{"id":3431,"date":"2005-07-01T00:00:00","date_gmt":"2005-06-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/apres-la-victoire-du-non3431\/"},"modified":"2005-07-01T00:00:00","modified_gmt":"2005-06-30T22:00:00","slug":"apres-la-victoire-du-non3431","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=3431","title":{"rendered":"Apr\u00e8s la victoire du Non. Construire l&#8217;alternative"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Le projet de constitution europ\u00e9enne a \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9 par  les urnes. Comment transformer l&#8217;alchimie victorieuse du \u00abnon\u00bb de gauche en alternative politique pour l&#8217;Europe et la France? La c\u00e9sure que ce vote de classe a produite bouscule quelques certitudes sur l&#8217;horizon ind\u00e9passable du lib\u00e9ralisme. Analyses et points de vue. <\/p>\n<p>Eh oui! Le 29 mai dernier, 55% des \u00e9lecteurs fran\u00e7ais ont rejet\u00e9 le trait\u00e9 constitutionnel europ\u00e9en. Parmi eux, selon les estimations de la Sofres, 67% des \u00e9lecteurs de gauche, 59% des sympathisants socialistes, 64% des Verts&#8230; Quelques jours avant le scrutin, le Monde affirmait encore que la majorit\u00e9 des \u00abnon\u00bb \u00e9tait \u00e0 droite et souverainiste. Depuis le 29 mai, les tenants du \u00aboui\u00bb continuent de faire la le\u00e7on et tentent d&#8217;enfermer le non dans une manifestation x\u00e9nophobe. Pourtant les sondages attestent que la plus large part des rangs du \u00abnon\u00bb vient de la gauche (57% selon le CSA). Les \u00e9lecteurs ont tranch\u00e9: le \u00abnon\u00bb est majoritairement europ\u00e9en, \u00e0 gauche, antilib\u00e9ral. En 1992, autour du trait\u00e9 de Maastricht, le souverainisme donnait le ton, de droite comme de gauche; en 2004, le feeling du \u00abnon\u00bb est venu de la gauche, et d&#8217;une gauche bien \u00e0 gauche&#8230; Dans les quartiers populaires, on a retrouv\u00e9 le chemin des urnes. Il y a dans ce vote une dimension de classe. Selon l&#8217;institut Ipsos, 79% des ouvriers, 71% des ch\u00f4meurs, 70% des agriculteurs, 67% des employ\u00e9s, 53% des professions interm\u00e9diaires ont r\u00e9pondu n\u00e9gativement. Seuls les chefs d&#8217;entreprise, les cadres sup\u00e9rieurs et les revenus nets sup\u00e9rieurs \u00e0 3 000 euros ont majoritairement pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 le oui.<\/p>\n<p><strong> INTERPRETER <\/strong><\/p>\n<p>Les Fran\u00e7ais ont dit \u00abnon\u00bb \u00e0 la constitution la plus lib\u00e9rale du monde. La \u00abp\u00e9dagogie\u00bb n&#8217;y a rien fait, les tentatives pour rassurer ont \u00e9t\u00e9 vaines. Dans les r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 la concurrence, les \u00e9lecteurs ont vu avant tout la justification, non pas du march\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral, mais de ce lib\u00e9ralisme militant qui domine l&#8217;Europe depuis plus de vingt ans. En 1992, une : courte : majorit\u00e9 avait accept\u00e9 l&#8217;id\u00e9e que l&#8217;expansion du march\u00e9 int\u00e9rieur allait stimuler la croissance et permettre \u00e0 terme les retomb\u00e9es sociales. A leur corps d\u00e9fendant, les Fran\u00e7ais ont fait l&#8217;exp\u00e9rience de ce que pouvait signifier \u00abl&#8217;\u00e9conomie sociale de march\u00e9 hautement comp\u00e9titive\u00bb: privatisations, d\u00e9localisations et d\u00e9r\u00e9glementations. Ils les ont repouss\u00e9es, sans ambigu\u00eft\u00e9. La Constitution visait \u00e0 l\u00e9gitimer durablement les contenus ultra-lib\u00e9raux de l&#8217;Union: le non a signifi\u00e9 une volont\u00e9 collective de les refuser.