{"id":3481,"date":"2005-05-01T00:00:00","date_gmt":"2005-04-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/interview-des-lecteurs-la-rumeur3481\/"},"modified":"2005-05-01T00:00:00","modified_gmt":"2005-04-30T22:00:00","slug":"interview-des-lecteurs-la-rumeur3481","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=3481","title":{"rendered":"Interview des lecteurs : la Rumeur"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Le groupe de rap La Rumeur a choisi, dans cet univers musical travers\u00e9 de contradictions, \u00abquelque chose de l&#8217;ordre de la r\u00e9sistance et du combat\u00bb. R\u00e9formistes \u00e0 la Attac ou anticapitalistes r\u00e9volutionnaires ? Ils pr\u00e9f\u00e8rent :<em> \u00ab enfants de quartiers populaires, issus de l&#8217;immigration, dans la France post-coloniale de 2005\u00bb <\/em>. Ham\u00e9 rejoint par Ekou\u00e9 se racontent. <\/p>\n<p><strong> Germain Julien. <\/strong> Votre dernier album, Regain de tension, tranche avec le pr\u00e9c\u00e9dent, Ombre sur la mesure. Il est beaucoup plus \u00e9lectronique. Est-ce le reflet d&#8217;une \u00e9volution profonde du groupe ?<\/p>\n<p><strong> Ham\u00e9. <\/strong> Nous avons pr\u00e9par\u00e9 Regain de tension en pleine tourn\u00e9e, dans un contexte de mobilit\u00e9 permanente. Nous devions en m\u00eame temps anticiper le proc\u00e8s que le minist\u00e8re de l&#8217;Int\u00e9rieur nous a intent\u00e9 pour diffamation publique envers la police nationale (1) et nous d\u00e9gager de l&#8217;emprise contractuelle de notre maison de disques. Nous \u00e9tions dans un \u00e9tat d&#8217;esprit assez \u00e9lectrique. Alors que Ombre sur la mesure, tr\u00e8s \u00e9crit, donne une place importante \u00e0 la m\u00e9taphore fil\u00e9e et rec\u00e8le un sens pouss\u00e9 de la narration, Regain de tension est \u00e9pidermique, spontan\u00e9, sanguin. Ce sont des textes et des musiques jet\u00e9s dans le ring de la tourn\u00e9e. Nous avons davantage mis en avant le premier degr\u00e9 qui prend plus directement au tympan ou \u00e0 la gorge.<\/p>\n<p><strong> Emmanuel Faure. <\/strong> La Rumeur est programm\u00e9e, au Pays basque, sur le festival Euskal Herria Zuzenean. Vous arrive-t-il d&#8217;h\u00e9siter \u00e0 aller dans des espaces militants plut\u00f4t rock ?<\/p>\n<p><strong> Ham\u00e9. <\/strong> Au contraire. C&#8217;est un honneur pour nous d&#8217;\u00eatre invit\u00e9s ! Les artistes qui se produisent sur Euskal Herria Zuzenean poss\u00e8dent des partis pris politiques et alternatifs qui nous int\u00e9ressent. Tr\u00e8s vite, on s&#8217;est rendu compte qu&#8217;il y avait des appels d&#8217;air venant de la sc\u00e8ne rock. On a particip\u00e9 \u00e0 de nombreux festivals o\u00f9 La Rumeur \u00e9tait le seul groupe de rap programm\u00e9. Lors des trois premi\u00e8res parties de Noir D\u00e9sir, au Z\u00e9nith, on s&#8217;est retrouv\u00e9 face \u00e0 un public qui ne nous connaissait pas, qui n&#8217;aimait pas forc\u00e9ment le rap et qu&#8217;on frustrait de l&#8217;arriv\u00e9e de ceux qu&#8217;ils \u00e9taient venus voir. La salle a eu l&#8217;air d&#8217;appr\u00e9cier. Nos codes sont hip-hop, mais notre mani\u00e8re de les restituer permet \u00e0 un public inhabituel d&#8217;entrer dans notre univers, ou au moins de comprendre la performance du groupe sur sc\u00e8ne.