{"id":3396,"date":"2005-04-01T14:38:00","date_gmt":"2005-04-01T12:38:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/l-udf-entre-autonomie-et3396\/"},"modified":"2005-04-01T14:38:00","modified_gmt":"2005-04-01T12:38:00","slug":"l-udf-entre-autonomie-et3396","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=3396","title":{"rendered":"L&#8217;UDF entre autonomie et soumission"},"content":{"rendered":"<p>**Refus de l&#8217;all\u00e9geance \u00e0 l&#8217;UMP, affirmation de sa diff\u00e9rence : Fran\u00e7ois Bayrou a plac\u00e9 <\/p>\n<p>l&#8217;UDF (1) au centre du d\u00e9bat politique, en \u00e9quilibre instable. Entre une majorit\u00e9 de droite si d\u00e9cri\u00e9e et une gauche sociale-d\u00e9mocrate \u00e0 laquelle elle ne veut pas laisser le monopole de l&#8217;alternative, l&#8217;UDF entend jouer un r\u00f4le d&#8217;arbitre. Et plus, si affinit\u00e9s.**<\/p>\n<p>par Fr\u00e9d\u00e9ric Sire<\/p>\n<p> F eu sur le quartier g\u00e9n\u00e9ral ! Depuis que Fran\u00e7ois Bayrou a lanc\u00e9 sa campagne contre le gouvernement (auquel appartient pourtant Gilles de Robien, l&#8217;un des poids lourds de son mouvement), ce chevalier blanc autoproclam\u00e9 semble avoir donn\u00e9 le tournis \u00e0 ses troupes, qui ne savent plus tr\u00e8s bien s&#8217;ils appartiennent encore \u00e0 la majorit\u00e9.<\/p>\n<p>Les militants basculent, et le centre oscille sans cesse depuis le d\u00e9but de la <\/p>\n<p>Ve R\u00e9publique entre autonomie et soumission \u00e0 la droite. \u00ab Le probl\u00e8me du centre, c&#8217;est qu&#8217;il est incapable de s&#8217;allier \u00e0 gauche. Dire qu&#8217;on est le centre et s&#8217;allier toujours du m\u00eame c\u00f4t\u00e9, \u00e7a finit par \u00eatre suspect \u00bb, ironise Jean-Claude Colliard, professeur de sciences politiques et membre du Conseil constitutionnel. Objet politique mal identifi\u00e9, son mouvement est perp\u00e9tuel et s&#8217;alimente <\/p>\n<p>perp\u00e9tuellement aux m\u00eames sources. D&#8217;abord, le mode de scrutin. La vie politique reste en France, malgr\u00e9 les accidents de 1969 et 2002, structur\u00e9e par le second tour de l&#8217;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle. Celui-ci d\u00e9termine la majorit\u00e9 et l&#8217;opposition pour les sept ou cinq ans \u00e0 venir. Entre une gauche et une droite ainsi d\u00e9finies, il ne reste que peu de place pour le centre. Chacun reste dans son camp. Val\u00e9ry Giscard d&#8217;Estaing a gouvern\u00e9 avec la droite, m\u00eame s&#8217;il a d\u00fb compter sur la gauche pour faire passer la loi Veil sur l&#8217;IVG. Les choses sont vite rentr\u00e9es dans l&#8217;ordre.<\/p>\n<p>Ensuite, la tradition d\u00e9mocrate-chr\u00e9tienne : profonde en Allemagne, en Italie ou en Espagne : a du mal \u00e0 s&#8217;acclimater \u00e0 la la\u00efcit\u00e9 fran\u00e7aise. La croyance religieuse ne r\u00e9unit pas ses fid\u00e8les dans un m\u00eame parti. Et l&#8217;UDF aujourd&#8217;hui est largement la\u00efcis\u00e9e.