<\/p>\n<p>Le \u00abnon\u00bb de la France marque peut-\u00eatre une c\u00e9sure dans l&#8217;histoire de l&#8217;espace public europ\u00e9en. L&#8217;Europe, loin des contraintes politiques nationales, est rest\u00e9e longtemps le lieu des comp\u00e9tences techniciennes, souvent dot\u00e9es d&#8217;une certaine \u00e9thique publique, mais d\u00e9politis\u00e9es. Avec le temps, ces \u00ab\u00e9lites\u00bb ont fini par confondre la logique d\u00e9mocratique avec la rationalit\u00e9 technocratique. Le \u00abnon\u00bb fran\u00e7ais signe l&#8217;irruption du politique sur la sc\u00e8ne europ\u00e9enne. Le rappel est salutaire: tout choix politique ne rel\u00e8ve pas des cat\u00e9gories du vrai et de l&#8217;in\u00e9luctable mais de celles du juste et du r\u00e9versible : et donc du r\u00e9visable. Le peuple, a-t-on souvent \u00e9crit, bouscule les \u00e9lites: il a surtout r\u00e9tabli la primaut\u00e9 du politique sur le technique et sur l&#8217;\u00e9conomique.<\/p>\n<p>Les vingt-cinq derni\u00e8res ann\u00e9es n&#8217;ont pas seulement \u00e9t\u00e9 celles de l&#8217;emprise n\u00e9olib\u00e9rale. Une certaine conception de l&#8217;enjeu politique s&#8217;est impos\u00e9e. L&#8217;Europe s&#8217;est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e comme un terrain privil\u00e9gi\u00e9 d&#8217;un consensus redoutable selon lequel le champ politique devrait d\u00e9sormais reposer sur l&#8217;acceptation, enthousiaste ou raisonnable, des r\u00e8gles de la \u00abconcurrence libre et non fauss\u00e9e\u00bb. La sc\u00e8ne politique europ\u00e9enne et de chacun des pays membres serait donc vou\u00e9e \u00e0 l&#8217;alternance au pouvoir du lib\u00e9ralisme militant et du social-lib\u00e9ralisme consentant, de la droite dure et de la gauche molle. Tout compte fait, le rassemblement politique autour du \u00aboui\u00bb a \u00e9t\u00e9 une expression de ce consensus. Les \u00e9lecteurs du \u00abnon\u00bb, \u00e0 leur mani\u00e8re, ont dit qu&#8217;ils ne s&#8217;en accommodaient pas. Echapper au clivage de la gauche et de la droite n&#8217;est pas une chance pour l&#8217;Europe: \u00e0 ce jeu, elle ne peut esp\u00e9rer que l&#8217;atonie politique, l&#8217;ennui, l&#8217;abstention et la tentation des alternatives dangereuses, comme celle de la remuante et inqui\u00e9tante extr\u00eame droite, du Vlaams Blok au Front national. En relan\u00e7ant la controverse de la droite et de la gauche, la victoire du \u00abnon\u00bb n&#8217;affaiblit pas mais relance le d\u00e9bat d\u00e9mocratique europ\u00e9en.<\/p>\n<p><strong> TIRER LES LE\u00c7ONS <\/strong><\/p>\n<p>Le \u00abnon\u00bb des \u00e9lecteurs fran\u00e7ais, comme celui de leurs homologues n\u00e9erlandais, est \u00e0 la fois une critique des politiques de l&#8217;Union et une demande expresse de ren\u00e9gociation du trait\u00e9 constitutionnel. Si la d\u00e9mocratie a un sens, cette demande doit \u00eatre entendue. Ren\u00e9gocier ou pas? Le d\u00e9bat sur ce point est forclos. Le trait\u00e9 constitutionnel est mort: il est imp\u00e9ratif de d\u00e9battre d&#8217;une alternative. Encore faut-il s&#8217;entendre sur les modalit\u00e9s que l&#8217;on retiendra pour ce faire. Reprendre la m\u00e9thode ant\u00e9rieure ne serait pas raisonnable. Si l&#8217;on veut \u00e9viter les m\u00e9saventures de la Convention \u00abGiscard\u00bb, il ne faut pas cantonner le d\u00e9bat au c\u00e9nacle feutr\u00e9 des sp\u00e9cialistes mais l&#8217;ouvrir \u00e0 la controverse publique, autour d&#8217;options contradictoires claires. A l&#8217;issue de ce