{"id":350,"date":"1997-02-01T00:00:00","date_gmt":"1997-01-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/l-heritage-medieval-arabe350\/"},"modified":"1997-02-01T00:00:00","modified_gmt":"1997-01-31T23:00:00","slug":"l-heritage-medieval-arabe350","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=350","title":{"rendered":"L&#8217;h\u00e9ritage m\u00e9di\u00e9val arabe"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Voir aussi <\/p>\n<p>Le jardin des rem\u00e8des<strong> Elle assimile les savoirs grec, indien et babylonien. Elle innove dans d&#8217;autres disciplines. Elle se transmet enfin \u00e0 l&#8217;Europe. La science arabe m\u00e9di\u00e9vale est un exemple de synth\u00e8se brillante. <\/strong><\/p>\n<p>La tradition arabe dont la p\u00e9riode f\u00e9conde s&#8217;\u00e9tend du IXe au XIIIe si\u00e8cle, a \u00e9t\u00e9 un moment d\u00e9cisif de l&#8217;aventure scientifique humaine. Elle s&#8217;est \u00e9labor\u00e9e, en assimilant d&#8217;abord une partie de l&#8217;h\u00e9ritage grec, indien et babylonien puis en le revivifiant et en l&#8217;enrichissant par des contributions originales. La science arabe n&#8217;aurait pas eu l&#8217;impulsion et la vigueur qu&#8217;elle a eues \u00e0 ses d\u00e9buts sans l&#8217;existence d&#8217;un certain nombre de foyers scientifiques \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur des territoires contr\u00f4l\u00e9s par le pouvoir musulman bien avant son av\u00e8nement. Parmi les centres intellectuels sur lesquels il nous est parvenu quelques t\u00e9moignages, figure Alexandrie. Contrairement \u00e0 la l\u00e9gende, les premiers cavaliers arabes arriv\u00e9s \u00e0 Alexandrie, en 642, n&#8217;ont trouv\u00e9 aucune trace de sa prestigieuse biblioth\u00e8que, mais il y avait encore \u00e0 cette \u00e9poque des biblioth\u00e8ques priv\u00e9es plus modestes dont certaines ont, semble-t-il, perdur\u00e9 jusqu&#8217;au IXe si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Le second foyer scientifique de la r\u00e9gion en activit\u00e9 \u00e0 la veille de la conqu\u00eate musulmane \u00e9tait la ville de Gundishapur, qui doit son dynamisme \u00e0 la volont\u00e9 de son fondateur, le souverain sassanide Khusru Anusharwan (531-579), de d\u00e9velopper une tradition scientifique persane. Mais elle le doit aussi aux apports des savants grecs et syriaques. La ville d&#8217;Edesse a \u00e9galement jou\u00e9 un r\u00f4le important dans la pr\u00e9servation de la science et de la philosophie et dans leur transmission aux Arabes, m\u00eame si cette transmission a \u00e9t\u00e9 indirecte car le centre n&#8217;existait plus au VIIe si\u00e8cle. La ville sera relay\u00e9e, au VIe si\u00e8cle, par d&#8217;autres centres comme Nisibe et Antioche ou par des monast\u00e8res comme celui de Kenesrin. Ces foyers perp\u00e9tuent une tradition: filiation de ma\u00eetres \u00e0 \u00e9l\u00e8ves, utilisation du syriaque, continuit\u00e9 dans l&#8217;\u00e9tude de disciplines comme la th\u00e9ologie, la philosophie, la logique, la grammaire et les sciences exactes. Les traductions en arabe ont commenc\u00e9 avant le VIIIe si\u00e8cle et se sont poursuivies, au gr\u00e9 des d\u00e9couvertes de manuscrits, jusqu&#8217;au d\u00e9but du XIe si\u00e8cle. Plus d&#8217;une centaine de traducteurs sont r\u00e9pertori\u00e9s par les biobibliographes arabes. Ces traductions se rattachent aux traditions grecque, persane, indienne, syriaque et m\u00eame babylonienne pour certains \u00e9crits astrologiques.