{"id":3450,"date":"2005-02-01T14:06:00","date_gmt":"2005-02-01T13:06:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/post-tsunami3450\/"},"modified":"2005-02-01T14:06:00","modified_gmt":"2005-02-01T13:06:00","slug":"post-tsunami3450","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=3450","title":{"rendered":"Post-tsunami"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Le d\u00e9fi des peuples touch\u00e9s par le tsunami est plus complexe qu&#8217;une simple reconstruction. Ce choc \u00e9motionnel pourra-t-il enclencher la naissance d&#8217;une soci\u00e9t\u00e9 civile forte ? La red\u00e9finition des relations Nord-Sud et du r\u00f4le de l&#8217;Etat en d\u00e9pend. Enjeux suivis d&#8217;un d\u00e9tour sur les c\u00f4tes du Tamil Nadu, l&#8217;Etat du sud-est de l&#8217;Inde le plus ravag\u00e9. <\/p>\n<p>Quel cr\u00e9dit accorder aux diff\u00e9rentes propositions d&#8217;aide occidentale ? Sera-t-elle \u00e0 la hauteur des besoins de la reconstruction ? Plus d&#8217;un mois apr\u00e8s le passage du tsunami, l&#8217;ONU en est encore \u00e0 r\u00e9clamer l&#8217;arriv\u00e9e imm\u00e9diate de 970 millions de dollars, alors que le montant des promesses de dons publics et priv\u00e9s atteignaient 8 milliards de dollars quelques jours apr\u00e8s la catastrophe. A supposer qu&#8217;elles soient respect\u00e9es, les dons seront de toute fa\u00e7on tr\u00e8s d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9s. Que sait-on des d\u00e9g\u00e2ts humains et mat\u00e9riels en Birmanie, dont l&#8217;expertise demeure interdite par les autorit\u00e9s militaires ? L&#8217;orchestration par l&#8217;ONU de l&#8217;assistance internationale offre toutefois quelques garanties que le sc\u00e9nario iranien (1) ne se reproduira pas et que les d\u00e9tournements de l&#8217;aide par l&#8217;Etat et sur le terrain seront limit\u00e9s.<\/p>\n<p><strong> Moratoire versus annulation <\/strong><\/p>\n<p>D\u00e9j\u00e0 refus\u00e9e par l&#8217;Inde et la Tha\u00eflande, l&#8217;id\u00e9e d&#8217;un moratoire sur la dette propos\u00e9 par le club de Paris (2) est, elle, bien plus controvers\u00e9e : \u00ab Il n&#8217;implique pas d&#8217;accord avec le FMI, semble-t-il, ni d&#8217;int\u00e9r\u00eats de retard, ni de baisse de leur note par l&#8217;organisme de notation. Mais dans l&#8217;esprit des cr\u00e9anciers, fait remarquer Bernard Dr\u00e9ano, membre du Cedetim (3), il risque d&#8217;y avoir tout de m\u00eame des effets dissuasifs : si suspendre une dette aboutit \u00e0 ce que ces pays se coupent du march\u00e9 des capitaux, ils n&#8217;ont pas forc\u00e9ment gagn\u00e9 au change ! \u00bb \u00ab Combien de temps va durer ce moratoire ? s&#8217;interroge-t-il par ailleurs. Quel est le programme de reconstruction ? Quelles conditions met-on sur l&#8217;utilisation de l&#8217;argent qu&#8217;il aura lib\u00e9r\u00e9 ? C&#8217;est le flou&#8230; Dans le pass\u00e9, il a souvent abouti \u00e0 du gaspillage, de la corruption. \u00bb<\/p>\n<p>Selon Damien Millet, pr\u00e9sident du CADTM France (4), le moratoire ne r\u00e8gle rien : \u00ab Ces pays devront rembourser un jour puisqu&#8217;on n&#8217;annule pas leur dette. Et tout va se passer comme si les milliards de dons promis allaient repartir imm\u00e9diatement en remboursement ! Bref, \u00e0 long terme on ne change rien ! On aura g\u00e9r\u00e9 une reconstruction urgente mais sans mise en place de structures capables de pallier les besoins fondamentaux. Il y avait de la mis\u00e8re en Indon\u00e9sie, il y en aura plus avec les ravages et le moratoire. \u00bb<\/p>\n<p>Aussi pr\u00e9conise-t-il l&#8217;annulation totale de la dette des pays victimes du tsunami, qu&#8217;il souhaite \u00e9largie, du reste, \u00e0 tous les pays en voie de d\u00e9veloppement, en raison de son \u00ab ill\u00e9gitimit\u00e9 \u00bb : il faut une redistribution des richesses au niveau plan\u00e9taire. Or, le m\u00e9canisme du remboursement de la dette maintient le Sud dans un sous-d\u00e9veloppement qui a fait d&#8217;ailleurs le lit de l&#8217;ampleur de la catastrophe.