{"id":3489,"date":"2005-05-01T14:37:00","date_gmt":"2005-05-01T12:37:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/politique-a-la-tele-le-show-dans3489\/"},"modified":"2005-05-01T14:37:00","modified_gmt":"2005-05-01T12:37:00","slug":"politique-a-la-tele-le-show-dans3489","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=3489","title":{"rendered":"Politique \u00e0 la t\u00e9l\u00e9 : le show dans le vide"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Deux nouveaux concepts d&#8217; \u00e9mission politique d\u00e9butent \u00e0 la t\u00e9l\u00e9, l&#8217;un sur Canal +, l&#8217;autre sur LCI. Peut-on raviver le genre sans tirer les ficelles de l&#8217;intime et du spectacle ? D\u00e9codage, arr\u00eat sur le plateau de \u00ab Ripostes \u00bb et vir\u00e9e chez les Guignols. <\/p>\n<p>par C\u00e9cile babin<\/p>\n<p>et Marion Rousset<\/p>\n<p> L &#8216;homme est seul, plong\u00e9 dans le noir. Minuscule au milieu d&#8217;un immense plateau bleu nuit, \u00e9cras\u00e9 par le visage de la journaliste qui lui parle par \u00e9cran g\u00e9ant interpos\u00e9. Tremble, Fran\u00e7ois Hollande, la fin du monde est proche ! La fiction projet\u00e9e sous tes yeux (et les n\u00f4tres) te plonge dans un ab\u00eeme d&#8217;angoisse, t&#8217;entra\u00eenant aux fronti\u00e8res du r\u00e9el, dans un futur si proche, elle r\u00e9veille tes fantasmes et tes peurs les plus enfouies. Sauras-tu \u00eatre le Sauveur que nous attendons, t\u00e9l\u00e9spectateurs p\u00e9trifi\u00e9s devant la vraisemblance de la proph\u00e9tie annonc\u00e9e ? 2013, la fin du p\u00e9trole, un film de G\u00e9rard Meunier, avec Hippolyte Girardot et Gwendoline Hammon. Brrr&#8230; Fiction ou r\u00e9alit\u00e9 ? Pour mieux brouiller les pistes, des interviews d&#8217;Yves Cochet ou Jacques Attali viennent subtilement s&#8217;intercaler entre deux sc\u00e8nes, paroles d&#8217;experts qui donnent au drame mis en sc\u00e8ne une valeur documentaire. Une cascade de r\u00e9f\u00e9rences apocalyptiques : choc p\u00e9trolier de 1973, Hiroshima, 11 Septembre, \u00e9pid\u00e9mie de chol\u00e9ra, krach de 1929 : sont invoqu\u00e9es pour terroriser. On agite le spectre de la barbarie moyen\u00e2geuse, de l&#8217;an\u00e9antissement de<\/p>\n<p>la civilisation, du chaos. \u00ab C&#8217;est d\u00e9j\u00e0 demain \u00bb, diffus\u00e9e pour la premi\u00e8re fois sur Canal + le 15 f\u00e9vrier, renouvelle le genre de l&#8217;\u00e9mission politique, tomb\u00e9 en d\u00e9su\u00e9tude, en poussant \u00e0 son paroxysme la logique du spectacle. Un cocktail d&#8217;\u00e9motions est concoct\u00e9 expr\u00e8s pour faire sortir l&#8217;invit\u00e9 de ses gonds, le tirer de sa l\u00e9thargie ou lui arracher au moins une parole spontan\u00e9e.<\/p>\n<p><strong> \u00abParler vrai\u00bb <\/strong><\/p>\n<p>Au m\u00eame moment, un autre concept voyait le jour sur LCI, avec un objectif analogue : pour tenter d&#8217;en finir avec l&#8217;inertie, \u00ab Questions qui f\u00e2chent \u00bb fouille dans le pass\u00e9 de l&#8217;invit\u00e9 pour le mettre face \u00e0 ses contradictions. Fran\u00e7ois Hollande (toujours lui) est somm\u00e9 de s&#8217;expliquer sur les revirements de son parti. Sur le trait\u00e9 constitutionnel : \u00ab Pourquoi \u00eates-vous pass\u00e9s du discours tr\u00e8s critique au discours tr\u00e8s positif ? \u00bb Sur Bolkestein : \u00ab Pourquoi ce changement d&#8217;avis ? \u00bb Plus tard dans la soir\u00e9e : \u00ab Le PS remplit-il toujours sa fonction d&#8217;opposant ? \u00bb Un dispositif anti-langue de bois cens\u00e9 permettre de retrouver un \u00ab