{"id":3436,"date":"2005-07-01T14:34:00","date_gmt":"2005-07-01T12:34:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/20-ans-et-tous-mes-crocs3436\/"},"modified":"2005-07-01T14:34:00","modified_gmt":"2005-07-01T12:34:00","slug":"20-ans-et-tous-mes-crocs3436","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=3436","title":{"rendered":"20 ans et tous mes crocs"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Malgr\u00e9 le mouvement lyc\u00e9en, une pr\u00e9sence dans la campagne r\u00e9f\u00e9rendaire et un attrait pour le renouvellement des modes de contestation, l&#8217;id\u00e9e re\u00e7ue leur colle aux baskets : les jeunes seraient apolitiques. Rencontre avec Laura, David, St\u00e9phane, Hamid, C\u00e9dric, Amina&#8230; et regards sur leur engagement. <\/p>\n<p>par R\u00e9mi Douat<\/p>\n<p> Mi-mai, place de la R\u00e9publique, d\u00e9but de manifestation lyc\u00e9enne. A la t\u00e9l\u00e9vision, les jeunes sont depuis plusieurs mois des incons\u00e9quents n&#8217;ayant pas compris grand-chose \u00e0 la r\u00e9forme Fillon, objet de leur col\u00e8re. R\u00e9guli\u00e8rement rabrou\u00e9s, ils sont qualifi\u00e9s de feignants ou d&#8217;agitateurs. Le m\u00e9pris du gouvernement, l&#8217;action r\u00e9pressive de la police et le traitement m\u00e9diatique n&#8217;arrivent pourtant pas \u00e0 dissimuler la port\u00e9e politique de ce mouvement. L&#8217;audace de ceux qui l&#8217;ont port\u00e9 bouscule au passage l&#8217;id\u00e9e re\u00e7ue tenace sur la d\u00e9politisation des jeunes.<\/p>\n<p>En d\u00e9pit de ses 16 ans, Laura, en seconde au lyc\u00e9e Turgot, n&#8217;est pas une d\u00e9butante. Avec un p\u00e8re militant au syndicat Sud, elle a d\u00e9j\u00e0 souvent battu le pav\u00e9 parisien. Mais cette fois, c&#8217;est son bapt\u00eame du feu. Elle a connu la frayeur des flics maniant le tonfa (1), les gazages, l&#8217;inqui\u00e9tude pour les copines embarqu\u00e9es. Elle n&#8217;en revient encore pas de la violence de ce combat in\u00e9gal, farine contre matraques : \u00ab Nous sommes encore l\u00e0 parce que notre propos d\u00e9passe l&#8217;\u00e9cole \u00bb, explique-<\/p>\n<p>t-elle. D\u00e9politis\u00e9s les jeunes ? \u00ab Certainement pas. On est mobilis\u00e9s pour faire passer des id\u00e9es, encha\u00eene Laura, et aussi pour comprendre les choses dans leur globalit\u00e9&#8230; La loi Fillon n&#8217;est pas un fait isol\u00e9, mais l&#8217;action d&#8217;un gouvernement de droite. La mobilisation continue parce que nous voulons montrer jusqu&#8217;au bout que nous sommes motiv\u00e9s, faire entendre clairement que nous avons dit non. Ce n&#8217;est pas juste un cri d&#8217;ado. \u00bb Tous ne sont pas aussi motiv\u00e9s. La police attend les manifestants \u00e0 la sortie du m\u00e9tro : fouille au corps, tutoiement&#8230; Certains ne r\u00e9sistent pas \u00e0 l&#8217;intimidation. Le d\u00e9dain qu&#8217;affiche alors le gouvernement rappelle l&#8217;\u00e9pisode des retraites. Mais, chose rare, les lyc\u00e9ens pers\u00e9v\u00e8rent alors m\u00eame que la loi est vot\u00e9e et que le bac approche. Au soir du 29 mai, leur pr\u00e9sence est massive \u00e0 Bastille pour f\u00eater le rejet du trait\u00e9 constitutionnel. Au tribunal, ils sont l\u00e0 aussi, solidaires des copains jug\u00e9s pour outrage et r\u00e9bellion lors des manifs. Jusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;\u00e9t\u00e9, le mouvement a donn\u00e9 \u00e0 voir des jeunes engag\u00e9s, pugnaces, pr\u00eats \u00e0 d\u00e9battre&#8230; bref, politis\u00e9s.