<\/p>\n<p>L&#8217;enjeu de cette annulation, souligne le militant, d\u00e9passe l&#8217;att\u00e9nuation des in\u00e9galit\u00e9s Nord-Sud : \u00ab Dans la mesure o\u00f9 la dette sous-tend la domination du n\u00e9olib\u00e9ralisme dans les pays du Sud, via les ajustements structurels impos\u00e9s par le FMI, son annulation met \u00e0 mal le pouvoir d\u00e9tenu par les \u00e9lites capitalistes du Nord et du Sud. Si les mouvements sociaux r\u00e9ussissent \u00e0 l&#8217;imposer aux cr\u00e9anciers du Nord, ils sauront exiger leur association \u00e0 la gestion des fonds alors lib\u00e9r\u00e9s. D\u00e8s lors, tout devient possible ! Ces populations peuvent alors imaginer un d\u00e9veloppement \u00e9conomique qui respecte l&#8217;homme et la nature, et promouvoir un Etat qui les prot\u00e8ge et organise la prise de d\u00e9cision de la part des citoyens de ces pays. \u00bb<\/p>\n<p>Annulation ou non, on imagine mal la Tha\u00eflande ou l&#8217;Indon\u00e9sie renoncer demain au syst\u00e8me n\u00e9olib\u00e9ral, dont le tsunami a illustr\u00e9 la hi\u00e9rarchie des priorit\u00e9s. \u00ab La Tha\u00eflande, assure Bernard Dr\u00e9ano, raisonne comme une entreprise : il lui faut pr\u00e9server son image de marque, sa niche \u00e9conomique. Dans l&#8217;assistance aux victimes, il \u00e9tait clair que les touristes passaient avant les p\u00eacheurs&#8230; \u00bb C&#8217;est pourquoi l&#8217;av\u00e8nement d&#8217;une soci\u00e9t\u00e9 civile pugnace, soucieuse d&#8217;affirmer son droit notamment \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 est imp\u00e9rieuse. Face aux choix d&#8217;am\u00e9nagement de l&#8217;immobilier touristique, en l&#8217;occurrence, qui ont repouss\u00e9 les villages de p\u00eacheurs dans des zones ins\u00e9curis\u00e9es.<\/p>\n<p><strong> Gestion de la crise <\/strong><\/p>\n<p>La gestion de la catastrophe par les Etats des pays touch\u00e9s est ici directement mise en cause. Qu&#8217;il s&#8217;agisse de pr\u00e9vention ou d&#8217;assistance aux victimes, le pouvoir s&#8217;est illustr\u00e9 par l&#8217;absence. Comment, depuis trente ans, les gouvernements indon\u00e9siens ont-ils pu encourager le surpeuplement de la c\u00f4te ouest de la province d&#8217;Aceh, une zone notoirement tr\u00e8s sismique ? Mais on pourrait dire la m\u00eame chose de l&#8217;Inde, du Sri Lanka et de la Tha\u00eflande. A quoi sont dues ces incuries des Etats ? S&#8217;agit-il de n\u00e9gligence ou de manque de moyens ? \u00ab La crise financi\u00e8re de 1997-98, explique Fran\u00e7ois Raillon, directeur de recherche au CNRS et sp\u00e9cialiste de l&#8217;Asie du Sud-Est, a fait passer la Tha\u00eflande et l&#8217;Indon\u00e9sie du miracle \u00e9conomique au sous-d\u00e9veloppement. La d\u00e9r\u00e9gulation \u00e9conomique alors impos\u00e9e par le FMI s&#8217;est traduite par le tr\u00e8s net appauvrissement de l&#8217;Etat, notamment indon\u00e9sien. Cons\u00e9quence indirecte, l&#8217;impossibilit\u00e9 pour ce pays de financer l&#8217;entretien et le d\u00e9veloppement de ses infrastructures notamment militaires. Pas \u00e9tonnant que le 26 d\u00e9cembre, Jakarta ait eu les plus grandes difficult\u00e9s \u00e0 envoyer des secours. Cette d\u00e9r\u00e9gulation, qui fut aussi politique, s&#8217;est traduite par le passage brutal de l&#8217;autoritarisme \u00e0 une d\u00e9mocratie encore inachev\u00e9e, affaiblissant l&#8217;Etat indon\u00e9sien dans son organisation civile et militaire. A la veille du tsunami, ce pays est donc engag\u00e9 dans un effort de reconstruction nationale&#8230; \u00bb<\/p>\n<p>A l&#8217;abri de la crise de 