<\/p>\n<p><strong> Arnaud Lopez.  <\/strong>Vous \u00eates pass\u00e9s au 50e anniversaire du Monde diplomatique. Alors, r\u00e9formistes \u00e0 la Attac ou anticapitalistes r\u00e9volutionnaires ? Comment qualifieriez-vous votre engagement politique ?<\/p>\n<p><strong> Ham\u00e9. <\/strong>  On essaie de faire en sorte que notre pratique soit \u00e0 la hauteur de notre discours, et r\u00e9ciproquement, avec nos petits bras et nos petites t\u00eates. Mais on ne pr\u00e9tend pas donner de le\u00e7ons politiques. On se contente de donner une vision de notre environnement direct et de la soci\u00e9t\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral, \u00e0 partir de l&#8217;endroit o\u00f9 on se trouve : enfants de quartiers populaires, issus de l&#8217;immigration, dans la France post-coloniale de 2005. Nos sensibilit\u00e9s politiques sont tiers-mondistes et anti-imp\u00e9rialistes. C&#8217;est coh\u00e9rent avec notre histoire. Nos familles sont le t\u00e9moignage vivant de ce qu&#8217;ont \u00e9t\u00e9 les guerres de lib\u00e9ration, l&#8217;immigration, les luttes sociales et ouvri\u00e8res des ann\u00e9es 1970 dans des usines comme Renault. La mati\u00e8re sur laquelle on essaie de travailler, c&#8217;est l&#8217;histoire dont on h\u00e9rite \u00e0 l&#8217;\u00e9chelle intime ou collective. Nos partis pris ne sont pas le fruit d&#8217;un savoir livresque, ils portent la marque de notre v\u00e9cu. De l&#8217;injustice lisible dans le regard de son daron quand il se retrouve au ch\u00f4mage apr\u00e8s trente-cinq ans de travail ouvrier, dans les yeux de son petit fr\u00e8re qui quitte le syst\u00e8me scolaire \u00e0 seize ans sans aucun dipl\u00f4me, ayant tout juste eu le temps d&#8217;apprendre qu&#8217;il ne valait rien. Pourquoi est-ce toujours les m\u00eames qui morflent et paient l&#8217;addition ? On tente de retranscrire nos interrogations \u00e0 travers des outils esth\u00e9tiques : les mots et le hip-hop. Je n&#8217;ai aucune affinit\u00e9 avec les partis politiques traditionnels, fussent-ils d&#8217;extr\u00eame gauche. Mon exp\u00e9rience militante dans des petites associations \u00e9tudiantes \u00e0 la fac de Nanterre ou de la Sorbonne m&#8217;a beaucoup d\u00e9\u00e7u. J&#8217;ai un vrai probl\u00e8me avec la tradition du paternalisme qui a le cuir \u00e9pais. On la retrouve m\u00eame chez ceux qui sont cens\u00e9s exprimer les int\u00e9r\u00eats des couches populaires.<\/p>\n<p><strong> Rachid Boulemsamer. <\/strong> Un des chanteurs du groupe dit :<em> \u00ab On me demande d&#8217;aller voter et d&#8217;oublier toute forme de r\u00e9volte. \u00bb <\/em> Quelle est votre position par rapport au jeu \u00e9lectoral ?