{"id":3490,"date":"2005-05-01T14:35:00","date_gmt":"2005-05-01T12:35:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/medef-succession-ouverte-a-la3490\/"},"modified":"2005-05-01T14:35:00","modified_gmt":"2005-05-01T12:35:00","slug":"medef-succession-ouverte-a-la3490","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=3490","title":{"rendered":"Medef, succession ouverte \u00e0 la concurrence"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Ernest-Antoine Seilli\u00e8re a annonc\u00e9 son d\u00e9part anticip\u00e9 de la pr\u00e9sidence du Medef. Les app\u00e9tits s&#8217;aiguisent&#8230; La liste des favoris n&#8217;est pas rassurante : les risques sociaux d&#8217;un tournant encore plus ultralib\u00e9ral sont \u00e0 craindre. Ambiance. <\/p>\n<p>par Olivier Gasson<\/p>\n<p> Et si le Medef durcissait sa droite ? C&#8217;est le risque inattendu qui plane sur la succession d&#8217;Ernest-Antoine Seilli\u00e8re, qui doit quitter la pr\u00e9sidence de l&#8217;organisation patronale d&#8217;ici \u00e0 la rentr\u00e9e scolaire. Incroyable, mais vrai ! Louis Schweitzer, qui deviendra pr\u00e9sident du Medef international en juin et que \u00ab EAS \u00bb aurait bien vu comme son successeur, s&#8217;est un jour pench\u00e9 vers le patron des patrons : \u00ab Finalement, il n&#8217;y a qu&#8217;un seul homme du conseil ex\u00e9cutif (sorte de gouvernement du Medef, compos\u00e9 de 45 membres, NDLR) plus \u00e0 gauche que vous ! \u00bb Sous-entendu : il n&#8217;y a que moi. \u00ab EAS \u00bb, consid\u00e9r\u00e9 comme un quasi-homme-de-gauche par les siens, qui l&#8217;e\u00fbt cru ? On se rappelle, il est vrai, dans un meeting de l&#8217;organisation patronale, en novembre 1999, un Eduardo Malone, PDG d&#8217;origine argentine du groupe de textile Chargeurs, oser un parall\u00e8le malheureux, pour assumer son ultralib\u00e9ralisme : \u00ab J&#8217;ai surv\u00e9cu \u00e0 deux dictatures, celle des militaires, dans ma jeunesse, et celle des id\u00e9ologues sovi\u00e9to-bureaucratiques, depuis mon arriv\u00e9e en France ! \u00bb Et, au cours de la m\u00eame r\u00e9union, l&#8217;ovation d&#8217;Alain Sionneau, aujourd&#8217;hui vice-pr\u00e9sident du Medef, pour avoir vilipend\u00e9 une \u00ab France d&#8217;assist\u00e9s, de prot\u00e9g\u00e9s et de dormeurs \u00bb. L&#8217;ambiance est ainsi dans les hautes instances du patronat fran\u00e7ais.<\/p>\n<p><strong> tests des nouveaux patrons <\/strong><\/p>\n<p>Si \u00ab EAS \u00bb n&#8217;a jamais fait non plus dans la dentelle (1), la liste des favoris pour lui succ\u00e9der n&#8217;est pas rassurante. Le petit patron Yvon Jacob, d&#8217;abord. C&#8217;est aujourd&#8217;hui le leader de la f\u00e9d\u00e9ration patronale de la m\u00e9canique. Son attach\u00e9e de presse est l&#8217;\u00e9pouse du journaliste Daniel Bilalian. Il est surtout politiquement \u00e9tiquet\u00e9 : d\u00e9put\u00e9 RPR de l&#8217;Ille-et-Vilaine de 1993 \u00e0 1997, il a anim\u00e9 un courant ultra-lib\u00e9ral avec le d\u00e9put\u00e9 Pierre Lellouche et le s\u00e9nateur Philippe Marini. Et fut surtout le pr\u00e9sident d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 d&#8217;Id\u00e9es-Action, le