1997, l&#8217;Inde, dot\u00e9e d&#8217;un Etat fort, pr\u00e9tendument socialiste, n&#8217;a pas moins failli dans sa pr\u00e9vention et son assistance aux victimes. L&#8217;Etat n&#8217;avait du reste ni les structures n\u00e9cessaires ni les moyens de pr\u00e9venir les chefs de villages c\u00f4tiers. \u00ab M\u00eame sans le FMI, r\u00e9sume-t-il, il n&#8217;y avait de dispositif ni en Inde socialiste, ni en Tha\u00eflande capitaliste, ni en Indon\u00e9sie post-autoritaire. \u00bb Autrement dit, on ne peut tout imputer \u00e0 l&#8217;id\u00e9ologie et \u00e0 la conjoncture : \u00ab Parmi les pays du tiers-monde, explique le scientifique, persiste cette esp\u00e8ce de fatalisme qui fait qu&#8217;on n&#8217;y pouvait pas grand-chose. Qu&#8217;ils soient confuc\u00e9ens ou musulmans, les gouvernements d&#8217;Asie du Sud-Est n&#8217;\u00e9chappent pas \u00e0 un contexte mental, culturel et religieux, qui fait qu&#8217;une catastrophe naturelle y tient moins de la physique que de la m\u00e9taphysique. C&#8217;est le ciel, dit-on ! Aussi, les Etats : rejoints par leurs opinions l\u00e0-dessus : se sentent-ils presque lib\u00e9r\u00e9s de leurs responsabilit\u00e9s, convaincus que la gestion d&#8217;un tel ph\u00e9nom\u00e8ne ne rel\u00e8ve pas de leurs comp\u00e9tences. \u00bb<\/p>\n<p><strong> Au-del\u00e0 du fatalisme <\/strong><\/p>\n<p>La r\u00e9activit\u00e9 des Etats occidentaux, du fait de la globalisation de cette catastrophe, aura sans doute le m\u00e9rite d&#8217;avoir interpell\u00e9 ces gouvernements d&#8217;Asie du Sud-Est sur le r\u00f4le que les opinions occidentales attendent que jouent leurs gouvernements. \u00ab La reconstruction post-tsunami en Indon\u00e9sie et ailleurs, conclut le chercheur, n\u00e9cessite des autorit\u00e9s provinciales et centrales plus fortes, mieux organis\u00e9es, capables de planifier la reconstruction, de coordonner les aides. Un Etat qui fournit des services publics tels que la s\u00e9curit\u00e9, capable de mener des programmes de construction d&#8217;infrastructures, de recherche, d&#8217;anticipation de pareilles catastrophes. Bref, un Etat qui organise la soci\u00e9t\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>D&#8217;un mal peut sortir un bien : esp\u00e9rons que le choc \u00e9motionnel li\u00e9 au tsunami am\u00e8nera \u00e0 reconsid\u00e9rer les m\u00e9canismes financiers qui p\u00e9nalisent tant les peuples du Sud et conduira les Etats du Sud \u00e0 refuser ces \u00ab ajustements structurels \u00bb du FMI qui mutilent leurs capacit\u00e9s d&#8217;intervention. Conditions indispensables \u00e0 la red\u00e9finition n\u00e9cessaire du r\u00f4le de l&#8217;Etat, et pas seulement en Asie du Sud-Est.<\/p>\n<p>Chakir Bela\u00efd<\/p>\n<p>1. Apr\u00e8s le s\u00e9isme de Bam, il y a juste un an, seulement 15 % de l&#8217;aide promise \u00e9tait arriv\u00e9e r\u00e9ellement.<\/p>\n<p>2. Groupe de 19 pays du Nord cr\u00e9anciers.<\/p>\n<p>3. Centre d&#8217;\u00e9tudes et d&#8217;initiatives de solidarit\u00e9 internationale.<\/p>\n<p>4. Comit\u00e9 pour l&#8217;annulation de la dette du tiers-monde.<\/p>\n<p><strong> La vague caritative, sur les c\u00f4tes indiennes <\/strong><\/p>\n<p>Une vague humanitaire a d\u00e9ferl\u00e9 sur les c\u00f4tes ravag\u00e9es du Tamil Nadu : les Indiens font preuve d&#8217;un formidable \u00e9lan de solidarit\u00e9. Cette ardeur unanime s&#8217;adresse moins aux intouchables et se heurte aux enjeux du mod\u00e8le de d\u00e9veloppement \u00e0 choisir. <\/p>\n<p>Envelopp\u00e9e dans un sari grenat, Priya, 22  ans, fait la queue   devant une \u00e9cole de Chennai r\u00e9quisitionn\u00e9e pour accueillir une centaine des 378 000 sans-abri du pays. Rescap\u00e9e du tsunami, elle attend sa ration de riz. Affr\u00e9t\u00e9s par des particuliers, des associations, des groupes religieux, des partis politiques, des entreprises priv\u00e9es, par la diaspora, des centaines de convois de dons affluent chaque jour vers les c\u00f4tes du Tamil Nadu, l&#8217;Etat du sud-est de l&#8217;Inde le plus ravag\u00e9, dont Chennai est la capitale. On y r\u00e9pertorie environ 8 000 morts sur les 10 000 que pleure le pays (sans parler des 5 630 disparus). 