parler vrai \u00bb, sans tomber dans l&#8217;\u00e9cueil de la vie priv\u00e9e, et raviver ainsi le genre de l&#8217;\u00e9mission politique qui, sous l&#8217;influence du diktat de l&#8217;audimat, avait quasiment disparu des \u00e9crans. Ce l\u00e9ger sursaut est aussi conjoncturel. Le r\u00e9f\u00e9rendum sur la Constitution europ\u00e9enne et les pr\u00e9mices toujours plus pr\u00e9coces de la campagne pr\u00e9sidentielle relancent ponctuellement l&#8217;int\u00e9r\u00eat pour la politique. En t\u00e9moignent les premiers invit\u00e9s de \u00ab Questions qui f\u00e2chent \u00bb et \u00ab C&#8217;est d\u00e9j\u00e0 demain \u00bb : Sarkozy et Hollande : et le retour de \u00ab Face \u00e0 la Une \u00bb sur TF1, l&#8217;interview de dix minutes men\u00e9e par PPDA dans la foul\u00e9e de son JT.<\/p>\n<p><strong> Du sel et du piment <\/strong><\/p>\n<p>Du reste, le climat est plut\u00f4t morose. Sur les cha\u00eenes hertziennes, seule \u00ab 100 minutes pour convaincre \u00bb, qui enferme le d\u00e9bat dans un compte \u00e0 rebours omnipr\u00e9sent, b\u00e9n\u00e9ficie d&#8217;une place prime time. Une fois par mois, France 2 offre un grand show qui s&#8217;apparente \u00e0 une remise des C\u00e9sars. Un rituel sur mesure, avec Olivier Mazerolle dans le r\u00f4le du ma\u00eetre de c\u00e9r\u00e9monie, pour des stars politiques venues accomplir une performance. \u00ab France Europe Express \u00bb et \u00ab Mots crois\u00e9s \u00bb sont quant \u00e0 elles rel\u00e9gu\u00e9es apr\u00e8s 22h30. Pour \u00ab Ripostes \u00bb, France 5 a fait de son mieux en confiant \u00e0 Serge Moati le dimanche apr\u00e8s-midi (voir entretien).Un paysage t\u00e9l\u00e9visuel sans comparaison avec l&#8217;\u00e9poque o\u00f9 \u00ab 7 sur 7 \u00bb et \u00ab La Marche du si\u00e8cle \u00bb \u00e9taient des rendez-vous incontournables de TF1 et France 3. Le parcours de \u00ab L&#8217;Heure de v\u00e9rit\u00e9 \u00bb, embl\u00e9matique des ann\u00e9es 1980, t\u00e9moigne du sort r\u00e9serv\u00e9 aux \u00e9missions consacr\u00e9es \u00e0 la politique : initialement programm\u00e9e \u00e0 une heure de grande \u00e9coute, elle est d&#8217;abord d\u00e9cal\u00e9e en deuxi\u00e8me partie de soir\u00e9e, puis le dimanche midi, avant de dispara\u00eetre compl\u00e8tement. Doucement, un glissement s&#8217;est op\u00e9r\u00e9. Qui aurait pu imaginer, en voyant Giscard d&#8217;Estaing en 1974 jouer un air d&#8217;accord\u00e9on, que trente ans plus tard les \u00e9lus se succ\u00e9deraient sur les banquettes de Michel Drucker pour vanter leur r\u00e9gion natale, pousser la chansonnette ou confier leurs go\u00fbts culinaires. \u00ab Vivement dimanche \u00bb, op\u00e9ration s\u00e9duction orchestr\u00e9e par un animateur confident, est un v\u00e9ritable spot de pub. Chaque invit\u00e9 y peaufine son image \u00e0 coup de symboles \u00ab flatteurs \u00bb puis\u00e9s dans l&#8217;univers du terroir, du sport, de la famille et autres valeurs consensuelles. Pour la venue du ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res, Michel Barnier, le meilleur de la Savoie a d\u00e9fil\u00e9 sur le plateau : madame Barnier, Jean-Claude Killy et le beaufort. Plus provocateur, Thierry Ardisson testait sur Michel Rocard sa question f\u00e9tiche : \u00ab Est-ce que sucer c&#8217;est tromper ? \u00bb Les exemples ne manquent pas. Il fallait voir la fine \u00e9quipe que formaient Jack Lang et Josiane Balasko pour le sp\u00e9cial Sidaction de \u00ab Qui veut gagner des millions \u00bb&#8230;<\/p>\n<p><strong> Talk toujours <\/strong><\/p>\n<p>Le d\u00e9bat n&#8217;a pas