<\/p>\n<p><strong> La perte des utopies <\/strong><\/p>\n<p>Changement d&#8217;ambiance mais tout aussi effervescente. 10, rue de Solferino, si\u00e8ge national du PS mais aussi du Mouvement des jeunes socialistes (MJS), qui revendique 6 000 adh\u00e9rents. Sous les ors des couloirs, on croise Fran\u00e7ois Hollande et des brochettes d&#8217;apparatchiks en campagne. Le bureau de David Lebon, 28 ans, \u00e0 la t\u00eate du MJS, est moins solennel. Il se veut un pont avec les jeunes d\u00e9sillusionn\u00e9s de la politique. Il montre qu&#8217;il les comprend, quitte \u00e0 flinguer sa propre famille : \u00ab Je suis d\u00e9\u00e7u, m\u00eame du PS. Pourquoi ? La peur de perdre sa place est telle qu&#8217;un homme politique a peur de tout. Trop de socialistes sont des gestionnaires, sans projet de soci\u00e9t\u00e9, sans utopie, sans alternative au lib\u00e9ralisme. \u00bb Mais s&#8217;il rue dans les brancards, c&#8217;est justement pour mieux nous convaincre qu&#8217;il faut se battre et ne pas dissimuler ses ambitions : \u00ab Il y a tellement de tocards au PS, pourquoi ne pas y aller pour essayer de mieux faire&#8230; \u00bb Accroch\u00e9 au mur, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&#8217;un keffieh palestinien, pendent des accr\u00e9ditations aux forums sociaux mondiaux et europ\u00e9ens : \u00ab Je les garde, ce sont de sacr\u00e9s souvenirs. \u00bb En terre altermondialiste, les organisations de jeunesse sont presque aussi peu bienvenues que leurs a\u00een\u00e9s les partis. \u00ab C&#8217;est injuste car nous avons vraiment un lien avec le mouvement social, se d\u00e9fend David. Le boulot des forums sociaux, c&#8217;est de convaincre les gens qu&#8217;ils ont un pouvoir. Or le bulletin de vote en est un. Pour moi, le politique doit aussi \u00eatre confront\u00e9 \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Erwan Baete, 23 ans, milite chez les jeunes communistes (JC). Crois\u00e9 en manif et manifestement pillier des locaux de l&#8217;organisation, Erwan est de ceux pour qui le choix d&#8217;une forme d&#8217;engagement partisane allait de soi : \u00abMa famille est coco, c&#8217;est culturel et puis j&#8217;y ai trouv\u00e9 ce que je souhaitais, bosser de mani\u00e8re ind\u00e9pendante, avec des jeunes et dirig\u00e9 par des jeunes.\u00bb <\/p>\n<p>St\u00e9phane Sitbon Gomez, en terminale \u00e0 Paris, est l&#8217;un des animateurs des jeunes Verts, qui revendiquent 200 adh\u00e9rents. De parents militants \u00ab extr\u00eame gauche, mouvance libertaire \u00bb, il se sent politis\u00e9 depuis l&#8217;\u00e2ge de 14 ans. \u00ab J&#8217;ai vu les limites de l&#8217;engagement uniquement contestataire, comme celui de mes parents. Ils ne votent pas et sont tr\u00e8s actifs dans les mouvements sociaux. Moi, je pense que l&#8217;action politique doit avoir des d\u00e9bouch\u00e9s. \u00bb C&#8217;est pour \u00e7a qu&#8217;il a rejoint les Verts, apr\u00e8s avoir fait un passage aux Jeunesses communistes r\u00e9volutionnaires (JCR), \u00ab mais on ne peut pas consid\u00e9rer les \u00e9lections seulement comme une tribune comme le font les communistes r\u00e9volutionnaires \u00bb. A l&#8217;instar du leader