900 villages de p\u00eacheurs y ont \u00e9t\u00e9 touch\u00e9s. Dans cette grande pagaille humanitaire, les estomacs ne sont pas vides. Pourtant Priya se sent d\u00e9savantag\u00e9e : \u00ab L&#8217;aide va surtout aux p\u00eacheurs, pas aux dalits ! \u00bb \u00ab Dalits \u00bb signifie \u00ab opprim\u00e9s \u00bb, selon l&#8217;appellation popularis\u00e9e pour r\u00e9futer le terme \u00ab intouchables \u00bb.<\/p>\n<p>Priya est une intouchable. Dans l&#8217;ordre social indou, elle est \u00ab impure \u00bb et ne jouit pas du statut \u00ab sup\u00e9rieur \u00bb des p\u00eacheurs qui appartiennent, eux, \u00e0 une caste. Si l&#8217;intouchabilit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 abolie par la Constitution de 1947, dans la pratique, les discriminations ont surv\u00e9cu \u00e0 la loi&#8230; et au tsunami : \u00ab Les rescap\u00e9s p\u00eacheurs de notre hameau ne veulent pas habiter avec nous dans l&#8217;\u00e9cole, mais viennent y prendre notre riz ! \u00bb, d\u00e9nonce Priya. Sur cette c\u00f4te plate, form\u00e9e d&#8217;une interminable frange sablonneuse, les dalits habitent derri\u00e8re les plages occup\u00e9es par les p\u00eacheurs. Les uns et les autres logeaient dans des huttes en palmes. En revanche, ils n&#8217;avaient pas la m\u00eame activit\u00e9 : ne pouvant p\u00eacher, selon le syst\u00e8me complexe des Jati attribuant \u00e0 chaque caste certains m\u00e9tiers, les dalits sont domestiques ou ouvriers agricoles. En retrait du rivage, leurs communaut\u00e9s ont donc \u00e9t\u00e9 moins affect\u00e9es. Toutefois, rien que dans le district le plus d\u00e9vast\u00e9, celui de Nagappattinam, 79 dalits sont morts, 63 hameaux dalits ont \u00e9t\u00e9 affect\u00e9s, sur lesquels 30 ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9truits.<\/p>\n<p><strong> H\u00e9ritiers des intouchables <\/strong><\/p>\n<p>Une s\u00e9gr\u00e9gation s&#8217;est \u00e9tablie dans plusieurs camps de r\u00e9fugi\u00e9s. Comme dans l&#8217;\u00e9cole de Priya, des p\u00eacheurs ont refus\u00e9 de partager l&#8217;espace et les vivres avec des dalits. Ailleurs, des p\u00eacheurs ont franchement emp\u00each\u00e9 l&#8217;acc\u00e8s aux camps aux intouchables. Selon l&#8217;enqu\u00eate de deux organisations de d\u00e9fense des droits des dalits, HRFDL (1) et NCDHR (2), d&#8217;autres discriminations ont \u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9es : l&#8217;attention du gouvernement et d&#8217;organisations s&#8217;est enti\u00e8rement tourn\u00e9e vers les p\u00eacheurs ; seules les familles de p\u00eacheurs ont \u00e9t\u00e9 indemnis\u00e9es pour le d\u00e9c\u00e8s d&#8217;un des leurs ; la r\u00e9paration des services et des \u00e9quipements publics a d\u00e9marr\u00e9 rapidement dans les zones des p\u00eacheurs, alors que certaines zones de dalits n&#8217;\u00e9taient toujours pas nettoy\u00e9es \u00e0 la mi-janvier ; seuls des dalits ont \u00e9t\u00e9 employ\u00e9s pour ramasser les cadavres et ils n&#8217;ont pas m\u00eame re\u00e7u de gants et de masques de protection&#8230;<\/p>\n<p>A l&#8217;heure de la reconstruction, les associations dalits se mobilisent pour que ces discriminations cessent. \u00ab Le tsunami doit offrir une opportunit\u00e9 de logements neufs pour toutes les victimes ! \u00bb, d\u00e9fend le coordinateur de HRFDL. Mais les autorit\u00e9s du Tamil Nadu qui ont promis aux p\u00eacheurs des maisons en dur et des bateaux neufs se sont, pour l&#8217;heure, moins pr\u00e9occup\u00e9es des