<\/p>\n<p><strong> Ham\u00e9. <\/strong> Je n&#8217;ai jamais vot\u00e9, ni personne dans le groupe. J&#8217;ai ma carte d&#8217;\u00e9lecteur, je suis inscrit sur les listes mais je ne me suis jamais d\u00e9plac\u00e9 dans un bureau de vote. Pas m\u00eame en 2002. Ce n&#8217;est ni bien ni mal, c&#8217;est un fait. Notre bulletin de vote, c&#8217;est ce qu&#8217;on essaie de construire. Je n&#8217;en fais pas une th\u00e9orie mais je trouve un peu l\u00e9gers les discours citoyens. Comme si on ne pouvait rien imaginer en dehors des urnes. Et puis la tendance \u00e0 culpabiliser les absent\u00e9istes depuis le 21 avril 2002 m&#8217;\u00e9nerve. Ce serait \u00e0 cause du pourcentage d&#8217;abstention et de vote blanc que Le Pen serait arriv\u00e9 au second tour ! Je m&#8217;abstiens. Je ne sais pas si c&#8217;est par conviction mais en tout cas, je le fais en toute conscience. La politique, au sens noble du terme, nous int\u00e9resse beaucoup. Je pense m\u00eame que des cours d&#8217;instruction politique \u00e0 l&#8217;\u00e9cole, ou ailleurs, sont de premi\u00e8re n\u00e9cessit\u00e9. C&#8217;est un outil indispensable pour tout individu qui souhaite d\u00e9crypter ce qui l&#8217;entoure, comprendre \u00e0 qui profite le crime et \u00e0 quelle sauce on veut le bouffer, choper le virus de la critique et du doute, gratter, se situer et pourquoi pas changer les choses. Mais \u00e7a, ce n&#8217;est pas possible \u00e0 une poign\u00e9e.<\/p>\n<p><strong> Camille Plagnet. <\/strong> La Rumeur tente de r\u00e9insuffler du discours politique l\u00e0 o\u00f9 il est mal vu. De ce point de vue, le succ\u00e8s du rap \u00ab hardcore \u00bb, Booba par exemple, n&#8217;est-il pas contre-productif ?<\/p>\n<p><strong> Ham\u00e9. <\/strong> Il ne faut pas demander au rap ce qui n&#8217;est en son pouvoir. D&#8217;autant que les rappeurs ne sont pas tous des r\u00e9volutionnaires en puissance. Certains aspirent juste \u00e0 vivre bien, consommer, se ranger et ne pas faire de vagues. D&#8217;autres pr\u00e9f\u00e8rent s&#8217;interroger, questionner le monde dans lequel ils vivent, offrir quelque chose de l&#8217;ordre de la r\u00e9sistance et du combat. Le rap est travers\u00e9 par les m\u00eames contradictions que l&#8217;ensemble de la soci\u00e9t\u00e9. Le succ\u00e8s de groupes qui font l&#8217;apologie de l&#8217;industrie de la joaillerie ou des BMW refl\u00e8te une r\u00e9alit\u00e9. Mais les gens ne sont pas b\u00eates, ils finissent juste par s&#8217;accoutumer \u00e0 ce qu&#8217;ils entendent. On cr\u00e9e chez eux la demande. Nous sommes fiers d&#8217;\u00eatre un des derniers groupes de notre g\u00e9n\u00e9ration \u00e0 aller jouer dans les cit\u00e9s. Il y a une esp\u00e8ce de schizophr\u00e9nie chez certains rappeurs qui courent apr\u00e8s le cr\u00e9dit des quartiers et se prennent des caillasses quand ils y vont. Ils ont divorc\u00e9 de leur base, se sont travestis pour vendre. Je ne fais pas le proc\u00e8s du rap fran\u00e7ais, simplement nous devons batailler deux fois plus pour faire savoir que la d\u00e9finition du rap que d\u00e9fend La Rumeur existe. Il faut refuser les sentiers battus. C&#8217;est le contre-message le plus productif qu&#8217;on puisse donner aux groupes que tu cites.