des jeunes socialistes, St\u00e9phane est inquiet de la perte des utopies. \u00ab Aujourd&#8217;hui la plupart des jeunes pensent qu&#8217;on ne changera pas le monde. Alors leur engagement est ramollo, m\u00eame s&#8217;il est toujours difficile de mesurer un degr\u00e9 de politisation. Et je ne crois pas que le taux d&#8217;abstention soit le meilleur indicateur. \u00bb Gwena\u00eblle Perrier, 26 ans, assistante parlementaire en th\u00e8se de Sciences Po et militante aux Sciences potiches se rebellent (association f\u00e9ministe de Sciences Po Paris) comprend cette d\u00e9fiance vis-\u00e0-vis des scrutins et des partis et constate un \u00ab fatalisme grandissant \u00bb. Elle pr\u00f4ne la multiplication \u00ab des lieux de pratique politique \u00bb. \u00ab C&#8217;est un apprentissage qui se fait dans l&#8217;\u00e9change. L&#8217;important, c&#8217;est de comprendre les rapports de force et admettre qu&#8217;ils ne sont pas fig\u00e9s, qu&#8217;il y a des \u00e9volutions possibles. \u00bb<\/p>\n<p>L&#8217;abstention des moins de 25 ans est sup\u00e9rieure de 10 % \u00e0 celle des a\u00een\u00e9s. Si ce n&#8217;est pas le signe d&#8217;un d\u00e9sint\u00e9r\u00eat pour la chose publique, c&#8217;est en tout cas le signe d&#8217;une distance avec la politique institutionnelle.<\/p>\n<p><strong> L&#8217;\u00e9loignement <\/strong><\/p>\n<p>Les th\u00e9matiques pl\u00e9biscit\u00e9es par les jeunes dans les sondages, antiracisme, action humanitaire et \u00e9cologie, apparaissent trop \u00e9loign\u00e9es des pr\u00e9occupations politiciennes. La situation internationale est aussi ressentie comme une priorit\u00e9 n\u00e9glig\u00e9e. Agir contre la guerre (ACG), n\u00e9 en janvier 2002 d&#8217;une initiative contre la guerre en Irak et pour la paix en Palestine, a tr\u00e8s vite conquis les plus jeunes. La coloration et la vitalit\u00e9 de leurs cort\u00e8ges, aujourd&#8217;hui encore, ne se d\u00e9ment pas. Hamid Mosbah, 20 ans, proche d&#8217;ACG, crois\u00e9 lors d&#8217;une manifestation pour le \u00ab non \u00bb \u00e0 la Constitution, est sans appel : \u00ab Quelle vision, \u00e0 l&#8217;international, offre un premier ministre ou un chef de l&#8217;Etat, qu&#8217;il soit de droite ou de gauche ? Celle d&#8217;un VRP, ambassadeur des int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques fran\u00e7ais. Qui am\u00e8ne-t-il dans son avion \u00e0 destination de la Chine ? Les gars de Total, Airbus ou Alstom. Pas les d\u00e9fenseurs des droits de l&#8217;Homme. Le message est clair et il ne me convient pas. \u00bb De ces d\u00e9sillusions et d\u00e9fiances peuvent na\u00eetre, au-del\u00e0 du d\u00e9go\u00fbt, une envie de faire de la politique autrement.<\/p>\n<p><strong> Labos d&#8217;inventivit\u00e9 <\/strong><\/p>\n<p>Le renouveau des modes de contestation est vif. Le KO Social (2), qui se d\u00e9cline de ville en ville, remporte de beaux succ\u00e8s chez les moins de 25 ans. Ces manifs, qui s&#8217;ach\u00e8vent par un concert entrecoup\u00e9 d&#8217;interventions, montrent une forme festive de rapport au politique. Dans un esprit voisin, le Frap (festival des r\u00e9sistances et des alternatives \u00e0 Paris) appara\u00eet comme un laboratoire d&#8217;inventivit\u00e9. Il est la d\u00e9clinaison parisienne des Festivals des r\u00e9sistances apparus \u00e0 Limoges, Rennes ou Grenoble \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990. L&#8217;objectif de cette convergence des luttes entre associations, individus, collectifs, squats : \u00ab Valoriser les luttes et les alternatives, cr\u00e9er un espace public autour de la f\u00eate et du rapport entre art et politique. \u00bb Les liens avec les partis et les urnes sont plut\u00f4t distants : le Frap affiche son d\u00e9go\u00fbt de la \u00ab politique-spectacle \u00bb. Toute participation de groupes qui soutiennent un parti ou une candidature \u00e0 des \u00e9lections nationales est \u00e9cart\u00e9e. \u00ab Cela exclut d&#8217;office les \u00abmouvements de jeunesse\u00bb affili\u00e9s aux partis d&#8217;extr\u00eame gauche. Ouf ! \u00bb, commente le Frap (3). Pour sa cinqui\u00e8me \u00e9dition, le Frap faisait escale, entre autres, \u00e0 la halle Pajol, 18e arrondissement parisien. Ancien entrep\u00f4t de la SNCF, le lieu est magnifique et ne demande qu&#8217;\u00e0 vivre. Amina, 20 ans, est artiste et vient assister \u00e0 un d\u00e9bat sur le contr\u00f4le social et les nouvelles technologies : \u00ab Pour moi la politique se pratique au quotidien et sans obligation d&#8217;utiliser les mots \u00abmilitant\u00bb, \u00abpolitique\u00bb, \u00aborganisation\u00bb&#8230; R\u00e9sister, c&#8217;est cr\u00e9er. Cr\u00e9er, c&#8217;est \u00eatre en dehors des cadres, savoir sortir des fronti\u00e8res. Pour moi, les grands-messes politiques \u00e9lectorales sont des num\u00e9ros de clowns auxquels on fait semblant de croire, notre mini-dose de d\u00e9mocratie. Alors j&#8217;en tire les cons\u00e9quences, je ne vote pas. Et je peux affirmer que je suis bien plus politis\u00e9e que mes parents qui ne rateraient un scrutin pour rien au monde. \u00bb<\/p>\n<p>C\u00e9dric Durand, 29 ans, ch\u00f4meur titulaire d&#8217;une th\u00e8se d&#8217;\u00e9co, a un parcours militant en trois phases : association antiraciste \u00e0 <\/p>\n<p>16 ans, LCR \u00e0 20 ans et r\u00e9seaux altermondialistes aujourd&#8217;hui. Actif \u00e0 Vamos, du r\u00e9seau Intergalactique, il consid\u00e8re la politique comme devant se vivre \u00ab ici et maintenant \u00bb. Le mouvement est n\u00e9 en 2001, alors que la vague alter d\u00e9ferle en France et que C\u00e9dric s&#8217;\u00e9loigne des JCR : \u00ab Aux JCR, j&#8217;ai trouv\u00e9 une histoire, une formation et des r\u00e8gles concr\u00e8tes d&#8217;organisation. Mais le fonctionnement hi\u00e9rarchique est trop lourd et on se sent souvent paralys\u00e9. \u00bb En un mot, pas assez d&#8217;horizontalit\u00e9 dans les prises de d\u00e9cision et un fonctionnement qui \u00ab st\u00e9rilise l&#8217;action \u00bb. Le r\u00e9seau Intergalactique se concr\u00e9tise au Forum social europ\u00e9en de 2002, \u00e0 Florence. L&#8217;id\u00e9e : la force de mobilisation du collectif doubl\u00e9e de la souplesse de l&#8217;activisme. Puis \u00e0 Annemasse en 2003 o\u00f9 s&#8217;organise le contre-G8 d&#8217;Evian, le r\u00e9seau contribue au succ\u00e8s du rendez-vous \u00e0 travers l&#8217;organisation du v<\/p>\n<p>illage Intergalactique, le VIG (4). La construction d&#8217;un village autog\u00e9r\u00e9 se veut exp\u00e9rience concr\u00e8te d&#8217;organisation. La mobilisation est forte et particuli\u00e8rement atypique dans sa diversit\u00e9 d&#8217;habitudes et de pratiques militantes. Des horizons s&#8217;ouvrent, qui rappellent \u00e0 C\u00e9dric son v\u00e9ritable bapt\u00eame politique, le mouvement social de 1995. Il participe alors \u00e0 la coordination des luttes \u00e0 Grenoble : \u00ab \u00c7a a \u00e9t\u00e9 une exp\u00e9rience fondatrice. D&#8217;occupations en piquets de gr\u00e8ve et blocages d&#8217;entreprises, j&#8217;ai pris confiance dans les luttes et r\u00e9alis\u00e9 qu&#8217;on pouvait obtenir des choses \u00bb <\/p>\n<p>R.D.