sa place dans les talk-shows qui h\u00e9sitent entre d\u00e9valorisation et d\u00e9politisation du propos, mis sur le m\u00eame plan que les confidences de Loana, quand il n&#8217;est pas tout simplement absent. Curieusement, la plupart des hommes politiques continuent pourtant \u00e0 accepter l&#8217;invitation et semblent se pr\u00eater volontiers \u00e0 la r\u00e8gle du genre : surtout, pas de politique. \u00ab Ils n&#8217;ont pas le choix. A moins d&#8217;\u00eatre des personnalit\u00e9s de tout premier plan qui ont encore la possibilit\u00e9 de se faire inviter au JT, c&#8217;est \u00e7a ou rien \u00bb, affirme Erik Neveu, professeur de sciences politiques, qui fait remonter \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990 la disparition des \u00e9missions politiques avant 22 heures : \u00ab A partir de l&#8217;ann\u00e9e 2000, les hommes politiques apparaissent davantage dans des talk-shows que dans des \u00e9missions politiques. \u00bb Tout a commenc\u00e9 avec Val\u00e9ry Giscard d&#8217;Estaing, qui inaugure un nouveau style, aux antipodes de l&#8217;aust\u00e9rit\u00e9 gaullienne ou pompidolienne, en introduisant des \u00e9l\u00e9ments de sa vie personnelle pour la campagne pr\u00e9sidentielle de 1974. Ce m\u00e9lange priv\u00e9-public a depuis pris le pas sur les qualit\u00e9s litt\u00e9raires du discours et l&#8217;aisance rh\u00e9torique, autrefois les premi\u00e8res vertus d&#8217;un homme politique. \u00ab Cela fait une trentaine d&#8217;ann\u00e9es qu&#8217;ils se produisent en dehors des \u00e9missions consacr\u00e9es \u00bb, assure Philippe Maarek, professeur de communication. <\/p>\n<p><strong> D\u00e9senchantement <\/strong><\/p>\n<p>Imp\u00e9ratifs t\u00e9l\u00e9visuels et facteurs politiques sont venus se renforcer mutuellement. Les logiques d&#8217;audience et la concurrence entre cha\u00eenes ont conduit \u00e0 rechercher l&#8217;intime et le spectaculaire au d\u00e9triment du d\u00e9bat argument\u00e9. De l\u00e0 \u00e0 affirmer que la t\u00e9l\u00e9 a priv\u00e9 \u00e0 elle seule la politique de toute substance&#8230; Ce serait \u00e9luder le d\u00e9senchantement ressenti vis-\u00e0-vis de la gauche au pouvoir et le recul des id\u00e9ologies. \u00ab Autrefois, des fa\u00e7ons tr\u00e8s diff\u00e9rentes de conduire la soci\u00e9t\u00e9 se confrontaient. Le clivage entre les camps \u00e9tait plus franc et des projets alternatifs nourrissaient l&#8217;espoir de changer le monde. Cette croyance a un coup dans l&#8217;aile. La mise en sc\u00e8ne des \u00e9changes \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision a chang\u00e9 avec l&#8217;\u00e9volution de la perception de la politique \u00bb, observe Erik Neveu. Tout se passe aujourd&#8217;hui comme si le d\u00e9bat et les journalistes qui l&#8217;animent \u00e9taient d\u00e9finitivement entach\u00e9s de d\u00e9magogie et d&#8217;hypocrisie. La proximit\u00e9 et la complicit\u00e9 palpables entre interviewers et interview\u00e9s ont achev\u00e9 de discr\u00e9diter les uns et les autres. Au point que, pour pimenter une longue intervention pr\u00e9sidentielle sur la Constitution europ\u00e9enne, on appelle \u00e0 la rescousse deux \u00e9minences du talk-show : Fogiel, l&#8217;impertinent de service, et Delarue, monsieur Soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Sommes-nous condamn\u00e9s \u00e0 cette alternative entre des \u00e9missions arides pour inconditionnels et du divertissement \u00e0 peine teint\u00e9 de politique ? \u00ab C&#8217;est d\u00e9j\u00e0 demain \u00bb a tent\u00e9 une synth\u00e8se. D&#8217;autres