<\/p>\n<p> <strong> Traductions et biblioth\u00e8ques  <\/strong><\/p>\n<p>Ce ph\u00e9nom\u00e8ne de traduction a \u00e9t\u00e9 favoris\u00e9 par la constitution de biblioth\u00e8ques. D\u00e8s le d\u00e9but de la dynastie omeyyade, un certain int\u00e9r\u00eat pour les livres s&#8217;est manifest\u00e9 chez les califes et les princes, concr\u00e9tis\u00e9 par le financement des traductions d&#8217;ouvrages de m\u00e9decine, d&#8217;astrologie et d&#8217;alchimie. C&#8217;est avec l&#8217;av\u00e8nement du califat abbasside, en 750, que le ph\u00e9nom\u00e8ne de traduction va conna\u00eetre sa v\u00e9ritable impulsion, en particulier dans le cadre de la Maison de la Sagesse, premi\u00e8re institution d&#8217;Etat, cr\u00e9\u00e9e, semble-t-il, par le calife Har\u00fbn ar-Rashid (786-809) et qui a r\u00e9uni des savants de diff\u00e9rentes disciplines et opinions. A ses d\u00e9buts, la Maison de la Sagesse a fonctionn\u00e9 comme une biblioth\u00e8que dont le fonds \u00e9tait aliment\u00e9 par les traductions d&#8217;ouvrages grecs, persans et indiens. Sous le r\u00e8gne du calife al-Ma&#8217;m\u00fbn (813-833), ses activit\u00e9s s&#8217;orientent vers la traduction. Ce qui va favoriser, d&#8217;abord \u00e0 Bagdad puis dans les m\u00e9tropoles r\u00e9gionales de l&#8217;empire, d&#8217;autres initiatives du m\u00eame type, mais \u00e0 caract\u00e8re priv\u00e9, concernant la collecte de manuscrits, leur traduction et leur copie.<\/p>\n<p>La traduction, \u00e9l\u00e9ment moteur de la nouvelle dynamique scientifique \u00e0 partir de la fin du VIIIe si\u00e8cle, ne doit pas occulter d&#8217;autres facteurs non n\u00e9gligeables dans l&#8217;av\u00e8nement de la science arabe. Nous savons, gr\u00e2ce aux \u00e9tudes comparatives, que, bien avant la d\u00e9couverte des manuscrits scientifiques et philosophiques grecs et indiens, une pratique scientifique locale existait pour la d\u00e9termination du temps, la r\u00e9partition des h\u00e9ritages, l&#8217;arpentage, les transactions commerciales et l&#8217;enseignement de la m\u00e9decine. Cet ensemble de savoir-faire ne va pas \u00eatre balay\u00e9, du jour au lendemain, par le nouveau savoir issu des traductions . Dans certaines disciplines, des connaissances et des pratiques ant\u00e9rieures \u00e9taient tellement famili\u00e8res aux utilisateurs que des auteurs les ont int\u00e9gr\u00e9es au nouveau savoir, ou leur ont consacr\u00e9 des manuels ind\u00e9pendants.<\/p>\n<p>Dans la premi\u00e8re p\u00e9riode, au VIIIe si\u00e8cle, le m\u00e9c\u00e9nat princier et khalifal a contribu\u00e9 \u00e0 la naissance d&#8217;une dynamique scientifique; mais, \u00e0 partir de la fin du r\u00e8gne de Harun ar-Rashid, trois autres donn\u00e9es acc\u00e9l\u00e8rent ce processus complexe qui aboutit, aux IXe-Xe si\u00e8cles, \u00e0 une floraison scientifique, d&#8217;abord dans le Croissant fertile puis dans d&#8217;autres r\u00e9gions de l&#8217;empire. Le premier facteur est culturel. A ses d\u00e9buts, la dynamique scientifique arabe n&#8217;\u00e9tait qu&#8217;une composante d&#8217;un ph\u00e9nom\u00e8ne intellectuel plus large qui s&#8217;est d&#8217;abord manifest\u00e9 par des recherches ant\u00e9rieures aux traductions et donc ind\u00e9pendantes d&#8217;elles. Ces recherches ont concern\u00e9 d&#8217;un c\u00f4t\u00e9 les sujets qui ont un lien direct avec la langue arabe, comme la linguistique, la grammaire, la lexicographie ou la m\u00e9trique et, de l&#8217;autre, le corpus religieux constitu\u00e9 par le Coran et les propos du Proph\u00e8te. Le second facteur est li\u00e9 au d\u00e9veloppement \u00e9conomique des IXe- Xe si\u00e8cles: avec le contr\u00f4le du commerce international par le pouvoir musulman, la capitale du califat, Bagdad et les autres grandes villes de l&#8217;empire conna\u00eetront tr\u00e8s vite une relative prosp\u00e9rit\u00e9 et deviendront les lieux d&#8217;une intense activit\u00e9 intellectuelle et artistique. Le troisi\u00e8me facteur est mat\u00e9riel.<\/p>\n<p>Il s&#8217;agit, d\u00e8s le IXe si\u00e8cle, sous le califat d&#8217;al-Ma&#8217;m\u00fbn, de la naissance de l&#8217;industrie du papier, avec la construction des premi\u00e8res fabriques, d&#8217;abord \u00e0 Samarcande puis \u00e0 Bagdad. La diffusion large de ce nouveau produit a favoris\u00e9 la multiplication et la circulation des ouvrages traduits et de ceux qui commen\u00e7aient \u00e0 \u00eatre r\u00e9dig\u00e9s et dont le nombre allait augmenter \u00e0 partir du Xe si\u00e8cle. Les premiers travaux scientifiques originaux sont apparus d\u00e8s le d\u00e9but du IXe si\u00e8cle et sans attendre la fin de la p\u00e9riode de traduction. Les savants de la premi\u00e8re phase partent des \u00e9crits grecs et indiens et des pratiques d&#8217;origine babylonienne ou locale, assimilent leurs contenus, les commentent, les r\u00e9visent et parfois les critiquent. Puis, ils r\u00e9alisent des d\u00e9veloppements techniques ou th\u00e9oriques pour des sujets classiques et ils s&#8217;attaquent \u00e0 la r\u00e9solution de nouveaux probl\u00e8mes.