<\/p>\n<p>1. Matraque.<\/p>\n<p>2. (www.avisdekosocial.org\/ Le dernier K. O social s&#8217;est d\u00e9roul\u00e9 en Gironde  le 22 mai 2005)<\/p>\n<p>3. http:\/\/frap.samizdat.net\/<\/p>\n<p>4. ww.intergalactique.lautre.net<\/p>\n<p>Anne Muxel* \u00ab les jeunes t\u00e9moignent d&#8217;une r\u00e9elle vitalit\u00e9 <\/p>\n<p>politique &#8221;<\/p>\n<p>* Anne Muxel est directrice de recherche au Cevipof et auteure de <\/p>\n<p>L&#8217;Exp\u00e9rience politique des jeunes, Presses de Sciences PO, Paris, 2001.<\/p>\n<p>Politis\u00e9s, beaucoup, peu, pas du tout&#8230; Pour faire de la politique, les jeunes n&#8217;aiment pas les voies conventionnellles.<\/p>\n<p>Un lieu commun persistant estime que les jeunes ne sont pas politis\u00e9s. Qu&#8217;en est-il selon vous ?<\/p>\n<p>Anne Muxel. En effet, contrairement \u00e0 ce qui est souvent dit, les jeunes t\u00e9moignent d&#8217;une r\u00e9elle vitalit\u00e9 politique. Ils se montrent particuli\u00e8rement r\u00e9actifs et n&#8217;h\u00e9sitent pas \u00e0 exprimer leurs revendications ou leurs m\u00e9contentements en organisant des manifestations ou au travers d&#8217;autres formes de protestation politique. Ils se font entendre en politique souvent par d&#8217;autres voies que les formes conventionnelles et se tiennent \u00e0 distance des partis politiques comme de la d\u00e9cision \u00e9lectorale. Les jeunes, et tout particuli\u00e8rement les \u00e9tudiants, sont porteurs des valeurs universalistes et sont tout particuli\u00e8rement attentifs \u00e0 leur mise en p\u00e9ril. Ainsi sont-ils attach\u00e9s \u00e0 l&#8217;\u00e9galit\u00e9, \u00e0 la justice sociale, \u00e0 la paix, \u00e0 la libert\u00e9 et aux droits de l&#8217;Homme.<\/p>\n<p>Lorsque ces valeurs sont menac\u00e9es, ils se mobilisent la plupart du temps en dehors des banni\u00e8res partisanes ou syndicales et organisent des mouvements de protestation. Entre les deux tours de la pr\u00e9sidentielle, en 2002, ils ont organis\u00e9 une protestation soutenue contre la pr\u00e9sence de Le Pen au second tour de l&#8217;\u00e9lection ; tout au long de l&#8217;hiver 2003, ils ont manifest\u00e9 contre la guerre en Irak ; cette ann\u00e9e, le mouvement lyc\u00e9en a remis sur la sc\u00e8ne politique la question de l&#8217;\u00e9galit\u00e9 des chances et de l&#8217;avenir social et professionnel des jeunes g\u00e9n\u00e9rations.<\/p>\n<p>Pourquoi l&#8217;altermondialisme et les diff\u00e9rents modes de mobilisation alternatifs s\u00e9duisent-ils les jeunes plus que les partis ?<\/p>\n<p>Anne Muxel. L&#8217;altermondialisme rassemble surtout la jeunesse \u00e9tudiante qui d\u00e9fend dans le cadre de la lutte contre le lib\u00e9ralisme \u00e9conomique les valeurs universalistes. L&#8217;espace politique s&#8217;est consid\u00e9rablement \u00e9largi, et les jeunes savent d\u00e9sormais qu&#8217;il d\u00e9borde tr\u00e8s largement du seul cadre national. Les partis politiques traditionnels ont du mal \u00e0 se positionner par rapport \u00e0 des enjeux supranationaux.