dalits. Priya est inqui\u00e8te : \u00ab O\u00f9 nous habitions, les p\u00eacheurs nous louaient des huttes. Le gouvernement veut construire de nouvelles maisons aux p\u00eacheurs. Mais pour nous, les locataires ? O\u00f9 allons-nous vivre ? \u00bb<\/p>\n<p>La plage d&#8217;Ururkuppam o\u00f9 elle habitait est devenue une d\u00e9charge en bord de mer. Des centaines de maisons de palmes et de troncs se sont affaiss\u00e9es sous la puissance du raz de mar\u00e9e. Ces mat\u00e9riaux naturels ont \u00e9t\u00e9 balay\u00e9s, broy\u00e9s, m\u00e9lang\u00e9s \u00e0 ce qu&#8217;ils abritaient : gamelles, t\u00e9l\u00e9visions, cahiers d&#8217;\u00e9colier, saris, filets de p\u00eache. Ces d\u00e9bris sont surmont\u00e9s de restes de barques et de poutres qui, reli\u00e9es, formaient des radeaux traditionnels, embarcations de p\u00eacheurs d\u00e9munis. P\u00eacheurs ou dalits, ce sont les plus pauvres qui ont \u00e9t\u00e9 le plus touch\u00e9s par le tsunami. Ils ont perdu tout ce peu qu&#8217;ils poss\u00e9daient.<\/p>\n<p><strong> A ciel ouvert <\/strong><\/p>\n<p>Sur une plage voisine, une vieille femme pleure, inconsolable : \u00ab Ici, \u00e0 Srinivasapuram, il y a eu 400 morts ! Les enfants ont \u00e9t\u00e9 engloutis ! \u00bb Vingt jours apr\u00e8s le d\u00e9sastre, elle erre parmi les ruines de son pass\u00e9, encore incapable de lui faire face. Comme ce jeune couple silencieux : \u00ab Ils ont perdu leurs deux enfants. C&#8217;est la premi\u00e8re fois qu&#8217;ils reviennent sur les lieux depuis le 26 d\u00e9cembre \u00bb, sanglote-t-elle. En attendant que le gouvernement leur construise un abri provisoire, son fils a replant\u00e9 quatre bouts de bois et tendu des saris en guise de toit. La plupart des rescap\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 relog\u00e9s dans des \u00e9coles ou des campements de tentes. Mais \u00e0 Srinivasapuram, mi-janvier, nombreux pr\u00e9f\u00e8rent dormir \u00e0 ciel ouvert le long de la route c\u00f4ti\u00e8re. \u00ab L\u00e0, nous sommes s\u00fbrs de recevoir l&#8217;aide. Ceux qui retournent sur la plage arrivent trop tard et n&#8217;ont que les restes ! \u00bb, se plaint une m\u00e8re de famille.<\/p>\n<p>La route longe l&#8217;arri\u00e8re-plage d\u00e9j\u00e0 nettoy\u00e9e par l&#8217;une de ces nombreuses hordes de bulldozers efficacement mis au travail par le gouvernement indien. Une queue de 200 m\u00e8tres de long : accompagn\u00e9e d&#8217;une \u00e9quipe m\u00e9dicale, l&#8217;arm\u00e9e distribue des rations de riz, de lentilles et de lait en poudre. De crainte qu&#8217;il manque, la foule se bouscule. Trop faibles pour affronter ce chahut, les vieux, rescap\u00e9s ou non, mendient aux alentours. Plus loin, l&#8217;arm\u00e9e du salut a mont\u00e9 un stand. Des volontaires en habits de scouts distribuent des sacs de vivres \u00e0 proximit\u00e9 d&#8217;une multinationale de caf\u00e9 qui propose gratuitement des sachets de poudre. L&#8217;aide humanitaire prend un air de foire&#8230;<\/p>\n<p>Dans ce pays d&#8217;un milliard d&#8217;habitants, la solidarit\u00e9 nationale s&#8217;est litt\u00e9ralement d\u00e9cha\u00een\u00e9e dans les heures qui ont suivi le raz de mar\u00e9e. Toute cette g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 a quelque chose de grandiose. Elle d\u00e9passe les rivalit\u00e9s religieuses entre hindouistes et musulmans. Les Indiens en sont fiers. Et il y a de quoi. Mais par sa nature spontan\u00e9e et diverse, elle s&#8217;exerce dans un grand bazar parfois excessif, injuste, souvent paternaliste, \u00e9ventuellement pros\u00e9lytiste et int\u00e9ress\u00e9.<\/p>\n<p>Nagappattinam, le petit port de p\u00eache,  s&#8217;est transform\u00e9 en plate-forme humanitaire.  