d\u00e9bat, une assembl\u00e9e \u00e9lue \u00e0 cet effet s&#8217;essaiera \u00e0 r\u00e9diger un nouveau texte de port\u00e9e constitutionnelle, pour le soumettre \u00e0 r\u00e9f\u00e9rendum. En m\u00eame temps, l&#8217;Union doit se pr\u00e9parer \u00e0 une r\u00e9orientation profonde de ses politiques \u00e9conomiques et sociales. La partie III a \u00e9t\u00e9 la cible des critiques les plus virulentes: ses dispositions principales doivent donc \u00eatre abandonn\u00e9es. Des mesures imm\u00e9diates (retrait des directives les plus contest\u00e9es) montreront que l&#8217;on respecte le point de vue fran\u00e7ais; de nouvelles logiques de long terme seront d\u00e9finies en mati\u00e8re de fiscalit\u00e9, de droit social, de service public, de politique agricole, industrielle et environnementale. L&#8217;Union europ\u00e9enne ne se relancera pas sans un souffle social et d\u00e9mocratique. La victoire du \u00abnon\u00bb, comme nous l&#8217;avions sugg\u00e9r\u00e9, est une chance pour y parvenir.<\/p>\n<p>Pour cela, il ne faudra pourtant compter ni sur les institutions europ\u00e9ennes ni sur les gouvernants des Etats, en tout cas pas sur le n\u00f4tre. Les discours tenus \u00e0 l&#8217;annonce et au lendemain des r\u00e9sultats, la formation du gouvernement de Villepin-Sarkozy et ses premi\u00e8res d\u00e9clarations t\u00e9moignent d&#8217;un autisme inqui\u00e9tant. Pour l&#8217;instant, les puissants de ce continent font le gros dos: pas question de changer de cap, disent-ils. Les peuples ne pourront donc reconstruire que si une dynamique sociale et politique assez forte se constitue pour peser sur une sc\u00e8ne institutionnelle empes\u00e9e. Les forces du \u00abnon\u00bb de gauche fran\u00e7ais ont une responsabilit\u00e9: elles doivent continuer leur action, dans les formes qui les ont conduites au succ\u00e8s. Et elles doivent en m\u00eame temps se tourner vers les forces progressistes europ\u00e9ennes: la bataille est d\u00e9sormais ouvertement europ\u00e9enne et les initiatives se penseront \u00e0 cette \u00e9chelle, et plus \u00e0 celle du seul territoire national.<\/p>\n<p>Pour poursuivre dans les meilleures conditions, quelles sont les formes les plus efficaces? Celles de la campagne du \u00abnon\u00bb ont \u00e9t\u00e9 bonnes. Cr\u00e9atives, souvent spontan\u00e9es, bousculant les hi\u00e9rarchies traditionnelles et convergeant vers un objectif politique commun, elles ont permis de concilier d&#8217;une part la diversit\u00e9 des structures et des sensibilit\u00e9s des participants : organis\u00e9s ou non : et, d&#8217;autre part, l&#8217;unit\u00e9 assum\u00e9e des initiatives de campagne. Ainsi des engagements diff\u00e9rents, individuels, intellectuels, associatifs, syndicaux ou politiques sont intervenus ensemble dans une controverse \u00e9minemment politique. Aujourd&#8217;hui, l&#8217;enjeu n&#8217;est plus d&#8217;affirmer avec force un refus mais d&#8217;\u00e9noncer les contours d&#8217;une perspective positive, autour de laquelle on est pr\u00eat \u00e0 se rassembler. Transformer les collectifs du \u00abnon\u00bb en structures d&#8217;intervention g\u00e9n\u00e9rale pour une alternative en France et en Europe ne va pas de soi. <\/p>\n<p><strong> DYNAMIQUE ALTERNATIVE <\/strong><\/p>\n<p>Il reste que la fa\u00e7on de faire, elle, est reproductible. A condition de bien cerner les contours des t\u00e2ches \u00e0 venir et d&#8217;\u00e9viter les vieux \u00e9cueils. Sur le fond, le r\u00e9f\u00e9rendum aura fait \u00e0 sa mani\u00e8re une d\u00e9monstration: l&#8217;ancrage dans un antilib\u00e9ralisme affirm\u00e9 donne au