<\/p>\n<p>La d\u00e9fiance vis-\u00e0-vis des partis est-elle toujours vraie ? Le 21 avril, par exemple, a-t-il fait \u00e9voluer le rapport \u00e0 la politique traditionnelle ?<\/p>\n<p>Anne Muxel. Comme l&#8217;ensemble des Fran\u00e7ais aujourd&#8217;hui, les jeunes ont une image tr\u00e8s n\u00e9gative de la classe politique. La crise de confiance a rarement \u00e9t\u00e9 aussi \u00e9lev\u00e9e et un r\u00e9el discr\u00e9dit alimente une profonde crise de la repr\u00e9sentation politique dont l&#8217;augmentation r\u00e9guli\u00e8re de l&#8217;abstention est un des sympt\u00f4mes les plus visibles. Le s\u00e9isme politique cr\u00e9\u00e9 par le r\u00e9sultat du scrutin du 21 avril est toujours d&#8217;actualit\u00e9 et, lors du R\u00e9f\u00e9rendum sur la Constitution europ\u00e9enne, la situation est en bien des points semblable.<\/p>\n<p>Avez-vous observ\u00e9 une transformation du rapport au politique des jeunes durant les mois de d\u00e9bat national autour du r\u00e9f\u00e9rendum ?<\/p>\n<p>Anne Muxel. Il a exist\u00e9 un r\u00e9el int\u00e9r\u00eat des jeunes pour la campagne men\u00e9e autour du r\u00e9f\u00e9rendum. N\u00e9anmoins la perplexit\u00e9 est grande et les jeunes sont encore plus nombreux que leurs a\u00een\u00e9s \u00e0 se montrer ind\u00e9cis. Les questions touchant \u00e0 l&#8217;Europe ne les mobilisent g\u00e9n\u00e9ralement pas. Cela peut para\u00eetre paradoxal, car il s&#8217;agit d&#8217;une part de politique au niveau supranational, mais aussi parce que les jeunes ont des attitudes g\u00e9n\u00e9ralement plus favorables \u00e0 l&#8217;Europe que les autres tranches d&#8217;\u00e2ge. Aux derni\u00e8res \u00e9lections europ\u00e9ennes, six jeunes sur dix sont rest\u00e9s en dehors de l&#8217;\u00e9lection (1). <\/p>\n<p>Les militants \u00ab classiques \u00bb (partis, syndicats&#8230;) estiment que les jeunes militants \u00ab butinent \u00bb ou \u00ab zappent \u00bb et par cons\u00e9quent manquent de culture politique et de formation&#8230; Pensez-vous que les \u00ab nouveaux modes d&#8217;engagement \u00bb permettent d&#8217;acqu\u00e9rir tout de m\u00eame une formation dont les modalit\u00e9s d&#8217;apprentissage \u00e9chapperaient aux a\u00een\u00e9s ?<\/p>\n<p>Anne Muxel. Les jeunes ont une r\u00e9elle demande d&#8217;une autre fa\u00e7on de faire de la politique. Ils ne veulent plus de cadres trop contraignants et trop hi\u00e9rarchis\u00e9s. Mais il ne faut pas croire pour autant que toutes les recettes de relookage des formes d&#8217;adh\u00e9sion partisane ont gr\u00e2ce \u00e0 leurs yeux. Ils ne sont pas dupes et ce qu&#8217;ils demandent avant toute autre chose, c&#8217;est du sens et un vrai projet politique auquel adh\u00e9rer. S&#8217;ils zappent et butinent, c&#8217;est aussi parce qu&#8217;ils ne trouvent pas dans les programmes ou les discours des partis traditionnels des \u00e9l\u00e9ments pouvant les convaincre. <\/p>\n<p>Recueilli par R\u00e9mi Douat<\/p>\n<p>1. Au r\u00e9f\u00e9rendum pour la Constitution europ\u00e9enne, 60 % <\/p>\n<p>des moins de 25 ans ont vot\u00e9 \u00abnon\u00bb.