Pour r\u00e9partir la distribution de l&#8217;aide, les autorit\u00e9s locales tentent d&#8217;y canaliser les arrivages. Elles d\u00e9livrent un certificat aux bonnes volont\u00e9s qui acceptent de leur confier leurs dons. Si bien que l&#8217;un des b\u00e2timents de trois \u00e9tages, rempli, abrite des montagnes de riz, de couvertures, de gamelles, de seaux&#8230; Peu de r\u00e9chauds de cuisine, pourtant utiles. Un \u00e9norme tas de v\u00eatements d&#8217;occasion est \u00e0 l&#8217;abandon que les familles de p\u00eacheurs ont refus\u00e9 par dignit\u00e9. Elles veulent des v\u00eatements neufs. Dans le village de Taramgambadi, ces piles de fripes inutiles polluent les chemins.<\/p>\n<p><strong> Les aides s&#8217;organisent <\/strong><\/p>\n<p>Curieusement, pour l&#8217;Inde, malgr\u00e9 les pertes humaines et mat\u00e9rielles (d&#8217;une facture d&#8217;au moins 1,6 milliard de dollars), le tsunami repr\u00e9sente une opportunit\u00e9 : renforcer son image d&#8217;acteur dominant dans la r\u00e9gion et d\u00e9montrer qu&#8217;en tant que m\u00e9ga-puissance \u00e9mergente, elle peut mener, plut\u00f4t qu&#8217;\u00eatre men\u00e9e. C&#8217;est pourquoi juste apr\u00e8s la trag\u00e9die, son premier ministre, Manmohan Singh, a non seulement envoy\u00e9 des navires d&#8217;aide en Indon\u00e9sie et au Sri Lanka, mais il a rejet\u00e9 l&#8217;assistance \u00e9trang\u00e8re pour son pays. Du moins l&#8217;aide \u00e9trang\u00e8re directe. Dans la r\u00e9alit\u00e9, l&#8217;Unicef est active, ainsi que des ONG internationales soutenant des partenaires locaux (AID, CARE, Caritas&#8230;) \u00ab L&#8217;Inde a de l&#8217;argent. Elle est capable de se prendre en charge \u00bb, confirme M. Vivekanandan, repr\u00e9sentant de la F\u00e9d\u00e9ration des coop\u00e9ratives de p\u00eacheurs du Sud de l&#8217;Inde (SIFFS). \u00ab Il y a presque trop d&#8217;argent ! Trop de gens et si peu de management ! \u00bb<\/p>\n<p>Dans un premier temps, le refus d&#8217;assistance du gouvernement central a exasp\u00e9r\u00e9. La contribution \u00e9tatique d&#8217;urgence, en effet, n&#8217;est arriv\u00e9e que trois ou quatre jours apr\u00e8s le drame, alors que les initiatives de la soci\u00e9t\u00e9 civile, elles, furent imm\u00e9diates. Toutefois, si le gouvernement a \u00e9t\u00e9 lent, quand il a r\u00e9agi, il l&#8217;a fait au quart de tour. \u00ab Dans le district de Nagappattinam, il a mis en place onze \u00e9quipes aux comp\u00e9tences multiples, compos\u00e9es d&#8217;ing\u00e9nieurs en am\u00e9nagement du territoire, eau, \u00e9lectricit\u00e9, et de sp\u00e9cialistes de la p\u00eache tr\u00e8s comp\u00e9tents. Ces \u00e9quipes ont abattu en quelques jours un travail de titan \u00bb, reconna\u00eet M. Vivekanandan. Il suffit d&#8217;ouvrir les yeux pour approuver : ponts, voies de communication, \u00e9lectricit\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9tablis ; partout les bulldozers d\u00e9gagent le chaos tsunamique. Le 14 d\u00e9cembre, jour de f\u00eate dans le Tamil Nadu, les abris provisoires promis \u00e9taient en place ou en cours d&#8217;ach\u00e8vement \u00e0 Tarangambadi, Nagore, Nagappattinam. Sur 11 000 abris temporaires pr\u00e9vus dans le district, 6 000 devraient \u00eatre construits par l&#8217;Etat, 5 000 par les ONG.<\/p>\n<p>Ce sont des blocs d&#8217;habitations de 15 m2 par famille, dress\u00e9s \u00e0 la va-vite : structure de poutres li\u00e9es, murs, cloisons et toit en plaques goudronn\u00e9es clout\u00e9es. Les familles (de 5 \u00e0 10 personnes) doivent y passer de six \u00e0 neuf mois, le temps que des maisons d\u00e9finitives leur soient construites, cette fois-ci en retrait d&#8217;au moins 500 m du bord de mer. \u00ab Le tsunami doit \u00eatre une opportunit\u00e9 pour am\u00e9liorer les conditions de vie des communaut\u00e9s de p\u00eacheurs \u00bb, insiste M. Vivekanandan. A condition que l&#8217;Etat tienne ses promesses. Les ONG ne peuvent rel\u00e2cher la vigilance.