think tank d&#8217;Alain Madelin. Les statuts du Medef stipulent que l&#8217;organisation est \u00ab apolitique \u00bb ? Qui y croyait ? Avant Seilli\u00e8re, il critiquait la mollesse de feu le CNPF (2). Apr\u00e8s Seilli\u00e8re, il pourrait bien hausser encore le ton, car ce serait possible ! Lors des derni\u00e8res manifestations contre la r\u00e9forme des 35 heures, il fut le premier, au Medef, \u00e0 affirmer, sans rire, que le pouvoir d&#8217;achat des Fran\u00e7ais n&#8217;a pas baiss\u00e9, et que les entreprises n&#8217;ont pas int\u00e9r\u00eat \u00e0 n\u00e9gocier les salaires.<\/p>\n<p>Autre petit patron qui se verrait bien num\u00e9ro un et bien implant\u00e9 dans les Medef territoriaux : Hugues-Arnaud Mayer. De son c\u00f4t\u00e9, Laurence Parisot b\u00e9n\u00e9ficie du soutien d&#8217;Ernest-Antoine Seilli\u00e8re. \u00ab Un femme, se faire \u00e9lire \u00e0 t\u00eate du Medef, impensable ! \u00bb, dit toutefois un fin observateur patronal. Elle est la pr\u00e9sidente de l&#8217;Ifop, un institut de sondages dont les enqu\u00eates sont bien appr\u00e9ci\u00e9es \u00e0 droite. Elle-m\u00eame ne cache pas ses pr\u00e9f\u00e9rences politiques. Ses d\u00e9clarations valent toujours le d\u00e9tour. \u00ab La modernit\u00e9 et la libert\u00e9 de penser s&#8217;arr\u00eatent l\u00e0 o\u00f9 commence le Code du travail ! \u00bb, a-t-elle lanc\u00e9 \u00e0 la derni\u00e8re assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale du Medef (3). Un an plus t\u00f4t, elle avait dress\u00e9 (et fustig\u00e9) une liste de livres et films qui ne donneraient pas une bonne image de l&#8217;entreprise. <\/p>\n<p>Reste Guillaume Sarkozy qui propose un ticket avec Francis Mer, cherchant ainsi \u00e0 faire oublier son patronyme. Un duo tr\u00e8s m\u00e9diatis\u00e9, puisqu&#8217;il s&#8217;agit du fr\u00e8re du pr\u00e9sident de l&#8217;UMP et d&#8217;un ex-ministre du gouvernement Raffarin, mais pas tr\u00e8s en phase avec la volont\u00e9 affich\u00e9edes  patrons de d\u00e9gager le Medef d&#8217;une image partisane. C\u00f4t\u00e9 lib\u00e9ralisme, on ne sera pas en reste. En 2002, Guillaume Sarkozy d\u00e9clarait, lors d&#8217;une conf\u00e9rence de presse : \u00ab Je suis fier d&#8217;\u00eatre un patron fran\u00e7ais qui d\u00e9localise ! Assez de faux-semblants : la perte de l&#8217;emploi, la d\u00e9stabilisation industrielle, c&#8217;est normal, c&#8217;est l&#8217;\u00e9volution ! \u00bb Au fond de la salle, m\u00eame les repr\u00e9sentants du Medef p\u00e2lissaient : \u00ab \u00e7a n&#8217;engage que lui ! \u00bb<\/p>\n<p>Premier test du nouveau patron des patrons : il devra se d\u00e9terminer quant \u00e0 son r\u00f4le sur le terrain politique. Notamment en vue des \u00e9ch\u00e9ances \u00e9lectorales de 2007. Seilli\u00e8re avait pris le parti de \u00ab harceler les politiques \u00bb, selon sa propre expression. Comme s&#8217;il \u00e9tait lui-m\u00eame candidat, il r\u00e9digeait des programmes, prenant mod\u00e8le sur son homologue italien, la Cofindustria, qui, aux diff\u00e9rentes \u00e9lections, voit r\u00e9guli\u00e8rement ses propositions reprises par Silvio Berlusconi. Sera-t-il plus homme politique (de droite) ou plus patron ? Officiellement, Seilli\u00e8re s&#8217;\u00e9tait toutefois toujours refus\u00e9 \u00e0 appeler \u00e0 voter pour un parti politique bien pr\u00e9cis, \u00e0 l&#8217;inverse de certains de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs.