reprendre les termes de Denis Johnson.<\/p>\n<p>Mais il n&#8217;y a pas que la guerre qui d\u00e9prime les romanciers am\u00e9ricains. Le capitalisme aussi en prend pour son grade. Comme si les romanciers opposaient le d\u00e9ficit philosophique de leur pays \u00e0 son d\u00e9ficit budg\u00e9taire. Apr\u00e8s le cauchemardesque <em>La Route<\/em>, de Cormac McCarthy, vision apocalyptique d&#8217;un monde d\u00e9truit, br\u00fbl\u00e9, hant\u00e9 par des individus anthropophages, il faut lire le terne <em>Etat des lieux<\/em>, de Richard Ford, qui d\u00e9crit toute la vacuit\u00e9 contemporaine d&#8217;un <em>american way of life<\/em> dont l&#8217;esprit aventureux s&#8217;est volatilis\u00e9, rapetiss\u00e9 dans la propri\u00e9t\u00e9 et la conception la plus pauvre de la valeur. L&#8217;ivresse a disparu, n&#8217;en reste que le flacon manufactur\u00e9. En le lisant, on retrouve le m\u00eame sentiment d&#8217;\u00e9tique \u00e9thique qui ombrageait <em>Un homme<\/em>, le dernier roman de Philip Roth traduit en fran\u00e7ais. Pendant ce temps, entre litt\u00e9rature et journalisme, ces deux faces d&#8217;une m\u00eame pi\u00e8ce que les auteurs am\u00e9ricains ne distinguent heureusement pas, William T. Vollmann fait, lui, l&#8217;\u00e9tat des lieux de la pauvret\u00e9 mondiale dans <em> Pourquoi \u00eates-vous pauvre ? <\/em> Ce reportage courant sur des ann\u00e9es et tous les continents, ce reportage \u00e0 la fois calme et affol\u00e9, nourri d&#8217;un scepticisme \u00e0 la Montaigne, est sans doute contestable, ne serait-ce que dans son refus toujours r\u00e9it\u00e9r\u00e9 de voir dans la pauvret\u00e9 quoi que ce soit de politique. Vollmann veut s&#8217;inscrire dans le sillage de <em>Louons maintenant les grands hommes<\/em>, de James Agee et Walker Evans, t\u00e9moignage sur la pauvret\u00e9 dans le Sud des \u00c9tats-Unis dans les ann\u00e9es trente, dont il ne peut n\u00e9anmoins s&#8217;emp\u00eacher de remarquer que <em>\u00ab ses sympathies communistes, exprim\u00e9es, je suis au regret de le dire, \u00e0 l&#8217;heure m\u00eame des proc\u00e8s de Moscou, r\u00e9v\u00e8lent sa na\u00efvet\u00e9 \u00bb<\/em>. Vollmann, lui, \u00e0 coup s\u00fbr, n&#8217;est ni communiste ni na\u00eff. Il \u00e9crit :<em>\u00ab Un des hommes de Volgograd qui \u00e9tait en train de remplacer le d\u00f4me de l&#8217;\u00e9glise, un vieil ouvrier, m&#8217;avait sagement d\u00e9clar\u00e9 : \u201cLe communisme \u00e9tait pire, dans un sens, mais au moins notre avenir \u00e9tait assur\u00e9. On n&#8217;avait pas \u00e0 se battre pour travailler sans jamais \u00eatre certain du lendemain. Le communisme et le capitalisme sont tous deux des \u00e9checs. Peut-\u00eatre y a-t-il une voie m\u00e9diane, comme le socialisme \u00e0 la su\u00e9doise&#8230; J&#8217;aurais aim\u00e9 que ce f\u00fbt le cas. Mais je n&#8217;y croyais gu\u00e8re\u201d \u00bb <\/em>, conclut Vollmann. Sceptique, on vous dit. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Des \u00e9lections, pas la r\u00e9volution &#8211; \u00c0 l&#8217;image des citoyens du pays, les \u00e9crivains \u00e9tasuniens semblent aujourd&#8217;hui touch\u00e9s par une s\u00e9rieuse d\u00e9prime. Les parutions de cet automne en donnent un aper\u00e7u.  <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[289],"class_list":["post-3548","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-ameriques"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3548","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3548"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3548\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3548"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3548"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3548"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}