<\/p>\n<p><strong> Camille Plagnet. <\/strong> Le rap insiste beaucoup sur la r\u00e9volte, \u00e0 ne pas confondre avec la r\u00e9volution. Il joue sur une ambigu\u00eft\u00e9&#8230;<\/p>\n<p><strong> Ham\u00e9. <\/strong> C&#8217;est d\u00e9j\u00e0 pas mal d&#8217;exprimer une r\u00e9volte. C&#8217;est m\u00eame plut\u00f4t sain. Un jeune r\u00e9volt\u00e9, aujourd&#8217;hui, c&#8217;est quelqu&#8217;un qui poss\u00e8de une bonne sant\u00e9 mentale. Ceux qui sont r\u00e9sign\u00e9s ou aigris, se contentant des r\u00eaves qu&#8217;on leur sert \u00e0 longueur de TF1, sont dans un \u00e9tat plus pr\u00e9occupant. Apr\u00e8s, il existe mille mani\u00e8res d&#8217;ext\u00e9rioriser. Le fait de sublimer sa col\u00e8re en cr\u00e9ant, c&#8217;est d\u00e9j\u00e0 mettre \u00e0 distance l&#8217;objet de cette r\u00e9volte et \u00eatre en mesure d&#8217;agir un minimum sur sa vie et ses astreintes.<\/p>\n<p><strong> No\u00e9mie Valin. <\/strong> Vous avez finalement \u00e9t\u00e9 relax\u00e9s apr\u00e8s le proc\u00e8s que vous a intent\u00e9 le minist\u00e8re de l&#8217;Int\u00e9rieur pour diffamation publique envers la police nationale. C&#8217;est une victoire ?<\/p>\n<p><strong> Ham\u00e9. <\/strong> On a \u00e9t\u00e9 relax\u00e9s mais le minist\u00e8re de l&#8217;Int\u00e9rieur a fait appel de la d\u00e9cision. Si on gagne \u00e0 nouveau, on n&#8217;\u00e9chappera pas \u00e0 un autre appel. Donc on en a au moins pour un an, voire un an et demi de d\u00e9m\u00eal\u00e9s judiciaires et de frais d&#8217;avocats. De telles proc\u00e9dures sont usantes d&#8217;un point de vue financier.<\/p>\n<p><strong> No\u00e9mie Valin. <\/strong> Et psychologiquement ?<\/p>\n<p><strong> Ekou\u00e9. <\/strong> Oui et non. C&#8217;est beaucoup plus dur \u00e0 vivre pour les familles qui ont perdu des proches. Dans leur cas, il s&#8217;agit de mort d&#8217;homme. On s&#8217;inscrit dans une dynamique intellectuelle. Notre article r\u00e9f\u00e9renc\u00e9 d\u00e9veloppait un certain nombre d&#8217;id\u00e9es et apportait des preuves. Ils ne sont pas d&#8217;accord avec le contenu, d\u00e9cident de nous attaquer. Pas question de sortir de ce contexte. C&#8217;est un d\u00e9bat s\u00e9rieux, aussi in\u00e9galitaire soit-il : il y a quand m\u00eame face \u00e0 nous le minist\u00e8re de l&#8217;Int\u00e9rieur, les keufs et les RG qui viennent \u00e0 nos concerts.<\/p>\n<p><strong> Ham\u00e9. <\/strong> Le syst\u00e8me enterre deux fois la victime. Une premi\u00e8re, par la mort, une seconde, par l&#8217;oubli judiciaire, le non-lieu, l&#8217;acquittement. C&#8217;est scandaleux. Et \u00e7a veut dire quoi ? Que la peau d&#8217;un Noir ou d&#8217;un Arabe ne vaut pas tout \u00e0 fait celle d&#8217;un individu lambda dans ce pays ? Cette situation fait \u00e9trangement \u00e9cho \u00e0 des r\u00e9alit\u00e9s que nos grands-parents ont connues. La police est une chose et son usage politique en est une autre. Quelles missions lui sont confi\u00e9es ? Je ne parle pas des proclamations hypocrites sur les frontons des \u00e9difices. Garantir la s\u00e9curit\u00e9, la libert\u00e9 et l&#8217;\u00e9galit\u00e9 \u00e0 des citoyens, c&#8217;est du pipeau. La police ne sert pas \u00e0 \u00e7a. On sait que c&#8217;est une arme et entre quelles mains elle se trouve. Ce d\u00e9bat soul\u00e8ve un \u00e9norme tabou. A notre modeste \u00e9chelle, on a mis le doigt dessus. Le fait d&#8217;avoir \u00e9t\u00e9 relax\u00e9s une premi\u00e8re fois prouve que notre mani\u00e8re de probl\u00e9matiser la question est audible si elle est appuy\u00e9e d&#8217;arguments, de t\u00e9moignages probants, de mises en perspective, d&#8217;\u00e9clairages sociologiques, historiques, militants et politiques. C&#8217;est ce qu&#8217;on a fait le jour du proc\u00e8s. Un d\u00e9bat de cinq heures a eu lieu. Maintenant, rebelote.