<\/p>\n<p><strong> Le lobbying <\/strong><\/p>\n<p>Il n&#8217;est pas vraiment s\u00fbr que ce soit rang\u00e9 dans ses priorit\u00e9s, mais le nouvel homme fort du Medef pourrait aussi tenter de r\u00e9ussir l\u00e0 o\u00f9 Seilli\u00e8re a piteusement \u00e9chou\u00e9 : essayer de faire aimer les entreprises aux Fran\u00e7ais. Et, en bon lobbyiste, se faire aimer \u00e9galement du chef du gouvernement, Jean-Pierre Raffarin, qui, malgr\u00e9 ses efforts, a, para\u00eet-il, \u00e9t\u00e9 bless\u00e9 par des propos belliqueux du baron Seilli\u00e8re, qui l&#8217;accusait de n&#8217;\u00eatre pas suffisamment lib\u00e9ral : \u00ab EAS \u00bb parlait m\u00eame du \u00ab pauvre monsieur Raffarin \u00bb et de \u00ab b\u00eatise \u00e9conomique \u00bb, ce \u00e0 quoi le Premier ministre r\u00e9pliquait en d\u00e9non\u00e7ant \u00ab l&#8217;esprit de sup\u00e9riorit\u00e9 \u00bb du patron des patrons. Finalement, Raffarin n&#8217;a pas coup\u00e9, loin de l\u00e0, les ponts avec le Medef, mais s&#8217;est rapproch\u00e9 davantage de la CGPME (4), autre club ultra-lib\u00e9ral de patrons, pr\u00e9sid\u00e9 par Jean-Fran\u00e7ois Roubaud. Et qui autrefois, sous la f\u00e9rule de Lucien Rebuffel, fut ce que l&#8217;on appelle une organisation poujadiste. Seilli\u00e8re fut tr\u00e8s critiqu\u00e9 par les siens pour ses emportements contre un \u00ab gouvernement de droite qui n&#8217;ose pas \u00bb, ou du moins pas assez, faut-il comprendre. Le nouveau patron du Medef saura-t-il \u00ab travailler \u00bb, main dans la main, avec un gouvernement de droite, en parvenant \u00e0 mieux le dissimuler et dans des relations moins passionnelles ?<\/p>\n<p>Par quels moyens le successeur de Seilli\u00e8re tentera-t-il de cog\u00e9rer la France avec le gouvernement en place ? Il est quasiment exclu que le Medef revienne aux vieilles m\u00e9thodes de l&#8217;\u00e8re Jean Gandois, souvent demandeur de n\u00e9gociations avec les syndicats et qui pouvait m\u00eame, ce qui l&#8217;a fait chuter, \u00ab faire confiance \u00bb \u00e0 un gouvernement socialiste. Le nouveau pourrait bien s&#8217;appuyer sur les outils de lobbying mis en place par Seilli\u00e8re et qui n&#8217;existaient pas avant lui, du moins sous cette forme tr\u00e8s \u00e9labor\u00e9e (5). Mais quid des relations avec les syndicats ? Le Medef privil\u00e9giera-t-il toujours la n\u00e9gociation sous un gouvernement de gauche pour mieux r\u00e9clamer des d\u00e9crets lib\u00e9raux lorsque la droite revient au pouvoir ?