rassemblement un dynamisme qui lui permet d&#8217;\u00eatre plus audible et de peser. L&#8217;affadissement de la gauche n&#8217;est donc pas la condition sine qua non de son expansion \u00e9lectorale. Au contraire, c&#8217;est la gauche bien \u00e0 gauche qui est source de majorit\u00e9. Mais pour parvenir au terme de cette hypoth\u00e8se, encore faut-il que la base du rassemblement soit claire. Pour les prochaines \u00e9ch\u00e9ances \u00e9lectorales, la seule force du refus ne suffira pas, la priorit\u00e9 est d\u00e9sormais celle du projet. Qu&#8217;est-ce qu&#8217;une politique qui marque une rupture v\u00e9ritable avec les choix lib\u00e9raux de la droite, sans s&#8217;abandonner \u00e0 la tentation d&#8217;un \u00abmoindre mal\u00bb social-lib\u00e9ral? Ce projet alternatif, au sens fort du terme, devrait \u00eatre \u00e9labor\u00e9 selon les m\u00e9thodes du \u00abnon\u00bb: par une construction collective, \u00e0 la fois \u00aben haut\u00bb et \u00aben bas\u00bb, sans ignorer les diff\u00e9rences et les diff\u00e9rends mais en ayant conscience de la force du commun. Les grandes lignes d&#8217;un projet alternatif sont d\u00e9j\u00e0 en germe dans l&#8217;entrelacs des propositions du mouvement social et des formations politiques les plus \u00e0 gauche. Reste \u00e0 les formaliser ensemble, \u00e0 reproduire l&#8217;alchimie victorieuse&#8230;<\/p>\n<p>Et si l&#8217;on est capable de d\u00e9finir collectivement un projet, pourquoi ne pas le porter ensemble, de fa\u00e7on active, sans se cantonner aux temps \u00e9lectoraux mais sans ignorer l&#8217;importance de ces moments? Le \u00abtous ensemble\u00bb qui fit la force du \u00abnon\u00bb devrait trouver son expression dans la dynamique g\u00e9n\u00e9rale d&#8217;une alternative pour la France et pour l&#8217;Europe. Si qui que ce soit perdait sa sp\u00e9cificit\u00e9 dans l&#8217;\u0153uvre commune, ce serait un appauvrissement collectif. Mais si chacun, persuad\u00e9 qu&#8217;il est le seul tenant v\u00e9ritable de la transformation sociale, agit en ignorant tous les autres, alors l&#8217;alternative perd sa force et risque l&#8217;\u00e9chec. Alors le champ restera libre pour les recompositions sociales-lib\u00e9rales qui, pour l&#8217;heure, ont pris du plomb dans l&#8217;aile. Si l&#8217;alternative ne sait pas faire converger ses ruisseaux, elle pourrait bien ne pas prendre la main \u00e0 gauche. Mais ne pas r\u00e9ussir, c&#8217;est prendre des risques trop grands. Pour la gauche elle-m\u00eame, bien s\u00fbr. Mais aussi pour la possibilit\u00e9 d&#8217;une mobilisation d\u00e9mocratique qui soit capable enfin de retrouver sa fibre populaire. Faute de quoi, la crise politique verserait en crise de r\u00e9gime et en d\u00e9litement d\u00e9mocratique. Ce n&#8217;est pas la droite soft qui tirerait son \u00e9pingle du jeu. M\u00e9fions-nous du lib\u00e9ral-populisme, port\u00e9 par le sarkozisme et cette droite qui fait peur. La gauche alternative n&#8217;a pas droit \u00e0 l&#8217;erreur. <\/p>\n<p><strong> C.A. et R.M. <\/strong><\/p>\n<p>Paru dans<em> Regards <\/em> n\u00b019, \u00e9t\u00e9 2005<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Le projet de constitution europ\u00e9enne a \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9 par  les urnes. Comment transformer l&#8217;alchimie victorieuse du \u00abnon\u00bb de gauche en alternative politique pour l&#8217;Europe et la France? La c\u00e9sure que ce vote de classe a produite bouscule quelques certitudes sur l&#8217;horizon ind\u00e9passable du lib\u00e9ralisme. 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