formes nouvelles, \u00e0 la fois rigoureuses et s\u00e9duisantes, \u00e9viteront-elles que resurgisse le projet de t\u00e9l\u00e9r\u00e9alit\u00e9 politique, prochaine \u00e9tape dans la surench\u00e8re intimiste, qui a avort\u00e9 in extremis ? Pour Philippe Maarek, \u00ab il faudrait que les cha\u00eenes de service public, en partie financ\u00e9es par la redevance, aient le courage de relancer des \u00e9missions politiques et assument des taux d&#8217;audience moins forts. C&#8217;est la seule vraie solution. \u00bb En attendant le Messie.<\/p>\n<p>C.B. et M.R.<\/p>\n<p><strong> Serge Moati <\/strong>,  <\/p>\n<p>\u00ab je revendique la notion de spectacle \u00bb<\/p>\n<p>Le pr\u00e9sentateur de \u00ab Ripostes \u00bb, tous les dimanches sur France 5, nous livre les clefs de sa mise en sc\u00e8ne. Quand la dramatisation sert le discours au lieu de le vider.<\/p>\n<p>Qu&#8217;est-ce qui vous a amen\u00e9 \u00e0 cr\u00e9er une \u00e9mission politique ?<\/p>\n<p>Serge Moati. Au d\u00e9but, je n&#8217;avais pas la pr\u00e9tention de faire de la politique m\u00eame si j&#8217;\u00e9tais un citoyen curieux, avec un pass\u00e9 militant, passionn\u00e9 par la chose publique. Je ne suis pas journaliste mais homme d&#8217;images. La fiction a nourri mon exp\u00e9rience de documentariste, laquelle a aussi nourri la fiction, et tout \u00e7a a nourri \u00ab Ripostes \u00bb. On m&#8217;a tr\u00e8s souvent reproch\u00e9 mon manque de cr\u00e9dibilit\u00e9 et suspect\u00e9 d&#8217;\u00eatre de parti pris. Comme si les journalistes venaient d&#8217;une plan\u00e8te diff\u00e9rente, celle de l&#8217;information, o\u00f9 personne n&#8217;a d&#8217;avis sur rien, seulement des connivences. Comme si d\u00e8s petits, \u00e0 la cr\u00e8che, ils \u00e9taient objectifs. Au fond, dans ce pays, les journalistes sont r\u00e9ellement obs\u00e9quieux, ils sont aux bottes du pouvoir. Et on fait passer \u00e7a pour du grand professionnalisme ! Quand j&#8217;ai commenc\u00e9 \u00e0 pr\u00e9senter l&#8217;\u00e9mission, je me suis tr\u00e8s vite laiss\u00e9 gagner par mes d\u00e9mons : le go\u00fbt du d\u00e9bat public. C&#8217;est possible \u00e0 France 5 car cette cha\u00eene n&#8217;a pas trop de contraintes d&#8217;audience. Elle n&#8217;a pas non plus de r\u00e9daction. Nous sommes seuls \u00e0 remplir la fonction politique, nous sommes donc libres.<\/p>\n<p>Dans une \u00e9mission r\u00e9cente sur la Constitution europ\u00e9enne, un intervenant posait ce principe : \u00ab Argument contre argument. \u00bb Est-ce ainsi que vous d\u00e9finiriez \u00ab Ripostes \u00bb ?<\/p>\n<p>Serge Moati. Quand on va \u00e0 \u00ab Ripostes \u00bb, on fait gaffe, on rode ses arguments, on sait qu&#8217;on va devoir \u00e0 la fois \u00eatre vif et en m\u00eame temps tol\u00e9rant, \u00e9couter l&#8217;autre. Au bout de cinq ans, une tradition s&#8217;est faite. Le plus important pour moi, c&#8217;est de permettre aux invit\u00e9s d&#8217;exprimer au mieux leurs id\u00e9es. Je ne montre pas mes engagements \u00e0 l&#8217;antenne, je ne fais pas \u00e9tat de ce que je pense, \u00e7a n&#8217;aurait aucun int\u00e9r\u00eat. D&#8217;ailleurs, souvent, je ne pense rien. Si je veux prendre parti, je r\u00e9alise un documentaire ou une fiction dans lesquels je m&#8217;engage personnellement. Dans le cas d&#8217;un d\u00e9bat, je suis dans l&#8217;empathie, dans le cheminement de la pens\u00e9e de l&#8217;autre. Le drame, pour moi, c&#8217;est quand quelqu&#8217;un sort en disant : \u00ab Je suis frustr\u00e9, je n&#8217;ai pas dit ce que je voulais&#8230; \u00bb Alors je me sens coupable.