<\/p>\n<p><strong> Gr\u00e9gori Delaplace. <\/strong> Quels arguments avez-vous fait valoir dans le cadre de votre proc\u00e8s en diffamation ?<\/p>\n<p><strong> Ham\u00e9. <\/strong> La libert\u00e9 d&#8217;expression. On va d&#8217;ailleurs r\u00e9it\u00e9rer cet argument. La police fran\u00e7aise a un vrai passif. La d\u00e9cision de la juge qui nous a relax\u00e9s tenait aussi et surtout \u00e0 la valeur des \u00e9l\u00e9ments fournis, prouvant que des centaines de fr\u00e8res se sont fait assassiner par les forces de l&#8217;ordre sans qu&#8217;aucun des assassins n&#8217;ait \u00e9t\u00e9 inqui\u00e9t\u00e9. Avant l&#8217;appel, on \u00e9tait en passe de cr\u00e9er une jurisprudence.<\/p>\n<p><strong> Ekou\u00e9. <\/strong> On a recens\u00e9, en l&#8217;espace de deux semaines, \u00e0 un mois d&#8217;intervalle, deux blessures mortelles et trois bavures. Sans parler des centres de r\u00e9tention o\u00f9 plusieurs personnes croupissent dans l&#8217;attente d&#8217;\u00eatre vir\u00e9es sous peu.<\/p>\n<p><strong> Ham\u00e9. <\/strong> Cette main-d&#8217;\u0153uvre-l\u00e0 doit rester dans l&#8217;ombre, silencieuse, et se laisser exploiter. Elle est utile \u00e0 l&#8217;\u00e9conomie fran\u00e7aise.<\/p>\n<p><strong> Jules Chiffard-Carricaburu. <\/strong> C&#8217;est ce qui se passe aussi aux Etats-Unis&#8230;<\/p>\n<p><strong> Ham\u00e9. <\/strong> Oui, avec l&#8217;immigration clandestine mexicaine. Ils laissent passer tacitement les immigr\u00e9s en situation irr\u00e9guli\u00e8re parce que les \u00e9conomies locales le long de la fronti\u00e8re en ont besoin, tout en proclamant haut et fort lutter contre le travail clandestin. De temps en temps, ils proc\u00e8dent \u00e0 quelques coups de filet.<\/p>\n<p><strong> Rachid Boulemsamer. <\/strong> Vous dites dans un de vos morceaux : \u00ab Si putes si soumises et heureuses comme \u00e7a. \u00bb Quels griefs avez-vous contre les Ni putes ni soumises ?<\/p>\n<p><strong> Ekou\u00e9. <\/strong> Premi\u00e8rement, on pratique l&#8217;autod\u00e9rision sur nous, donc pourquoi pas sur les autres ? Deuxi\u00e8mement, comme levier de communication, je trouve \u00e7a super faible et manich\u00e9en. La situation des femmes dans les quartiers et en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale est plus complexe. Troisi\u00e8mement, je trouve que leurs investigations virent un peu au fanatisme. De fait, le probl\u00e8me de la condition de la femme est vieux comme le monde et les soci\u00e9t\u00e9s occidentales sont tout aussi machistes que les autres, le patriarcat est tr\u00e8s pr\u00e9sent dans les structures familiales, les femmes sont opprim\u00e9es sur le plan du travail comme \u00e0 tous points de vue. Il faut donc traiter le probl\u00e8me dans sa globalit\u00e9. Je reproche aux Ni putes ni soumises de stigmatiser une certaine partie de la