<\/p>\n<p><strong> Le \u00ab Pacte de croissance \u00bb <\/strong><\/p>\n<p>La premi\u00e8re n\u00e9gociation sur laquelle le nouveau patron du Medef sera tr\u00e8s observ\u00e9 interviendra d\u00e8s la fin 2005 : la p\u00e9rilleuse n\u00e9gociation sur les comptes de l&#8217;Unedic, l&#8217;organisme paritaire qui g\u00e8re l&#8217;assurance ch\u00f4mage. Le d\u00e9ficit de l&#8217;Unedic, qui a d\u00e9pass\u00e9 le seuil symbolique des 10 milliards d&#8217;euros fin 2004, devrait atteindre, selon les partenaires sociaux, le record de 12,7 milliards d&#8217;ici \u00e0 d\u00e9cembre, avec toutefois une l\u00e9g\u00e8re am\u00e9lioration attendue en 2006. Apr\u00e8s l&#8217;accord Unedic de d\u00e9cembre 2002, qui avait d\u00e9bouch\u00e9 sur l&#8217;affaire des \u00ab recalcul\u00e9s \u00bb, ces demandeurs d&#8217;emploi dont les droits \u00e0 l&#8217;assurance ch\u00f4mage ont brutalement \u00e9t\u00e9 r\u00e9duits, le Medef pourrait bien demander une nouvelle facture aux ch\u00f4meurs. Certains, dont Denis Gautier-Sauvagnac, vice-pr\u00e9sident du Medef et pr\u00e9sident de l&#8217;Unedic, militent d\u00e9j\u00e0 pour le retour \u00e0 la d\u00e9gressivit\u00e9 des allocations. Les syndicats, de leur c\u00f4t\u00e9, devraient proposer, en plus d&#8217;une hausse des cotisations patronales, que l&#8217;Etat mette aussi la main \u00e0 la poche. Puisque Jean-Pierre Raffarin n&#8217;aura vraisemblablement pas tenu son engagement de faire baisser le ch\u00f4mage de 10 % en 2005.<\/p>\n<p>Enfin, le prochain patron des patrons devrait s&#8217;appuyer sur le \u00ab Pacte de croissance \u00bb, ces cinq priorit\u00e9s que l&#8217;assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale du Medef a vot\u00e9es pour d&#8217;ici \u00e0 2007. Parmi elles, \u00ab all\u00e9ger la fiscalit\u00e9 \u00bb (dont suppression de la taxe professionnelle et de la taxe sur les salaires, et r\u00e9forme de l&#8217;imp\u00f4t de solidarit\u00e9 sur la fortune), \u00ab lib\u00e9rer l&#8217;emploi \u00bb (avec notamment une r\u00e9forme de l&#8217;\u00e9cole), et \u00ab lib\u00e9rer le dialogue social \u00bb. Derri\u00e8re cette derni\u00e8re expression se cache, en r\u00e9alit\u00e9, un all\u00e8gement du Code du travail. \u00ab Laisser chaque entreprise n\u00e9gocier avec les salari\u00e9s \u00bb, pr\u00e9f\u00e8rent dire les patrons. \u00c7a fait peur ! O.G.<\/p>\n<p>1. \u00ab Nous avons la conviction que l&#8217;entreprise constitue la cellule de base de la soci\u00e9t\u00e9 ; mais cette cellule de base n&#8217;est pas charg\u00e9e pour autant d&#8217;apporter des garanties sociales \u00e0 ses membres \u00bb, d\u00e9clarait-il en septembre 2000.<\/p>\n<p>2. Conseil national du patronat fran\u00e7ais, cr\u00e9\u00e9 en  1946.<\/p>\n<p>3. Le 18 janvier \u00e0 Paris.<\/p>\n<p>4. Conf\u00e9d\u00e9ration g\u00e9n\u00e9rale des petites et moyennes entreprises.<\/p>\n<p>5. Seilli\u00e8re avait m\u00eame cr\u00e9\u00e9 une direction du lobbying, appel\u00e9e aussi \u00ab direction des relations avec les pouvoirs publics \u00bb, dont la mission est encore aujourd&#8217;hui de r\u00e9diger des projets de loi et des amendements parlementaires.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Ernest-Antoine Seilli\u00e8re a annonc\u00e9 son d\u00e9part anticip\u00e9 de la pr\u00e9sidence du Medef. Les app\u00e9tits s&#8217;aiguisent&#8230; La liste des favoris n&#8217;est pas rassurante : les risques sociaux d&#8217;un tournant encore plus ultralib\u00e9ral sont \u00e0 craindre. 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