<\/p>\n<p><strong> Les ONG en direct <\/strong><\/p>\n<p>C&#8217;est pourquoi, le 1er janvier, ce d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 des petits p\u00eacheurs a particip\u00e9 \u00e0 la cr\u00e9ation d&#8217;une coordination d&#8217;ONG, \u00e0 l&#8217;initiative de deux associations locales bien implant\u00e9es. Elle a pris pied dans l&#8217;enceinte administrative de Nagappattinam, sous des toiles de tentes. C&#8217;\u00e9tait la cohue humanitaire. Il fallait coordonner les actions. \u00ab Les autorit\u00e9s nous ont demand\u00e9 d&#8217;enregistrer les ONG qui souhaitent participer \u00e0 l&#8217;aide \u00bb, expose une b\u00e9n\u00e9vole pointant une liste de 300 associations. \u00ab Cela para\u00eet \u00e9norme ! Nous savons pourtant que beaucoup ne se sont pas fait conna\u00eetre&#8230; Le terme ONG dit ce qu&#8217;elles ne sont pas, \u00abnon-gouvernementales\u00bb, mais il ne dit pas ce qu&#8217;elles sont ! Il y a des paroisses, des coll\u00e8ges, des clubs sportifs&#8230; Et nombre d&#8217;entre elles veulent donner en direct, c&#8217;est plus valorisant pour elles ! \u00bb<\/p>\n<p>La coordination des ONG tente n\u00e9anmoins de rationaliser l&#8217;urgence et sa r\u00e9partition. Elle r\u00e9fl\u00e9chit aussi \u00e0 la deuxi\u00e8me phase : une reconstruction responsable et durable. Plusieurs secteurs d&#8217;actions ont \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9s qui mobilisent quotidiennement des groupes de travail : habitat, sant\u00e9, gagne-pain&#8230; Des r\u00e9unions ont lieu chaque jour et des rencontres r\u00e9guli\u00e8res avec les autorit\u00e9s. \u00ab Mais le gouvernement travaille trop de son c\u00f4t\u00e9 ! \u00bb, regrette <\/p>\n<p>M. Vivekanandan. C&#8217;est aussi l&#8217;avis de Medha Patkar, l&#8217;une des figures de proue du National Alliance of People&#8217;s movements, principale coalition altermondialiste du pays. Elle d\u00e9nonce le manque de participation des communaut\u00e9s pour d\u00e9cider de leur logement, de leur sort. <\/p>\n<p>Mme Patkar r\u00e9clame la mise en route de conseils de village d\u00e9cisionnaires dans lesquels ONG et autorit\u00e9s seraient repr\u00e9sent\u00e9es. \u00ab C&#8217;est possible, ce type d&#8217;entit\u00e9 existe traditionnellement en Inde \u00bb, assure-t-elle.<\/p>\n<p><strong> Reconstruction, le d\u00e9bat <\/strong><\/p>\n<p>M\u00eame si les p\u00eacheurs sont traumatis\u00e9s et ne peuvent retourner en mer maintenant, il est temps de passer de l&#8217;assistance \u00e0 la responsabilisation. \u00ab Les rescap\u00e9s commencent \u00e0 tendre la main et devenir fain\u00e9ants ! \u00bb, consid\u00e8re un pr\u00eatre actif sur le terrain. Certains p\u00eacheurs boivent les indemnit\u00e9s vers\u00e9es cash par l&#8217;Etat, instantan\u00e9ment r\u00e9cup\u00e9r\u00e9es en TVA. Comme le gouvernement a promis des bateaux neufs, ils attendent, oisifs, ce paquet cadeau qui tardera forc\u00e9ment. Car des milliers de bateaux sont n\u00e9cessaires. Certains bateaux peu endommag\u00e9s ne trouvent plus de propri\u00e9taires : ceux-l\u00e0 esp\u00e8rent aussi le pactole&#8230; \u00ab Nous dressons des listes des pertes dans chaque communaut\u00e9. Certaines sont raisonnables, d&#8217;autres abusent. C&#8217;est un cauchemar administratif ! Mais puisque argent il y a, offrons un bateau \u00e0 tous ! \u00bb, s&#8217;exclame M. Vivekanandan.