<\/p>\n<p><strong> Fusion de traditions <\/strong><\/p>\n<p>Le  centrisme fran\u00e7ais s&#8217;est forg\u00e9, depuis plus de cinquante ans, dans son opposition au gaullisme, puis \u00e0 ses avatars. Le centre, c&#8217;est d&#8217;abord la droite non gaulliste, qui lutte de toutes ses forces contre les tentations h\u00e9g\u00e9moniques de sa voisine. \u00ab Ce qu&#8217;on appelle le centre, note M. Colliard, se fait par la fusion de trois traditions extr\u00eamement diff\u00e9rentes : la droite antigaulliste, tr\u00e8s conservatrice (le CNI) (2), la d\u00e9mocratie chr\u00e9tienne, du moins ceux que l&#8217;alliance avec le PS rebute du fait de l&#8217;Union de la gauche, et puis le Parti radical qui a une tradition lib\u00e9rale et la\u00efque. Ce qui reste dans l&#8217;UDF aujourd&#8217;hui, c&#8217;est la mouvance MRP (3) plut\u00f4t que la mouvance CNI qui, en perte de vitesse, est partie sans grand succ\u00e8s avec Alain Madelin dans la D\u00e9mocratie lib\u00e9rale. Quant \u00e0 la mouvance radicale, elle a pens\u00e9 qu&#8217;il valait mieux int\u00e9grer l&#8217;UMP. \u00bb<\/p>\n<p>Fran\u00e7ois Bayrou pr\u00e9tend refuser l&#8217;all\u00e9geance, m\u00eame si la grande majorit\u00e9 des d\u00e9put\u00e9s UDF votent des textes pr\u00e9sent\u00e9s par le gouvernement. Et tente de prendre \u00e0 la gauche, opposante naturelle dont il conteste la l\u00e9gitimit\u00e9, le monopole de l&#8217;alternative. De ce point de vue, un rapprochement entre l&#8217;UDF et un Parti socialiste m\u00eame converti au social-lib\u00e9ralisme para\u00eet improbable. \u00ab Jusqu&#8217;\u00e0 pr\u00e9sent, dans les \u00e9lections pr\u00e9sidentielles, le centre a toujours appel\u00e9 \u00e0 voter \u00e0 droite, poursuit <\/p>\n<p>M. Colliard. Les d\u00e9put\u00e9s dits centristes sont \u00e9lus par un \u00e9lectorat de droite. L&#8217;UDF n&#8217;a de succ\u00e8s \u00e9lectoraux qu&#8217;avec la droite. Est-ce qu&#8217;elle peut passer \u00e0 une alliance avec la gauche et garder sa base \u00e9lectorale ? Pour le moment, ce n&#8217;est pas \u00e9vident. \u00bb Fran\u00e7ois Bayrou ne pourrait porter l&#8217;alternative dans une telle alliance, ou bien serait entra\u00een\u00e9 dans une surench\u00e8re qui discr\u00e9diterait son message. Refuser l&#8217;Etat-RPR hier, l&#8217;Etat-UMP aujourd&#8217;hui, n&#8217;est pas suffisant pour traverser le Rubicon, et voter \u00e0 l&#8217;unisson d&#8217;un parti qui, en 1981, a mis Val\u00e9ry Giscard d&#8217;Estaing en pr\u00e9retraite.<\/p>\n<p>Le calcul ne semble pas plus int\u00e9ressant pour le PS : l&#8217;exp\u00e9rience Gaston Defferre-Mend\u00e8s France, en 1969, a montr\u00e9 que l&#8217;alliance au centre \u00e9tait \u00e9lectoralement peu payante, et qu&#8217;elle laissait un boulevard aux autres partis de gauche. Toutefois, la tentation existe : la \u00ab deuxi\u00e8me gauche \u00bb \u00e9tait sensible \u00e0 cet appel des sir\u00e8nes, qui lui semblait un moyen de briser la domination \u00e9lectorale de la droite et de se passer d&#8217;une alliance encombrante avec le PCF. L&#8217;exp\u00e9rience de l&#8217;\u00ab ouverture \u00bb, en 1988, apr\u00e8s la r\u00e9\u00e9lection de Fran\u00e7ois Mitterrand et l&#8217;arriv\u00e9e de Michel Rocard \u00e0 Matignon, a montr\u00e9 les limites de l&#8217;exercice. Pour Jean-Claude Colliard, directeur de cabinet de Fran\u00e7ois Mitterrand jusqu&#8217;en 1988, le r\u00e9sultat a \u00e9t\u00e9 \u00ab bien faible. Mitterrand a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s d\u00e9\u00e7u par l&#8217;incapacit\u00e9 des centristes \u00e0 s&#8217;organiser. Et puis il n&#8217;avait pas de consid\u00e9ration pour le centre. Des dirigeants de la campagne de Barre nous avaient promis, le cas \u00e9ch\u00e9ant, d&#8217;appeler \u00e0 voter Mitterrand. Ils ne l&#8217;ont pas fait \u00bb. Une candidature Delors en 1995 aurait peut-\u00eatre raviv\u00e9 ce tropisme, qui revient de temps \u00e0 autre dans la r\u00e9flexion de certains responsables socialistes.<\/p>\n<p><strong> Cultiver ses diff\u00e9rences <\/strong><\/p>\n<p>Pourtant, le centre, quelles que soient ses origines, cultive avec soin ses diff\u00e9rences, m\u00eame si les ficelles paraissent un peu grosses. C&#8217;est ce qu&#8217;on pourrait appeler \u00ab la recherche d&#8217;une troisi\u00e8me voie \u00bb. Coinc\u00e9 par le mode de scrutin contre une droite bonapartiste et l\u00e9gitimiste qu&#8217;elle voudrait ringardiser, le centre a maintes fois contest\u00e9 le clivage droite-gauche. Remettre en cause cette distinction essentielle, c&#8217;est s&#8217;offrir la possibilit\u00e9 d&#8217;\u00eatre une charni\u00e8re n\u00e9cessaire \u00e0 la construction d&#8217;une majorit\u00e9 parlementaire, et construire enfin cette coalition des \u00ab bonnes volont\u00e9s \u00bb. C&#8217;est ainsi que, sans rel\u00e2che, Fran\u00e7ois Bayrou et ses amis plaident pour l&#8217;introduction de la proportionnelle au scrutin l\u00e9gislatif, esp\u00e9rant ainsi casser une bipolarisation qu&#8217;ils jugent pour eux mortif\u00e8re. Oubliant que dans nombre de pays europ\u00e9en  : Su\u00e8de et Allemagne, par exemple : la proportionnelle int\u00e9grale n&#8217;emp\u00eache nullement une alternance classique entre gauche et droite. Franchissant le pas, Michel Jobert avait cr\u00e9\u00e9 apr\u00e8s l&#8217;\u00e9lection de Val\u00e9ry Giscard d&#8217;Estaing le Mouvement des d\u00e9mocrates, dont le pr\u00e9suppos\u00e9 th\u00e9orique \u00e9tait justement le refus du clivage droite-gauche. Mais ces positions ne sont gu\u00e8re tenables, et les quelques efforts entrepris pour construire une force centriste vraiment capable de rejoindre la droite ou la gauche sur un contenu programmatique n&#8217;ont jamais abouti.<\/p>\n<p>Si le champ politique \u00e9tait \u00e0 ce point bouch\u00e9, la tentation \u00e9tait forte (elle l&#8217;est toujours) de contester la l\u00e9gitimit\u00e9 du personnel politique et de s&#8217;attacher les services de la soci\u00e9t\u00e9 civile. Le tropisme de l&#8217;expertise, en somme. Giscard d&#8217;Estaing avait montr\u00e9 la voie : \u00e9narque et polytechnicien, il symbolise \u00e0 merveille cette volont\u00e9 de rassembler, derri\u00e8re son \u00ab savoir-faire \u00bb plus que sur un programme, \u00ab deux Fran\u00e7ais sur trois \u00bb. De la m\u00eame fa\u00e7on, il ne nomme pas \u00e0 Matignon un politique, mais un expert, \u00ab le meilleur \u00e9conomiste de France \u00bb, Raymond Barre, pour tenter de r\u00e9soudre la crise dans laquelle la France est entr\u00e9e. Trente ans plus tard, Bayrou suit les m\u00eames traces : aux politiques, il pr\u00e9f\u00e8re les h\u00e9rauts civils, plus m\u00e9diatiques. Christian Blanc, ex-PDG d&#8217;Air France, dans les Yvelines, Jean-Marie Cavada, ex-pr\u00e9sident de Radio-France, dans le Sud-Ouest, le g\u00e9n\u00e9ral Morillon dans le Grand-Ouest&#8230; On fait ainsi la preuve que l&#8217;\u00ab apolitisme \u00bb est de droite.