<\/p>\n<p>Quelles sont les conditions pour qu&#8217;\u00e9merge une parole politique int\u00e9ressante ?<\/p>\n<p>Serge Moati. Il faut faire en sorte que les intervenants ne se retrouvent pas dans un face-\u00e0-face avec le journaliste. Cela contribue \u00e0 \u00e9vacuer la connivence habituelle : m\u00eame monde, m\u00eame bistrot, m\u00eame cantine&#8230; Les plateaux doivent \u00eatre composites : il ne peut pas y avoir que des hommes politiques. Dans une \u00e9mission sur la Constitution europ\u00e9enne, par exemple, j&#8217;ai invit\u00e9 l&#8217;\u00e9crivain Max Gallo qui ne parle pas un langage classique d&#8217;homme politique. Il faut que la parole circule afin d&#8217;\u00e9viter qu&#8217;un des participants se prenne pour la vedette. Je ne suis pas l\u00e0 pour \u00eatre dans la contemption et dans l&#8217;admiration coite. D&#8217;ailleurs, je n&#8217;invite jamais ceux qui ne respectent pas le d\u00e9bat d\u00e9mocratique et pr\u00e9f\u00e8rent appara\u00eetre dans des one man show. A \u00ab Ripostes \u00bb, c&#8217;est le m\u00eame traitement pour tout le monde : six d\u00e9batteurs et hors de question de changer la formule pour avoir quelqu&#8217;un. Pas de tapis rouge. Si les invit\u00e9s misent juste sur leur pr\u00e9sence, soi-disant suffisante pour convaincre, qu&#8217;ils ne pensent pas grand-chose, \u00e7a ne marche pas. Et si leur pens\u00e9e est tellement complexe qu&#8217;elle en devient difficile \u00e0 formuler, \u00e0 \u00ab Ripostes \u00bb ils s&#8217;en sortent \u00e0 peu pr\u00e8s, mais \u00e7a reste compliqu\u00e9.<\/p>\n<p>Vous assumez malgr\u00e9 tout le recours au \u00ab spectacle \u00bb. Quelle diff\u00e9rence avec le spectacle qui vide la politique de son sens dans d&#8217;autres \u00e9missions ?<\/p>\n<p>Serge Moati. La diff\u00e9rence est difficile \u00e0 expliquer. Je revendique la notion de spectacle, parce que je m&#8217;amuse \u00e0 travailler les mots, \u00e0 faire des mimiques, des phrases et des gestes rituels, \u00e0 d\u00e9dramatiser quand c&#8217;est n\u00e9cessaire&#8230; J&#8217;affirme ainsi une distance profonde vis-\u00e0-vis des invit\u00e9s et cherche au contraire \u00e0 lancer quelques signes aux spectateurs pour cr\u00e9er une complicit\u00e9 entre eux et moi. Je suis le personnage qui leur sert de m\u00e9diateur, celui par qui la parole passe et qui l&#8217;aide \u00e0 prendre corps. Je suis celui par qui la mayonnaise prend. En revanche, ce n&#8217;est pas du spectacle dans le sens o\u00f9 je ne suis pas l\u00e0 pour que les gens s&#8217;engueulent artificiellement, disent n&#8217;importe quoi, grimpent sur la table et montrent leur nombril. Je suis l\u00e0 pour mettre en sc\u00e8ne de vrais d\u00e9bats, en veillant aux \u00e9quilibres. C&#8217;est une dramaturgie g\u00e9n\u00e9rale dont j&#8217;ai pr\u00e9vu le fil conducteur. Tout est \u00e9crit dans \u00ab Ripostes \u00bb, ce qui me permet d&#8217;\u00eatre plus libre apr\u00e8s sur le plateau. J&#8217;\u00e9ditorialise beaucoup les introductions. Le moindre \u00ab oh \u00bb ou \u00ab ah \u00bb est \u00e9crit m\u00eame si \u00e7a ne se voit pas trop : je suis un bon com\u00e9dien.<\/p>\n<p>Quand on regarde \u00ab 100 minutes pour convaincre \u00bb, le compte \u00e0 rebours est lanc\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9but. Dans toutes les \u00e9missions politiques, le temps limite le d\u00e9bat au point souvent de l&#8217;\u00e9touffer. Comment faites-vous pour que cette contrainte ne soit pas trop pesante ?