<\/p>\n<p>Le d\u00e9bat sur la viabilit\u00e9 du mod\u00e8le de reconstruction a d\u00e9marr\u00e9. Il questionne notamment la p\u00e9rennit\u00e9 des ressources en poissons, stagnantes depuis une dizaine d&#8217;ann\u00e9es. Le p\u00e8re Tom Kocherry, leader du Forum national des p\u00eacheurs, d\u00e9fend une position ferme : miser sur la p\u00eache artisanale. Il a lutt\u00e9 contre l&#8217;acceptation par le gouvernement des politiques lib\u00e9rales qui ont permis aux p\u00eacheries industrielles de d\u00e9peupler les mers, au point que de nombreux petits p\u00eacheurs ne p\u00eachent plus chaque jour : dix millions de petits p\u00eacheurs pratiquent une p\u00eache traditionnelle durable, alors que les chalutiers, qui repr\u00e9sentent 50 % des prises, n&#8217;emploient que 15 % des travailleurs du secteur. Mais les lobbies de la p\u00eache industrielle accepteront-ils une indemnit\u00e9 de reconversion ? Peut-on parall\u00e8lement proposer des formations et des aides aux p\u00eacheurs artisanaux et \u00e0 leurs enfants qui souhaiteraient se r\u00e9orienter ? Va-t-on faire appliquer les m\u00e9canismes l\u00e9gaux qui prot\u00e8gent l&#8217;environnement des bords de mer ? \u00ab L&#8217;aquaculture et le d\u00e9veloppement du tourisme ont d\u00e9truit les protections naturelles qu&#8217;\u00e9taient les mangroves et les dunes de sable ! \u00bb, accuse le p\u00e8re Kocherry, favorable au retour des p\u00eacheurs en bord de mer dans des habitats traditionnels, non pas \u00e0 leur installation dans des cit\u00e9s \u00e9loign\u00e9es. Et si, une fois les plages lib\u00e9r\u00e9es des p\u00eacheurs, la sp\u00e9culation immobili\u00e8re et industrielle ravageait de nouveau les c\u00f4tes ?<\/p>\n<p>Dans ce vaste d\u00e9bat en cours, la proposition de Medha Patkar prend toute sa dimension : l&#8217;organisation de conseils communautaires charg\u00e9s de g\u00e9rer la reconstruction permettrait non seulement de r\u00e9pondre aux vraies attentes des rescap\u00e9s, mais autoriserait plus de transparence (dans un Etat o\u00f9 la corruption administrative est notoire) et d&#8217;\u00e9quit\u00e9 dans l&#8217;attribution des fonds. \u00ab L&#8217;impact du tsunami ne touche pas seulement les p\u00eacheurs, mais aussi leurs \u00e9quipages, et une multitude d&#8217;emplois indirects ou d&#8217;autres m\u00e9tiers : les intouchables qui fabriquaient des paniers pour transporter le poisson doivent \u00eatre aid\u00e9s, et ceux qui travaillaient comme ouvriers agricoles dans les rizi\u00e8res c\u00f4ti\u00e8res d\u00e9vast\u00e9es ! \u00bb Sinon, le tsunami et les flots d&#8217;argent qu&#8217;il continue \u00e0 drainer manqueront une opportunit\u00e9 : celle d&#8217;un d\u00e9veloppement diff\u00e9rent. Mal g\u00e9r\u00e9e, l&#8217;aide renforcerait le syst\u00e8me aberrant des castes. A l&#8217;image de ces cr\u00e8ve-la-faim du Tamil Nadu qui continuent \u00e0 mendier pr\u00e8s des montagnes d&#8217;aide parce qu&#8217;ils n&#8217;avaient pas m\u00eame une maison ou un bateau en bord de mer&#8230;<\/p>\n<p>C\u00e9cile Raimbeau<\/p>\n<p>1. HRFDL : Human Rights Forum For Dalit Liberation<\/p>\n<p>2. NCDHR : National Campaign on Dalit Human Rights<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Le d\u00e9fi des peuples touch\u00e9s par le tsunami est plus complexe qu&#8217;une simple reconstruction. Ce choc \u00e9motionnel pourra-t-il enclencher la naissance d&#8217;une soci\u00e9t\u00e9 civile forte ? La red\u00e9finition des relations Nord-Sud et du r\u00f4le de l&#8217;Etat en d\u00e9pend. Enjeux suivis d&#8217;un d\u00e9tour sur les c\u00f4tes du Tamil Nadu, l&#8217;Etat du sud-est de l&#8217;Inde le plus ravag\u00e9. <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[301],"class_list":["post-3450","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-relations-internationales"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3450","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3450"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3450\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3450"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3450"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3450"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}