population, en brandissant le spectre de l&#8217;islam comme vecteur de r\u00e9gression sociale. Non seulement nous ne sommes pas d&#8217;accord, mais nous combattons ce genre d&#8217;initiatives pour la simple et bonne raison qu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;un d\u00e9bat la\u00efque. Je ne vois pas ce que l&#8217;islam vient faire l\u00e0-dedans, sauf nourrir les discours fachos et r\u00e9actionnaires. Cela participe d&#8217;une politique qui consiste \u00e0 diviser pour mieux r\u00e9gner. A la fin des ann\u00e9es 90, on nous a fait comprendre que nos parents \u00e9taient de vulgaires irresponsables qui, en nous \u00e9duquant mal, avaient fabriqu\u00e9 des g\u00e9n\u00e9rations de laiss\u00e9s-pour-compte. Cette explication omettait juste les v\u00e9ritables causes sociales : celui qui habite \u00e0 Aubervilliers a plus de difficult\u00e9s \u00e0 \u00e9duquer ses enfants dans le chemin du savoir et de l&#8217;instruction, il n&#8217;a pas les m\u00eames outils ni le m\u00eame confort. La cit\u00e9, comme vecteur d&#8217;oppression sociale, c&#8217;est super-violent. Il faut y vivre pour le croire. Aujourd&#8217;hui, tout le monde se gargarise des Ni putes ni soumises. On a trouv\u00e9 l&#8217;ennemi int\u00e9rieur : le mec de quartier.<\/p>\n<p><strong> Emmanuel Faure. <\/strong> Comment avez-vous per\u00e7u les incidents lors des manifs lyc\u00e9ennes et l&#8217;Appel pointant des \u00ab ratonnades anti-Blancs \u00bb (2) ?<\/p>\n<p><strong> Ekou\u00e9. <\/strong> Je ne me sens pas d\u00e9positaire de la connerie des actes de certains. La loi Fillon est d\u00e9testable, elle va accro\u00eetre le schisme entre les acad\u00e9mies de Seine-Saint-Denis et du 16e arrondissement. Les lyc\u00e9ens ont raison de la combattre. Maintenant, ces mecs qui sont l\u00e0 pour taper des portables sont les pr\u00e9caires des pr\u00e9caires, ils viennent aux manifs parce qu&#8217;il y a du bruit, de l&#8217;ambiance et du business \u00e0 faire.<\/p>\n<p><strong> Emmanuel Faure. <\/strong> Cet Appel ne contribue-t-il pas \u00e0 stigmatiser encore plus une partie de la population ?<\/p>\n<p><strong> Ham\u00e9. <\/strong> Le racisme, je le vois \u00e0 l&#8217;\u0153uvre dans le regard de ceux qui ont initi\u00e9 l&#8217;Appel. Quand ils voient des casseurs et des lyc\u00e9ens se faire agresser, la seule chose qu&#8217;ils retiennent, c&#8217;est la couleur de l&#8217;agresseur qui se trouve \u00eatre Renoi, Rebeu ou Portugais&#8230; Ils ont mis en place une campagne m\u00e9diatique pour transformer \u00e7a en guerre de races. Ils jouent dangereusement avec le feu.<\/p>\n<p><strong> Ekou\u00e9. <\/strong> Aujourd&#8217;hui, le racisme est institutionnel. Il est inh\u00e9rent au syst\u00e8me dans lequel on vit. Au-del\u00e0 des dipl\u00f4mes et des comp\u00e9tences, l&#8217;individu est ind\u00e9niablement renvoy\u00e9 \u00e0 sa couleur de peau, son origine culturelle et religieuse.