<\/p>\n<p><strong> Le troisi\u00e8me homme <\/strong><\/p>\n<p>Alors, au milieu de ces contraintes, quelles voies s&#8217;ouvrent \u00e0 Fran\u00e7ois Bayrou, r\u00e9\u00e9lu pr\u00e9sident de l&#8217;UDF et futur candidat en 2007 ? Fustigeant les socialistes et refusant l&#8217;all\u00e9geance \u00e0 l&#8217;UMP (\u00ab il y a vingt ans que nous avons abdiqu\u00e9 notre identit\u00e9 dans une \u00abunion de la droite\u00bb \u00bb, d\u00e9clarait-il en janvier dernier), il ne peut gu\u00e8re que retenter le coup de poker de son a\u00een\u00e9 Giscard d&#8217;Estaing. D\u00e9fendre une \u00ab alternative \u00bb raisonnable pour se d\u00e9marquer de ses concurrents \u00e0 droite sans effrayer son \u00e9lectorat, et devancer au premier tour le ou les candidats UMP pour devenir, au second tour, le repr\u00e9sentant d&#8217;une droite r\u00e9unie contre l&#8217;adversaire socialiste. Rien que de tr\u00e8s classique, en somme, mais n\u00e9anmoins envisageable, si Nicolas Sarkozy et Jacques Chirac se pr\u00e9sentaient l&#8217;un contre l&#8217;autre. La dispersion des voix pourrait d\u00e8s lors profiter au troisi\u00e8me homme. Bayrou d\u00e9jouerait certes les pi\u00e8ges d&#8217;un mode de scrutin d\u00e9favorable, mais il lui faudrait prouver qu&#8217;il n&#8217;est pas l&#8217;otage d&#8217;une droite \u00e0 laquelle il appartient de toutes ses forces. F.S.<\/p>\n<p>1. UDF : Union pour la d\u00e9mocratie fran\u00e7aise, mouvement cr\u00e9\u00e9 en f\u00e9vrier 1978.<\/p>\n<p>2. CNI : Centre national des ind\u00e9pendants, <\/p>\n<p>formation politique n\u00e9e en janvier 1949 qui <\/p>\n<p>rassembla une partie de la droite conservatrice <\/p>\n<p>et antigaulliste, et fut longtemps pr\u00e9sid\u00e9e par Antoine Pinay, <\/p>\n<p>pr\u00e9sident du Conseil sous la IVe R\u00e9publique.<\/p>\n<p>3. MRP : Mouvement r\u00e9publicain populaire, parti d\u00e9mocrate-<\/p>\n<p>chr\u00e9tien fond\u00e9 en novembre 1944, qui se voulut une troisi\u00e8me force entre conservateurs et marxistes. Il se maintint presque constamment au pouvoir sous la IVe R\u00e9publique, puis s&#8217;opposa principalement au g\u00e9n\u00e9ral <\/p>\n<p>de Gaulle et \u00e0 sa politique europ\u00e9enne. <\/p>\n<p>Il suspendit son activit\u00e9 en f\u00e9vrier 1968 et fut remplac\u00e9 par le Centre d\u00e9mocrate fond\u00e9 en 1965 par Jean Lecanuet.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>**Refus de l&#8217;all\u00e9geance \u00e0 l&#8217;UMP, affirmation de sa diff\u00e9rence : Fran\u00e7ois Bayrou a plac\u00e9 l&#8217;UDF (1) au centre du d\u00e9bat politique, en \u00e9quilibre instable. Entre une majorit\u00e9 de droite si d\u00e9cri\u00e9e et une gauche sociale-d\u00e9mocrate \u00e0 laquelle elle ne veut pas laisser le monopole de l&#8217;alternative, l&#8217;UDF entend jouer un r\u00f4le d&#8217;arbitre. 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