<\/p>\n<p> <strong> Premiers travaux scientifiques originaux <\/strong><\/p>\n<p>Pour les sciences exactes, les savants, apr\u00e8s avoir assimil\u00e9 les \u00e9crits auxquels ils ont pu acc\u00e9der, font un premier travail de synth\u00e8se qui ouvre la voie \u00e0 des extensions techniques et th\u00e9oriques et \u00e0 des innovations importantes. En math\u00e9matiques, ce sont la science du calcul, l&#8217;alg\u00e8bre et l&#8217;analyse combinatoire. En astronomie, les scientifiques am\u00e9liorent ou inventent de nombreux instruments de mesure, d&#8217;orientation ou d&#8217;observation. Il \u00e9laborent aussi de nouveaux mod\u00e8les plan\u00e9taires et enrichissent progressivement les premiers outils trigonom\u00e9triques indiens. On peut en dire autant au sujet de la physique, o\u00f9 l&#8217;innovation concerne en particulier l&#8217;optique, sans parler de la m\u00e9decine au point que des noms de grands savants arabes furent grav\u00e9s sur le fronton de certaines universit\u00e9s europ\u00e9ennes du Moyen Age.<\/p>\n<p>Il est courant d&#8217;entendre que le plus grand m\u00e9rite des Arabes du Moyen Age fut de transmettre la science grecque \u00e0 l&#8217;Europe. Cette affirmation est inexacte: la transmission n&#8217;a pas \u00e9t\u00e9 le fait des Arabes et n&#8217;a m\u00eame jamais \u00e9t\u00e9 une de leurs pr\u00e9occupations. Ce sont des intellectuels europ\u00e9ens qui, \u00e0 partir du XIIe si\u00e8cle, se d\u00e9placent d&#8217;abord \u00e0 Tol\u00e8de puis dans d&#8217;autres villes, \u00e0 la recherche de manuscrits \u00e0 traduire. La science transmise ne s&#8217;est pas limit\u00e9e au corpus scientifique grec puisque la majorit\u00e9 des ouvrages traduits est constitu\u00e9e de trait\u00e9s ou de manuels d&#8217;auteurs arabes. Une grande partie de la mati\u00e8re scientifique arabe s&#8217;enracine profond\u00e9ment dans la tradition grecque, mais une partie importante traite de sujets globalement \u00e9trangers \u00e0 cette tradition. C&#8217;est le cas, par exemple, du calcul indien et de l&#8217;alg\u00e8bre en math\u00e9matique, ou de la trigonom\u00e9trie sph\u00e9rique en astronomie.<\/p>\n<p>Pendant la longue phase de traduction (en latin et en h\u00e9breu) d&#8217;une partie du corpus gr\u00e9co-arabe, les premiers scientifiques europ\u00e9ens s&#8217;engagent, selon un processus semblable \u00e0 celui des IXe-Xe si\u00e8cles, dans des activit\u00e9s d&#8217;assimilation et d&#8217;enseignement de ce qui leur \u00e9tait parvenu au hasard des traductions. Puis, dans une seconde phase, ils produisent des ouvrages qui porteront longtemps la marque de la tradition scientifique arabe.<\/p>\n<p>* Ma\u00eetre de conf\u00e9rences de math\u00e9matiques \u00e0 l&#8217;Universit\u00e9 Paris-Sud, chercheur en histoire des math\u00e9matiques, membre de la Commission internationale d&#8217;histoire des math\u00e9matiques, correspondant de l&#8217;Acad\u00e9mie internationale d&#8217;Histoire des Sciences.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Voir aussi <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-350","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/350","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=350"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/350\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=350"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=350"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=350"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}