<\/p>\n<p><strong> L&#8217;engagement en garde \u00e0 vue <\/strong><\/p>\n<p>\u00ab Passe ton bac, tais-toi et tu auras droit au RMI \u00e0 25 ans \u00bb&#8230; le bon air de \u00ab mange ta soupe \u00bb, que l&#8217;on croyait enfoui sous les pav\u00e9s en 68 et disparu depuis Dolto, ressort par tous les pores d&#8217;une soci\u00e9t\u00e9 qui \u00e9crase son avenir. Les jeunes veulent dialoguer, \u00eatre des interlocuteurs \u00e0 part enti\u00e8re, des acteurs du destin collectif ? L&#8217;avis de matraque est lanc\u00e9. La r\u00e9ponse au mouvement lyc\u00e9en contre le projet de loi Fillon est \u00e9difiante. Zapp\u00e9es les revendications des lyc\u00e9ens, les tribunaux ont pris le relais. Epilogue de quatre mois de conflits : des manifestants, souvent mineurs, ont \u00e9cop\u00e9 pour outrage \u00e0 agent ou d\u00e9t\u00e9rioration de biens publics de condamnations disproportionn\u00e9es, allant jusqu&#8217;\u00e0 plusieurs mois de prison avec sursis. D\u00e8s le plus jeune \u00e2ge, les acteurs du mouvement social sont vou\u00e9s \u00e0 la garde \u00e0 vue : quelle p\u00e9dagogie !<\/p>\n<p>En mai d\u00e9j\u00e0, au journal de TF1 et d&#8217;ailleurs, la France enti\u00e8re avait pu voir les CRS prendre un \u00e0 un les lyc\u00e9ens par les bras, les oreilles et les pieds, pour les sortir des \u00e9tablissements occup\u00e9s pacifiquement pour raison politique. Au lyc\u00e9e Balzac \u00e0 Paris, il a fallu s&#8217;y reprendre \u00e0 quatre reprises. A chaque fois que les forces de l&#8217;ordre sont intervenues, les lyc\u00e9ens sont revenus quelques heures apr\u00e8s, plus \u00e9c\u0153ur\u00e9s encore de l&#8217;impossible dialogue. Pas bien violents pourtant ces jeunes : certains d&#8217;entre eux s&#8217;\u00e9taient m\u00eame port\u00e9s volontaires pour nettoyer quelques tags faits sur le mur du gymnase une nuit d&#8217;occupation. Comment peut-on \u00e0 ce point oublier les vertus du dialogue et le respect des jeunes ? Le ministre Fillon avait donn\u00e9 carte blanche aux pr\u00e9fets et aux recteurs pour mettre un terme \u00e0 la mobilisation. La m\u00e9diocrit\u00e9 des pouvoirs publics face \u00e0 ces premi\u00e8res exp\u00e9riences d&#8217;engagement fait fr\u00e9mir. Depuis, \u00e0 la faveur du \u00ab non \u00bb au r\u00e9f\u00e9rendum auquel les jeunes ont largement contribu\u00e9, les lyc\u00e9ens ont gagn\u00e9 la suspension de la loi Fillon. Toujours bon \u00e0 prendre. <\/p>\n<p>C.A.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Malgr\u00e9 le mouvement lyc\u00e9en, une pr\u00e9sence dans la campagne r\u00e9f\u00e9rendaire et un attrait pour le renouvellement des modes de contestation, l&#8217;id\u00e9e re\u00e7ue leur colle aux baskets : les jeunes seraient apolitiques. Rencontre avec Laura, David, St\u00e9phane, Hamid, C\u00e9dric, Amina&#8230; et regards sur leur engagement. <\/p>\n","protected":false},"author":569,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[311],"class_list":["post-3436","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-mouvement-social"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3436","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/569"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3436"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3436\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3436"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3436"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3436"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}