<\/p>\n<p><strong> Ham\u00e9. <\/strong> Le racisme anti-blanc est une th\u00e9matique traditionnelle de l&#8217;extr\u00eame droite. Apr\u00e8s l&#8217;hyst\u00e9rie s\u00e9curitaire, on vient de franchir une nouvelle \u00e9tape. Pour cette derni\u00e8re trouvaille, il faudrait payer des droits d&#8217;auteur \u00e0 M\u00e9gret. Ce texte est presque concomitant \u00e0 un autre Appel : celui des Indig\u00e8nes de la R\u00e9publique. Il rel\u00e8ve donc d&#8217;une strat\u00e9gie qui vise \u00e0 couper l&#8217;herbe sous le pied \u00e0 une politisation naissante, en lui retirant tout caract\u00e8re l\u00e9gitime.<\/p>\n<p><strong> Emmanuel Faure. <\/strong> En cr\u00e9ant votre propre label, cherchiez-vous \u00e0 conqu\u00e9rir plus d&#8217;autonomie ?<\/p>\n<p><strong> Ekou\u00e9. <\/strong> Sinc\u00e8rement, on ne voit pas trop la diff\u00e9rence. On ne subit aucune forme de censure. Tant qu&#8217;un artiste rapporte des sous, il a toute latitude ! Mais on a fini par se sentir \u00e0 l&#8217;\u00e9troit. <\/p>\n<p><strong> Camille Plagnet. <\/strong> Pouvez-vous nous dire deux mots sur les ateliers d&#8217;\u00e9criture?<\/p>\n<p><strong> Ham\u00e9. <\/strong> On travaille sur la composition d&#8217;un texte en se gardant bien d&#8217;adopter une attitude professorale. Pendant ces forums de discussion et de cr\u00e9ation, qui donnent parfois lieu \u00e0 une prestation sur sc\u00e8ne, on essaie de capter l&#8217;attention des jeunes. Depuis les premiers ateliers d&#8217;\u00e9criture, certains ont fait du chemin.  <\/p>\n<p>Recueilli par <strong> Marion Rousset <\/strong><\/p>\n<p>1. Ham\u00e9 a comparu pour avoir d\u00e9nonc\u00e9 dans un fanzine<\/p>\n<p>\u00ab les humiliations polici\u00e8res r\u00e9guli\u00e8res \u00bb inflig\u00e9es aux jeunes de banlieue et  \u00e9crit que \u00ab les rapports du minist\u00e8re de l&#8217;Int\u00e9rieur ne feront jamais \u00e9tat des centaines de nos fr\u00e8res abattus par les forces de police sans qu&#8217;aucun des assassins n&#8217;ait \u00e9t\u00e9 inqui\u00e9t\u00e9 \u00bb. <\/p>\n<p>2. L&#8217;appel, \u00e0 l&#8217;initiative du mouvement de jeunesse sioniste <\/p>\n<p>Hachomer Hatza\u00efr et de Radio Shalom, a \u00e9t\u00e9 sign\u00e9 par<\/p>\n<p>plusieurs personnalit\u00e9s dont A. Finkielkraut, B. Kouchner <\/p>\n<p>et J. Julliard.<\/p>\n<p>Paru dans<em> Regards <\/em> n\u00b0 17, mai 2005<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Le groupe de rap La Rumeur a choisi, dans cet univers musical travers\u00e9 de contradictions, \u00abquelque chose de l&#8217;ordre de la r\u00e9sistance et du combat\u00bb. R\u00e9formistes \u00e0 la Attac ou anticapitalistes r\u00e9volutionnaires ? Ils pr\u00e9f\u00e8rent :<em> \u00ab enfants de quartiers populaires, issus de l&#8217;immigration, dans la France post-coloniale de 2005\u00bb <\/em>. Ham\u00e9 rejoint par Ekou\u00e9 se racontent. <\/p>\n","protected":false},"author":573,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-3481","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3481","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/573"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3481"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3481\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3481"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3481"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3481"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}