<\/p>\n<p>Serge Moati. Je m&#8217;arrange pour que ce ne soit pas visible. Je fais par exemple des gestes que vous ne voyez pas. A l&#8217;instant de la prise, on est dans un espace ritualis\u00e9. Il existe un laps de temps, entre le moteur et le coup\u00e9, o\u00f9 se d\u00e9veloppe le talent du faiseur d&#8217;interview, c&#8217;est-\u00e0-dire du metteur en sc\u00e8ne, qui cr\u00e9e un temps hors temps. Il y a dans mon empathie pour les invit\u00e9s, qui n&#8217;a rien \u00e0 voir avec de la sympathie, quelque chose de l&#8217;ordre de la pr\u00eatrise. Mais cela a trait \u00e0 l&#8217;utopie plut\u00f4t qu&#8217;\u00e0 la religion. n Propos Recueillis par C.B. et M.R.<\/p>\n<p>\u00ab Vous regardez trop la t\u00e9l\u00e9vision, bonsoir \u00bb<\/p>\n<p>Les Guignols ou la caricature du discours tautologique. Marl\u00e8ne Coulomb-Gully, chercheuse en communication, d\u00e9crypte le JT pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 des jeunes.<\/p>\n<p>\u00ab La formule des \u00abGuignols de l&#8217;Info\u00bb trouve son origine dans la fa\u00e7on dont les m\u00e9dias ont rendu compte de la premi\u00e8re guerre du Golfe. Pendant cette p\u00e9riode, le pouvoir du discours politique m\u00e9diatis\u00e9 \u00e0 brasser du vide a inspir\u00e9 le concept de l&#8217;\u00e9mission. Ce qui distingue les marionnettes de Canal + des autres caricatures comme le \u00abB\u00e9b\u00eate Show\u00bb, et ce qui fait leur force, c&#8217;est qu&#8217;ils n&#8217;ancrent pas la politique dans le r\u00e9el. Ils postulent, au contraire, une vision fondamentalement m\u00e9diatis\u00e9e du r\u00e9el dont t\u00e9moigne le choix de la sc\u00e9nographie : le journal t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 de \u00abPPD\u00bb. Mettre le r\u00e9el entre parenth\u00e8ses soul\u00e8ve la question du vide et pousse \u00e0 s&#8217;interroger sur la vertu du politique. Les personnages convoqu\u00e9s aux \u00abGuignols de l&#8217;Info\u00bb sont des vedettes issues de tous les milieux : show business, sport ou politique. Ils ont pour seul point commun d&#8217;\u00eatre m\u00e9diatiques. Toutes les ficelles sont d\u00e9mont\u00e9es. Les Guignols poussent jusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;absurde la d\u00e9magogie et la tautologie d&#8217;un discours qui ne dit que lui-m\u00eame. \u00abChose promise, chose promise\u00bb, affirme la marionnette de Chirac qui donne par ailleurs sa d\u00e9finition du sondage : \u00abun instantan\u00e9 ponctuel \u00e0 un moment donn\u00e9 \u00e0 un instant t \u00bb. Le postulat qui consiste \u00e0 \u00e9vincer le r\u00e9el pour focaliser sur la m\u00e9diatisation est en soi une critique de la politique. \u00bb Recueilli par C.B. et M.R.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Deux nouveaux concepts d&#8217; \u00e9mission politique d\u00e9butent \u00e0 la t\u00e9l\u00e9, l&#8217;un sur Canal +, l&#8217;autre sur LCI. Peut-on raviver le genre sans tirer les ficelles de l&#8217;intime et du spectacle ? D\u00e9codage, arr\u00eat sur le plateau de \u00ab Ripostes \u00bb et vir\u00e9e chez les Guignols. <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[287],"class_list":["post-3489","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-medias"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3489","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3489"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3489\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3489"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3489"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3489"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}